Revu aujourd'hui et toujours le même sentiment : pur chef d'oeuvre. Je vais tenter de ne pas spoiler, seul les dernière lignes de mon paragraphe sont susceptibles d'être révélatrices.
D'une beauté plastique incroyable (la référence pour moi, avec Barry Lyndon et Les Moissons du ciel), le film met intelligemment en avant l'opposition entre une nature sauvage et la folie destructrice de l'homme. Les relations qu'entretiennent les différents personnages sont remarquablement développées et exposées.
La maîtrise technique de Kurosawa est incroyable (indépassable ?) et les scènes de batailles de Ran demeurent des références absolues. Elles sont comme un ballet violent et sanglant, empreint cependant d'une immense beauté.
Les interprétations vont de brillantes à parfaites, la palme allant sans conteste à Mieko Harada en dame Kaede, tantôt bouleversante, tantôt terrifiante.
La musique minimaliste de Toru Takemitsu fait un usage intelligent de la flûte et des percussions pour souligner la tragédie (procédé que Miyazaki reprendra par la suite pour Princesse Mononoké). Le silence joue lui aussi un rôle particulier pendant les scènes de batailles et montre qu'il est parfois plus efficace que les traditionnels grondements de canons.
Par ailleurs, le pessimiste de Kurosawa à l'égard de la nature humaine se fait très présent tout au long du film, et l'on sens que le propos est mûrement réfléchi. La dernière scène (superbe), dans laquelle Tsurumaru, debout seul sur les ruines du château de son père, erre en aveugle et laisse tomber par accident le rouleau que lui avait donné sa sœur est lourd de sens et invite à la méditation.
Définitivement, chef d'oeuvre absolu.