Et Azergatil, ça vient de quoi ?
KaiM est un pseudo assez ancien dont j´utilisais une version plus longue sur d´autres sites. Kai est une référence à Seto Kaiba, un personnage dans Yugioh (excusez mes goûts, j´étais jeune à cette époque... au moins, mon pseudo vient pas de pokémon) et M est l´initiale de mon prénom.
Je n´ai par ailleur jamais dit que j´aimais bien les noms dérivés du français. J´ai juste signalé que c´était un moyen. J´aime les noms simples, est Namâric n´est pas franchement compliqué (à titre d´exemple, c´est pas Gharkablax). Namâric est un nom que j´ai inventé en même temps que l´Ordre des Paladins Noirs, il m´est presque tout de suite venu à l´esprit. Même l´accent circonflexe, que je n´utilise presque jamais, me paraissait évident dans ce cas. Un nom à sept lettres avec une pointe sur la quatrième. Faites-en l´interprétation que vous voulez.
A noter que je n´avais pas du tout prévu de faire de Namâric ce qu´il est devenu. Il s´est révélé ainsi presque naturellement, dès sa première apparition dans le Siège.
moi j´aime bien ce chapitre, il m´a permit de me rémemorer certaines choses (genre qui sait quoi etc) et je pense qu´il était nécessaire pour la compréhension
tu voulais en faire quoi de Namâric au départ ? ![]()
Hum... pourquoi Azergatil ? Bon, ça m´apprendra à poser des questions indiscrètes ![]()
En fait, Azergatil, c´est juste parce que j´avais trouvé un nom, Ergatil, que j´appréciais pas mal mais j´avais l´impression qu´il y manquait quelque chose... Au moment de trouver un pseudo pour jv, mon regard a dérivé sur le clavier et hop ! Azergatil était né(_Azerty777 a aussi dû en passer par là
^^ )
Et désolé pour avoir mal interprété ton post sur les noms français ![]()
En fait j´ai toujours été attiré par la création des noms propres (d´ailleurs que penseriez-vous de créer un topic à ce sujet ?
)
Créer tout un topic pour les noms propres ? Ca risque de faire un peu léger nan ? Et puis bon, on y fera quoi ? On y postera les noms que l´on vient d´inventer pour que les autres puissent s´en servir ? Et si deux forumeurs sont attirés par le même nom ?
Il faut y réfléchir...
A mon avis, un topic sur la création de nom (comment s´y prendre, quelles racines utiliser, comment trouver des noms qui sonnent bien, etc...) serait au final assez peu rempli. On peut très bien en discuter sur des topics de fics comme celui-ci ou sur le bla-bla.
A part ça, la suite :
Chapitre 13 : Le Dragon des Mers
Les deux Paladins Noirs chevauchèrent trois jours avant d’atteindre Jarinas.
Après avoir achevé la traversée des collines qui s’étendaient à l’est de la forêt de Wymesh, ils contournèrent une vieille et imposante montagne dépeuplée, percée de mines depuis longtemps épuisées, puis rejoignirent une route de commerce. Celle-ci parcourait la campagne de l’Est d’Ethiol , étendant ses ramifications pour desservir les nombreux villages qui parsemaient le pays. Là, Olaf et Namâric rencontrèrent enfin d’autres voyageurs, marchands aux chariots remplis de produits exotiques, paysans qui allaient vendre leur laine à la ville, soldats qui patrouillaient dans la région, se dirigeaient vers le champs de bataille du nord ou gagnaient la capitale d’Ethiol, la grande cité de Calnor.
Malgré l’abattage des forêts, l’agriculture ne semblait guère rentable dans cette contrée. Quand Namâric observa les paysans qui engrangeaient les dernières récoltes, il constata sans mal leur faible quantité. Autant qu’il s’en souvînt, les champs de son village d’enfance, en Affoth, produisaient deux fois plus de céréales que ceux-ci. Olaf, quant à lui, connaissait la relative aridité de la région, et savait qu’Ethiol n’assurait pas son autosuffisance alimentaire. Sur ce point, il restait dépendant de Dümra, le grenier à blé de l’est de l’Aropa.
Les Paladins se fondirent sans mal dans le flux de voyageurs. Par deux fois, ils croisèrent des groupes d’individus à l’air mauvais et à l’allure menaçante, mais ils n’eurent qu’à mettre leurs armes en évidence pour éviter les ennuis.
Comme ils se trouvaient contraints, pour la première fois depuis dix ans, de travailler ensemble, leur vieille camaraderie reprenait lentement sa place, dissipant la tension qu’avait installée leurs luttes d’autrefois. Duo efficace et bien huilé, ils établissaient efficacement leur campement le soir, l’un nourrissant les chevaux tandis que l’autre préparait le dîner, et instauraient les tours de gardes par un accord tacite. Ils évitaient le plus souvent les villages et fréquentaient encore moins les auberges, peu désireux de se faire remarquer. Non seulement le Prince Alexandre pouvait avoir des amis n’importe où, mais l’Ordre des Paladins Noirs pourrait lui aussi les repérer.
Pour l’instant, leurs supérieurs les croyaient morts tous les deux. S’ils découvraient que ce n’était pas le cas, ils remédieraient rapidement au problème, abattant Olaf pour sa désertion, exécutant Namâric pour son mensonge et son échec.
En l’absence d’informations précises, ils n’avaient encore établi qu’un plan très simple. Les renseignements qu’ils glaneraient à Yagatâr les remettraient sur la piste d’Alexandre, et finiraient par les conduire jusqu’à lui. Une fois le Prince éliminé, Namâric irait faire son rapport à l’Ordre et reprendrait sa place tandis qu’Olaf, officiellement décédé, se dirigerait vers l’Histena et le domaine de Lord Draxor de Rajelias. Ils n’avaient pas discuté davantage de la suite des événements, mais chacun sentait que cette vision des choses risquait fort de se compliquer par la suite.
Le soir, avant de dormir, ils s’entraînaient à l’épée, au couteau, à la lutte à mains nues ou bien au tir à l’arc. S’ils ne combattaient pas au maximum de leurs possibilités afin de ne pas se blesser, ils maintenaient toutefois un incroyable niveau. Les lames tourbillonnaient, les coups pleuvaient de part et d’autres à une vitesse stupéfiante. Et, les deux guerriers usant à peu de chose près d’une technique identique, aucun ne remportait jamais de victoire.
Ils parlaient peu, comme à leur habitude, et avaient la sagesse de ne pas ressasser leurs affrontements passés.
Trois jours après leur départ, la végétation se fit plus dense, la route plus encombrée, les patrouilles plus nombreuses. Les cris des mouettes se firent entendre, l’air marin imprégna les narines et, pour finir, la côte apparut.
Au sommet d’une crête rocheuse qui surplombait le paysage, Olaf et Namâric contemplèrent de longues minutes l’océan calme et bleu qui s’étalait devant eux en reflétant la vive lumière du soleil. La vue de la mer leur avait toujours fait le même effet, une impression de paix mêlée d’une inexplicable tristesse qui finissait bien pas s’effacer.
Jarinas était une ville portuaire nichée dans une large crique, limitée au nord par de hautes falaises couvertes de pins, au sud par un littoral tantôt boisé, tantôt marécageux. Depuis leur promontoire, les deux Paladins distinguèrent nettement les toits en tuiles des nombreuses maisons, les entrepôts qui longeaient les quais et les dizaines de bateaux et de barges amarrés aux pontons.
- C’est de là que nous allons partir, commenta Namâric.
Ils redescendirent vers la route, la suivirent une demi-heure puis franchirent sans encombre les portes de Jarinas.
La ville était le siège d’une activité intense et bruyante. En tant que principal port de liaison entre Ethiol et Yagatâr, elle voyait transiter chaque jour plusieurs tonnes de marchandises diverses et variées, depuis les plus fins tissus jusqu’aux plus gros bestiaux, en passant par les barriques de vin, les coffrets de bijoux, les outils de toutes sortes et les artefacts prétendument magiques. L’ensemble allait des bateaux aux chariots - et réciproquement - dans un concert d’ordres, de cris enthousiastes, de réprimandes, d’altercations, de beuglements et de pas précipités, sous le regard implacable du phare de trente mètres et des trois tours de guet qui entouraient le port.
Sans prêter attention aux manœuvres qui travaillaient en peu partout en ville, ni aux marchands en sueur, ni aux rudes aventuriers, ni aux mendiants misérables, ni même à un petit meurtre dans une ruelle sombre, Olaf et Namâric traversèrent la Jarinas et se rendirent sur les quais. Là, ils examinèrent les bateaux. A l’exception des navires de pêche et des barges de commerce, la flotte se composait en grande partie de vaisseaux à deux mâts, à une rangée d’avirons et aux larges châteaux arrières. Des bateaux de voyageurs.
Lecteurs assidus des aventures de Cugel le Niais, les deux Paladins s’abstinrent intelligemment de demander conseil aux dockers et firent le tour des navires, cherchant celui qui partait le plus tôt pour Yagatâr. Ils finirent par dénicher le “Dragon des Mers”, un bâtiment honorable qui appareillait le lendemain. Le capitaine, un homme robuste d’une quarantaine d’années, à l’épaisse barbe rousse et aux vêtements de cuir, répondant au nom de Pernox, ne fit guère de difficultés.
- Quarante-cinq couronnes pour une cabine de deux couchettes, lâcha-t-il, et vingt pour loger les chevaux dans la soute.
C’était un prix raisonnable, qu’Olaf paya sans rechigner.
- Combien de temps pour atteindre Yagatâr ? s’enquit Namâric.
Pernox posa sur lui un regard bleu et rusé, ne sourcillant pas plus devant ses armes et sa cuirasse qu’à la vue de l’étrange masque d’Olaf.
- Si le temps reste beau, quatre jours de navigation suffiront. Sinon... Je ne peux rien affirmer.
Namâric n’insista pas. Olaf et lui firent descendre leurs montures dans des boxes aménagés dans la soute, où se trouvaient déjà cinq autres chevaux. Norzac se rangea calmement à la place qu’on lui proposait tandis que Belanar, soudain nerveux, eut un élan vers une jument blanche. Olaf le maîtrisa sans mal et le fit rentrer dans son box.
Après quoi les deux Paladins remontèrent l’escalier, allèrent déposer leurs affaires dans leur cabine - une minuscule pièce aux murs de bois percés de deux couchettes -, et regagnèrent le pont.
Quelques autres passagers se tenaient là, au milieu des marins qui vérifiaient les cordages. La voile, pas encore déployée, s’enroulait au sommet du grand mat.
- C’est agaçant, n’est-ce pas ? lança Olaf en regardant le large.
- Quoi ?
- Pour l’instant, nous n’avons rien. Non seulement nous allons devoir traquer un gibier en partant de zéro et en évitant de nous faire remarquer, mais en plus il va nous falloir attendre au moins quatre jours avant de débuter nos recherches.
Namâric haussa les épaules.
- Tu m’as enseigné la patience. Trahirais-tu tes propres leçons ?
- Ce n’est pas ça, mais...
- Quoi ?
Olaf inspecta les alentours à travers son masque, vérifiant que personne ne les écoutait.
- Au début, je pensais retrouver l’esprit de nos premières missions, mais à mesure que nous avançons, je commence à avoir un mauvais pressentiment. Mon instinct me hurle que je mets les pieds dans une affaire qui me dépasse, et cela m’inquiète vraiment.
- Pareil pour moi, répondit Namâric. Mais j’ai une autre façon de voir les choses. Peu importe ce qu’Alexandre manigance, quel enjeu il représente et pour qui. Il doit mourir, et je le tuerai.
Olaf resta silencieux pendant un moment, fixant le soleil sans paraître incommodé.
- Nous verrons bien, conclut-il. Mais j’espère que nous n’aurons pas à regretter notre choix.
Chapitre 14 : Au bord d’une oasis
Le principal problème dans une expédition de cet ampleur, c’était l’eau.
Chacun des hommes d’Alexandre et de Karen portait sur lui plusieurs gourdes d’un litre chacune, tandis que huit soldats marchant au centre de la formation convoyaient de grands et lourds tonneaux. D’après les calculs d’Evan, affinés par Axtros, cette provision pouvait durer trois jours, quatre tout au plus. D’où l’importance du guide.
Si la plupart des rivières qui sillonnaient les Terres Mortes charriaient des poisons mortels, il existait néanmoins un grand nombres de points d’eau potable, connus uniquement des prospecteurs les plus expérimentés, comme Evan. Aussi, lorsque celui-ci avait établi l’itinéraire de la troupe, il avait veillé à construire une progression en étapes, permettant de se ravitailler en eau tous les deux ou trois jours. Cela allongeait un peu le trajet, mais c’était indispensable.
Après trois premiers jours de voyage, la troupe achevait de remplir les gourdes et les barils à un minuscule lac d’eau pure qui s’écoulait ensuite vers l’est en une rivière paresseuse.
Pour l’instant, au soulagement d’Evan, tout se déroulait bien. Les hommes d’Alexandre progressaient à une bonne allure, supportaient bien le vent et le sol mi-boueux, mi-rocailleux. Toutefois , en jetant un coup d’œil aux lourds nuages qui arrivaient de l’ouest, Evan se demanda si ses clients résisteraient à un des violents orages qui balayaient les Terres Mortes.
Tandis qu’Alexandre fixait sa gourde à sa ceinture, qu’Axtros discutait de questions logistiques avec Emmanuel, et que Varlian aidait quelques Chevaliers à rajuster leurs paquetages, Karen s’approcha d’Evan.
- Félicitations, commença-t-elle. Je croyais l’eau douce très rare dans les Terres Mortes…
- C’est le cas.
Il désigna les quelques arbres à épines qui entouraient le lac.
- Ces plantes poussent à proximité des points d’eau, mais ne garantissent pas qu’elle est potable. En fait, pour vérifier…
Evan se pencha et cueillit une toute petite fleur aux pétales bruns.
- Il faut s’assurer qu’on trouve aussi des Isalines dans le coin. Ces fleurs-là sont aussi sensibles que des humains aux poisons qui coulent dans les fleuves des Terres Mortes.
Karen parut impressionnée, puis tendit une main hésitante.
- Je peux ?
Avec un sourire, Evan lui donna la fleur.
- Gardez-la. Comme ça, si j’ai un accident, vous pourrez vous en servir pour repérer d’autres points d’eau.
Il comprit avec un temps de retard que fournir à ses employeurs des indications qui leur permettraient de se passer de lui n’était pas la meilleure chose à faire ; mais la réponse de Karen le rassura.
- Ne parle pas de malheur. Il ne t’arrivera rien.
- Les Terres Mortes ne sont pas sûres.
- Je veillerai sur toi.
Evan se demanda comment il devait le prendre. Après tout, Alexandre et Karen avaient besoin de lui, il était normal qu’ils veuillent le garder en vie… Puis il croisa le regard de l’Elfe, et son sourire le fit fondre.
- Merci, balbutia-t-il en s’empourprant.
Il se détourna.
Les hommes repartirent quelques minutes plus tard. Du coin de l’œil, Evan remarqua Jobas, l’hémostatique, qui marchait un peu à l’écart. Pour avoir déjà subi les effets de sa présence, le garçon comprenait qu’on lui demande de s’éloigner du groupe. Néanmoins, il lui semblait injuste d’exclure ainsi un membre aussi vital de la troupe.
Puis il reprit son trajet dans la boue et ne pensa plus qu’à guider ses clients sur le chemin le plus praticable.
Quelques petits commentaires:
"l’air marin imprégna les narines"
J´aime pas trop cette partie de laphrase. Je trouve que le mot narines fait tache, mais c´est totalement subjectif; je crois qu´il faudrait la supprimer.
"ni même à un petit meurtre dans une ruelle sombre"
Je trouve que ça a aucun sens, parce que personellement, je pense que y´a aucune différence entre un petit et un gros meurtre.
Pour la bonne cause ![]()
SunShadow==>Un petit meurtre est pour moi un meurtre discret sur une personne sans grand importance.
Enfin, je le comprends comme ça, un règlement de comtpes par exemple.
Sinon, y´a juste "de cet ampleur, c’était l’eau." que j´ai relevée.
Et vivement la suite. ![]()
![]()
j´ai fini "la cathédrale de Kridath" et commencé avec "le siège de Dümrist"...superbe travail! Il te faudra certainement peaufiner quelques details mais c´est de toutes facons j´ adore! Continue ainsi
et encore un grand bravo pour toi!
J´interromps la rédaction de cette fic pendant une durée indéterminée qui pourra s´étendre juste sur cette semaine (au vu du boulot que je dois abattre pour lundi) ou bien jusqu´au 16 juin (à cause du bac).
En attendant, je posterai ce que j´ai comme avance, ce qui représente quand même 160 pages.
C´était l´annonce du jour.
Autrement dit, tu auras repris l´écriture bien avant que ton avance ait fondu^^. Bon bac alors, même si j´avais cru comprendre que tu étais sûr de l´avoir.
Une p´tite suite aujourd´hui? ![]()
Va pour une suite.
Chapitre 15 : Dans les eaux de la Caspiée
Ses voiles gonflées par le vent, le « Dragon des Mers » fendait les flots miroitants, traçant un long sillage de remous dans l’immensité de la mer Caspiée. A l’exception de deux lointains navires et d’un vol d’albatros, rien d’autre ne s’offrait à la vue qu’un infini sol bleu.
Debout à la proue du bateau, Namâric goûtait la caresse du vent sur son visage. Il avait laissé son casque et ses armes dans sa cabine, ne conservant que sa cuirasse et son inséparable couteau incurvé. En contemplant l’océan qui s’étalait autour de lui, le Paladin se sentait partagé entre une impatience grandissante d’atteindre Yagatâr et une certaine anxiété à l’idée d’achever la traversée. Malgré les enseignements d’Olaf, il avait hâte de se remettre sur la piste d’Alexandre. D’un autre côté, il se doutait que ces instants sur le pont du navire faisaient partie des derniers moments calmes dont il pourrait profiter avant de replonger dans les ennuis.
« Déjà deux jours », songea-t-il. Pernox, le capitaine, avait dit quatre. La moitié de la route était déjà derrière eux.
En deux journées de voyage et cinq repas communs, Olaf et Namâric avaient fait connaissance avec les autres passagers. Il y avait Qaldis Etrifek, un commerçant histenien, qui se rendait à Yagatâr pour juger lui-même des stocks de ses associés ; Garmïn, un nain bourru et nerveux, censé transmettre un message à des amis ; Yvor Krân, un ex-soldat dümréen qui voulait se lancer dans le mercenariat ; Stren Withel, un nobliau aux manières doucereuses qui accompagnait sa fiancée, la ravissante Synia, chez son père à Yagatâr ; et la famille Jensaï : Karayl, le père, un petit homme qui avait acquis une honorable fortune dans le commerce de saucisses, Eve, la mère, Julia et Endie, les deux filles, sans oublier le benjamin, Rainal.
Ce dernier, âgé de huit ans, jouait dans les cordages avec l’agilité d’un petit singe. Namâric le surveillait d’un air désapprobateur quand Pernox s’approcha de lui.
- Il risque de tomber, commenta le Paladin. Ne pourriez-vous pas le faire descendre ?
Le capitaine jeta un coup d’œil au petit garçon avant de hausser les épaules.
- Il ne dérange personne, et je ne suis pas sa mère.
Les deux hommes gardèrent un instant le silence, savourant le spectacle des flots autour du navire.
- Vous êtes des Paladins Noirs, n’est-ce pas ? questionna Pernox. Vos armures, vos attitudes…
Namâric se raidit. Machinalement, il chercha Olaf sur le pont et ne l’aperçut pas.
- C’est exact, finit-il par reconnaître.
- Je ne sais pas trop quoi penser de cet Ordre…
Pernox semblait songeur. De toute évidence, il cherchait les mots justes.
- J’ai eu affaire à l’un d’entre vous, une fois. Et j’ai eu d’autres échos. Je ne voudrais pas vous vexer, mais…
- Parlez franchement. Je ne vous veux aucun mal, et je suis ouvert à toute opinion.
Pernox se rasséréna.
- Eh bien, j’avoue que l’idée de vous avoir à bord ne me plaît guère. Je ne peux pas me permettre de refuser des clients, mais j’ai quand même tendance à me méfier. D’après mon expérience, vous et vos collègues formez une bande de tueurs sans pitié. Vous n’hésitez pas à exécuter vos ordres, quels qu’ils soient, ni à abattre des innocents s’ils risquent d’entraver le bon déroulement de votre mission. Vous êtes dangereux, certains vous voient comme des démons maléfiques.
Namâric encaissa ce jugement sans broncher. Après un court instant de réflexion, il choisit de défendre l’Ordre, même s’il n’en faisait plus partie.
- C’est en effet l’image que nous donnons, concéda-t-il. A l’extérieur. Mais notre rôle est essentiel. C’est en supprimant les gens vraiment dangereux que nous préservons la paix dans le monde.
Eve parut sur le pont et aperçut son fils dans les cordages.
- Rainal ! appela-t-elle. Descends de là tout de suite !
- T’inquiète pas, m’man, je maîtrise !
Pernox détourna le regard et s’accouda au bastingage, côté droit.
- Dans un certain sens, vous dites peut-être vrai. On pourrait néanmoins rétorquer que le remède est pire que le mal. Mais je ne vous ai pas tout dit.
- Ah ?
Namâric vint se ranger à côté de lui.
- Vous avez d’autres choses à nous reprocher ?
- Des tonnes, reconnut Pernox. Mais malgré cela, je garde un profond respect pour les hommes de votre trempe.
- Pourquoi ?
- Souvent, j’ai vu certains d’entre vous…
Pernox n’acheva pas sa phrase. Soulevé par une vague, le « Dragon des Mers » pencha brusquement sur la gauche. Un cri de surprise fusa du grand mât, se changea en un hurlement de terreur bientôt relayé par une seconde voix. Namâric et Pernox se retournèrent juste à temps pour voir Rainal disparaître dans une gerbe d’éclaboussures sous le regard horrifié de sa mère.
Namâric n’hésita pas une seconde. D’un bond époustouflant, il traversa le pont, passa à côté d’Eve et plongea dans la mer. Emporté par le poids de son armure, il percuta la surface de l’eau avec la force d’un rocher, mais ne se laissa par étourdir par le choc. Il devait agir vite.
Il regarda autour de lui. A dix mètres sur sa gauche, Rainal s’agitait frénétiquement, cherchant à rester à la surface alors que, visiblement, il ne savait pas nager.
L’armure de Namâric l’entraînait vers le fond. Il bénit un forgeron dont il ne connaissait pas le nom pour avoir créé la karalite plus légère que l’acier, puis nagea de toutes ses forces vers le petit garçon.
Sur le pont du navire qui s’éloignait, Pernox ne perdit pas de temps.
- Deux hommes à la mer ! hurla-t-il à son équipage. Jensen, vire à gauche ! Sparial, la voile ! Les autres, baissez les avirons !
Les matelots s’exécutèrent, et le « Dragon des Mers » ralentit.
Entre-temps, Namâric avait rejoint Rainal.
- Au secours au secours au secours, gémissait le petit garçon.
- Calme-toi, tout va bien se passer, lui lança le Paladin en le prenant dans ses bras.
Moulinant des jambes aussi vite qu’il le pouvait, il parvint à se maintenir à l’air libre. Au loin, il aperçut des hommes qui mettaient un canot à la mer.
« C’est bon. Tout ça n’aura été qu’une grosse frayeur. »
- Aaah ! hurla Rainal. Un truc m’a frôlé les pieds !
Namâric ne répondit pas. Il l’avait senti, lui aussi. Une substance froide et visqueuse, dont le contact dur laissait présager une force considérable.
« Et moi qui croyais que les anguilles géantes ne chassaient que de nuit. »
Namâric tira son couteau au moment où un cri strident retentissait derrière lui. Tenant Rainal d’une main et sa lame de l’autre, il se retourna et attendit.
« Aucun homme n’est à l’aise dans un milieu liquide. Je n’aurai qu’une seule chance. »
Les flots bouillonnèrent, la surface creva, et l’anguille apparut.
C’était un immense poisson grisâtre, un long serpent marin encore plus redoutable que ses congénères terrestres, dont la gueule grande ouverte offrait une vue agréable sur une double rangée de dents et un estomac aussi noir que la nuit. Porteur de souffrance et de mort, le monstre fila droit sur ses proies.
« Maintenant ! »
Namâric lâcha Rainal et leva son bras pour se protéger tout en reculant afin de s’éloigner de l’anguille. Au lieu de broyer le Paladin, les terribles mâchoires du prédateur se refermèrent sur son brassard en karalite. Plusieurs dents se cassèrent sur le métal qui, pour sa part, ne se déforma même pas.
Namâric passa à l’offensive. Sa contre-attaque fut aussi fulgurante et mortelle que l’assaut du monstre marin. Son couteau se planta dans le cuir visqueux de l’anguille, remonta vers son œil en lacérant sa chair et s’enfonça dans son orbite avec un bruit écœurant. L’animal se tordit de douleur, mais ne pensa pas à ouvrir la gueule, de sorte que Namâric resta fixé à lui. Le Paladin frappa à nouveau, crevant l’autre œil, puis poussant de toutes ses forces sa lame pour atteindre le cerveau.
Le bleu de la mer vira à l’écarlate.
Namâric passa sous l’anguille, lui trancha deux artères afin de s’assurer de sa mort, puis dégagea son bras et s’éloigna du cadavre pour rejoindre Rainal et l’aider à nager.
Sa main se crispa sur son couteau quand, à nouveau, l’horrible cri retentit. Une nouvelle anguille apparut, et Namâric se prépara à la combattre. Mais elle se contenta de mordre la première et de l’entraîner vers le fond.
Le canot arriva à leur hauteur quelques minutes plus tard. Un marin aida Rainal à remonter à bord tandis que Pernox tendait à Namâric une main secourable.
- Voilà pourquoi je respecte les Paladins Noirs, déclara-t-il en souriant.
Namâric hocha la tête et se hissa dans la barque.
Chapitre 16 : Première épreuve
L’orage fut sur eux en début d’après-midi.
Ils étaient partis de Keldras depuis cinq jours. Pendant toute la matinée, Evan avait guetté la masse de nuages qui approchait par l’est, et rappelé ses instructions :
- Nous ne pouvons pas prévoir quand l’orage frappera, sauf quand il ne nous reste plus qu’une dizaine de minutes. Par conséquent, chercher un abri n’a aucun intérêt. Et de toute façon, nous sommes trop nombreux pour nous entasser entre des rochers. Donc, le moment venu, débarrassez-vous de tout objet métallique – à commencer par vos armures – et jetez-vous à terre en vous protégeant avec vos manteaux ou vos couvertures. Par-dessus tout, gardez avec vous les provisions d’eau et de nourriture.
Ils avaient donc poursuivi leur progression jusqu’à l’arrivée de la tempête.
D’abord vint le vent. Des bourrasques violentes, furieuses, qui firent chanceler les hommes et ralentirent leur allure, les forçant à retenir leurs manteaux pour les empêcher de s’envoler.
- Arrêtez-vous ! hurla Evan pour couvrir le tumulte. Le vent précède la pluie et la foudre. C’est maintenant qu’il faut agir !
Aussitôt, les Gardes noirs et les Chevaliers Blancs entreprirent de retirer leurs armures. S’aidant les uns les autres, il y parvirent en moins de cinq minutes, et entassèrent les pièces de cuirasses à l’écart de leur position. Après quoi chacun tira ses armes et les déposa au sol, non loin des armures. Evan prit son couteau et le jeta par-dessus. Même Alexandre, qu’on n’avait jamais vu se séparer de ses lames, ôta son glaive et ses poignards.
- Vos bracelets ! lui cria Evan. Ils sont en métal !
L’ombre de l’inquiétude passa sur le visage du Prince tandis qu’une lueur intéressée s’allumait dans les yeux de Karen. Alexandre hésitait.
- Inutile ! répondit-il finalement. Il ne m’arrivera rien !
Evan vacilla sous une rafale de vent, puis décida que cette affaire ne le concernait pas.
- A vos risques et périls ! conclut-il.
Les premières gouttes de pluie commencèrent à tomber. Les hommes s’allongèrent sur le sol, serrant contre eux leurs paquetages, et se couvrirent de leurs manteaux. Les Gardes se campèrent autour d’Alexandre, et tous s’étendirent sous des ponchos de laine noire. Evan, enfin, les imita.
Un éclair fendit le ciel, un coup de tonnerre gronda. La pluie s’abattit avec force sur le campement d’Alexandre. Sous l’action combinée de l’eau et du vent, les hommes se couvrirent peu à peu d’une boue lourde et épaisse.
Tapi sous son manteau, Emmanuel attendait. Il savait que la tempête pouvait aussi bien durer des heures que s’arrêter dans une minute. Tout en maudissant ce qu’il estimait le coin le plus pourri de la planète, il se demanda ce qu’il y faisait.
Bien entendu, il faisait confiance à ses supérieurs, à commencer par Karen. Si on l’avait envoyé dans les Terres Mortes, c’était forcément pour une bonne raison. Néanmoins, l’idée d’agir sans jamais connaître les enjeux de ses missions commençait à le déranger. Il était un soldat loyal, fidèle, attaché à ses maîtres, et l’idée de les critiquer ne lui serait jamais venue ; ce qui ne l’empêchait pas de se sentir engagé dans quelque chose de très important, ni de se dire qu’il aurait bien aimé en savoir un peu plus.
Enfin… Il apprendrait tout en temps voulu, il n’en doutait pas.
Au bout d’une vingtaine de minutes, il lui sembla que l’orage redoublait de puissance. Bien que n’étant pas habitué aux tempêtes des Terres Mortes, il sentait confusément qu’un problème se posait.
Emmanuel souleva un pan de son manteau et jeta un coup d’œil à l’extérieur. D’abord, il ne vit que des manteaux blancs maculés de boue étendus à côté de lui ; puis, la pluie martelant son visage, il aperçut Evan, accroupi non loin de lui. Les yeux écarquillés de terreur, le garçon jetait des regards affolés partout autour de lui.
Marchant courbé sous la tempête hurlante, Emmanuel s’approcha.
- Qu’est-ce qui ne va pas ?
Un éclair tomba à cinq cent mètres, suivi d’un autre qui frappa le tas d’armures sans, heureusement, leur causer de sérieux dommages.
- L’orage est beaucoup plus violent qu’à l’ordinaire, expliqua Evan. Ce n’est pas normal, je crois que…
Une terrible bourrasque jeta Emmanuel à terre. Il s’écrasa dans la boue, roula deux fois sur lui-même, tenta de remettre de l’ordre dans ses pensées.
Un cri d’horreur s’éleva sur sa gauche. Le lieutenant releva la tête et en chercha la source.
Il crut rêver.
Les pieds d’Evan ne touchaient plus terre. Soulevé par un vent de plus en plus violent, le garçon traversait le camp en s’éloignant du sol. Emmanuel voulut bondir pour l’attraper au vol, mais réalisa qu’il risquait simplement d’être emporté lui aussi.
Axtros réagit avec promptitude dès que le cri d’Evan parvint à ses oreilles. Ne pouvant compter que sur son ouïe, le Zahr avait suivi toute la scène et compris les dangers de la violence du vent. Il sauta sur ses pieds, retint d’une main son manteau pour l’empêcher de s’échapper, et de l’autre cueillit Evan en plein vol.
Dès que ses longs doigts se furent refermés sur la cheville du garçon, Axtros se sentit happé par son élan. Un autre que lui aurait perdu ses moyens et se serait trouvé dans l’incapacité de réagir ; mais le Zahr, incapable d’éprouver la moindre peur, mit à profit la fraction de seconde qui lui restait pour se livrer à un calcul simultané d’énergie cinétique et de résistance des matériaux. Après quoi il modifia l’angle de ses pieds, planta fermement ses griffes dans le sol et rabattit son bras.
La course d’Evan s’acheva dans la boue.
Le garçon mit un instant à ordonner ses pensées. Puis il se retourna, s’essuya le visage et aperçut Axtros.
- Merci, balbutia-t-il, peinant à admettre que le Zahr lui ait sauvé la vie. Si jamais quelqu’un est emporté dans les airs, c’en est fini de lui.
Au même instant, un vent tourbillonnant balaya le campement. Axtros se baissa, agrippa Evan, et un nouveau hurlement retentit.
La voix d’Alexandre.
La bourrasque s’était engouffrée sous son manteau et l’avait soulevé à son tour. Avant même de s’élancer, Axtros sut qu’il arriverait trop tard. Varlian en revanche précéda d’une seconde les autres Gardes noirs et bondit sur le Prince. Il le manqua toutefois d’un cheveu, et Alexandre s’envola en tournoyant.
- Une corde ! cria Axtros à Evan.
Le garçon mit deux secondes à comprendre ce que le Zahr aveugle attendait de lui. Quand enfin il commença à balayer le camp du regard, il était déjà trop tard : Alexandre volait à dix mètres du sol.
Karen se leva à son tour, repéra une corde, la déroula et la lança vers le Prince. Elle ne parcourut pas la moitié de la distance avant de retomber dans la boue.
Désespéré, Evan regarda son employeur s’éloigner dans le ciel.
C’est alors qu’Alexandre passa à l’action. Sous les yeux ébahis de ses hommes, il écarta bras et jambes, se plia en deux et, dans une série de contorsions, parvint à stabiliser son vol avant d’amorcer une descente.
- Il a saisi le principe des courants, commenta Axtros sans émotion. Ce garçon aurait dû être un Zahr.
Alexandre se tendit en arrière, réalisa un double saut périlleux, remonta légèrement, s’arrêta, et tomba en virevoltant vers le sol où il se posa en douceur.
Un soupir de soulagement s’échappa des lèvres de Karen.
Evan, lui, sentit son cœur se serrer quand il vit où le Prince avait atterri.
La tempête faisait toujours rage. Plusieurs hommes qui s’étaient redressés durent se coucher pour n’être pas à leur tour arrachés à la terre. Alexandre, lui, s’y enfonça dès son premier pas en avant.
- Des sables mouvants ! lui hurla Evan. Ne bougez plus !
Alexandre s’immobilisa aussitôt, puis se laissa tomber en arrière et écarta les bras, répartissant son poids sur une surface maximale.
« Incroyable, songea Evan. Il n’a même pas paniqué, et il a tout de suite compris ce qu’il devait faire. Est-il vraiment humain ? »
Karen s’approcha d’Evan et lui posa une main sur l’épaule.
- Heureusement que tu as vite compris pour les sables mouvants.
A ce simple compliment, le garçon se sentit rougir.
- C’est pour ça que je suis là, répondit-il.
- Je ne voudrais pas vous déranger, lança Alexandre, mais quelqu’un pourrait-il m’envoyer une corde avant que je n’aie disparu sous la boue ? Il pleut toujours.
Dans la lueur d’un éclair, Varlian se chargea de cette tâche.
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bon je prend du retard, je lis ça sans faute demain ;- ) !! ! ^^
Je n´ai lu aucun de tes écrits mais est-ce que ce serait possible que tu m´envoie les premiers tome?
Si tu les as en écrit (mais j´en doute pas...et surtout je l´espère). Peux tu me répondre par mail? : pierre.asse@hotmail.com
(Même si tu ne veux pas réponds moi plz)
J´ai pas regardé mais tout le monde dis que ton histoire est captivante alors s´il te plait réponds moi ^^
Excellent chapitre, et assez long c´te fois.
Vivement la suite. ![]()
et vlà, retard rattrapé.
"une inexplicable tristesse qui finissait bien pas s’effacer." petit faute, je pense que tu voulais dire paR
Sinon sauté à l´eau avec une armure, j´ai trouvé ça très stupide. Et le combat qui suit très irréaliste et qui renforce l´idée que Namaric est invincible. La partie sur le bateau m´a d´ailleurs vraiment déplu. Aucune action, bcp de raisonnement déplacé (Pernox va dire à des tueurs sans merci que ce sont des salauds, il est p-e suicidaire ou fou). Le gamin qui joue dans les cordages, au risque d´abimer ou de casser quelques choses, et meme si pernox n´est pas sa mere, il devrait le faire descendre.
La partie dans le desert, un petit peu courte mais sympa. Par contre, pareil quelques remarques :
- C´est bien d´avoir penser à leurs faire enlever les armures, mais les disposer en tas au meme endroit c´est pas bon. La foudre en tombant dessus va faire fusionner le métal.
- Pk le prince est sûr qu´il ne lui arrivera rien ? il peut pas user de la magie et ses bracelets sont en métal. De plus, vu qu´il a des risques de prendre la foudre, il aurait fallu qu´il s´isole et non qu´il se mette au centre des soldats. Trop dangereux pour ses gardes.
- Le prince ne peut user de magie donc il ne peut retirer les bracelets dans les terres mortes.
Oki, la suite bientot ?
Au fait, t´as 160 pages d´avance, donc ta depacé la taille des bracelets ? t´as bientot finis pour nous faire une preview de la guerre du tigre ?^ ^
Ben, Pernox est un homme franc, et surtout il sait qu´il ne risque pas grand-chose : même si tu es en colère contre lui, tu ne vas pas tuer le capitaine du bateau qui te transporte si tu veux avoir une chance d´arriver à bon port. Et qu´entends-tu par "aucune action" ?
- Les chances pour que la foudre fasse fusionner le matériel sont quasiment nulles : il faudrait des petites pièces de métal et, surtout, des isolants qui engendrent une mauvaise conductivité donc une forte différence de potentiel et un dégagement de chaleur. Ici, il n´y a que des gros bouts de métal qui conduisent bien le courant, donc aucun risque.
- Alexandre se place parmi ses hommes pour qu´ils le protègrent. On se fout des risques qu´ils prennent, ils sont là pour le défendre et rien d´autre. C´est ça, les gardes du corps.
- Le Prince préfère dire qu´il ne lui arrivera rien car il ne peut pas retirer les Bracelets (et même s´il le pouvait, il n´essaierait pas) mais qu´il n´a pas le temps de l´expliquer à Evan.
Et la Guerre du Tigre attendra très longtemps. J´ai plein d´autres projets en tête, et je ne vais pas me lancer dans un truc aussi énorme avant d´être sûr de moi. En plus, comme je l´ai déjà expliqué, je vais en prépa l´année prochain donc j´écrirai beaucoup moins et certainement pas de longues fics.
Az´
Si mon but était juste d´avoir le bac, je ne réviserais même pas. Mais je vise une mention très bien.
Allez, une petite suite avant de faire le point.
Chapitre 17 : Rats de bibliothèque
Yagatâr !
La Ville Eternelle, capitale des sciences, des arts et de la magie. Monument du savoir, temple de l’industrie, plaque tournante du commerce, cœur de l’Aropa !
La gigantesque cité occupait la pointe d’une péninsule en croissant, au sud de la frontière qui séparait l’Empire d’Affoth des provinces d’Ertussie. Ses ports, s’étendant sur toute la longueur de son littoral, accueillaient chaque jour des centaines, voire des milliers de navires en provenance de toutes les rives la mer Caspiée.
Les terres de Yagatâr ne comprenaient plus aucune végétation. Du nord et sud, de l’est à l’ouest, sur les côtes comme sur les hauteurs, se dressaient d’innombrables bâtiments de briques ou de pierre, maisons, entrepôts, boutiques, ateliers, immeubles, temples, auberges… La ville comptait deux cent mille habitants, auxquels s’ajoutaient une moyenne de cent mille voyageurs attirés à Yagatâr pour toutes sortes de raisons : commerce, visites, contrats inavouables, volonté d’apprendre ou d’enseigner, tourisme et autres.
La cité-état avait toujours su conserver son indépendance face à ses puissants voisins. Au nord de la péninsule, un ensemble colossal de murailles, de douves et de tourelles formait une ligne de fortifications capable de barrer le passage à n’importe quelle armée. Quant aux ports de la ville, ils étaient protégés par un solide dispositif de forteresses et de tours de guet, soutenus par des balistes et des catapultes prêtes à couler le moindre navire hostile. En outre, Yagatâr disposait de la plus formidable troupe de Mages de Combat que le monde ait jamais porté.
L’organisation politique de la cité n’avait jamais été remise en question. Le pouvoir appartenait aux magiciens. Vingt cardinaux, élus à vie par le peuple au cours d’un vote où ne pouvaient se présenter que les plus puissants sorciers, dirigeaient les différents ministères chargés de contrôler les affaires de la ville. Le gouvernement, peu interventionniste en matière d’économie, veillait surtout à maintenir la sécurité entre les murs de Yagatâr, et s’offrait même le luxe de venir en aide aux pauvres.
Au sommet de la pyramide du pouvoir prenait place un dirigeant élu par et parmi les cardinaux eux-mêmes : le prince-sorcier.
Considéré comme le meilleur magicien au monde, il devait à la fois prendre les décisions essentielles et composer avec les intérêts souvent divergents des vingt ministères. On ne critiquait jamais son autorité, bien que certains prissent un malin plaisir à lui mettre des bâtons dans les roues.
Les cardinaux siégeaient dans le centre névralgique de Yagatâr : le Dôme. Immense coupole de pierre surmontée d’une gigantesque flèche, il se dressait au sommet de la crête qui parcourait la péninsule d’un bout au l’autre. Cet emplacement offrait un triple avantage : l’air était pur ; les mages pouvaient regarder de haut les petites gens qui s’affairaient en bas et se conforter dans l’idée de leur supériorité ; la moitié des empêcheurs de tourner en rond qui voulaient déposer des réclamations abandonnaient l’ascension à mi-parcours, de sortes que seuls les vrais problèmes, portés par des administrés motivés, parvenaient jusqu’au Dôme.
Le Dôme abritait également l’Académie de Magie de Yagatâr, là où tous les sorciers de renom étaient passés un jour où l’autre, comme Lida de Spardian ou Thenetos de Vordal. Chaque année, une promotion de cinq cent à mille étudiants voyait ses longues années d’études récompensées par le plus prestigieux diplôme jamais délivré. De l’avis de tous, les professeurs de l’Académie du Dôme étaient les meilleurs dont on puisse rêver – quoiqu’un peu sévères, parfois.
Dans toute son histoire, la ville n’avait commis qu’une seule erreur : vouloir s’occuper des affaires des autres. Cinq cent ans auparavant, le prince sorcier Arkanaès avait lancé une gigantesque croisade à l’encontre des hommes-bêtes : Singes, Wolks, Varaks et Dylrans. Si Arkanaès était bien parvenu à exterminer la moitié des Dylrans, son armée avait ensuite subi une défaite monumentale face à la coalition de monstres qui s’était formée face à elle. Yagatâr avait connu des heures noires, essuyé les assauts de moult ennemis, avant de redevenir florissante sous le règne de l’actuel prince-sorcier.
Anathor.
Originaire d’Histena, major de promotion au terme de ses études au Dôme et, selon la rumeur, lointain descendant d’un Elfe, il avait été élu dix ans auparavant, et dirigeait Yagatâr avec sagesse, souplesse et conviction. Un homme respecté.
La péninsule s’incurvait vers l’est en un ample croissant, formant une immense baie qui abritait le plus grand port de la ville. Le vent en poupe, le « Dragon des Mers » s’y engagea, restant dans le sillage d’une énorme trirème de guerre en retour de patrouille.
Rejoindre la côte dura une bonne heure. Trouver un emplacement à quai et y accoster en prit une autre et rendit Pernox particulièrement nerveux. Plusieurs fois, il aboya à la cantonade un sec « Silence quand je manœuvre ! ». Visiblement, il détestait se garer dans les grandes villes.
Après ces épreuves éreintantes, Olaf et Namâric mirent pied à terre et firent amener leurs chevaux. Tenant Norzac et Belanar par la bride, ils se frayèrent un chemin sur des quais infiniment plus larges et encombrés que ceux de Jarinas. Un vacarme assourdissant emplissait le port tandis qu’on chargeait des caisses, qu’on déchargeait le produit de la pêche, qu’on dirigeait le bétail, qu’on apprêtait les bateaux au départ, qu’on vendait des poissons à la criée, qu’on découpait des poulpes à coups de hache, et – étrangement – que des aristocrates se repoudraient le nez avant d’entrer en ville.
Les deux Paladins évitèrent soigneusement les quartiers pauvres du sud de la ville pour se diriger vers la grande bibliothèque. En chemin, ils admirèrent l’architecture régulière de la cité, tout à fait dans le style caspiéen, avec des toits en tuiles rouges, des murs peints en couleurs vives, des fenêtres aux carreaux de verre et des postes gravées d’une tête d’animal. Ils contournèrent les immenses forges de Kashnark, d’où sortaient chaque jours des quantités phénoménales d’armes et d’outils métalliques, puis, au terme d’une longue rue marchande garnie d’étals et encombrée de chariots, parvirent à la grande bibliothèque.
C’était un bâtiment massif, un pavé de pierre et de briques qu’adoucissait à peine les rangées de colonnes qui soutenaient son porche et les statues de grands penseurs qui garnissaient ses murs. Une foule bruyante et disparate se pressait à l’entrée, s’engouffrant dans la bâtisse ou flânant au soleil.
Olaf et Namâric trouvèrent une des nombreuses écuries qui parsemaient la ville, y laissèrent leurs chevaux pour deux heures – moyennant deux couronnes – et pénétrèrent dans la bibliothèque.
La grand hall, une immense pièce circulaire au plafond décoré de peintures, était encombré par des dizaines d’étudiants, de chercheurs, d’érudits, qui se renseignaient aux guichets pour s’orienter vers les différentes sections.
- Bien, et maintenant ? s’enquit Olaf.
- Alexandre est passé par là, répondit Namâric. Donc il cherchait quelque chose. Si nous retrouvons ce qu’il a découvert, nous aurons peut-être un indice quant à sa prochaine destination.
Olaf lui jeta un regard consterné.
- Il y a des centaines de milliers de livres archivés dans ce bâtiment, Namâric. J’espère que tu as d’autres infos.
- En effet. L’homme qui m’a renseigné, un historien affotite, faisait des recherches dans la section religieuse quand il a vu un garçon répondant à la description d’Alexandre.
- Comment as-tu rencontré cet historien, déjà ?
- Par hasard. J’ai interrogé pas mal de monde pour retrouver la trace d’Alexandre. Je n’ai pas chômé, en six mois.
- Et comment peux-tu être sûr qu’il s’agit bien de notre cible ?
- Parce qu’un chevalier en armure, doté d’un manteau et d’un panache blancs, ne le lâchait pas d’une semelle.
- Les Vzad’orû’bausns…
Olaf resta songeur un instant, scrutant le hall avec son masque d’or.
- Très bien. Section religion.
Ils fendirent les rangs de la foule, trouvèrent un escalier de marbre qu’ils gravirent sans se presser, parcoururent un dédale de couloirs avant de déboucher dans une pièce lumineuse dont la porte arborait le mot « Religion ». Dans la salle, longue de quarante mètres et large de trente, s’alignaient des étagères chargées d’une montagne de livres et de rouleaux. Au centre, une aire dégagée abritait des tables de chêne où travaillaient une trentaine de personnes.
- Cette démesure ne va pas beaucoup nous aider dans nos recherches, commenta Olaf.
- Allons nous renseigner, proposa Namâric.
Cinq employés à l’air fermé, en uniforme bleu marine, se tenaient derrière des bureaux de pin vernis dispersés dans toute la salle, compulsant des listes et annotant divers documents administratifs. Namâric retira son heaume, le tendit à Olaf et s’approcha du plus proche, un homme entre deux âges à la moustache blonde. Puis, n’osant le déranger, il attendit que l’employé le remarque.
Cela dura une bonne minute.
Finalement, Namâric perdit patience et toussota légèrement. Pas de réaction. L’homme continuait de recopier une liste comme si de rien n’était.
- Excusez-moi…
L’employé leva les yeux et afficha un sourire forcé.
- Monsieur, vous désirez ?
- Je m’intéresse à une personne qui aurait fait des recherches dans cette section il y a deux ou trois mois et…
- Pas mon boulot. Et de toute façon, j’étais pas là.
Namâric s’éloigna.
- Tu t’attendais à quoi ? railla Olaf. A de l’amabilité ? C’est un fonctionnaire !
- Avec des opinions pareilles, tu prends de sérieux risques… Bon, alors ? Comment faire ?
- Laisse-moi m’en occuper.
Olaf traversa la moitié de la salle et aborda deux autres employées, des femmes approchant la trentaine, apparemment engagées dans une discussion passionnante au sujet d’une secrétaire du troisième étage promue au poste de responsable de section grâce à son oncle qui travaillait au Dôme avec l’aide de sa belle-sœur qui…
- Mesdemoiselles… commença le Paladin.
L’une des deux abandonna à regret les ragots de la fonction publique pour se tourner vers lui. Elle eut un mouvement de surprise devant le masque doré, puis lâcha :
- Oui ?
- Je travaille sur une affaire de la plus haute importance et…
Namâric n’entendit pas la suite, car les exclamations enthousiastes d’un étudiant couvrirent les voix d’Olaf et des bibliothécaires. Quand le Paladin revint, il eut un haussement d’épaules désabusé.
- Elles étaient bizarres. Dès que j’ai commencé à leur décrire Alexandre, elles se sont refermées et n’ont plus rien voulu me dire.
- Il aurait acheté leur silence ?
- Je ne crois pas. Je l’aurais lu dans leurs yeux. Il doit y avoir autre chose, une raison qui dépasse les pouvoirs de mon masque…
Namâric chercha les autres employés. Il en restait deux, un vieil homme aux cheveux blancs mais aux traits encore énergiques, et une jeune femme dont les boucles brunes encadraient un visage naïf. Plongés dans leur travail, nichés aux angles de la pièce, ils n’avaient pas dû suivre les deux premières tentatives des Paladins. Après un instant d’hésitation, Namâric choisit l’homme et se dirigea vers lui.
Il employa une tactique différente de celle qu’il avait utilisée pour le premier. Plutôt que de se laisser faire, il plaqua fermement ses mains sur le bureau et interpella le vieillard.
- Je travaille au Dôme. Agent à la sécurité municipale. Nous enquêtons sur un criminel.
L’homme leva les yeux, l’air intéressé, comme si pour la première fois un événement insolite venait pimenter son existence.
- Vraiment ? Que se passe-t-il donc ?
- Nous recherchons un meurtrier particulièrement dangereux. Nous avons des raisons de croire qu’il mène des recherches dans les bibliothèque avant chacun des massacres qu’il commet.
- Je ne saisis pas…
- C’est un fou. Il ne tue qu’après s’être longuement renseigné sur les institutions qui lui servent de victimes.
Le vieil homme paraissait captivé. Namâric poussa son avantage en lui décrivant le caractère essentiel de cette opération, puis enchaîna sur la description d’Alexandre et de son escorte.
- Je crois en effet que… commença le bibliothécaire.
Namâric eut alors l’impression qu’une ombre passait dans les yeux de l’employé. Au bout d’une seconde, il se ravisa.
- Non. Jamais vu.
- Quoi ? Mais si, vous sembliez vous souvenir de…
- Non. Désolé. A présent, laissez-moi, j’ai du travail.
Namâric soupira et s’éloigna.
- Pareil, annonça-t-il à Olaf. Vraiment bizarre.
- Il n’en reste plus qu’une.
Le Paladin au masque d’or désigna la jeune femme penchée sur un épais volume.
- Tu t’en charges, ajouta-t-il.
- Hé ! C’est ton tour.
Olaf lui jeta un regard grave.
- Nous nous sommes grillés auprès de quatre personnes sur cinq. Cette fois, nous n’avons pas le droit à l’erreur. Alors il ne faut rien négliger. Nous allons jouer sur le charme et la séduction. Et en ce qui me concerne, j’ai peu de chances de lui plaire avec mon air de vieillard décati.
Namâric semblait mal à l’aise.
- Tu crois que ça marchera mieux avec mes yeux rouges et mon teint blafard ?
- Sans aucun doute. Décoince-toi un peu et donne-toi à fond.
- Super conseil.
Namâric inspira profondément, contourna plusieurs étagères, se lissa les cheveux, arbora son sourire le plus étincelant et s’approcha de l’employée.
« Olaf, tu me paieras ça. »
- Bonjour, mademoiselle.
- B’jour, fit elle sans lever le nez de son livre.
« Déjà, ça part mal. »