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La destinée du Prince Noir

KaiM
KaiM
Niveau 11
11 mai 2006 à 20:41:13

Namâric jeta un coup d’œil au manuscrit. Un recueil de légendes fondatrices de la religion Sigordienne. Il promena distraitement son regard autour de lui puis demanda d’un ton innocent :
- Qu’est-ce que c’est, votre livre ?
Elle leva aussitôt les yeux, ravie qu’on s’intéresse à son travail.
- Des paraboles de Sigord de Narkéal. Vous voyez, je dois simplement recopier le titre sur la tranche, mais c’est si fascinant que je ne peux pas m’empêcher de le lire. Et puis de toute façon, je n’ai pas grand-chose à faire.
« Une passionnée. Exploiter ça. »
- Je peux voir ?
Elle lui tendit le volume. Il le prit avec délicatesse et survola quelques pages.
- L’écriture est étrange. On dirait…
- Du travail à la plume de Feldoyn. Une finesse magnifique, n’est-ce pas ? Et les enluminures ? Vous voyez, on sent tout de suite les heures que le copiste a passées dessus.
- En effet.
Namâric lui rendit le livre.
- Vous semblez vraiment absorbée par votre métier.
Elle lui renvoya un grand sourire doublé d’un regard pétillant.
- Mes parents voulaient que je sois masseuse. Mais j’ai préféré étudier pour devenir bibliothécaire. C’a été dur, mais j’ai réussi.
- Je vous admire. Rien n’est mieux que d’exercer le métier qu’on a choisi.
« Allez, enchaîne. »
- Et vous, demanda l’employée, que faites-vous ? Si ce n’est pas indiscret…
« Parfait. »
- Je travaille comme garde du corps. Mais pendant mon temps libre, je me cultive. Je ne pense pas que beaucoup d’hommes d’armes fassent de même.
« Quitte ou double. Si Alexandre n’était pas escorté, c’est fini. »
- C’est vrai, répondit-elle. Encore que…
Elle allait ajouter quelque chose quand une étrange noirceur passa dans ses yeux gris. Elle voulut parler, hésita, choisit de se taire puis, finalement, éclata en sanglots.
Namâric regarda avec inquiétude autour de lui. Il ne s’agissait pas d’être jeter dehors pour avoir importuné une employée.
- Calmez-vous, calmez-vous, fit-il en la prenant par les épaules. Qu’est-ce qui se passe ?
- Je… Je n’arrive pas à… à le dire… Jamais…
« Il y a vraiment quelque chose qui cloche, ici. »
- Du calme. Tout va bien.
« Changer de tactique, vite. »
- Je vais essayer de vous aider, proposa Namâric. Si vous ne pouvez pas parler, répondez en hochant la tête.
- Inutile, fit une voix dans son dos.
Namâric se retourna.
Il eut immédiatement l’impression de se trouver face à un homme exceptionnel. L’individu qui se tenait devant lui était d’une grande beauté, avec un visage fin et des yeux d’un bleu profond. Ses cheveux noirs, étrangement soyeux, descendaient en pointes effilées vers ses épaules couvertes d’un long manteau pourpre. La poignée en ivoire d’une rapière de duel dépassait de l’habit.
La bibliothécaire eut une expression stupéfaite en l’apercevant, mais d’un signe de tête il l’incita au silence.
- Qui êtes-vous ? questionna Olaf en s’approchant.
- Pas d’importance. Il se trouve que j’ai besoin de vous pour éclaircir un mystère qui me préoccupe depuis des mois.
- Quoi ?
L’homme désigna la jeune femme.
- Les employés de cette section ont vu quelque chose dont ils sont absolument incapables de parler, comme si on leur avait jeté un sort, sauf qu’aucune magie n’est décelable en eux. C’est plus fort qu’eux, ils refusent de nous expliquer ce qui leur est arrivé, mais rien ne vient expliquer ce comportement. Intrigué, j’ai posé une alarme dans cette pièce…
« Un mage », songea Namâric.
- … afin d’être averti si quelqu’un venait à enquêter sur l’affaire. Quand j’ai appris que vous vous renseigniez auprès des employés sans obtenir de réponses, je suis venu le plus vite possible.
Olaf jeta un coup d’œil circulaire autour de lui. Personne d’autre ne semblait avoir remarqué la présence de l’homme en pourpre. Le vieux Paladin s’en remit à Namâric, qui haussa les épaules et se tourna vers le mage.
- Très bien. Nous sommes à la recherche d’un garçon d’environ quatorze ans. D’ordinaire, il porte une armure de cuir noir et un glaive dans le dos, et un chevalier en armure l’escorte avec efficacité. Nous savons qu’il a fait un passage dans cette section de la bibliothèque. Cette jeune femme allait peut-être y faire référence lorsqu’elle s’est interrompue.
L’employée agita la tête et retomba sur son livre en pleurant.
Le mage poussa un long soupir.
- Cette histoire m’inquiétait vraiment, et je suis heureux que vous y apportiez un début d’explication. Néanmoins, j’aimerais en savoir plus.
- Il nous faudrait un moyen de connaître les livres que ce garçon ou ses serviteurs ont consultés, lança Olaf. A partir de là, nous pourrions savoir ce qu’il cherchait ici.
Le mage eut un petit sourire.
- Eh bien, même pour un faire des recherches sur place, il faut indiquer dans un registre les livres que l’on demande. Une formalité visant à lutter contre la dégradation des manuscrits.
« Bénie soit la lourdeur administrative ! » pensa Namâric.
D’un autre côté, cette situation ne lui disait rien qui vaille. Ce mage débarquait au milieu de cette salle, se disait très intéressé par l’affaire et, sans même se présenter, leur offrait son assistance. Plus que suspect.
- Il y a juste un petit problème, fit le mage. Nos employés ont détruit les registres en question.
A ces mots, la jeune femme fut secouée d’un nouveau sanglot.
- Vraiment curieux, commenta Olaf. Je présume que vous êtes un responsable de cette bibliothèque…
- En quelque sorte.
Namâric se sentait désespéré. Les registres détruits, il n’avait aucune chance de retrouver ce qu’il cherchait.
- Cependant…
L’espoir revint d’un coup.
- Des copies des registres sont archivées par magie dans des sphères de cristal. Un nouveau système de stockage de l’information. En apprenant la destruction des registres papier, j’ai réagi promptement et mis à l’abri les données correspondantes.
Un instant de silence s’écoula.
- Nous ferions mieux de nous diriger vers une salle de travail, proposa le mage.

Dix minutes plus tard, ils se trouvaient dans un large bureau au plancher rouge et aux vitres fumées exposées au sud. Le mage, toujours anonyme, déposa sur la table une interminable liste de noms auxquels correspondaient des titres de livres.
- A partir de la sphère, j’ai réimprimé les registres détruit. Il y en a deux mille huit cent pages. Ceux qui ont fait ça n’ont pas lésiné sur les dégâts pour brouiller les pistes.
Namâric prit un air abattu. Non seulement compulser une liste pareille allait lui prendre des heures, mais en plus rien ne garantissait qu’Alexandre se fût inscrit sous son vrai nom. Ca partait mal.
Puis une idée lui vint.
- Dites-moi, monsieur l’inconnu, avez-vous des statistiques indiquant, pour chaque lecteur, le nombre d’ouvrages consultés ?
Le mage parut surpris.
- C’est en annexe.
Sous le regard étonné d’Olaf, Namâric prit les dernières feuilles de la pile et entama la lecture de la liste. Au bout de quatre minutes, il désigna un nom sur la vingt-troisième page.
- C’est lui. Armand de Leskal.
- Comment le sais-tu ? demanda Olaf.
- Qui d’autre que notre ami aurait pu lire en un mois vingt-quatre mille trois cent cinquante-sept livres ?
Le mage lui arracha presque la feuille des mains.
- C’est impossible ! Sûrement une erreur…
- Ce n’est pas une erreur, c’est notre homme, annonça Namâric, catégorique.
Olaf réfléchissait déjà à la suite des opérations.
- Nous ne pouvons pas lire aussi vite que lui. S’il a cessé ses recherches, c’est qu’il avait trouvé ce qu’il voulait. Il nous faut donc ses derniers livres.
- « Ses » ? releva le mage. « Son », plutôt.
- Non, « ses ». Il peut en avoir emprunté quelques-uns de plus afin de brouiller davantage les pistes. J’ai besoin de ses cinquante dernières consultations. Namâric, tu t’en charges ?
Le Paladin se leva et alla ouvrir la porte. La jeune employée, anxieuse, l’attendait là. Le mage lui avait demandé de se poster dans le couloir au cas où ils auraient besoin d’aide.
Namâric chercha Armand de Leskal dans l’index de la liste, trouva la page correspondante et la tendit à la jeune femme.
- Il me faut les cinquante derniers livres.
- Je vais l’accompagner, annonça le mage. Il ne faudrait pas que ces livres brûlent eux aussi.
L’employée tressaillit comme si on l’avait giflée. Namâric voulut la rassurer.
- Ne vous inquiétez pas, on ne vous reproche rien.
- Je sais, mon chef me l’a déjà dit, mais…
- Ce n’est rien.
Le mage s’éloignait déjà. Avant de le suivre, la jeune femme interrogea Namâric à voix basse.
- Dites-moi, votre ami… Pourquoi ce masque ?
Namâric jeta un regard derrière lui.
- Il en a connu de dures. Lèpres, coups de couteaux, brûlures à l’acide. C’est pas beau à voir, alors il se cache.
Il accompagna ses paroles d’un air sinistre tout en jubilant intérieurement. Quand l’employée s’éloigna, Namâric rejoignit Olaf.
- Tu me paieras ça, lança le vieux Paladin.
- J’oubliais que tu avais l’ouïe fine, répondit Namâric qui savait très bien qu’Olaf n’avait éprouvé aucune difficulté à l’écouter.

Le mage revint avec une série de livres qu’il déposa sur la table.
- Allons, à l’attaque, bougonna Olaf.
- Non, inutile.
- Quoi ?
Le mage s’autorisa un sourire.
- Sur un si petit échantillon, je peux utiliser mes pouvoirs. Saviez-vous que les objets gardent trace des émotions de ceux qui les tiennent ? Je peux facilement savoir lequel de ces livres a été porté par quelqu’un qui éprouvait un intense sentiment de victoire.
Namâric et Olaf échangèrent un regard. A leur connaissance, cette forme de magie nécessitait un très haut niveau. Qui était donc cet homme ?
- Très bien, lança Olaf. Allez-y.
Le mage se concentra pendant une demi-minute, puis désigna un livre de la pile.
- Celui-ci. Il y a trois mois environ, le lecteur de cet ouvrage était triomphant, ravi de voir enfin aboutir un fastidieux travail.
Namâric se saisit du manuscrit. « Mémoires d’un prêtre Oxterien ».
- Ce prêtre a vécu dans plusieurs communautés, déclara le Paladin en tournant les pages. Je ne connais pas cette religion, mais je vois où se trouve les différents temples que l’auteur a visité. Attendez… Une page a été cornée, puis décornée. C’est peut-être là…
Olaf et le mage étaient pendus à ses lèvres.
- Le prêtre a séjourné dans un temple en Affoth, près de la ville de Kanzurg. Là, il a rencontré – et c’est souligné, puis effacé – un vieil homme au regard vide porteur d’un étrange tatouage, venu terminer sa vie dans la paix et la sérénité, comme libéré d’un terrible fardeau. Olaf ?
- Alex… Notre ami s’intéresse visiblement à des hommes tatoués. Nous avons notre piste.
Namâric se leva.
- Parfait ! Nous connaissons notre prochaine destination : Affoth !
Toujours poli, le mage quitta sa chaise pour les saluer.
- Et bien, bonne chance. Si ça ne vous gêne pas, je vais étudier ce livre plus en détail.
Les deux Paladins acquiescèrent puis sortirent.

En s’engageant dans l’escalier qui menait à la sortie, ils rencontrèrent une dernière fois la jeune bibliothécaire brune. Elle s’approcha de Namâric avec un air d’infinie gratitude.
- Je vous remercie du fond du cœur. Vous ne savez pas quelle torture c’est de ne pas pouvoir parler ni avouer une faute. Maintenant que cette affaire est éclaircie, je me sens beaucoup mieux.
- Ravi d’avoir pu vous être utile.
Un instant de silence s’écoula. Quelques étudiants passèrent à côté d’eux en leur accordant un regard intrigué, la jeune femme considéra Olaf avec un air vaguement dégoûté et Namâric se permit un sourire à l’idée de sa plaisanterie.
Finalement, elle tendit le bras.
- Je m’appelle Scillia. Scillia Avralon.
Le Paladin lui serra la main.
- Namâric Alkionson.
Olaf se raidit. Namâric n’utilisait jamais son nom complet, sauf pour lui rappeler le passé.
- Dites-moi, intervint le vieux Paladin. Ce mage… Qui était-ce ?
La bibliothécaire le regarda avec stupéfaction, les yeux écarquillés sous la surprise.
- Vous ne l’avez pas reconnu ? Mais voyons, c’était Anathor, le prince-sorcier de Yagatâr !

:)

KaiM
KaiM
Niveau 11
12 mai 2006 à 08:25:38

pierreASSE :d) envoyé.

_Azerty777
_Azerty777
Niveau 10
12 mai 2006 à 15:54:29

Cool, rien repéré, la suite. :-)

  • C´est beau les télégrammes. :o)) *
chaoz
chaoz
Niveau 10
12 mai 2006 à 20:43:38

bon chapitre j´ai vraiment bien aimé, pas de combat n´y rien mais ça n´a pas vraiment manqué sérieu :p)

sympa les dialogues avec Namâric et la jeune femme :o)) :)

chris12
chris12
Niveau 9
12 mai 2006 à 21:06:32

"Eh bien, même pour un faire des recherches sur place" un "un" de trop, tout ce que j´ai vu...

Pas mal, un mystere de plus mais par contre ca fait trop joker le coup du pouvoir qui trouve les emotions sur les livres. De plus Alexandre a très peu d´emotion.

chaoz
chaoz
Niveau 10
15 mai 2006 à 20:55:17

trop court :o)) :)

_Azerty777
_Azerty777
Niveau 10
16 mai 2006 à 15:51:25

Pas mieux. :o)) :-)

Sunshadow
Sunshadow
Niveau 7
16 mai 2006 à 18:55:48

Bis.

chris12: même si Alexandre n´a pas beaucoup de sentiments, je crois que même lui, il est content quand, au bout de 24357 livres, il trouve ce qu´il veut. De plus, Alexandre n´a peut-être aucune compassion, mais ça ne l´empêche pas d´être fier ou soulagé.

chris12
chris12
Niveau 9
16 mai 2006 à 20:21:54

"Et si tu perds un bras, c’est la mort à court terme. " Ca serait pas du Namaric, ça ? Ce qui veut dire que, ... il le connaitrait ? ou bien juste un clin d´oeil ?

Trop court, comme l´on dit les autres

Vi, vu sous cet angle sun ^^

KaiM
KaiM
Niveau 11
16 mai 2006 à 20:29:51

Court, oui, mais le rythme va compenser, car je poste un nouveau chapitre aujourd´hui. Enjoy or not !

Chapitre 19 : De nouveau sur les routes

Maniant un couteau dans chaque main, Olaf fendit l’air en une série d’arcs de cercles courts et tendus. Namâric esquiva chaque attaque d’un mouvement souple parfaitement contrôlé puis, avec une vivacité prodigieuse doublée d’une grande audace, saisit le poignet droit de son compagnon et plaça une riposte avec sa propre dague. Les lames des couteaux s’entrechoquèrent pendant trois secondes à un rythme effréné, avant de se séparer quand Olaf bondit sur le côté et dégagea son bras. Namâric tenta un coup de pied circulaire. Olaf le contra de son avant-bras gauche puis se fendit avec son poignard droit. Namâric s’accroupit pour éviter l’assaut, feinta aux jambes de son maître avant de se relever pour le frapper à la tête. Olaf recula prestement pour s’échapper et se remit en garde.
Les deux Paladins avaient quitté Yagatâr depuis cinq jours. Ils avaient un instant envisagé d’aller demander des explications à Anathor, avant de décider qu’ils risquaient simplement de perdre du temps. Le prince-sorcier aurait même pu leur compliquer la tâche en les retenant en ville pour obtenir plus de précisions. Olaf et Namâric avaient fini par conclure qu’Anathor voulait simplement savoir ce qui s’était passé dans sa bibliothèque, et qu’il oublierait l’affaire. Au pire, il enverrait ses propres hommes enquêter ; mais les Paladins les précéderaient sans mal.
Ils connaissaient à présent le lieu ou s’était rendu Alexandre : le temple Oxterien de Kanzurg. Ils avaient donc franchi les murs nord de Yagatâr et s’étaient engagés dans l’empire d’Affoth, dont la diversité les avait très vite frappés. Les paysages se succédaient sur leur route comme pour colorer leur voyage, alternant les champs gorgés de blé, les villages fortifiés, les vastes étendues d’herbe ou de luzerne, les maisons rondelettes en terre cuite, les mines de fer ou de cuivre, les pistes poussiéreuse, les routes surveillées, les monts désolés et les plaines riantes veinées de fleuves et de rivières.
Par chance, Kanzurg se situait dans le centre d’Affoth, et les Paladins n’avaient pas eu à traverser la contrée agitée de Métaca. Il n’avaient rencontré aucun problème, et leur destination n’était plus qu’à un ou deux jours de route.
Ce soir-là, ils avaient établi leur camp en bordure d’une rivière, à l’orée d’une forêt de pins. Après avoir nourri les chevaux et englouti leur dîner, ils avaient débuté leur entraînement quotidien.
Namâric enchaîna une série de coups complexes qui faillirent prendre Olaf au dépourvu. Le vieux Paladin usa cependant de son masque d’or pour anticiper les attaques, et les dévia par des mouvements secs et précis de ses couteaux. Namâric croisa les bras et les détendit en deux manchettes foudroyantes. Olaf se baissa pour esquiver, fit une roulade arrière pour éviter un coup de pied vertical, se releva à temps pour parer un nouvel assaut.
Lentement, Namâric prit le dessus. Sa lame incurvée virevoltait devant lui, aussi insaisissable qu’un feu follet. Olaf se laissa déborder, une attaque frôla son visage, une autre manqua de peu son ventre. En désespoir de cause, il lâcha un habile coup de revers que Namâric bloqua avec précision tout en se ruant en avant. Son couteau passa sous les bras d’Olaf, remonta le long de son pectoral et se posa sur sa gorge, entre son armure et son masque.
Un instant de silence s’écoula tandis que les combattants se faisaient face, immobiles.
- Joli coup, dit finalement Olaf. Tu es bien le digne fils de ton père.
Il se plaqua aussitôt la main sur la bouche, réalisant qu’il avait gaffé une fois de plus.
Mais Namâric, au lieu de s’emporter, rengaina son couteau, s’assit dans l’herbe et plongea son regard dans le feu.
- Parle-moi de mon père.
C’était si inattendu qu’Olaf sursauta. Puis il hocha la tête et vint d’asseoir à côté de son ancien élève.
- Alkion était un homme – enfin, un Elfe Noir – extraordinaire. Avec l’âge, tu lui ressembles de plus en plus : grand, mince, pâle, mystérieux. C’était un formidable combattant, encore meilleur que toi, si c’est possible. Un excellent professeur, aussi, qui m’a prodigué nombre de leçons et de conseils qui font de moi ce que je suis. Et un ami fidèle. J’ai perdu le compte des exploits qu’il a accompli pour sauver ses équipiers, et que même moi je n’aurais jamais tentés. Crois-moi, Namâric, sa mort m’a déchiré le cœur.
Namâric ne répondit pas tout de suite, fixant les flammes qui dansaient devant lui.
- Comment a-t-il rejoint l’Ordre ?
- Tu connais déjà cette histoire…
- Je ne me lasse pas de l’entendre.
Olaf prit une grande inspiration.
- Son cas fut très particulier. Tu connais notre principale méthode de recrutement : quand nous sommes en mission pour un gouvernement, nous devons en parallèle observer l’armée de notre employeur et repérer les excellents éléments. Cela fait, nous leur proposons de s’engager dans l’Ordre. S’ils acceptent, il doivent tout d’abord suivre une initiation de cinq ans auprès d’un maître unique, afin de leur faire acquérir les bases et de vérifier qu’il n’ont pas d’intentions hostiles envers l’Ordre. Ton père n’a pas suivi cette voie.
« Il est arrivé un beau matin au quartier général de l’Ordre, sans qu’on comprenne comment il s’y était pris. Il a déclaré qu’il avait été banni de son peuple et qu’il souhaitait intégrer les Paladins Noirs. On n’en a jamais su davantage. Son passé n’a de toute façon pas ressurgi une seule fois. Grâce à ses talents, il est entré au service de l’Ordre sans difficulté, puis a suivi docilement son initiation bien qu’aucun maître ne fût à sa hauteur. Dès ses débuts comme Paladin, il a pleinement donné satisfaction. Puissant, discret, astucieux, il était le meilleur agent de l’Ordre, et je ne crois pas qu’on lui ait une seule fois reproché quelque chose. Toutefois, il ne s’est jamais départi de son aura de mystère. C’est ce qui a fini par le perdre…
Olaf s’interrompit, conscient que la suite ne plairait pas à Namâric. Celui-ci hocha la tête, puis fit jouer son couteau dans ses mains avec dextérité.
- La seule chose qu’il m’ait laissée… murmura-t-il.
Le silence retomba. Les deux Paladins restaient silencieux, assis près du feu, tandis que leurs chevaux scrutaient la forêt obscure.
- Et toi ? demanda finalement Namâric.
- Quoi, moi ?
- Tu ne m’as jamais dit d’où tu venais. Il serait peut-être temps d’en parler…
Olaf haussa les épaules.
- Peut-être. Mais mon histoire n’a rien de passionnant. Je suis né dans un petit village, dans le Nord de Dümra, près de Rangjord.
- De la famille ?
- Un frère cadet. S’il n’est pas mort, il doit avoir dépassé la cinquantaine aujourd’hui.
Namâric s’étonna.
- Pourquoi « s’il n’est pas mort ? » Tu ne sais pas ce qu’il est devenu ?
- Non. Je n’ai pas revu ma famille depuis mon départ du village, à seize ans. Je suis devenu un Paladin Noir par la voie normale. Je me suis engagé dans l’armée royale, je me suis bien débrouillé durant une campagne et Alkion, alors en mission pour Dümra, m’a repéré.
- C’est mon père qui t’a recruté ?
- Oui. A l’époque, il était déjà Paladin depuis dix ans. Il m’a signalé à l’Ordre, qui m’a proposé un enrôlement. J’ai accepté et, après cinq ans d’initiation et trente ans de service, me voilà. Une histoire banale pour un Paladin Noir.
Namâric esquissa un mince sourire.
- Banale ? Pourquoi, alors, est-ce toi que Branial a choisi pour me former ?
Olaf soupira.
- Je ne sais pas vraiment. Il y avait un problème à ton sujet. Tu n’étais pas le plus jeune talent qu’on ait recruté dans toute l’histoire de l’Ordre, mais il demeure toutefois inhabituel de débuter l’entraînement d’un Paladin à onze ans. De plus, certains des opposants de ton père ne voulaient pas de toi dans l’Ordre. Comme c’était Alkion qui m’avait fait enrôler, Branial a dû me juger comme le plus apte à être ton professeur, et le plus digne de confiance.
- Je vois.
Nouveau silence. Le feu dansait devant les yeux des deux hommes tandis que les étoiles scintillaient dans la nuit.
- Tu vois, Olaf, je crois que j’ai fait erreur.
- Hein ?
- En te haïssant pour des querelles passées. Peu importe ce qui est arrivé à mon père, tu es le meilleur maître dont j’aurais pu rêver. Je crois qu’en fait, je n’ai plus aucune rancune contre toi.
Olaf approuva de la tête.
- Toutes les blessures finissent par guérir…

:)

_Azerty777
_Azerty777
Niveau 10
16 mai 2006 à 21:02:58

Le "je ne me lasse pas de l´entendre" fait un peu solution de facilité pour amener les explications sur l´Ordre, à part ça je préfère des pavés moins fréquents que de petits chapitres qui nous laissent sur notre faim mais bon. :-)

_Azerty777
_Azerty777
Niveau 10
18 mai 2006 à 21:30:09

Ouais, bien. Hum sinon, juste pour dire sur les intégrales : tu venais de les voir quand t´as écrit ça et t´étais tout content de les placer, hein? :hap: Parce que c´est pas crédible. Que les Zahrs y soient parvenus, ça oui ils peuvent très bien être plus évolués, quoique dans ce cas-là on se demande comment ils n´ont pas encore de poudre à canon...parce que les mathématiques d´accord, mais, surtout qu´ils sont mercenaires, un bon gros flingue leur serait vachement utile. Et surtout, Alexandre ne peut pas comprendre tout ça directement, il n´a jamais été spécifié qu´il s´agissait d´un génie, il n´a jamais reçu la formation nécessaire en étant gamin (tout le début du cycle secondaire) et en quelques mois qu´il connaît Axtros, il n´a pas pu engranger les trois ans de programme de mathématiques du lycée. C´était plus un trip qu´autre chose, non?

KaiM
KaiM
Niveau 11
18 mai 2006 à 22:18:24

C´était certes un trip, mais :

- Les Grecs de l´Antiquité connaissaient déjà énormément de choses en maths sans que leur technologie soit pour autant très évoluée. Pourquoi les Zahrs seraient-ils différents ? De plus, seuls les Zahrs qui ont quitté leur pays deviennent des mercenaires et pourraient avoir besoin d´armes sophistiquées. Qu´ils ne peuvent inventer seuls, car il y a des limites à tout.

- Si, Alexandre est un génie. Ou du moins un sacré prodige. Pour preuve, la vitesse à laquelle il peut lire un bouquin, d´où la quantité de livres qu´il avale en quelques mois, ainsi que sa connaissance des langues anciennes. Sans oublier que dans la cathédrale de Kridath, à treize ans, il résolvait des systèmes de deux équations du second degré à deux inconnues (cf la scène de la chapelle). Pour info, il s´agit de trouver les coordonnées des points d´intersection de deux cercles, une notion du programme de Première.

Mais au final, ouais, ces scènes servent surtout à replacer des trucs que j´ai vus en cours.

Ostramus
Ostramus
Niveau 32
18 mai 2006 à 22:25:05

Kaim, peux-tu m´envoyer tous ce que tu as écris sur le pRince noir STP. J´ai pris du retard et j´aimerais bien tout avoir pour lire tranquille.

Merci d´avance.

KaiM
KaiM
Niveau 11
18 mai 2006 à 22:47:27

C´est envoyé.

Ostramus
Ostramus
Niveau 32
18 mai 2006 à 22:50:36

Merci :ok:

odarveltius
odarveltius
Niveau 4
18 mai 2006 à 23:10:12

Kaim, j´entends bcp parler de ta fic, et j´aimerais bien la lire, mais je n´ai pas le courage de lire tout ton cycle sur jv.com... Serait il possible que tu me l´envoies sur mon adresse, pour que je puisse te donner mon avis?
amirveltius@hotmail.fr
Merci a toi, ca me ferait plaisir :-)

chris12
chris12
Niveau 9
19 mai 2006 à 17:02:28

Lut, pas mal ca mets un peu d´action.

Au fait, tu remarques que t´as plus tellement de fautes de frappes ^^ (à part que ce soit moi qui soit completement pris par le texte ^^)

KaiM
KaiM
Niveau 11
20 mai 2006 à 12:47:49

Odar :d) C´est fait.

Chris :d) J´ai Word maintenant, donc un correcteur automatique.

KaiM
KaiM
Niveau 11
20 mai 2006 à 19:34:54

Bon, une suite. L´enquête des Paladins se poursuit, pour le meilleur et pour le pire. Bonne lecture ! (ou pas)

Chapitre 21 : Les frères Oxteriens

Kanzurg était une petite ville étendue au pied d’une rivière au fort courant. Derrière ses murs de pierres surmontés de cinq tourelles, des maisons aux toits d’ardoise se pressaient en quartiers serrés, ne cédant le passage qu’à quelques grandes avenues manifestement prévues dès le début de la construction. Le bourg était adossé à une montagne boisée au sommet de laquelle se dressait un orgueilleux château fort.
Olaf et Namâric arrivèrent sur les lieux au milieu de l’après-midi. Le soleil brillait vivement, dardant ses rayons sur les murs de Kanzurg, sur les champs de maïs cultivés plus au sud et sur la forêt qui, partant du nord de la ville, décrivait une courbe épaisse vers le temple Oxterien.
C’était un bâtiment ovale coiffé d’un toit conique, dont les murs en pierre rose et noire s’ornaient de bas-reliefs à la signification obscure. On le trouvait au pied d’une petite butte, au bout d’une route qui longeait la forêt depuis le bourg.
Les deux Paladins s’approchèrent sans précipitation, inspectant d’un œil toujours méfiant le puits creusé non loin de l’entrée de temple, son innocent potager et son jardin coloré, peuplé de dizaines de compositions florales.
La porte du temple, un double battant de chêne renforcée de métal, était ouverte. Un homme en robe de laine noire attendait à l’entrée, installé sur une chaise en osier, tandis que deux autres, torse nu, travaillaient au potager.
- Bien le bonjour, messieurs ! lança le premier en se levant. Puis-je connaître les raisons de votre venue ?
Il avait le visage rond, les joues rebondies, les cheveux ras. Il devait approcher de la quarantaine, mais son grand sourire le faisait presque paraître plus jeune. Le genre d’homme qui mettait tout de suite en confiance.
Namâric mit pied à terre.
- Merci de votre accueil. Nous aimerions discuter avec vous d’une affaire qui, je l’espère, ne vous dérangera pas longtemps.
L’homme hocha la tête.
- Entrez donc ! Je vais chercher le père. Philippe ! Occupe-toi des chevaux de ces messieurs !
Un des deux jardiniers, un grand jeune homme aux cheveux bruns, s’approcha avec amabilité et prit la bride de Norzac après s’être incliné devant Namâric. Olaf descendit à son tour de sa selle et suivit le prêtre à l’intérieur du temple.
Le bâtiment se composait de pièces rondes reliées par des couloirs circulaires aux murs nus. La lumière entrait par des ouvertures dans le plafond, éclairant une interminable mosaïque qui s’étendait sur le sol.
Le prêtre mena les Paladins dans un petit salon décorés de tentures, meublés de cinq fauteuils en cuir et d’une table basse finement sculptée. Sur l’invitation de leur hôte, Olaf et Namâric prirent place sur les sièges, essayant de ne pas les abîmer avec les plaques de leurs armures.
- Je vais voir si le père peut vous rencontrer, fit le prêtre. Si besoin, sachez que je m’appelle Jon.
Il s’éclipsa.
Olaf se tourna vers Namâric.
- Tu en penses quoi ?
- Ca se présente bien. Ils sont aimables, tout à fait disposés à nous aider. Je pense qu’obtenir notre information ne posera aucun problème.
Olaf opina.
- C’est vrai. Cela dit… Je ne sais pas… Un mauvais pressentiment.
- Franchement, fit Namâric que veux-tu qu’il arrive ?
Olaf nota toutefois que la main de son compagnon se tenait prête à se refermer sur la poignée de son épée. Sous son masque, un sourire étira ses lèvres. Namâric avait beau se sentir en parfaite sécurité, il réagirait instantanément en cas de danger. On ne le changerait pas !
Dans la pièce voisine, un chœur de huit personnes chantait une douce mélodie. Olaf se laissa porter par la musique, attendant que Jon revienne dans le salon.
Le prêtre reparut en compagnie d’un homme de son âge, vêtu de la même robe noire, aux courts cheveux bruns et aux yeux marrons pleins de bienveillance.
- Bonjour, voyageurs, lança-t-il. Je suis le père Simorn. On me dit que vous avez besoin de moi.
Il s’assit en face d’eux alors que Jon restait debout devant la porte.
- Belle communauté, remarqua Namâric. Combien êtes-vous, au total ?
- Vingt et un, répondit Simorn.
Olaf choisit de poursuivre dans la même voie que son élève.
- Avant d’en venir au sujet qui nous occupe, j’apprécierais fortement des précisions sur votre ordre. Si je n’abuse pas de votre temps…
- En aucun cas, assura Simorn. Notre devoir est de toute façon de venir en aide aux autres dans la mesure de nos moyens. Notre dieu, Oxter, prône le dévouement, la connaissance et la sagesse. Comme tous nos frères de par le monde, nous vivons à l’écart afin de prier pour les hommes et d’étudier les sciences, tirant notre subsistance de nos cultures et, surtout, des offrandes qu’on nous fait à l’occasion des cérémonies que nous présidons souvent dans le bourg. Je ne crois pas avoir autre chose à ajouter.
A côté, le chant se poursuivait. Namâric reprit la parole.
- Nous sommes venus ici dans un but bien précis. Dans les mémoires d’un membre de votre ordre, il est question d’un homme aux cheveux blancs, portant un tatouage sur la poitrine, qui serait venu achever sa vie ici. Nous aimerions en savoir plus…
Simorn réfléchit un instant, cherchant dans sa mémoire. Namâric eut alors l’impression qu’une ombre étrange passait sur son visage. Puis le prêtre releva la tête et adressa un signe de tête à Jon, qui se retira.
Namâric était sur ses gardes. Quelque chose n’allait pas.
- C’est curieux, fit Simorn. C’est la deuxième fois en moins de deux mois qu’on vient m’interroger à ce sujet.
Namâric réprima un sourire. Selon toute probabilité, Alexandre était venu en ce lieu.
- Enfin… marmonna le prêtre. Comme je suis discret, je ne vous demanderai pas de m’expliquer ce qui se passe. Quoi qu’il en soit…
A cet instant, un nouveau frère pénétra dans la pièce. De grande taille, les cheveux courts, il amenait un plateau chargé de trois verres et d’une bouteille de vin. Namâric nota son étrange dentition, comme si une des incisives n’avait jamais poussé.
- Merci, Thibault, dit Simorn.
L’homme salua et se retira.
- J’ai pensé que des rafraîchissements vous seraient agréables, reprit le père en remplissant les verres. C’est un vin de noix que nous produisons nous-mêmes. Vous apprécierez, j’en suis sûr.
Olaf releva le bas de son masque pour dégager sa bouche et prit délicatement son verre. Toutefois, il ne but pas.
- Vous nous parliez de cet homme tatoué, rappela Namâric.
- Oui. C’est une histoire qui remonte à plus d’un siècle, mais qui a laissé sa marque dans le temple, de sorte que les aînés continuent de la transmettre aux novices. Un jour, donc, un homme entièrement vêtu de blanc, au regard presque vide, s’est rendu ici. Il était l’image même de celui qui, après avoir échappé à une charge insupportable, trouve enfin la paix. Il voulait donc finir ses jours entre les murs de notre temple, dans la sérénité. A mon avis, n’importe quelle communauté aurait fait l’affaire, et c’est un hasard s’il a échoué ici. Le père de l’époque, Mart, un des plus brillants prêtres que ce temple ait jamais vu, lui accorda l’asile. L’homme, déjà vieux, mourut quelques années plus tard.
Simorn se tut.
- Et c’est tout ? questionna Namâric, déçu.
- C’est amusant, mais votre réaction est exactement la même que celle de ce garçon en noir, il y a deux mois. Vous en attendez davantage.
Namâric se tendit. C’était bien Alexandre qui, le premier, avait interrogé Simorn. La piste était bonne.
- Et qu’a fait ce garçon en noir, ensuite ?
Simorn eut un sourire rusé.
- Ca vous intéresse ? Eh bien, il est reparti, très satisfait…
« Satisfait de quoi ? » se demanda Namâric.
- … après avoir entendu la fin de l’histoire.
« Ah. »
- Donc, reprit Simorn sur un ton de conteur, l’homme en blanc vécut ici pendant plusieurs années, durant lesquelles il se montra d’un grand secours, non pas dans les travaux physiques, mais dans la réflexion. C’était un grand penseur, un philosophe. Il donna maintes leçons de sagesses aux frères qui veillaient sur lui. Puis, avant de mourir, il se voulut se confesser au père Mart, mais se mit à délirer. Dans ses propos dénués de signification, Mart entrevit pourtant quelques éléments plus clairs…
L’instinct d’Olaf lui hurlait de se méfier. Il y avait un problème. Et il devait au plus vite en localiser la source.
Son masque lui conférait des perceptions supérieures à celles d’un homme ordinaire. A travers les fentes ménagées pour ses yeux, il ne voyait pas la pièce dans laquelle il se trouvait, mais l’ensemble du temple, tous les détails des objets. Il s’efforça de passer en revue ses informations.
Non, le vin n’était pas empoisonné. Olaf distinguait parfaitement sa composition. Il n’y avait pas non plus d’hommes en armes cachés de l’autre côté de la porte, ni nulle part dans le temple. Derrière le mur de droite, le chœur poursuivait son chant.
Non. Il ne le poursuivait pas.
La mélodie avait changé. Plus rapide, plus lancinante, plus mystérieuse, elle rappelait de vieux souvenirs au Paladin.
« Ca y est, j’ai trouvé. »
La mélopée du sommeil. Un vieux truc de maître Chanteur.
Olaf sauta sur ses pieds. Trop tard. Déjà ses membres s’engourdissaient, déjà ses yeux le piquaient, déjà une insurmontable fatigue s’abattit sur lui.
Namâric bondit à son tour, sa main se vola jusqu’à la poignée de son épée qu’il tira à demi du fourreau…
Puis les deux Paladins s’écroulèrent.

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