Ai-je vraiment besoin de présenter cette fic ? De toute façon, si vous avez lu les précédentes, vous avez déjà une vague idée de ce à quoi vous pouvez vous attendre. Et dans le cas contraire, il est peu probable que vous entamiez le quatrième tome d´une série qui compte déjà... oui, bien, trois épisodes, mais surtout plus de six cents pages.
Enfin bon, j´ai essayé de faire en sorte que ceux qui s´attaquerons à cette fic sans avoir lu les autres ne soient pas trop perdus. Mais honnêtement, l´histoire est devenue trop complexe pour que ça puisse vraiment marcher.
Bref, je vais quand même tenter de présenter cette chose. C´est de l´héroïc fantasy, avec un univers médiéval, de la magie, des monstres, des paladins, des épées, des combats, des poursuites, tout plein, youpi ! Et puis, histoire de meubler, on trouve aussi une confrérie millénaire, un démon en sommeil, un prince en quête de vengeance, un soldat prêt à tout pour accomplir sa mission, un dieu qui maîtrise les destins, le topo habituel quoi.
Puisque j´aurais du mal à présenter l´intrigue sans spoiler, je préfère attendre un peu pour donner des détails et poster tout de suite le premier chapitre. Oui, je sais, c´est un pavé.
Enjoy ! (or not)
LE CYCLE D’ALEXANDRE
TOME 4
LA DESTINEE DU PRINCE NOIR
Le loup enjamba une branche brisée, retomba sur un tapis de feuilles mortes et poursuivit sa course alors qu’au-dessus de sa tête, un éclair éblouissant déchirait le ciel chargé de nuages. Une vive lumière inonda un instant la forêt de Wymesh, suivie d’un formidable roulement de tonnerre qui résonna à des lieues à la ronde. Quand il s’éteignit, la pluie redoubla de violence, s’abattant en un effroyable déluge sur les cimes des chênes centenaires, pour ensuite dégouliner le long de leurs troncs et imbiber la terre. Un autre éclair zébra les ténèbres, une rafale de vent s’engouffra dans les sous-bois.
Le loup regrettait amèrement de s’être laissé piéger dehors par ce temps. D’habitude, il sentait l’orage approcher ; mais ce jour-là, la tempête s’était déchaînée si vite qu’il n’avait pas eu le temps de se mettre à l’abri. Comme si le ciel avait décidé d’en finir une bonne fois pour toute avec la terre.
Les racines d’un chêne cédèrent sous la contrainte du vent. L’énorme tronc s’abattit sur le loup, qui ne dut qu’à un prodigieux réflexe de ne pas finir écrasé. Mais ce n’était qu’un sursis. Il lui fallait regagner sa tanière dans les plus brefs délais.
Ses forces décuplées par l’instinct de survie, il serpenta entre les arbres en une série de bonds incroyables. Il sauta un buisson de ronces, bifurqua à gauche et fonça droit devant lui. Malgré l’heure tardive et les ténèbres du ciel, il ne craignait pas de se perdre. L’obscurité n’avait pas sa place dans la forêt de Wymesh.
Sur la face nord des arbres poussait en effet une étrange variété de lichen, capable d’absorber la lumière du jour pour la restituer quand venait la pénombre. En conséquence, le bois baignait en permanence dans une faible lueur verte, pâle et fantomatique.
Le loup n’était plus très loin. Il le savait. Encore une minute ou deux, et il serait à l’abri de la fureur du ciel. Sous ses poils noirs trempés d’eau et de sueur, ses muscles de chasseur puisèrent dans leurs ultimes réserves. Il approchait.
C’est alors qu’il aperçut la lumière.
Sur sa droite, derrière une masse de buissons, la clarté d’une flamme filtrait entre les rameaux enchevêtrés des taillis.
Poussé par la curiosité, le loup contourna les ronces et s’avança. Haletant, sa langue pendant entre ses crocs acérés, il découvrit une étrange construction de bois, à quatre faces, percée d’une porte et d’une fenêtre, surmontée d’un toit triangulaire.
Une cabane.
Fasciné par la lueur du feu, l’animal se dirigea vers la fenêtre puis, en l’atteignant, se dressa sur ses pattes arrière pour observer l’intérieur de l’habitation.
La lumière provenait d’une unique bougie fixée sur un chandelier de métal, lui-même posé sur une massive table de bois qu’entouraient trois chaises solides. Assis sur l’une d’elles, un homme plongeait sa cuillère dans un bol de soupe.
Le loup n’avait jamais pu contempler un humain d’aussi près. Généralement, à chaque fois qu’il en voyait un, il n’avait que quelques secondes devant lui pour déguerpir avant d’être pris en chasse. Très frustrant, pour un prédateur de sa trempe.
L’homme de la cabane était un grand gaillard aux larges épaules et à la forte mâchoire. Vêtu d’un habit de laine noire qui mettait en valeur la puissance de ses muscles, il maniait sa cuillère avec des gestes précis, comme si un simple repas méritait une attention particulière. Son visage arrondi commençait à subir les affres de la vieillesse, ses cheveux et sa moustache prenant peu à peu la même couleur argentée que ses yeux vifs et perçants.
L’orage gronda une nouvelle fois. Tiré de son émerveillement, le loup reprit conscience de l’eau qui martelait son échine et son museau. Il s’ébroua, puis quitta les lieux en courant.
Pendant que l’animal rejoignait son terrier, l’homme, lui, songeait à son arrivée dans la forêt de Wymesh. Immense étendue d’arbres qui recouvrait le Sud-Ouest de l’Empire d’Ethiol, c’était une cachette idéale pour les hors-la-loi. Aucune battue n’y était envisageable, et elle pouvait fournir assez de nourriture pour subsister. Sans compter les ouvertures qu’elle offrait sur les provinces côtières et les routes de commerces qui longeaient le littoral de l’Empire.
Les habitants de la forêt étaient pour la plupart des paysans ruinés qui avaient choisi l’illégalité pour échapper à la famine et à leur seigneur. Mal organisés, il leur arrivait parfois de lancer des razzias sur les granges ou les caravanes de marchands. Souvent, ils échouaient.
Quelques-uns étaient de véritables truands. Ceux-là connaissaient par cœur les trajets des convois, les escortes habituelles, les points faibles des défenses des villages. Ils vivaient sans difficulté du butin que leur rapportaient des attaques aussi brèves qu’efficaces dans la campagne environnante.
L’homme n’appartenait à aucune des deux catégories. Lui s’était rendu à Wymesh pour se faire oublier. Il avait bâti sa cabane seul, se tenant à l’écart des autres hors-la-loi. Ces derniers le connaissaient sous le nom de Gunnar le Noir, sachant toutefois qu’il devait s’appeler autrement. Ils le craignaient, le respectaient, et le laissaient en paix.
Gunnar n’avait pas l’intention de passer sa vie dans la forêt. D’ici un ou deux ans, plus aucun de ses ennemis ne s’intéresserait à lui. Il pourrait alors quitter Wymesh et rejoindre les terres que lui avaient offertes il y a bien longtemps un obscur baron d’Histena. Là, il terminerait ses jours dans le calme et la tranquillité.
Son regard erra sur la seule pièce de sa demeure. Outre sa table et ses chaises, il possédait une armoire qui lui servait de garde-manger, un lit au matelas de paille, et un coffre qui abritait ses maigres possessions - c’est-à-dire une phénoménale quantité d’or et une armure qu’il avait juré de ne plus jamais endosser. Sur le mur qui lui faisait face s’alignait une impressionnante collection d’armes pendues à des crochets : trois couteaux, une épée courte et dentelée, un sabre oriental logé dans un fourreau de cuir noir, un arc de chasse assorti d’un carquois rempli de flèches, et une imposante hache de bataille. Cette dernière, munie d’un large fer et d’une épaisse poignée crantée, rayonnait d’une sinistre aura de mort.
Gunnar repensait aux maints combats qu’il avait remportés grâce à cette arme redoutable, lorsqu’un bruit inquiétant parvint à son oreille. Malgré le fracas de l’orage, il l’avait parfaitement entendu.
Des pas.
Quelqu’un s’approchait de sa cabane.
Gunnar écouta attentivement. Ce n’était pas une démarche ordinaire. L’homme qui venait vers lui se déplaçait avec grâce et aisance. Une aisance quasi féline, révélée par ses mouvements souples et presque totalement silencieux. Cela ne pouvait signifier qu’une chose.
Les poursuivants de Gunnar l’avaient retrouvé.
Il n’hésita pas une seconde. Depuis qu’il avait fui, il savait comment il conviendrait d’agir dans une telle situation. Il reposa sa cuillère dans son bol de soupe, se leva de table et, sans s’affoler, alla décrocher son énorme hache avant de se poster devant la porte, arme haute, muscles bandés.
La poignée joua. Le battant coulissa.
Accompagné d’une bourrasque glaciale qui souffla la chandelle, un homme en armure noire pénétra dans la pièce.
Dans un mouvement d’une violence inouïe, Gunnar abattit sa hache sur la tête de l’intrus. Un coup fulgurant, meurtrier. Impitoyable.
Si vif que sa silhouette en devint floue, l’inconnu plongea au sol dans un réflexe salvateur ; la monstrueuse lame de la hache le manqua d’un cheveu. Il roula contre le plancher, se releva en souplesse et se campa devant son agresseur. Avec un bref sifflement de métal, l’épée qu’il portait à la ceinture sortit de son fourreau et vint se dresser devant lui.
Gunnar s’élança, frappant une seconde fois de sa hache tandis que son pied droit fusait vers les tibias de son adversaire. Une lame d’acier contra la sienne, un genou bloqua sa jambe.
Quelques secondes s’égrenèrent dans un silence absolu. Les deux hommes se faisaient face dans la pénombre, armes brandies, jambes tendues. L’intrus restait parfaitement immobile, son armure et son casque fermé reflétant la lumière des éclairs.
Enfin, Gunnar prit la parole.
- Ton pied gauche est trop avancé ! aboya-t-il. Tu n’apprendras donc jamais rien, bougre d’abruti ?!
Le silence retomba. Gêné, cette fois.
- Pardon, fit Gunnar. Ca m’a échappé.
L’autre prit une grande inspiration.
- Tu vois, Olaf, j’avais imaginé des centaines de manières de débuter cette conversation, mais ça, je ne l’aurais jamais envisagé.
Silence, encore. Gunnar entendait grincer les dents serrées de l’homme en noir.
- Je n’ai aucun conseil à recevoir de toi, d’accord ? ajouta ce dernier. Je ne suis plus ton élève.
- Rectifie ta position, on parlera ensuite.
- Je ne...
- Obéis !
A contrecœur, l’homme en noir décala légèrement son pied gauche.
- Un demi-centimètre, marmonna-t-il.
- Tout a son importance, énonça Gunnar. Cinq millimètres peuvent faire la différence entre la vie et la mort.
- Pendant les cinq ans de mon initiation, tu m’as répété ce genre de phrases assez souvent, Olaf. Et je maintiens qu’il est mesquin de ta part de me faire encore des remarques.
Gunnar hocha la tête, parfaitement calme malgré la tension. Comme on le lui avait appris.
- Certainement. On reprend ?
Les lames restaient croisées devant leurs visages, prêtes à repartir à l’assaut.
Un instant, l’homme en armure parut sur le point de frapper, puis, très lentement, il recula d’un pas.
- Je ne suis pas venu pour te tuer, Olaf, lâcha-t-il péniblement, comme si ces mots lui arrachaient le cœur.
- Ravi de l’apprendre, répondit Gunnar. Mais comment puis-je en être sûr ?
- Oh ? Tu ne portes plus le masque de Saldéar ? Il t’aurait pourtant permis de lire dans mes pensées... Dois-je comprendre que tu ne te sers même pas des trésors que tu as dérobés à l’Ordre quand tu nous as trahis, espèce de lâche ?
- Ecoute, Namâric, moi aussi je t’aime, mais...
- Dois-je comprendre que le grand Olaf “Draxor”, le plus célèbre Paladin de sa génération, jette les reliques de l’Ordre comme de vulgaires chiffons ? Qu’il va même jusqu’à baisser sa garde et se croire à l’abri dans une forêt comme celle-ci ?
Gunnar grimaça, puis redevint impassible.
- Le masque est dans le coffre que tu vois derrière toi...
- Je ne me retournerai pas, Olaf, répliqua Namâric d’une voix tranchante.
- D’autre part, tu n’as pas répondu à ma question. Comment puis-je avoir la certitude que tu ne me veux pas de mal ?
Le tonnerre empêcha Namâric de répondre. Quand le calme revint, il déclara :
- Je pourrais abandonner mes armes.
Gunnar ne se détendit pas pour autant.
- Vas-y.
Avec d’infinies précautions, sans jamais quitter Gunnar des yeux, Namâric abaissa son épée et la déposa sur la table. Sa main remonta jusqu’à l’arc d’if qu’il portait dans le dos, et le tira de sa gaine de cuir pour le placer à côté de sa lame. Enfin, il décrocha le carquois fixé à sa ceinture et le rangea à la droite de son arc.
Alors seulement, Gunnar relâcha ses muscles et, sa hache sur l’épaule, alla fermer la porte. Cela fait, il revint vers la table et ralluma la bougie. La lumière inonda la pièce, et Namâric retira son casque de métal.
Gunnar considéra longuement son ancien apprenti. Les traits anguleux, réguliers, il était d’une beauté sombre et sauvage que soulignaient ses yeux aux iris écarlates. Son teint très pâle, contrastant avec l’ébène de sa longue chevelure, ne laissait planer aucun doute quant à ses origines : l’un de ses parents était un Elfe Noir, un membre de ce peuple reclus aux confins du monde, peu enclin à se montrer aux humains.
Son armure noire, à la fois souple, légère et résistante, n’arborait ni insigne ni blason, mais dégageait une telle puissance que même Gunnar se sentait intimidé. Un seul regard sur Namâric, sur son air froid et inflexible, sur ses yeux effrayants, suffisait à comprendre quel genre d’homme il était.
Sans peur et sans merci.
Une implacable machine à tuer, entraînée dès l’enfance à donner la mort de mille et une manières, sans jamais s’émouvoir. Pour s’être chargé lui-même de sa formation, Olaf en savait quelque chose...
Olaf...
Le nom émergeait de sa mémoire, drainant avec lui une foule de souvenirs qu’il aurait préféré oublier. Tant pis. A présent, il devait cesser d’être Gunnar le Noir pour redevenir Olaf le Paladin.
Namâric demeurait immobile. Une terrible colère bouillonnait en lui, Olaf le sentait. Et il s’en amusait.
Un sourire aux lèvres, il tendit une main vers l’épée.
- Je peux ?
- Je t’en prie...
Olaf la saisit par la poignée et l’examina avec soin. C’était une arme magnifique, au pommeau serti d’argent, aux tranchants très légèrement bombés, comme une longue feuille de laurier. Olaf fit quelques moulinets, l’acier miroitant à la lueur de la chandelle, puis il reposa la lame sur la table.
- Equilibre parfait, poids idéal. J’admire.
Namâric, qui jusque-là s’était contenu avec peine, explosa à ces mots. Sa main vola jusqu’à son ceinturon, se referma sur le manche d’un couteau, le dégaina et, d’un geste rageur, le planta au milieu de la table.
- C’est celui-là que tu devrais admirer !
Olaf jeta un coup d’œil à l’arme qui vibrait encore. Une lame incurvée marquée d’une feuille de hêtre, une poignée ornée d’un serpent d’argent, un fil mortellement aiguisé. Evidemment.
- Tu as l’intention de me montrer ce couteau à chacune de nos rencontres ? demanda Olaf. Je crois qu’après tout ce temps, j’ai compris le message...
Namâric expira pendant trois longues secondes, puis parla d’une voix très calme.
- Je pense qu’il vaut mieux que nous disions franchement ce que nous avons à nous dire. Ensuite, nous pourrons en venir au but de ma visite.
- J’approuve.
- Olaf, je te hais.
- Namâric, je te méprise.
- J’ai énormément de respect pour le soldat et le maître que tu étais...
- J’ai beaucoup d’estime pour l’élève que j’ai formé...
- ... mais, même sans compter ta trahison, ce que tu m’as fait par le passé constitue une raison suffisante pour te détester.
- De mon côté, ta loyauté aveugle envers l’Ordre m’a toujours écœuré. J’avais pourtant essayé de t’enseigner le libre-arbitre.
Ils se turent tous les deux, échangeant des regards assassins. Puis Olaf retrouva son sourire et se dirigea vers son garde-manger.
- Je t’offre à boire ?
- Juste de l’eau, merci.
- Je n’ai que ça, de toute façon.
Se déchaîner l’un sur l’autre les avait soulagés. Tous deux avaient besoin de lâcher ce qu’ils avaient sur le cœur. A présent, ils allaient peut-être pouvoir discuter quelques minutes sans s’énerver...
Olaf appuya sa hache contre le mur et revint vers la table avec deux gobelets d’eau claire. Il écarta les armes de Namâric et posa les boissons sur la surface de bois. Les deux hommes saisirent en même temps leurs verres et les vidèrent d’un trait.
- Cet endroit est sinistre, commenta Namâric.
- Je ne compte pas y passer ma vie. J’espérais que personne ne me retrouverait. Auquel cas je serais parti vers l’Ouest pour reprendre le nom de Lord Draxor de Rajelias et couler des jours tranquilles sur mes terres. Mais je suppose que ta visite va contrarier ces agréables projets...
- En fait, j’ai besoin de ton aide.
Sans marquer de surprise, Olaf opina.
- Mes souvenirs me jouent des tours. J’ai peur de ne voir aucune raison qui pourrait te pousser à avoir besoin de moi. Voudrais-tu me...
- ... rafraîchir la mémoire ? Bien sûr. Et comme j’ignore dans quel état ont sombré tes connaissances depuis notre dernière rencontre, permets-moi de remonter assez loin dans le temps.
- Je n’ai pas besoin de...
Sans se laisser couper la parole, Namâric se lança dans le résumé d’une bonne tranche de l’Histoire :
- Il y a quelques milliers d’années s’est créé l’Ordre des Paladins Noirs, une organisation dissimulée aux yeux du commun des mortels, et qui cherche préserver la paix dans le monde.
- Nuance, l’interrompit Olaf. Notre but est de veiller à maintenir le fragile équilibre entre les différentes nations, afin de pouvoir vendre nos services de mercenaires aux plus offrants. Je m’étonne que tu gobes si facilement les discours de nos maîtres...
- Pour une raison étrange, une organisation parallèle, les Vzad’orû’bausns, ou Chevaliers Blancs, a vu le jour en même temps. Si nous poursuivons les mêmes objectifs, nous sommes pourtant des ennemis mortels...
- Ca s’appelle la concurrence, Namâric. J’admets qu’il doit y avoir une autre explication, mais elle a dû se perdre avec le temps...
- Notre Ordre se subdivise en diverses catégories : assassins, chasseurs de primes, mercenaires, espions, en bref notre face publique. D’autre part, certains Paladins accomplissent des missions qui ne concernent que l’Ordre, parmi lesquels la recherche d’objets de pouvoir gorgés de magie.
- J’admire ta façon concise d’en venir au sujet et ton art de me faire passer pour un imbécile doublé d’un amnésique...
Namâric poussa un long soupir, mais poursuivit comme si de rien n’était.
- Après avoir achevé mon initiation, tu as formé un second élève, puis tu as quitté le service actif pour te consacrer aux recherches dans les archives. Ton travail était de retrouver la trace de reliques magiques, de déterminer leur puissance et, le cas échéant, de les faire récupérer.
- Je connais tout ça, Namâric.
- Or il se trouve qu’un jour, tu as reconstitué l’histoire de deux objets particulièrement intéressants : les Bracelets d’Arzhan. Tu as découvert qu’il étaient aux mains du Prince de Dümra, le jeune Alexandre. Et là, va savoir pourquoi, tu as déserté pour te mettre toi-même en quête de ces reliques - t’emparant au passage d’un précieux masque magique et d’une pleine caisse de lingots d’or...
- Parce que l’Ordre ne m’aurait jamais pris au sérieux ! protesta Olaf. Ces bracelets perdent leur pouvoir si leur propriétaire est tué ! Après tant de siècles, nos supérieurs auraient conclu qu’ils ne représentaient plus aucun danger ! Je devais m’en charger !
Namâric se retint de sourire.
- Une explication bancale, si tu veux mon avis. Je pense plutôt que tu avais envie de quitter l’Ordre, et que tu as pris ce prétexte pour te justifier auprès de tes restes de conscience professionnelle.
- Je ne te permets pas de...
- D’ailleurs, si tu voulais vraiment neutraliser les Bracelets, pourquoi as-tu finalement renoncé ? Tu aurais dû tenter de les dérober au Prince Alexandre...
- Tu m’en aurais empêché ! Et puis, de toute façon, plus personne ne doit être capable de les utiliser, aujourd’hui !
- C’est ce que je dis. Tu voulais juste une raison de déserter.
Olaf ouvrit la bouche pour une invective. Namâric ne lui laissa pas le temps de la proférer.
- Tu as donc disparu dans la nature. Moi, j’ai déclaré à l’Ordre que tu avais trouvé la mort. En paiement des services que tu as rendus au Prince. Mais désormais, j’ai à nouveau besoin de toi.
- Pourquoi moi ?
- J’ai échoué dans une mission. J’ai perdu tous mes hommes pour rien, j’ai trahi ma couverture, la cible a survécu. Si je reviens vers l’Ordre, je serai mis à mort pour mon échec.
Olaf acquiesça de la tête.
- La discipline est dure.
- Cependant, je me dois d’éliminer la cible. C’était ma mission, je dois la remplir.
- Même dans ce cas, tu seras puni. A moins que...
Namâric esquissa un sourire et leva la main gauche, exhibant un gant argenté.
- Je suis un Karalor. Je n’ai pas à suivre les consignes à la lettre. Certes j’ai perdu mon escouade, certes j’étais censé masquer le rôle de l’Ordre dans cet assassinat, mais si je parviens à tuer ma proie, je serai pardonné.
Fasciné, Olaf ne répondit pas. En marge de leurs grades, les meilleurs Paladins Noirs pouvaient accéder des rangs particuliers. Celui de Karalor donnait droit à une armure de karalite, ce métal légendaire capable de résister à la magie, et à une grande autonomie. Namâric avait bien progressé !
- De toute façon, poursuivit ce dernier, je dois faire mon devoir coûte que coûte. J’ai retrouvé la trace de ma cible, mais elle est trop bien protégée. C’est pourquoi j’ai besoin de ton aide. Que tu le veuilles ou non, nous formons la meilleure équipe de l’Ordre. Et nous ne pouvons compter que l’un sur l’autre.
Olaf se leva, l’air pensif.
- Je vois... Une chose toutefois : qu’est-ce qui peut bien te faire croire qu’après ce qui s’est passé entre nous, je vais accepter de bonne grâce de t’apporter mon aide ?
Namâric ne se troubla pas.
- L’identité de la cible, affirma-t-il.
Un doute affreux s’insinua dans l’esprit d’Olaf.
- Et quelle est-elle ?
Namâric lui lança un regard ironique, conscient d’avoir réussi à le piéger. Puis il abattit son atout-maître :
- Nous devons supprimer le Prince Alexandre.
![]()
Toujours premier pour tes fics.
Euh bon je m´étendrai pas hein, on connait la chanson, disons que le titre est vachement mieux que les trucs cons que tu nous donnais (
), et que je sens que je vais adorer cette fiction et que ça va s´fighter un max^^. J´aime bien Lord Draxor, il est sympathique comme personnage je trouve^^. Par contre on a aucune explication quant à Namaric et ça, ça fait un peu bancal...tu comptes nous expliquer à un moment comment il a survécu sans accepter l´aide de Molloch?
Je ne sais où je vais trouver le temps de lire ça ...
oula aurai je le courage de lire 600 pages sur un ecran d´ordi...j´en doute :-/ arf tant pis ![]()
Enfin! ![]()
THE fic 2006 est enfin arrivée! Le nouveau best-seller de KaiM...
Bref, tout le monde est heureux
.
Le seul truc à dire, c´est que ça promet
Le seul truc que j´aime pas trop, c´est le titre ![]()
He he he ! Le KaiM nouveau est arrivé !
Mais comme pour tout les autres, j´attendrais qu´il y ai au moins une cinquantaine de pages pour me lancer dedans, sinon l´attente est trop longue
![]()
manqué ! pff, tts facon la page s´actualiser pas.
Bon, le titre tjrs dans la lignée des titres à la con...
Pour Namaric, il devrait quand meme etre blessé. Et le grand mmaître du combat absolu à fait une erreur ? un peu louche quand meme cette histoire de pied et de centimètre
"il maniait sa cuillère avec des gestes précis" L´art du cuillérisme
Tu reveut de la soupe ? Wymesh pas trop
Sur cette note d´humour, à quand la suite et quel sera ton rythme ?
Youpi
Je l´avais presque oublier, Olaf (j´aime pas ce nom) mais je m´en suis douté quand le monsieur en noir est entré.
Vivement la suite.
Tu peux te permettre de poster une fois par jour, vu l´avance que tu dois avoir, non ?
Kaim, pourrais tu m´envoyer tes écrits sur ma boite?
Je ne lis pas car je voudrais lire les autres avant mais j´aime pas lire les trucs trop long sur jv.com donc bon...
Tu crois que c´est faisable?
une fois tout les deux jours avec dumrist qu´il avait finit alors la destinée des nouilles je pense que ça sera pas une fois/jour.
Mais le rythme 1fois/2jour était pas mal, alors Kaim ?
J´aimerais bien laisser un commentaire, mais je devrais plutôt lire au complet les autre fics, mais je suppose pouvoir m´attendre à quelque chose de très bien comme ce que j´ai lu jusqu´à présent des histoires précédentes.
![]()
Un deuxième chapitre pour en finir avec le début de l´introduction et surtout bien planter le décor. Je ferai ensuite un commentaire plus poussé sur ce qu´on trouvera dans cette fic.
De la terre et de la boue.
A perte de vue.
Evan contourna prudemment une large flaque nauséabonde puis, son précieux balluchon sur le dos, reprit sa marche vers le sud, à l’ombre des éternels nuages qui paressaient au-dessus des Terres Mortes.
Les Terres Mortes...
Une immense steppe dépourvue du moindre brin d’herbe, qui s’étendait sur des milliers de kilomètres au Nord du Grand Empire d’Affoth. Un désert malsain, où se dressaient çà et là des arbres morts depuis des siècles, vaincus par le climat impitoyable qui tourmentait cette contrée. Une lande sinistre, où même les aventuriers les plus hardis hésitaient à se risquer.
On rapportait au sujets des Terres Mortes des légendes plus effroyables les unes que les autres. D’après certains, un conquérant sanguinaire les aurait ravagées des millénaires auparavant, répandant tant de sang et de cendres que rien ne poussait plus. Pour d’autres, des démons infernaux avaient maudit le lieu, défiant la vie de revenir en ces terres.
Si les récits les plus farfelus circulaient, quelques faits restaient certains. Il fallait une volonté inébranlable pour pénétrer dans les Terres Mortes. De fait, nombre d’hommes ne parvenaient même pas à parcourir dix mètres avant de rebrousser chemin, fous de terreur. Quant aux animaux, aucun d’entre eux, sauvage ou domestique, n’acceptait d’approcher de ce désert, rendant les expéditions plus difficiles encore. En outre, pratiquer la magie y était impossible. Les plus puissants sorciers avaient tenté l’expérience, sans parvenir au moindre résultat. Accessoirement, aucune graine ne germait dans la région, et de violents séismes empêchaient d’y ériger la moindre construction.
Bref, de l’avis général, les Terres Mortes ne présentaient guère d’intérêt.
Mais comme partout, la fortune pouvait sourire aux audacieux.
Evan s’apprêtait à gravir une colline quand un discret scintillement attira son regard. Etonné, il se tourna vers la gauche. Non, ce n’était pas possible. Pas si près de la frontière...
Et pourtant, il y avait bien un éclat, là-bas, dans la boue. Un grand sourire aux lèvres, Evan s’en approcha puis s’agenouilla et plongea la main dans la terre humide pour en tirer un petit objet, dur et brillant, qu’il nettoya complètement avec son pouce.
C’était bien ce qu’il pensait.
Sous ses yeux ravis apparut une pierre transparente d’un centimètre d’épaisseur, polie par le temps et l’eau. Il la rangea dans son balluchon, avec quelques dizaines d’autres qu’il avait ramenées de son expédition. Alors comme ça, il restait encore des pierres dans le coin ! Et dire qu’à chaque fois, il s’aventurait plus loin dans le désert pour en faire la récolte.
Les Salanites, du nom du premier explorateur qui les avait découvertes, étaient la seule richesse des Terres Mortes. Ces pierres semi-précieuses, qui affleuraient un peu partout dans le désert, s’écoulaient assez facilement dans le monde entier. En conséquence, de nombreux prospecteurs arpentaient la région, seuls ou par petits groupes, afin d’en amasser des quantités souvent réduites qu’ils revendaient ensuite à des marchands honnêtes et respectables - c’est-à-dire ceux qui payaient le mieux.
Evan faisait partie de ces prospecteurs.
Seize ans, les cheveux blonds, les yeux bleus, c’était un grand et solide garçon dont le nez un peu busqué venait contrarier le physique par ailleurs assez agréable. Lorsque, quatre ans plus tôt, ses parents avaient trouvé la mort dans une bagarre d’ivrognes, il avait dû chercher lui-même un moyen de subvenir à ses besoins. N’ayant aucun goût pour la discipline, il avait renoncé à intégrer l’armée ou les corporations d’artisans, préférant la vie aventureuse des chercheurs de trésors.
Il s’était révélé très doué dans le métier. Après des débuts hésitants, il avait acquis une grande connaissance des Terres Mortes qui, associée à sa vue perçante, lui rapportait à chaque voyage une bonne mesure de Salanites. Evidemment, les pierres se faisaient de plus en plus rares, et il devait à présent s’enfoncer très loin dans le désert pour ramener une récolte honorable mais, dans l’ensemble, il s’en sortait bien.
Il y avait des inconvénients, bien sûr. Par exemple, les expéditions restaient très risquées, même pour quelqu’un d’expérimenté. Il n’était pas rare qu’un prospecteur ne rentre jamais chez lui. De plus, les filles avaient tendance à préférer les apprentis, assurés d’exercer toute leur vie une profession sûre, honnête et rémunérée, aux explorateurs comme Evan, susceptibles de disparaître dans d’atroces souffrances, et sans laisser de traces.
Evan marcha encore deux heures dans la lande aride. Au fil des années, il avait appris à réduire sa charge pour ne se munir que du minimum vital. Outre ses vêtements de toile, presque inusables, et ses fidèles bottes de cuir, il ne portait qu’un sac de vivres - presque vide -, un couteau de chasse passé à sa ceinture, quelques bandages au cas où, une chaude couverture, et son balluchon chargé de son butin.
Il finit par atteindre le sommet d’une colline. Là, il se dressa de toute sa hauteur et inspira une grande bouffée d’air pur.
Il était de retour chez lui.
La frontière des Terres Mortes avait quelque chose de frappant. A partir d’une ligne presque droite, qui courait d’Est en Ouest jusqu’à l’horizon, l’herbe poussait à nouveau. Comme si un dieu fantaisiste avait tracé un trait à la règle en déclarant : « A gauche, terres fertiles, à droite, que dalle ».
Au-delà du désert s’étendaient des champs de maïs et de blé, fauchés à l’approche de l’hiver. Plus loin, dans un massif de collines, se trouvaient des élevages de moutons. Au niveau de quelques hauteurs, une route marchande qui longeait les Terres Mortes obliquait vers le sud.
A cet emplacement se dressait la ville de Keldras.
Les empereurs d’Affoth n’avaient jamais vu d’un très bon œil la présence à leur frontière nord d’une immensité dépeuplée. Les Terres Mortes représentaient un passage très facile pour un hypothétique envahisseur. C’est pourquoi on avait bâti le long du désert une ligne de puissantes forteresses, dont les garnisons surveillaient en permanence le paysage dévasté du nord. Keldras était l’une d’elles.
Erigée sur le plus haut promontoire des environs, la citadelle de pierre faisait face au Terres Mortes, tandis qu’à ses pieds s’agglutinait une foule de maisons et de commerces. Un observateur poétique aurait dit que les demeures se pressaient frileusement les unes contre les autres. Un pragmatique aurait jugé qu’on les avait plantées un peu au hasard, sans se soucier de laisser de la place pour les rues.
La ville s’était développée pour des raisons diverses et variées. En premier lieu, une rivière à peu près potable serpentait entre les trois collines qui délimitaient la cité. Ensuite, elle se trouvait à l’intersection de la route qui bordait les Terres Mortes et de celle qui menait à la capitale de l’Empire d’Affoth, Sarkhan la Magnifique. Et pour finir, cette région n’était guère sûre, d’où l’intérêt de vivre à côté d’une forteresse bien garnie. Et peu importait que cette même forteresse, théoriquement sous contrôle impérial, dépendît en réalité du duc d’Islaris, le véritable maître de cette contrée.
Evan, quant à lui, se moquait éperdument des motifs socio-politico-économico-culturo-religieux qui avaient pu pousser des gens à s’installer à cet endroit précis. La ville était là, point.
Il lui fallut encore une demi-heure pour rejoindre Keldras pendant que le soleil s’approchait de l’horizon. A cette heure, il n’y avait plus beaucoup d’animation dans les rues étroites et sinueuses. Les paysans venus vendre leurs produits repartaient le plus souvent en milieu d’après-midi et, de toute façon, la fin de l’automne n’était pas une période propice aux affaires. Ne restaient plus en ville que quelques colporteurs, sentinelles désabusées et autres voyageurs attardés. La vie ne reprendrait qu’à la tombée de la nuit, quand les hommes descendraient aux tavernes et que les détrousseurs se posteraient dans les ruelles sombres.
Evan traversa la moitié de la ville pour finalement échouer devant une grande boutique aux enseignes colorées. Il poussa la porte et pénétra dans une large pièces, aux étagères surchargées d’amulettes, de bijoux, d’animaux en cage, d’armes de cérémonie et de souvenirs pour touristes. Derrière un épais comptoir se tenait un petit homme d’une quarantaine d’années, aux cheveux laqués, à la fine moustache brune et aux yeux pétillants : Jelius, le propriétaire. Lorsque Evan s’approcha de lui, il afficha un sourire rusé et tendit une main chargée de bagues.
- Bonne récolte ?
- Ca va, répondit Evan en déposant son balluchon sur le comptoir. Le même genre que d’habitude, quoi.
Jelius retroussa ses manches rouges brodées d’or, puis ouvrit le sac et jaugea d’un œil appréciateur les joyaux qu’il contenait.
- En effet, c’est de la bonne qualité. Tu m’impressionneras toujours, Evan.
- Combien m’en donnes-tu ?
- Hum... Trente-deux couronnes.
Evan sursauta.
- Quoi ? C’est encore moins que la dernière fois !
- La demande diminue, mon ami, et l’offre augmente car les prospecteurs dans ton genre sont de plus en plus nombreux. En conséquence, les prix baissent.
- Attends ! Avec trente-deux couronnes, je rentre à peine dans mes frais !
- Pas de chance. Malheureusement, je peux t’affirmer que ce sera de pire en pire.
Outré, Evan songea un instant à quitter la boutique et à aller vendre ses pierres ailleurs. Il y renonça rapidement : Jelius lui faisait depuis longtemps déjà de bien meilleures offres que ses concurrents.
Le marchand posa les trente-deux couronnes sur le comptoir, mais ne les poussa pas vers Evan. Respectueux, il attendait que celui-ci prenne une décision.
C’est alors que la porte d’entrée s’ouvrit à la volée. Un homme de haute taille, ses cheveux noirs noués en catogan, fit irruption dans la pièce, l’air pressé. Il portait une tunique ocre-rouge, des haut-de-chausses assortis et un long manteau noir. Une main posée sur le pommeau du cimeterre qui pendait à sa ceinture, ses yeux verts jetant des regards inquiets en tous sens, il se dirigea droit vers Jelius.
- Arlas ! s’exclama l’onctueux marchand. Quel honneur de te voir ici ! Quelle raison peut pousser un honorable personnage de ton rang à mettre les pieds dans ma misérable échoppe ?
Evan ne put retenir un sourire. Jelius ne considérait sûrement pas son magasin comme misérable, et Arlas était tout sauf un homme honorable. Il s’agissait plutôt d’un voleur, assez médiocre au demeurant, qui cachait le plus souvent son incompétence et se tirait des mauvais pas en jouant du cimeterre. Avec, il est vrai, une certaine habileté.
Sans accorder d’attention à Evan, le nouveau venu s’appuya contre le comptoir, tira un objet de son manteau et le posa devant Jelius. Le marchand l’observa longuement. C’était une croix d’argent de cinq centimètres de long, aux extrémités évasées, dont le centre s’ornait d’un rubis de la taille d’un oeuf de caille. « Un beau bijou », songea Evan.
- Combien pour ça ? s’enquit Arlas.
- Où l’as-tu volé ? l’interrogea Jelius. Tu vois, je n’aimerais pas que son propriétaire vienne me le réclamer...
- Ne t’inquiète pas pour ça. Je n’ai pas laissé de pistes.
- Tu sembles pourtant bien pressé de t’en débarrasser...
Arlas s’empourpra, parvint à se dominer, planta ses yeux dans ceux de Jelius. Avec une certaine satisfaction, il lut de la peur dans les yeux du marchand.
- Ne t’inquiète pas, Jelius, fit-il d’une voix douce. Tu n’auras aucun problème.
Arlas tournait le dos à la porte. Il ne pouvait donc comprendre que ce n’était pas lui qui effrayait le petit marchand, mais le nouvel arrivant qui se tenait dans l’encadrement. Un chevalier en armure rutilante, coiffé d’un heaume à ailettes surmonté d’un panache blanc, muni d’épaulettes auxquelles pendait une cape blanche, et armé d’une longue épée à la garde dorée.
Evan toussota.
- Euh, Arlas ?
Irrité, le voleur se tourna vers lui. Ce faisant, il aperçut du coin de l’œil le chevalier immobile.
Le sang reflua soudain du visage d’Arlas pour laisser la place à une pâleur mortelle. Tremblant, il pivota pour faire face et posa une main hésitante sur la poignée de son cimeterre.
- Je te suggère de lui rendre ce qui lui appartient, murmura prudemment Jelius.
Le front en sueur, Evan essayait de se faire oublier. Tout ça ne le concernait pas. Un frisson glacé parcourut son dos quand son regard vint à nouveau se poser sur le chevalier. Ce guerrier avait quelque chose de... terrifiant. Peut-être parce qu’il pas encore prononcé un seul mot, ni esquissé le moindre mouvement. Evan recula lentement jusqu’à une porte latérale...
Les yeux affolés d’Arlas tombèrent sur lui. Retrouvant ses moyens, le voleur saisit la croix d’argent puis s’élança en direction de la sortie. Il bouscula Evan, actionna la poignée, poussa le battant et se jeta à l’extérieur.
Comme s’il n’attendait que ce signe, le chevalier bondit à son tour. Il traversa la pièce à une vitesse fulgurante, percuta Evan qui titubait devant la porte, le poussa au-dehors et quitta la boutique à son tour.
Evan s’écrasa sur le sol pavé de la rue. Connaissant bien le magasin de Jelius, il savait qu’il se trouvait dans une impasse. Si Arlas s’était laissé acculer par son poursuivant, il ne pourrait pas s’échapper. Dommage pour lui.
Evan reprenait peu à peu ses esprits. Il se secoua, son regard s’arracha à la contemplation des pavés...
Et tomba sur une paire de bottes.
Elles étaient faites d’un cuir noir souple et confortable, et munies de semelles épaisses adaptées à la marche. Des pièces de métal venaient renforcer leurs pointes tandis que le manche d’un poignard dépassait de chacun des montants.
Cette seule vue fit frissonner Evan. Ses yeux remontèrent le long d’un pantalon moulant en cuir sombre, pourvu de sangles serrées de part et d’autre des genoux. Fixées à mi-cuisse, juste à portée de main, de longues gaines abritaient une seconde paire de dagues.
Doucement, Evan rampa en arrière et leva la tête vers la partie supérieure de l’habit. Un habit noir trop épais et résistant pour n’être qu’un simple vêtement.
Il s’agissait d’une armure légère.
Parfaitement ajustée.
L’inconnu avait les mains fines et de longs doigts musclés. A ses poignets brillaient deux bracelets d’argent, incrustés de pierres aussi rouges que du sang. Derrière son épaule droite dépassait la poignée d’un glaive attaché en travers de son dos. Quant à son visage...
Evan réalisa soudain que l’étranger était plus jeune que lui. En dépit de son allure impressionnante, il ne devait pas dépasser les quatorze ans. Les cheveux d’un brun ténébreux, les traits droits et sévères, il fixait Evan d’un regard glacial, comme s’il contemplait un insecte s’agitant à ses pieds.
- Ôte-toi de mon chemin, ordonna-t-il d’une voix froide qui n’admettait pas de contestation.
Evan se releva fébrilement et, terrorisé, se plaqua contre le mur de la maison voisine. Du coin de l’œil, il vit Jelius refermer la porte de son magasin. Puis il se tourna vers le côté et aperçut Arlas.
Le voleur, debout au fond de l’impasse, serrait d’une main son cimeterre et de l’autre la croix en argent. Face à lui, le chevalier le tenait en respect, ses gantelets de mailles fermés sur la poignée de sa longue épée.
Dégoulinant de sueur, Arlas tremblait de tous ses membres. Quand le chevalier fit un pas vers lui, il brandit son cimeterre avec toute la conviction qui lui restait.
Le garçon en noir s’avança calmement vers eux.
- La croix.
Encore une fois, sa voix sinistre avait retenti, impérieuse. Rien qu’à l’entendre, Evan tressaillit à nouveau, incapable de bouger et encore moins de s’enfuir.
- La croix. Je ne le répéterai pas.
Arlas sembla comprendre ce qu’on attendait de lui. Il secoua frénétiquement la tête, puis lança l’objet dans les airs. Le garçon l’attrapa au vol et l’observa un instant avant de le ranger dans une poche. Puis il s’approcha encore.
- Tu as tué deux hommes pour me dérober cette croix. Si tu m’as rendu ton butin, il te reste encore ces vies à restituer.
Les yeux fous, Arlas flageolait à tel point qu’il menaçait de s’écrouler à tout instant. Le garçon en noir se tourna vers son compagnon.
- Tuez-le, Karen.
Le chevalier passa à l’action avec une stupéfiante rapidité. Son bras s’élança, propulsant comme une flèche son épée vers le cœur d’Arlas.
Par pur réflexe, le voleur dévia l’estocade d’un battement de son cimeterre. Des étincelles s’envolèrent. Aussitôt, le chevalier bondit sur le côté, prit appui contre le mur, modifia son angle de frappe...
Sa lame transperça la poitrine de son adversaire, puis s’y enfonça jusqu’à la garde. Arlas poussa un hoquet de surprise, tomba à genoux quand l’acier se retira de son corps. Un flot de sang jaillit de sa plaie béante. L’épée revint en un arc éblouissant. Son fil acéré mordit le cou du voleur, et la tête alla rouler sur le sol. Quand elle s’immobilisa, ses yeux morts fixaient Evan.
Epouvanté, celui-ci sentit un cri d’horreur monter de ses entrailles. Alors qu’il allait s’échapper, la main du chevalier se posa sur ses lèvres. Claquant des dents, Evan retint son hurlement. Plusieurs fois par le passé, il avait assisté à des règlements de comptes entre truands. Mais jamais, jamais il n’avait vu une telle froideur dans un meurtre.
Le garçon en noir le jaugea un instant du regard. Evan eut la conviction qu’il se demandait s’il allait lui laisser la vie sauve ou bien l’abattre comme Arlas. A cette idée, la peur lui noua un peu plus la gorge, si c’était encore possible.
- Oublie que tu nous as vus, commanda le garçon. Efface ce souvenir de ta tête, et profite de ta vie.
Puis, à son compagnon :
- Vous m’avez déçu, Karen. Je ne pensais pas que vous laisseriez un voleur de bas étage s’emparer de cette croix. Dois-je vous rappeler combien elle est importante pour nous ? Je vous prierai, à l’avenir, de renforcer la sécurité sur les coffres.
Le chevalier hocha la tête. Puis tous deux s’en furent sans ajouter un mot, abandonnant Evan dans l’impasse en compagnie du cadavre d’Arlas. Bientôt, ils disparurent à l’angle de la ruelle.
Entre deux claquements de dents, Evan s’aperçut qu’il avait mouillé son pantalon.
![]()
Je réalise que j´ai fait de la première page un énorme pavé qui découragera tout de suite les non-initiés.
Bof, de toute façon...
Les non-initiés devraient de toute façon commencer par les trois autres fictions, je sais que t´as fait ton possible pour qu´ils soient pas paumés mais vu l´univers...
Bon, rien d´autre à ajouter, juste que finalement je commence à détester ce "Prince"...et que le ´Evan´ n´est peut-être pas un personnage si anodin que ça je pense^^.
T´as pas répondu au fait, donc je repose la question qu´avait posée chépuki : tu comptes avoir quel rythme de post avec cette fiction?
Le même qu´avec le Siège serait bien. ![]()
j´adore le prince, trop classe mdr. Mais qu´elle est cette croix ? qu´elle sont les glands qui se sont laissé abattre par un voleur looser ? Qui est Even ? Où est Adrien ? Qui s´est qui lave le pantalon d´Even ? tant de question sans reponse...
chris: Il me semble qu´il n´avait pas fini le siège quand il a commencé à le ´´publier´´.
Qu´est-ce qu´il devient vilain, cet Alexandre. Et il engueule Karen, en plus.
Vivement la suite(bis)
Bon, petit commentaire.
Je compte adopter un rythme d´un chapitre tous les deux ou trois jours en fonction de la longueur, quitte à accélérer quand j´aurais fini la fic.
Voilà. Maintenant, des précisions quant à la suite de la fic.
Par rapport au siège de Dümrist, j´ai volontairement baissé d´un cran un certain nombre d´éléments. L´histoire est moins complexe : beaucoup moins de double jeu et de trahisons, moins d´intrigues secondaires, moins de personnages. Non, ce n´est tout de même pas un retour au niveau des Bracelets d´Arzhan : on apprendra des choses sur le passé des héros, sur les Migrodis, sur les origines d´Alexandre, etc... Disons que l´histoire sera quand même plus linéaire.
Ensuite, les personnages.
Hum...
Le Cycle d´Alexandre a un objectif précis : contribuer à la mise en place de la situation au début de la Guerre du Tigre en se concentrant sur les aventures du Prince Alexandre. Or, un certain nombre de persos ont croisé la route du Prince et ne le reverront plus. En outre, ils sont très bien là où ils sont et il n´est pas nécessaire de leur faire vivre d´autres histoires pour le moment.
Ce qui signifie que la plupart des personnages du Siège ne joueront aucun rôle dans cette fic. Mettez de côté Adrien, Alexandre VII, tout Dümrist en fait, ainsi que Tektus, le comte Thibaut, ses fils et... *se planque pour ne pas se faire lapider* Hustouk.
Oui, la horde des Orks sera mentionnée mais n´interviendra pas, autant que vous le sachiez tout de suite. Désolé mais c´est comme ça. *abaisse craintivement son bouclier pour savoir si les jets de pierre ont cessé*.
Bref, c´est surtout aprce que j´ai moins de temps pour écrire et que je dois faire plus simple. Ce sera la même chose pour les combats. Si vous voulez d´énormes bastons, allez relire la fin de la Cathédrale ou les batailles du Siège. Ici, j´arrête de verser dans la démesure et les duels titanesques, même si le final devrait quand même renouer avec cet esprit. Ben oui, la fin du Cycle mérite une immense scène d´action, non ?
Je profite aussi de cette fic pour introduire de nouveaux personnages comme Evan ou les Gardes noirs, et développer un peu l´univers. Au programme : une traversée d´Ethiol, une croisière sur la Caspiée, une visite de Yagatâr...
Bon, voilà, je crois que j´ai dit tout ce qui pouvait fâcher et un peu de ce qui pouvait rassurer. De la mauvaise politique, en somme. A plus.
Cool pour la publication. Pas cool pour Hustouk, pas cool pour les combats. Cool pour le Zahr par contre, peut-être pourra-t-il nous faire un peu oublier le manque d´Hustouk et de Tektus. (d´ailleurs, je vois pas l´intérêt de nous faire miroiter une histoire avec lui dans l´épilogue du Siège si c´est pour qu´on en parle plus^^). Bon, donc, d´après ce que j´ai compris, faut pas s´attendre à l´excelentissime Siège. Bon, tant pis, ça restera bon.
Vivement la baston finale.
Et vivement la vraie Guerre du Tigre. ![]()