J'ai pris bien du plaisir en jouant au jeu. Il compile la plupart des bonnes idées que l'on peut trouver dans des productions déjà sorties mais les réajuste à sa convenance en y implémentant toute sa singularité. Le résultat est donc vraiment plaisant malgré quelques errances notamment avec un niveau technique décevant surtout sur next-gen.
En effet la réalisation technique entache une patte artistique de haute volée. C'est très inégal à ce niveau, les environnements sont extrêmement variés et la plupart sont très soignés : l'asile, la ville, les montagnes, les bois, avec aussi quelques intérieurs travaillés. Les bandes noires donnent une sensation cinématographique absolument terrible, on se croirait être dans un film mais l'effet produit est tout à fait enivrant. Les personnages ainsi que les éclairages et autres effets sont superbes (le sang sur Sebastian, bluffant et conférant un effet assez sexy en soi surtout quand il lui gicle au visage) mais on dénote aussi des textures parfois vraiment disgracieuses (la roche), qui tardent à s'afficher et un framerate aux fraises. Pour un titre PS4, c'est quand même un peu décevant. Heureusement la direction artistique qui puise dans le cinéma d'horreur et qui se pare d'un côté particulièrement et typiquement japonais (c'est quelque chose de singulier et d'assez indicible mais on le voit en jouant) compense les carences techniques. L'avantage de cette superbe touche artistique est qu'elle fait valoir l'aspect crade de l'atmosphère et surtout son caractère malsain saisissant. Les amateurs de gore auront d'ailleurs de quoi se réjouir...
Mais c'est dans le gameplay que les qualités se font sentir, j'ai pris mon pied pendant l'aventure. Le compromis entre action et S/H est tout simplement juste. Mais ce qui fait vraiment plaisir c'est le sentiment d'infériorité (incroyable au début) par rapport aux adversaires qui vient presque animaliser les situations notamment avec les boss ou bien quand les ennemis encerclent Sebastian. On a l'impression d'être une proie du début à la fin surtout lorsque Ruvik fait ses apparitions sauteuses, et ça, c'est excellent. Le système de craft est intéressant notamment avec la gelée verte et les améliorations diverses. Le choix d'armes s'étoffe au fil de l'aventure mais les munitions restent rares, autre bon point ce qui fait valoir le sentiment incessant d'inconfort et d'incertitude sur l'issue des confrontations discrètes ou armées (je déconseille cette dernière approche). L'infiltration prime très souvent et s'avère bienvenue. Les ennemis sont résistants (les triomphes même en Normal contre les boss presque increvables sont source d'une grande auto-satisfaction) et Castellanos répond bien aux commandes malgré une relative raideur dans les mouvements. Le mode Normal n'est pas en soi une promenade de santé (bestiaire varié et chara design inspiré) alors j'invite les fous à démarrer en mode Hard pour en profiter. Mention spéciale aux pièges retors tout à fait pervers et affreusement bien mis en scène.
L'aventure se parcourt en une vingtaine d'heures qui se défilent assez vite étant donné que l'on prend vite son pied. Malgré tout, les différents modes de difficulté en particulier le new game + qui implémente des armes de destructions telles que le lance-roquettes apportent une plus-value évidente et avec avec une dimension jouissive.
La bande-son aux petits oignons est taillée pour exacerber la lourdeur de l'atmosphère et ça réussit totalement. Les bruitages des adversaires rendent superbement compte de la totale folie des lieux même si les dialogues font plutôt peine à voir et à écouter en VF tout comme en VO non pas par mauvaise prestation des doubleurs mais simplement parce que l'écriture est assez sommaire et ne donne pas plus de charisme que ça aux personnages. Dommage.
La trame scénaristique est très subtile et rondement menée en dépit d'une baisse de régime à la fin mais pourtant, le pitch reste très convaincant et on assiste à une belle montée en puissance au fil des niveaux, le scénario tient en haleine, c'est donc le principal.
The Evil Within n'est pas le S/H absolu mais reste cela dit excellent de par ses mécaniques construites et intelligentes. En dépit de dialogues convenus et franchement peu intéressants (dommage car lime l'attachement que l'on pourrait porter aux persos) ainsi que d'une technique finalement assez foireuse quand on y regarde de près, il rend hommage au genre, et, pour une production plus ou moins importante, se conçoit comme un beau retour dans l'industrie japonaise des jeux d'horreur qui en avait bien besoin selon moi. Joli travail Mikami.