Ce que je voulais dire, c'est que ce que tous les hommes admettent ne peut être faux, du moins lorsqu'il s'agit d'une croyance qui contrarie les passions, ou qui ne peut provenir d'une erreur des sens.
L'universalité d'une croyance prouve que celle-ci s'impose à la raison et répond aux aspirations les plus intimes de la nature humaine. Or, pareille croyance ne peut être erronée, car la voix de la nature ne peut nous tromper. « Ce que tous les hommes admettent comme d'instinct, disait Aristote, est une vérité de nature. » Si une conviction universelle pouvait être fausse, il faudrait en conclure que la raison, abandonnée à elle-même, tombe inévitablement dans l'erreur, qu'elle ne peut distinguer le vrai du faux (scepticisme), ce qui est absurde et détruit d'un coup tout connaissance rationnelle, comme la philosophie ou la science. Si on admet une emprise de la raison sur le réel, on admet qu'une croyance générale ne peut être fausse.
Sans doute, tous les hommes se sont trompés ua sujet de certains faits. C'est ainsi que le mouvement apparent du soleil autour de la terre a donné lieu, pendant de longs siècles, à la croyance erronée que le soleil tourne réellement autour de la terre ; mais cette erreur s'explique par une illusion des sens. Dieu étant un être invisible, il est évident que la croyance à un Être suprême ne peut être attribuée à une erreur des sens. Sans doute encore, il est arrivé que les hommes, trompés par leurs passions, ont admis des principes de morale dont nous reconnaissons aujourd'hui la fausseté. Mais l'existence de Dieu est une vérité qui contrarie les passions. L'homme voudrait qu'il n'y eût point de Dieu, afin de pouvoir étouffer tout remords et satisfaire ses passions avec plus de liberté.
Donc la croyance à l'existence de Dieu ne peut être fausse.