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Liste des sujets

La destinée du Prince Noir

Ostramus
Ostramus
Niveau 32
15 avril 2006 à 15:30:43

Je dois avouer que le début est assez déconcertant avec ces doubles identités. Néanmoins on retrouve le plaisir de lire du Kaim : incomparable.

Seulement petit bémol; je trouve ça "chiant" - pardonne moi l´expression - que la fiction commence par un combat dès le début. Disons qu´un approche plus douce et plus progressive aurait été mieux. Carles combats, ça va un moment mais à force ça gave un peu, même s´il sont remarquablement bien retranscris.

SInon, c´est pas mal de changer un peu de personnage. Retour de Namaric et Evan. C´est bien car tout le temps du prince, bon il y en avait un peu assez dans le siège.

Et il y a de nouveux endroits ! J´adore les Terres mortes, j´y passerais bien une petite semaine en vacances ...

Finalement, voir Alexandre froid et impitoyable est plutôt marrant. J´aime bien.

On sent quand même une différence avec tes autres récits. c´est plus linéaire et on le style est bien établit. L es descriptions sont plus structurées et plus précises. On voit que la qualiét est meilleur.
J´attends de voir ce que cela donnera avec le scénario.

L´explication de la survie de Namaric est TRES bancale. Je veux croire qu´il est résistant mais après une telle chute et un tel combat, c´est ne pas crédible. De même pour son cheval. C´est une grosse pillule qui ne passe pas.

HAha ! Une incohérence ! J´en ai trouvé UNE ! Un vrai régal. Nan, vraiment. Jelius propose à la base 32 couronnes d´OR pour les salanites et par la suite tu dis qu´Evan a réussi à les marchander pour 35 couronnes. Cependant, tu écris : "Le garçon avait empoché ses petites pièces de bronze et regagné sa maison pour se changer." Tu t´es trompé car normalement elles devraient être d´or et non de bronze. :)
Autre chose. Tu dis que la maison d´Evan ne compte qu´un lit, une table et une chaise. Mais il rentre pour se changer, ma question est : Ou range-t-il ses habits ?

"Enfin, il atteignit sa taverne favorite.
« La Chope Noire », une grande bâtisse de pierre, était le repaire attitré des prospecteurs, mercenaires, chasseurs, convoyeurs, et autres aventuriers du même genre, à la moralité douteuse mais aux activités parfaitement légales. " Etre un mercenaire n´est forcément légal, mais enfin bon, passons ...

"Les hommes autour de lui frissonnèrent. Aucun ne se réjouissait de savoir que des monstres sanguinaires comme les Orks arpentaient leur pays, même à trois mille kilomètres au sud. " Je ne voudrais pas faire le chieur mais se serait bien d´avoir uen carte concrète sur quoi s´appuyer car pour le moment on est dans le flou complet depuis le siège.

"Trente paires d’yeux se rivèrent sur les pièces. On entendait presque tourner les cerveaux des prospecteurs, calculant d’une part les risques encourus et d’autre part le bénéfice envisageable. " J´ai adoré ce passage !

"- Parfait. Vous vous êtes donc contenté d’obéir aux ordres, ce qu’on ne peu vous reprocher.
Le sergent s’apaisa.
- Vous pouvez donc prétendre à une mort rapide et presque indolore, conclut Alexandre. " Pas mal non plus. Je préfère un prince radicale et sans scrupules qu´un petit prince qui a du mal à se faire entendre au palais de Dumrist. J´adoooooore.

Ah oui ! Je te félicite pour le résumé des récits passés avec la guerre de Elfes et le complot avec le roi. Même si c´est incomplet, j´ai trouvé ça vachement bien et ça permet de mieux se remettre dans le contexte. Bravo !

Sinon au lieu de "La destinée du Prince noir", j´aurais plutôt mis "La destinée du Prince déchu", mais ça ne tient qu´à moi. D´ailleurs ça m´étonnes qu´on le traite encore comme une altesse princière.

Une bonne fic qui s´annonce et on reprend goût à la lecture. C´est toujours un plaisir. :ok:
J´attends la suite avec impatience ! :)

hipop_danseuse
hipop_danseuse
Niveau 10
17 avril 2006 à 11:31:43

bon, ben, voilà, j´suis perdue...
Après avoir abandoné ce forum durant quelques semaines, je reviens....
Bon, faut que je finisse le troisième épisode! :)

KaiM
KaiM
Niveau 11
17 avril 2006 à 18:31:04

Salut hipop.

Ostramus :d) merci pour le comstramus, toujours aussi intéressant. Pour ta remarque, Les compagnons d´Alexandre le traitent encore comme un prince pour ne pas le froisser, car il est encore furieux d´avoir dû s´exiler.

Et dans la foulée, la suite, ou la présentation de l´ensemble du groupe :

Evan commençait à se demander s’il avait fait le bon choix.
Lors de leur première rencontre, Alexandre l’avait terrifié. Puis l’appât du gain l’avait poussé à dominer la peur viscérale que lui inspirait le Prince et à accepter sa proposition. Mais à présent, il hésitait. De toute évidence, Alexandre n’était pas seulement un meurtrier sans âme doublé d’un formidable combattant.
C’était aussi un fou sanguinaire.
Les soldats de la Garde noire qui les accompagnaient n’avaient rien de rassurant non plus. A l’image de leur maître, mais en plus robustes, il suscitaient la même crainte et le même respect. Intimidé, Evan ne parvenait pas à détacher son regard de leurs impressionnants casques en gueules de dragons, qui semblaient sonder les alentours en défiant quiconque de leur barrer la route.
En traversant Keldras, Evan fit le point sur ce qu’il savait. Le Prince Alexandre était un fugitif, pourchassé par les hommes de son père et tous les mercenaires du continent. Malgré cela, il disposait de solides alliés, à commencer par sa Garde, cinquante hommes qui campaient dans les environs, et Karen. Il voulait se rendre à la vallée de Sigornis, et pour ce faire il avait besoin d’un guide qui connaisse bien les Terres Mortes. C’était logique. Moins claires, en revanche, étaient les raisons qui le poussaient à entreprendre ce voyage.
De toute façon, Evan était conscient de ne plus pouvoir reculer. S’il annonçait maintenant qu’il annulait leur accord, Alexandre n’aurait sûrement aucun scrupule à l’éventrer pour rupture de contrat abusive. Comme si elle avait perçu cette agréable pensée, Karen lui adressa un sourire éclatant. Evan se sentit fondre.
De puissants chevaux les attendaient à la sortie de la ville, attachés dans un petit bosquet d’arbres. Alexandre enfourcha le sien, un grand animal à la robe d’ébène, sans daigner se servir des étriers.
- Tu sais monter ? demanda-t-il à Evan.
- Non...
Le Prince hocha la tête avant de se tourner vers Karen.
- Prenez-le en croupe.
La jeune Elfe acquiesça et bondit sur la selle d’une jument blanche à la crinière d’argent, puis tendit la main à Evan pour l’aider à monter. Le garçon se hissa tant bien que mal sur la bête et se cala contre le dos de Karen.
- Accroche-toi bien, lui dit celle-ci.
Les Gardes noirs étaient déjà sur selle, prêts au départ. Quelques-uns d’entre eux tenaient par la bride une seconde monture rangée à côté de la leur.
- Laissez un cheval pour Varlian, leur rappela Alexandre.
A cet instant, un cri s’éleva de la ville. Un effroyable hurlement de souffrance dont l’écho résonna longtemps entre les collines et glaça le sang d’Evan. A la fois révolté par ce crime et terrifié à l’idée de s’opposer au Prince, il n’osa rien dire. « Désolé, Jelius. »
- Varlian est très doué, commenta Alexandre. Prenez-en de la graine, soldats !
Il talonna son cheval, qui s’élança au trot vers le sud. Ses hommes l’imitèrent et, bientôt, les bêtes atteignirent une vitesse régulière. Elles progressaient sous les étoiles à un rythme soutenu mais pas excessif, leurs cavaliers veillant à les ménager. Evan jeta un coup d’œil en arrière et regarda les lumières de Keldras s’éloigner dans la nuit.
Il songea qu’il avait peut-être pris sa décision un peu vite.
Il ne leur fallut qu’une demi-heure pour rejoindre leur campement, une dizaine de kilomètres au sud-est de la ville. Ballotté sur le cheval de Karen, Evan se cramponna de toutes ses forces au dos de l’Elfe, craignant de chuter à tout moment.
Quand les lueurs d’un feu apparurent devant lui, le garçon était couvert de sueur. Pantelant, il descendit de sa monture et observa le camp.
Les hommes du Prince Alexandre s’étaient établis sur une éminence rocheuse adossée à une petite forêt de pins. Ils avaient dressé leurs tentes dans une zone à peu près plate, et parqué leurs chevaux dans un enclos vite élevé. Au sommet de promontoires, les silhouettes de quelques sentinelles se découpaient sur le ciel étoilé, tandis que d’autres s’étaient regroupés autour d’un feu d’où s’élevait encore l’odeur un odeur de viande grillée.
Si la plupart des soldats devaient déjà dormir, il en restait une quinzaine éveillés, qui s’avancèrent à la rencontre du Prince. Ils portaient des uniformes blancs dépourvus de tout insigne par-dessus des cottes de mailles légères, fendues pour leur permettre de chevaucher. Leurs casques en ogives, retenus par des lanières de cuir qui passaient sous leurs mentons, les protégeaient du sommet du crâne jusqu’à la base de la nuque, n’exposant que leurs visages. Leurs bottes de cuir montaient jusqu’aux genoux, et leurs épais manteaux de laine blanche semblait pouvoir les défendre contre toutes sortes d’intempéries. Certains tenaient des arcs de guerre, d’autres de longues lances aux pointes affûtées, tous portaient au côté une courte dague et une épée de fantassin. L’impression générale qui se dégageait de leur groupe était le professionnalisme. Evan sur dès le premier regard qu’il avait affaire à des soldats entraînés, disciplinés, expérimentés. Des gens qui connaissaient leur travail et qui le faisaient bien.
L’un d’eux, vêtu d’un plastron d’acier, se détacha du rang et s’adressa au Prince.
- Heureux de voir revoir, Altesse. (Il se tourna vers Karen) Vous aussi, commandant. J’espère que tout s’est bien passé.
Karen mit pied à terre.
- Comme sur des roulettes, lieutenant. Une petite escarmouche avec la garde, mais rien de bien grave. Et nous avons notre guide.
Elle désigna Evan. Celui-ci fit quelques pas timides sous le regard critique des soldats.
- C’est lui qui va nous conduire dans les Terres Mortes ? s’étonna l’un d’eux. Il me paraît bien jeune...
- Il ne sait pas enfui quand je l’ai recruté, intervint Alexandre. Je n’ai pas besoin d’une autre preuve pour savoir qu’il est sûr de lui. Il a du cran.
Cet éloge rassura un peu Evan. Puis il songea que le Prince devait disposer d’un solide instinct pour pouvoir juger quelqu’un sur une simple épreuve...
- Alors, nous partons demain ? s’enquit le lieutenant.
- En effet, Emmanuel, répondit Alexandre. Et à ce propos...
Il lui lança la croix d’argent. L’objet brilla sous les étoiles avant de retomber dans la paume du soldat.
- Range-la bien, cette fois. Et fais doubler la garde sur le coffre. Sans cette croix, notre voyage ne rime plus à rien.
- Je sais, Altesse, répondit Emmanuel. Ce voleur a profité de ce que nous installions le camp pour s’approcher du chariot. Ca ne se renouvellera plus.
Evan scruta son visage à la recherche d’une quelconque anxiété, mais n’en trouva pas trace. Emmanuel était un jeune homme d’un peu plus de vingt ans, aux cheveux châtains mi-longs et au menton pointu. Sous ses fins sourcils brillaient des yeux gris emplis d’assurance et peut-être d’un rien de prétention, et une mèche de ses cheveux venait barrer son front. Contrairement aux autres soldats, il ne portait pas de collier de barbe, et aucune cicatrice ne couturait sa peau. Pour un officier, il paraissait anormalement jeune. Evan se demanda un instant comment il avait obtenu son grade.
Emmanuel se détourna et alla ranger la croix. Ses hommes s’écartèrent sur son passage, deux d’entre eux le suivirent, et la créature apparut.
De prime, Evan n’avait pas remarqué cette forme sombre et massive accroupie près du feu. Lorsque Emmanuel se fut éloigné, elle déplia ses membres et se leva d’un mouvement gauche, avant de venir vers le Prince d’une démarche chaloupée.
Entièrement nue, si l’on exceptait son pagne, elle avait la peau noire, si mate qu’elle semblait absorber la lumière. Ses jambes, très courtes et bizarrement arquées, étaient presque ridicules comparées à ses bras démesurés, longs d’un bon mètre et demi et prolongés par des mains à six doigts, eux-mêmes munis de tant de puissantes phalanges qu’ils ressemblaient à des tentacules. Des griffes acérées prolongeaient ses orteils nus, trois à l’avant du pied, deux sortant du talon. Si sa taille était étrangement fine, son torse robuste allait en s’élargissant vers d’imposants pectoraux, et son tour de poitrine dépassait facilement le mètre.
Quant à sa tête, elle était énorme, deux à trois fois plus grosse que celle d’un homme, comme si son cerveau ne pouvait tenir dans un crâne ordinaire. Des dents tranchantes saillaient de sa gueule monstrueuse, tandis que deux trous au-dessous des tempes faisaient figure d’oreilles. De nez, elle n’en avait pas.
- Axtros est un Zahr, souffla Karen à l’oreille d’Evan. Il a quitté les montagnes de son peuple, au Nord-Ouest du continent, et vendait au plus offrant ses talents de mercenaires.
- Vendait ?
- Alexandre l’a recruté il y a plusieurs mois. Il est désormais le capitaine de la Garde noire.
En effet, les soldats de l’escorte princière considéraient le Zahr avec respect et admiration, les épaules raidies et un mince sourire aux lèvres.
- Je doute des capacités de ce gamin, Altesse, siffla Axtros d’une voix inhumaine, grave et chuintante.
Evan se crispa, hésitant entre une sourde colère et une irrésistible envie de disparaître dans un trou. Puis il s’aperçut que la remarque du Zahr ne le concernait pas.
- Emmanuel est un bon élément, répliqua Alexandre. J’ai déjà entendu vos arguments, mais pour l’instant nous n’avons rien à lui reprocher.
Les hommes en blanc hochèrent la tête.
- Je ne vois vraiment pas ce que vous avez contre le lieutenant, déclara l’un d’eux.
Le Zahr pivota vers lui, et le soldat regretta aussitôt d’avoir parlé.
- Les informations que ton cerveau d’humain prend en compte ne couvrent que cinq pour cent de la réalité, assena Axtros. Aussi, je te saurai gré de ne pas trop jouer avec ta tête.
Le soldat se tut, les yeux baissés.
- Bien, fit Axtros. Altesse, je persiste également à dire que vous n’auriez pas dû me laisser ici. En tant que capitaine de la Garde, j’aurais dû vous accompagner.
- J’avais besoin de vous pour veiller à la bonne installation du campement, répondit Alexandre. Et soyez heureux, cette fois, vous venez.
Surpris, Evan tourna la tête... et constata que ni le Prince ni ses Gardes n’étaient descendus de leurs destriers.
- Altesse, commença Karen, que comptez-vous...
- Je n’ai pas réglé tous mes comptes à Keldras. Ce capitaine Yorzal doit payer pour avoir tenté de me faire arrêter.
- C’est une perte de temps, Altesse, protesta l’Elfe, et un risque inutile. Les victimes à la taverne serviront de leçon au reste de la garnison.
- Axtros, votre avis ? questionna Alexandre.
Le Zahr s’accorda une demi-seconde de réflexion.
- J’ai observé la citadelle ce matin. Elle ne me paraît pas invulnérable. Et je rejoins votre avis, Altesse. Si vous vous contentez de tuer des sous-fifres, les chefs persisteront à s’en prendre à vous. Frappez à la tête, et vous serez tranquille.
- Force de frappe idéale ?
- Vous, moi, la Garde noire, Karen.
- Estimation des risques ?
- J’évalue à cinquante-quatre le nombre de soldats directement logés dans le fort et en état de combattre. Considérant l’écart entre eux et nous, j’établirais le rapport prévisionnel des pertes suivant : soixante-huit virgule cinquante deux pour cent chez eux et zéro pour nous quatre minutes après l’engagement. Les choses devraient en rester là. Marge d’erreur : un virgule trois pour cent. Risque cumulé : deux virgule quarante-sept pour cent, en intégrant les chances de fuites de ce Yorzal et la probabilité de perdre l’un d’entre nous.
Il se tut. Le silence régna pendant quelques secondes. Certains remarquèrent qu’un vent froid s’était levé, et s’emmitouflèrent davantage dans leurs manteaux.
- Pourquoi devrais-je participer aussi ? s’étonna Karen.
Axtros tourna la tête vers elle.
- Parce que vos supérieurs vous ont ordonné de ne pas lâcher Alexandre d’une semelle. Tâche que, pour l’instant, vous accomplissez fort bien.
Evan n’y comprenait plus rien. Visiblement, la situation était plus complexe qu’elle ne le paraissait au premier abord. Les hommes rassemblés ici n’étaient pas tous de loyaux serviteurs du Prince Alexandre. D’autres factions jouaient leur rôle.
Instinctivement, Evan sépara les camps selon la couleur des uniformes. La Garde noire devait dépendre directement du Prince, tandis que les soldats en blanc étaient probablement sous les ordres de Karen, chargée d’apporter son aide à Alexandre. Et apparemment, cette association ne fonctionnait pas aussi bien que prévu...
Un bruit de galop retentit, et Varlian apparut dans la lumière du feu, sur son destrier en nage.
- C’est fait ! déclara-t-il en sautant à terre.
Evan sentit monter en lui une haine féroce contre le Garde. Jelius n’avait fait que son devoir de citoyen en signalant à la milice qu’un meurtre avait été commis à côté de sa boutique. Et Varlian était allé le torturer et le tuer sans le moindre scrupule. Sur l’ordre d’Alexandre, certes. Mais Evan ne s’estimait pas capable d’éprouver envers le Prince autre chose que de la peur...
- Pas de chance ! lança Karen en souriant. On repart !
Varlian ne marqua pas la moindre surprise.
- Je m’en doutais un peu. Je suppose qu’on va faire un exemple à la forteresse ?
- Exact, confirma Alexandre. Prends un cheval frais. Le tien est épuisé.
Varlian se dirigea vers l’enclos. Evan remarqua que Karen le suivait du regard. Intrigué, il examina attentivement le Garde lorsque celui-ci revint vers le groupe, tirant par la bride un nouveau destrier aussi noir et puissant que le précédent.
Varlian approchait de la trentaine. Les yeux gris, le teint pâle, les cheveux noirs, il avait la même allure sinistre et mystérieuse que les autres membres de la Garde noire. Le garçon nota qu’il se mouvait avec une souplesse et une légèreté peu commune, comme si le poids de sa cuirasse ne le dérangeait pas. Au final, Evan admit que Varlian était d’une certaine beauté qui ne devait pas laisser les femmes indifférentes.
Le Garde sella sa monture, l’enfourcha et vint se ranger à côté de ses camarades. Non loin de là, Axtros grimpa sur un énorme destrier muni d’une selle curieuse, tordue et garnies de crampons. Sûrement était-elle adaptée à la morphologie du Zahr.
- Je te laisse aux soins de mes hommes, signala Alexandre à Evan. Dis-leur ce que tu sais des Terres Mortes, donne-leur tes conseils et fait la liste de ce que tu auras besoin d’acheter. Soldats, soyez polis avec lui.
Il se détourna et dévala la colline, ses Gardes et Karen à sa suite. Avant de partir, Axtros se tourna une dernière fois vers les soldats qui allaient demeurer au camp.
Evan n’écouta pas ce qu’il leur disait, trop occupé à contempler un détail qu’il n’avait jusque-là pas remarqué chez la créature.
Quand Axtros éperonna son cheval et partit vers la Garde noire, Evan se tourna vers le soldat le plus proche de lui.
- Les Zahrs ont-ils tous des orbites vides ? lui souffla-t-il.
L’homme le considéra un instant avant de répondre :
- Non. Leurs yeux sont noirs. Axtros est un aveugle.

:)

_Azerty777
_Azerty777
Niveau 10
17 avril 2006 à 18:50:28

Héhé...j´espère que ce Axtros se révèlera aussi bon que...merde, oublié l´nom d´laut´, c´ui des Bracelets. Les Chevaliers en ont beaucoup des comme ça au fait? Et en parlant de lui, le truc des pourcentages à virgule, ça fait un peu trop...excessif. J´veux bien croire qu´il soit supérieurement intelligent, mais là ça m´fait plus penser aux films comiques où y´a un soi-disant scientifique qui s´la ramène tout le temps avec ses chiffres. Je sais que c´est fait exprès, mais bon. :)

Vivement la suite, rien d´autre à dire. Ah si, une énorme faute : "Il ne sait pas enfui"==>Rhoooooo. :-)
La suite. :-d

Sunshadow
Sunshadow
Niveau 7
19 avril 2006 à 11:01:36

C´est vrai que le coup des pourcentages ça fait robot ou scientifique pas doué qui la ramène dès qu´il peut. En plus il fait des phrases un peu robot, si tu vois ce que je veux dire.

Sinon c´est bien, c´est cool qu´il y ai un Zahr.

Par contre j´arrive pas à me les imaginer, ceux là.
Donc, vivement la suite ( c´est aujourd´hui, non ?)

chris12
chris12
Niveau 9
19 avril 2006 à 18:17:31

"autour d’un feu d’où s’élevait encore l’odeur un odeur de viande grillée." y a trop d´odeur là ^^

Sinon pas mal, sauf que le zarh, je croyais que c´était une des chauve souris comme tu le décrivais. Pour les calculs, je vois mal comment il peut évaluer en étant de plus aveugle. Il aurait pû par exemple, grâce à son extraordinaire vu de Zarh, voir les soldats mais là pouet.

La suite, bientot ?

hipop_danseuse
hipop_danseuse
Niveau 10
19 avril 2006 à 18:26:56

haaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa horreur! après avoir dévoré en deux jours une dizaine de chapitres (ou un peu moins), je me retrouve à attendre la suite, car j´ai fini de lire. Snif!

superbe!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Bon, je promet, sur la tête d´Alexandre, que les prochaines fois je ferais des commentaires plus constructifs.

KaiM
KaiM
Niveau 11
19 avril 2006 à 19:47:15

chris :d) Axtros n´a pas besoin d´yeux pour observer un bâtiment et évaluer ses défenses. Il a d´autres moyens.
Par ailleurs, les Zahrs sont par natures des bêtes de calcul mental, aussi performants qu´une calculatrice. Ca fait partie des caractères de l´espèce.
Et au fait, 68.52% de 54, ça fait 37. Pas si nimportequesque que ça, le calcul...

Bon, la suite. Enjoy or not, comme on dit.

L’écurie d’Olaf se trouvait au bord d’une clairière où coulait un petit ruisseau. Il l’avait bâtie là car, disait-il, personne n’y venait jamais. Il ne risquait donc pas de se faire voler son cheval, bien que, de toute façon, la bête fût de taille à se défendre elle-même. On y accédait par un chemin forestier qui rejoignait une route six kilomètres plus loin.
Namâric enjamba le ruisseau et s’avança vers l’écurie. C’était une construction cubique en bois, fermée par une porte qui ne bouchait qu’à moitié l’ouverture. Olaf retira la chaîne qui la bloquait, l’ouvrit toute grande...
D’un bond impressionnant, un grand cheval noir jaillit du fond de la cabane et traversa la clairière. C’était un animal puissant, taillé pour les longues distances dans des conditions difficiles. Bien discipliné, il revint vite vers son maître qui lui tendit sa main ouverte. Le cheval pencha la tête et vint manger dans la paume d’Olaf les flocons d’avoine que le Paladin lui offrait.
- Doucement, Belanar, protesta Olaf devant la vitesse à laquelle son cheval dévorait sa pitance.
Namâric entra dans l’écurie, prit une selle de bois et un tapis qui pendaient à un crochet, puis les apporta à Olaf. Celui-ci, après avoir finalement offert à Belanar une bonne moitié du sac d’avoine qu’il avait amené avec lui, entreprit de l’harnacher.
Namâric poussa un long sifflement qui porta très loin au-delà de la clairière. Au bout de deux minutes, une cavalcade se fit entendre, et Norzac déboucha dans la lumière.
Dans le ciel, un vent d’est chassait les nuages, et les lueurs du couchant brillaient encore au loin. C’est dans cette ambiance paisible que le cheval hennit de toute sa force, se dressant sur ses antérieurs comme pour défier le soleil. Les yeux vifs, le corps élancé, Norzac semblait né pour battre des records de vitesse. Namâric s’approcha de lui et flatta son encolure en lui murmurant des paroles apaisantes à l’oreille. D’un naturel calme, le cheval devenait nerveux quand il restait trop longtemps séparé de son maître.
Après ces émouvantes retrouvailles qui ne tirèrent de larmes à personne, Namâric monta sur la selle de cuir sanglée sur le dos de la bête. De son côté, Olaf glissa sa bourse et ses vivres dans ses fontes, puis enfourcha son destrier.
- On peut y aller ? s’enquit Namâric.
- Allons-y, confirma Olaf en levant son masque d’or vers les nuages tourmentés.
Et, alors que les premières étoiles apparaissaient dans le ciel, Norzac et Belanar s’élancèrent.

A ceux qui me demanderont pourquoi le soleil se couche alors qu´à Keldras il fait nuit depuis une heure ou deux, je répondrai décalage horaire.
A ceux qui me demanderont une carte, je répondrai que je m´en occuperai sous peu.
A ceux qui se demandent si le chapitre s´arrête là, je réponds que oui, mais qu´il y en a un autre :

- Voilà, je crois qu’il n’y a rien d’autre à dire.
Evan venait de passer une bonne heure à donner aux soldats de précieux conseils sur la vie dans les Terres Mortes. Vaguement conscient qu’il devrait ensuite les répéter à ceux qui dormaient, puis au Prince Alexandre et à sa Garde noire, il s’était pourtant répandu en détails, expliquant comment se protéger contre les vagues de froid, où s’abriter en cas de séismes, pourquoi il ne fallait jamais boire l’eau malsaine des rivières qui coulaient dans ce désert de boue.
Il ne connaissait pas ses interlocuteurs, mais commençait déjà à les apprécier. Bien plus humains que les Garde du Prince, ils l’avaient écouté avec une grande attention, lui offrant régulièrement à boire, lui demandant des précisions, plaisantant parfois sur les dangers qui les attendaient.
- Eh bien, fit le lieutenant Emmanuel, assis à côté de lui, on peut dire que tu t’y connais !
Evan lui lança un regard amusé.
- Ca fait quatre ans que je sillonne les Terres Mortes à longueur de temps, alors oui, je m’y connais. Et mieux que beaucoup de prospecteurs plus âgés.
Emmanuel lui posa une main sur l’épaule.
- Excellent ! s’exclama-t-il, enthousiaste. Le Prince n’aurait pas pu trouver un meilleur guide que toi !
- Un autre verre ? proposa Jarsil, un homme solide d’une quarantaine d’années.
Il lui tendit un pot de bière de Métaca. Evan accepta volontiers, but goulûment et fit passer le pichet à son voisin.
- Profitons-en. Dans les Terres Mortes, il vaut mieux éviter l’alcool...
Les soldats opinèrent. Trois d’entre eux se lancèrent ensuite dans une partie de cartes tandis qu’un quatrième sortait une flûte se sous son manteau et entamait une douce mélodie.
Evan l’écouta un instant, se laissant porter par la musique, puis s’adressa à Emmanuel.
- Dites, il y a quelque chose qui m’intrigue. Depuis le début de la soirée, j’ai l’impression d’être baladé d’un endroit à l’autre sans comprendre ce qui se passe. Je ne sais même pas qui vous êtes.
Le jeune lieutenant le regarda avec des yeux ronds.
- Tu veux dire qu’Alexandre ne t’a rien expliqué ?
- Ben... non.
Emmanuel leva les yeux au ciel.
- C’est bien son genre, tiens. Il s’imagine que tout le monde comprend ce qu’il a besoin de savoir. Et il garde ses secrets pour lui. Bon, qu’est-ce que tu ne sais pas ?
- Euh... tout.
Emmanuel s’assit en tailleur et desserra un peu les sangles de son plastron métallique.
- Comment te résumer les choses ? Tu connais bien l’histoire du Prince Alexandre, quand même ? Son complot découvert, et son évasion de Dümrist ?
- Oui.
- Bien, ce que tu ignores donc, c’est la suite. Alexandre compte deux principaux alliés : Thenetos de Vordal, le Premier Sorcier de l’Empire d’Affoth, et nous, les Vzad’orû’bausns.
Evan réfléchit à ces nouvelles informations. Il avait déjà entendu parler de Thenetos, bien sûr. Un mage très puissant, le plus influent de l’Empire, proche ami du souverain, érudit remarquable et diplomate hors pair. Il vivait dans un somptueux palais, près de la ville de Vordal, dans l’Est de l’Empire, où il entretenait toute une petite armée personnelle. Quant aux Vzad’orû’bausns...
- On nous appelle aussi les Chevaliers Blancs, précisa Emmanuel. Bien que le terme ne soit pas très adapté, puisque aucun de nous ne possède de terres.
Evan voyait un peu mieux. Les Chevaliers Blancs... Il n’en avait eu que de très vagues échos. Une organisation secrète, capable de frapper n’importe où, apportant son aide aux grands de ce monde pour la bonne cause ou, le plus souvent, pour un salaire conséquent. Des mercenaires, quoi.
- Notre rôle ne se résume pas à combattre et espionner pour le compte de nos employeurs, expliqua Emmanuel. Nous avons de nombreuses activités privées qui, malheureusement, ne te regardent pas. D’ailleurs, je n’en sais pas grand-chose non plus. Si ce n’est que celle-ci en est une.
- C’est-à-dire ?
- Si j’ai bien compris, Alexandre s’est associé à Thenetos de Vordal pour mener des recherches. Sur quoi, je l’ignore. Mais ça devait être important, car Thenetos a contacté les chefs de notre organisation afin d’obtenir leur soutien. A ces yeux, notre habileté à nous déplacer très vite et très discrètement comptait beaucoup. Nos maîtres ont acceptés cette alliance sans vraiment discuter, et ont envoyé Karen pour soutenir Alexandre.
Emmanuel se tut un instant, le regard perdu dans les flammes qui crépitaient devant lui.
- Bref, reprit-il, quand le Prince a été condamné à la pendaison, Thenetos et Karen se sont chargés de le faire évader. Apparemment, il conservait trop de secrets pour qu’on le laisse mourir sur l’échafaud. Alexandre a gagné le palais de Vordal et, de là, est reparti dans ses recherches. Depuis cet été, nous l’accompagnons partout où il se rend. Il enquête seul, sans nous communiquer ses résultats, mais parfois, quand sa Garde noire ne suffit pas à le couvrir, il a besoin de notre aide. Toutefois, le plus souvent, nous ne faisons rien.
Evan commençait à se dire qu’il avait mis les pieds dans une histoire qui le dépassait.
Vertigineusement.
- Et la Garde noire ? questionna-t-il. Qui sont-ils ?
L’expression d’Emmanuel se fit méprisante.
- Dès son arrivée à Vordal, Alexandre a tenu à se munir d’une protection rapprochée. Apparemment, nous ne lui suffisions pas... Il s’est alors mis en quête de combattants talentueux et expérimentés pour constituer son escorte. Sans compter Axtros, il a réuni dix hommes : des mercenaires, des déserteurs de l’armée affotite, quelques-uns des meilleurs éléments de Thenetos, en somme des vétérans qui avaient connu assez de batailles pour le satisfaire. C’étaient des guerriers féroces, mais profondément individualistes, qui ne comptaient que sur eux-mêmes et n’attachaient pas d’importance aux autres. Pas des modèles de loyauté, donc, ni des spécialistes du travail en équipe.
- Et ?
Emmanuel grimaça.
- Pendant deux mois, Alexandre leur a fait suivre un entraînement dont personne n’a jamais rien su. Ils ont passé trois semaines à Vordal, le reste dans la nature. Au terme de cet entraînement, eh bien... Ils étaient parfaits.

KaiM
KaiM
Niveau 11
19 avril 2006 à 19:47:48

- Parfaits ?
- Je ne sais pas ce qui s’est passé. Mais aujourd’hui, ces dix hommes forment la plus redoutable équipe imaginable. Chacun d’entre eux manie l’épée avec une force et une adresse surprenante, même chez des guerriers de leur stature. Ils sont soudés, synchronisés, complémentaires. Et en outre, ils vouent au Prince une fidélité sans borne. Ils protègent sa vie sans se soucier de la leur, et exécutent scrupuleusement ses ordres. Si Alexandre venait à leur demander de se couper la gorge, ils obéiraient sans discuter.
- A ce point là ?
- Non, plus encore.
A cette dernière phrase succéda un moment de calme, bercé par la mélodie que jouait le soldat à la flûte.
- Leurs casques en forme de dragon, ils ont une signification particulière ? interrogea Evan.
Emmanuel secoua la tête.
- Non. Ils ne servent qu’à impressionner l’ennemi. Moi, je les trouve grotesques.
- A t’entendre, je ne parviens pas à comprendre si tu les détestes ou si tu les admires...
Le tutoiement était venu naturellement. Emmanuel ne le releva pas.
- Eh bien, répondit-il, les deux à la fois.
Evan médita sur ces paroles. Deux soldats se levèrent et partirent se coucher.
- Quel genre d’homme est Varlian ? demanda soudain le garçon au lieutenant.
Emmanuel eut un petit sourire.
- Le Garde favori d’Alexandre, après Axtros. J’ignore d’où il vient, mais lui je l’apprécie. C’est un soldat consciencieux, sympathique avec les hommes, pas aussi réservé que ses frères d’armes. Un peu morbide, parfois, mais sans plus. Dans l’ensemble, le plus potable des membres de la Garde.
- Et Karen ?
Emmanuel lui jeta un regard malicieux.
- Je me doutais bien que tu allais en venir à elle. Elle est très belle, hein ? Quiconque la voit pour la première fois met une bonne journée à chasser son image de son esprit. Mais ne rêve pas trop...
Evan se sentit rougir.
- Pour répondre à ta question, poursuivit Emmanuel sans enfoncer le clou, c’est le meilleur officier sous lequel j’aie jamais servi. Je n’en ai connu que trois, tu me diras. Mais bon... Elle est dynamique, astucieuse, pleine d’initiative, elle agit sans perdre de temps et elle sait motiver les troupes. Sa carrière ne compte qu’un seul échec, une embuscade qui a mal tourné. Quand elle y repense, elle devient assez morose. Le reste du temps, c’est une experte dans l’art du commandement comme dans celui du combat.
Sa voix se fit plus basse :
- Elle maintient aussi une certaine distance avec Alexandre. Leur principal problème, c’est que la sœur jumelle de Karen, Kandrill, a été tuée avec toutes ses troupes, il y a un an, lorsque nous étions ennemis. L’histoire reste un peu floue, on ne sait pas trop comment tout ça s’est déroulé, mais il est certain qu’un malaise demeure.
- Vous avez affronté Alexandre ?
- C’est du passé. Mieux vaut l’oublier si nous voulons travailler ensemble. Aujourd’hui, nous partageons les mêmes intérêts.
Evan renonça à démêler l’écheveau des tensions et amitiés entre les membres de la troupe, et laissa errer ses pensées du côté de Karen. Puis, soudain, il réalisa qu’il interrogeait Emmanuel depuis un bon quart d’heure, sans lui avoir jusqu’à présent posé une seule question sur lui-même !
Heureusement, il était facile de réparer cette maladresse.
- Et toi, alors ? D’où viens-tu ?
Le lieutenant eut un sourire.
- Mon histoire est moins tordue que celles des autres. J’ai perdu mes parents à l’âge de neuf ans, c’est-à-dire avant dix, le critère de recrutement des Vzad’orû’bausns. Mon père est tombé à la guerre, et ma mère a suivi quand les ennemis ont pillé notre village. J’ai survécu en me cachant dans la cave. Les Chevaliers Blancs m’ont recueilli, nourri, envoyé dans une citadelle afin que j’y apprenne le métier des armes. Comme j’étais plutôt doué pour me battre, j’ai reçu mon grade à la fin de ma formation. Et me voilà.
Il parlait d’une voix attendrie, comme si son organisation était à présent sa véritable famille, comme si les Chevaliers Blancs avaient remplacé ses défunts parents.
Avant dix ans...
Evan songea que, si ses parents étaient morts plus tôt, on lui aurait probablement proposé d’intégrer l’ordre des Vzad’orû’bausns. Ca n’avait pas l’air si mal... Puis il se secoua. Non. L’armée, ce n’était pas pour lui. Trop de discipline, pas assez de liberté.
Il ne restait plus que six soldats assis autour du feu. La nuit avançant, trois partirent se coucher. Demeurèrent Evan, Emmanuel, Sorelial le joueur de flûte, et Kebald, un robuste homme du Sud à la peau mate. C’est alors qu’une nouvelle silhouette émergea d’une petite tente, située à l’écart des autres.
Un sourire mauvais naquit sur les lèvres des soldats.
L’homme qui s’approcha était de petite taille, maigre, voire squelettique. Malgré le froid de la nuit, il ne portait qu’une tenue légère, chemise et braies. Son visage, affreusement laid, couvert de boutons, avec de grands yeux bleus exorbités, le nez de travers et le front fuyant, reflétait une stupidité insondable. Il marchait d’un pas faible, hésitant, tandis que de sa bouche entrouverte coulait un petit filet de bave.
Emmanuel fut le premier à parler.
- Tu n’arrives pas à dormir, Simplet ? D’accord, viens t’asseoir, mais pas trop longtemps. Tu sais ce qui arrive quand on reste près de toi.
L’homme malingre le gratifia d’un vague sourire et d’un hochement de tête frénétique, puis se laissa tomber entre Kebald et Sorelial. Ce dernier, imperturbable, ne cessa pas de jouer, tirant de sa petite flûte une mélodie lancinante.
- Belle... nuit... fit Simplet d’une voix rauque.
Emmanuel tourna la tête vers Evan.
- Je te présente Jobas, dit-il d’une voix moqueuse. Inutile de t’inquiéter de son état, il est né comme ça. Complètement idiot, et irrécupérable. On l’appelle Simplet.
L’intéressé dut comprendre qu’on parlait de lui, car il secoua une nouvelle fois la tête.
- Il est timide, ajouta Emmanuel, et très impressionnable.
- Mais que fait-il avec vous ? s’étonna Evan.
Il se sentait plus fatigué, tout à coup. De manière étrange, ses forces le quittaient. Ses paupières se firent lourdes.
Emmanuel eut un sourire malveillant.
- Ta main, Simplet.
Le chant de la flûte mourut.
Jobas renvoya un regard vide au lieutenant, comprit quel ordre il venait de lui donner et lui tendit un bras rachitique. Sous les yeux avides de Sorelial et Kebald, Emmanuel tira la dague qu’il portait à la ceinture.
La lame se posa sur le poignet de Jobas.
- Mais qu’est-ce que tu fais ? s’énerva Evan.
Le lieutenant profitait de la faiblesse mentale de Jobas pour s’amuser avec lui. Evan ne pouvait pas tolérer ça ! Quand il était petit, il adorait se moquer des aveugles et des mendiants. A présent, cela lui semblait lamentable.
Il essaya de retenir Emmanuel, mais déjà le poignard avait frappé. L’acier mordit la peau de Jobas et traça une longue ligne rouge sur son bras.
Simplet ne réagit même pas.
Plus incroyable encore, malgré la profondeur de l’entaille, le sang ne coula pas. La plaie restait inerte, petit trait écarlate sur le bras de Jobas. Evan remarqua alors les innombrables cicatrices qui parcouraient sa peau. Ce n’était pas la première fois qu’on lui faisait subir ça !
- Simplet est ce qu’on appelle un homme hémostatique, expliqua Emmanuel. En sa présence, le sang est retenu à l’intérieur du corps. D’ailleurs, tu devrais sentir tes membres s’engourdir.
Evan réalisa qu’en effet, il avait de plus en plus de mal à bouger. Apparemment, Sorelial était dans le même cas.
- Je ne peux pas t’expliquer comment ça fonctionne, poursuivit le lieutenant, mais une chose est sûre : ce don n’a rien de magique. Dans les Terres Mortes, il pourrait se révéler très précieux.
Evan prit conscience de tout l’intérêt que présentait Jobas. Combien de vies pourrait-il sauver par sa simple présence ?
Emmanuel, bien que plus résistant, commençait lui aussi à s’alanguir. D’un geste, il congédia Jobas, qui recula à l’écart, une joie naïve sur le visage.
- Et il ne sent pas la douleur ? s’enquit Evan.
- Apparemment pas, répondit Kebald. Mais ça, c’est son problème ! Si ça se trouve, il fait semblant !
Il partit dans un grand éclat de rire qu’Emmanuel accompagna d’un petit sourire. Sorelial reprit sa flûte, et les notes se remirent à danser autour du feu.
Emmanuel bâilla.
- Je vais me coucher, annonça-t-il. Demain sera une journée difficile.
- Une dernière chose, fit Evan.
- Oui ?
- Axtros, comment est-il... ?
Gêné, il n’acheva pas sa phrase.
- Devenu aveugle ? compléta Emmanuel.
- Oui...
Le lieutenant haussa les épaules.
- Les membres de la Garde noire ont tous leurs secrets. Pour tout te dire, je ne sais pas. Mais permets-moi de te donner un conseil : ne sous-estime pas Axtros sous prétexte qu’il ne voit rien.
Son ton se durcit.
- Ce handicap ne l’empêche pas d’être, de très loin, le meilleur des Gardes noirs. Et au vu du niveau général de la troupe, je t’assure que c’est exceptionnel. Pour être franc, je plains les hommes qui vont l’affronter cette nuit.
Sur ces mots, Emmanuel partit en direction de sa tente en toile grise.
Evan passa encore un certain temps près du feu, bercé par la musique de Sorelial.

:)

_Azerty777
_Azerty777
Niveau 10
19 avril 2006 à 20:10:33

Eh bien...finalement je commence à bien aimer ce quatrième tome, comme quoi fallait pas juger trop vite. :) Mais le Axtros il va pas êt´ sympa on dirait^^. A quand un Zahr sympa? Ah, mais pitet que ça existe pas^^. (les deux seuls que l´on a vu ne l´étaient pas vraiment). Et cet "autre moyen" dont tu parles, tu nous l´expliqueras quand? :)

chris12
chris12
Niveau 9
19 avril 2006 à 20:42:50

"un quatrième sortait une flûte se sous son manteau" De sous son ...

"- Ce handicap ne l’empêche pas d’être" ca serait plus jolie avec "Cet handicap"

Tektus etait sympa, :lol:

ouais j´aime tjrs, ca m´a fait 3 chaps aujourd´hui, pas mal !! !

Ostramus
Ostramus
Niveau 32
19 avril 2006 à 21:32:04

Une suite pas mal que je nommerais "de transition" avec la présentation des personnages. La technique utilisée est très habile et permet une entrée en matière intéréssante.

Que dire de plus, à force de faire des commentaire détaillé je m´é ssoufle ... qui sais ?

Enfin bref, la suite. :)

gogerto
gogerto
Niveau 2
20 avril 2006 à 22:30:47

salut j ai lu les trois autres fics du cycle d alexandre ke j ai adoré et je voulais savoir si celle ci est la derniere fic.

merci de repondre :)

chris12
chris12
Niveau 9
21 avril 2006 à 19:54:31

mais non c´est pas la derniere, y en aura d´autre ^^

gogerto
gogerto
Niveau 2
21 avril 2006 à 21:43:10

ok merci :)

KaiM
KaiM
Niveau 11
22 avril 2006 à 13:27:02

Je pars en vacances pour une semaine, donc la parution doit s´interrompre. Avant de vous quitter, je poste toutefois un nouveau chapitre, qui ne sert à rien si ce n´est à montrer une dernière fois ce que valent Alexandre et sa Garde noire.

Petite remarque : j´ai décidé de chapitrer plus clairement la série, donc à présent il y aura des titres de chapitres plus ou moins bien choisis.

Chapitre 8 : Impitoyables

Alexandre et ses hommes ne firent aucun effort pour rester discrets. Après avoir attaché leurs chevaux dans le même petit bois que lors de leur première venue, ils traversèrent Keldras en ligne droite, se dirigeant sans détour vers la forteresse qui abritait la garnison. Les volets se fermaient sur leur passage, et les rares badauds qui croisaient leur route s’empressaient de détaler. Dans le quartier ouest, des cris et des appels accompagnaient les dernières lueurs d’un incendie.
Les Gardes noirs se tenaient prêts au combat. Leurs longues épées reposaient dans leur main droite tandis que, de la gauche, ils portaient de larges boucliers de métal aux rebords dentelés. Axtros, lui, serrait entre ses poings une arme étrange tout droit issue des forges de son peuple, une lame d’acier de presque deux mètres, couverte de dents et de pointes, dépourvue de tout manche. Même ses compagnons ignoraient comment il pouvait la manier sans se blesser.
Karen, son épée encore au fourreau, tentait de raisonner Alexandre.
- Altesse, c’est inutile ! Nous ne nous sommes pas faits remarquer jusqu’ici, alors ne commençons pas !
- Nous sommes déjà repérés depuis notre passage dans cette taverne, répliqua le Prince. A ce stade, rien ne peut aggraver les choses. De plus, nous disparaîtrons demain dans les Terres Mortes, et personne ne nous suivra.
- Mais... Ces hommes ne font que leur devoir, après tout ! Ils ont pour mission de maintenir l’ordre dans cette ville. Il est normal qu’ils aient essayé de nous arrêter pour meurtre.
- Je ne tolère plus qu’on entrave ma route, Karen. Quiconque tentera une action contre moi, périra. Ce capitaine Yorzal mérite la mort.
Karen poussa un long soupir quand elle comprit que rien ne pourrait convaincre Alexandre de faire demi-tour. En désespoir de cause, elle se tourna vers les Gardes noirs.
- Et vous ? Vous n’avez pas d’opinion sur la question ?
- Son Altesse commande, nous obéissons, énonça Axtros comme s’il s’agissait d’une règle universelle.
Les Gardes opinèrent.
Karen se renfrogna. Pour elle, cette affaire n’était qu’une perte de temps inutile doublée d’une prise de risque inconsidérée et, accessoirement, d’un massacre superflu. Elle ralentit le pas, laissa ses compagnons la dépasser et marcha en retrait. A sa grande surprise, Varlian la rejoignit.
- N’en voulez pas à Alexandre, commença-t-il. Depuis le temps que nous travaillons ensemble, vous devriez savoir qu’il ne supporte pas qu’on le provoque.
- Quand même ! Nous allons attaquer des soldats qui ne font que leur métier ! Comment l’empereur réagira-t-il quand il apprendra que nous éliminons ses hommes ?
Varlian haussa les épaules.
- D’abord, l’empereur aurait certainement désapprouvé l’agression de ce soir. N’oubliez pas qu’un de ses conseillers l’incite à tolérer nos agissements. Ensuite, la garnison de cette ville n’est pas sous le contrôle de l’Empire, mais du duc d’Islaris. Au mieux, nous l’intimidons, au pire nous nous en faisons un ennemi peu redoutable.
- Mouais... Je persiste à dire que nous faisons une erreur.
La forteresse, bâtie au sommet de la colline nord, dressait vers le ciel une haute tour de vigie, elle-même nichée à l’angle d’une muraille en carré percée de meurtrières. Des pieux et des barrières garnissaient la pente, tandis qu’un petit fossé protégeait la citadelle. Un pont de bois l’enjambait, donnant sur une porte renforcée, seul accès au bâtiment.
Cette porte était fermée.
Alexandre et ses hommes gravirent la colline sans difficulté puis s’arrêtèrent devant le pont, contemplant les lourds battants de bois et de métal qui leur interdisaient le passage.
Le Prince s’avança et leva les yeux vers les remparts.
- Capitaine Yorzal ! Je suis Alexandre, Prince de Dümra ! Ce soir, vos hommes ont tenté de me tuer. Ils ont échoué, et je viens réclamer ma vengeance. Ouvrez ces portes et rendez-vous à moi. Si vous refusez, des innocents trouveront la mort.
Le silence retomba sur la citadelle. Alexandre, Karen et les Gardes noirs, plantés sous les murs et les étoiles, attendirent une réaction. Une minute s’écoula, puis deux, puis trois. La forteresse restait muette, masse silencieuse dans la nuit.
Alexandre n’avait toujours pas bougé quand Axtros se raidit.
- Attention ! Archers !
Une seconde plus tard, une volée de flèches jaillit des créneaux et des meurtrières pour s’abattre sur l’escorte du Prince. Les Gardes noirs levèrent leurs boucliers, et les traits s’y fracassèrent sans causer le moindre mal. Karen évita un projectile, Alexandre en dévia un autre d’un revers de la main, Axtros en bloqua deux avec son étrange arme dentelée. Une deuxième salve fusa, contrée de la même manière. A la troisième, Alexandre eut un petit soupir.
- Changeons de tactique.

Le capitaine Yorzal n’avait rien de remarquable, ni dans son physique, ni dans son caractère. De taille moyenne, ni beau ni laid, dotés de cheveux bruns plus ou moins coiffés, il ne disposait pas d’une force colossale mais ne souffrait pas de handicaps gênants. Il maniait l’épée avec l’adresse que procure un entraînement régulier, sans plus, et commandait ses hommes avec une efficacité acceptable. Il avait accédé à son poste en trichant, mais pas trop, il était corrompu, mais pas trop non plus, et il avait des ambitions tout à fait raisonnables - un grade de commandant dans les légions impériales, suivi de l’achat d’une ferme pour ses vieux jours. Marié, relativement fidèle, père de deux filles pas plus espiègles que les autres, il préférait éviter de prendre des risques. Il avait une vague conception de l’honneur, mais certainement pas assez pour accepter un affrontement hasardeux quand il pouvait régler le problème sans danger.
En conséquence, lorsque le Prince Alexandre s’était présenté devant sa forteresse pour lui soumettre son ultimatum, Yorzal avait rapidement décidé que la meilleure solution consistait à l’abattre à distance. Ses archers s’étaient postés sur les remparts et derrière les meurtrières, puis avaient ouvert le tir. Depuis l’abri couvert qui surmontait la porte de la citadelle, le capitaine observait la scène en espérant que tout serait vite terminé.
Dans le même temps, une légère inquiétude l’étreignait. Cette affaire n’était pas normale. Quand il avait appris que le Prince Alexandre, recherché dans tout le continent, se trouvait à Keldras et avait commis un meurtre, Yorzal s’était empressé d’envoyer une escouade pour l’arrêter. Qu’Alexandre fût parvenu à s’échapper, il pouvait encore l’admettre. Mais pourquoi diable le Prince revenait-il se venger au risque de périr pour rien ? Yorzal ne comprenait pas.
Dès la première salve de flèches, il réalisa qu’une nouvelle difficulté se posait. Les hommes qui accompagnaient Alexandre bougeaient à une vitesse surhumaine, interceptant chaque trait avec leurs lames ou leurs boucliers. Le Prince, lui, se montrait si rapide que Yorzal crut rêver. Si vif que sa silhouette en devenait indistincte, il virevoltait entre les flèches avec une grâce aérienne, ou bien les détournait par des gestes fulgurants de ses bras. Contrairement à ses gardes, il n’avait même pas tiré son arme.
Yorzal se rassura bientôt. Il possédait assez de munitions pour soutenir un siège. Au bout du compte, ses ennemis finiraient bien par faiblir, battre en retraite ou tomber sous les tirs. Ils ne pouvaient résister éternellement !
D’ailleurs, après la troisième volée de flèches, les soldats aux armures noires reculèrent et redescendirent la colline. Le Prince, le Zahr et le chevalier à la cape blanche s’éloignèrent eux aussi.
Yorzal soupira de soulagement et se tourna vers son second, un homme robuste aux épaules solides et à la barbe épaisse.
- Ils s’en vont, Hans ! Tu vois, il suffisait de tenir !
Au lieu de répondre, le soldat observa l’escorte du Prince, qui s’était arrêtée au niveau des premières maisons bâties au pied de la colline.
- Je n’en suis pas si sûr, mon capitaine, finit-il par lâcher.
- Quoi ?
- Regardez.
Alarmé, Yorzal scruta la nuit. Les hommes en noir remontaient à présent la pente, mais ils n’étaient plus seuls. De la pointe de leurs épées, ils poussaient devant eux un groupe de gens terrifiés, parmi lesquels des femmes et des enfants. Les familles qui vivaient dans les maisons près de la citadelle.
Hans se crispa.
- Des otages. Qu’est-ce qu’on fait, mon capitaine ?
Yorzal était devenu livide.
- Et merde...

Les Gardes noirs revinrent auprès d’Alexandre, d’Axtros et de Karen.
- Altesse ! s’indigna celle-ci. Vous ne pouvez pas...
- Je n’ai pas l’intention de tuer quiconque d’autre que ce Yorzal, la coupa le Prince. Mais je ne reculerai devant rien pour l’abattre. Okiel !
L’un des Gardes poussa en avant la jeune fille qu’il menaçait de son épée. Elle tomba à genoux, tremblante, et leva des yeux implorants vers Alexandre.
Celui-ci estima qu’elle devait avoir quinze ans. Avec ses longs cheveux roux, ses membres fins et son visage angélique, elle était particulièrement jolie, et semblait si innocente que Karen eut un pincement au cœur à l’idée de ce qui l’attendait si Yorzal refusait de se rendre.
- Comment t’appelles-tu ? interrogea le Prince d’un ton sec.
- Delia, répondit la fille, ses yeux bleus emplis de larmes.
Alexandre se tourna vers la citadelle.
- Capitaine ! clama-t-il. Je vais compter jusqu’à trois ! Si, à ce moment-là, vous n’êtes pas sorti de votre château, la petite Delia mourra ! Un !
- Non !
Un gros homme à demi nu, manifestement le père de la fille, échappa au Garde qui le retenait et se rua en avant. Un coup de poing au creux de l’estomac le plia en deux. Puis Varlian abattit son coude sur sa nuque, et l’homme s’écroula, assommé.
- Deux ! poursuivit le Prince, imperturbable.
Une flèche fila dans sa direction. Axtros la faucha en plein vol d’un coup vertical de son arme.
- Et trois !
La porte de la forteresse restait close.
- Désolé, petite. Okiel...
Le Garde leva son épée tandis que Delia se mettait à pleurer. Un sanglot la secoua juste avant que la lame s’abatte sur son cou. Un craquement retentit, un flot écarlate jaillit d’une large blessure, et la fille s’effondra.
- Vous avez à présent une mort sur la conscience, capitaine ! lança Alexandre. Combien en faudra-t-il encore pour vous faire changer d’avis ?
- Sale monstre ! hurla un jeune garçon.
Il fonça sur Alexandre, qui l’empoigna à la gorge sans même le regarder, l’arrêtant net.
- C’est bien, petit, tu as du courage. C’était ta sœur ?
Le visage du gamin virait au violet. Le Prince relâcha un peu la pression pour le laisser répondre :
- Oui...
- Dommage pour elle. Mais tu vois, je n’ai pas voulu sa mort. Tout est de la faute du chef de la garnison, qui refuse de se livrer à moi...
De sa main libre, Alexandre tira un de ses poignards.
- Ne sois pas triste, tu vas bientôt rejoindre ta sœur.
Un femme - la mère, à coup sûr - fondit en larmes. Les enfants tremblaient, mais la vue des épées les empêchait de bouger. Karen, elle, se contenait difficilement. Il fallait que ça s’arrête...

KaiM
KaiM
Niveau 11
22 avril 2006 à 13:28:11

- Très bien ! rugit un homme depuis les remparts. Vous voulez ma peau, venez la chercher !
Lentement, les portes de la forteresse coulissèrent avec un long grincement. Esquissant un sourire, Alexandre laissa choir le garçon puis, sans plus s’intéresser à ses otages, marcha vers la citadelle. Ses compagnons l’imitèrent tandis que leurs prisonniers restaient sur place, figés par l’horreur et la stupéfaction.
Le château abritait dans ses murs une cour pavée ainsi qu’une caserne austère qui jouxtait une écurie. Des dizaines d’hommes, vêtus de cottes de mailles marquée de l’écusson rouge et or de la ville, se tenaient à l’intérieur, une lance ou une épée à la main. Des archers, postés sur les toits et les remparts, avaient tendus leurs cordes, prêts à tirer. Si tous ces soldats s’efforçaient de paraître décidés, la peur tapie au fond de leurs yeux démentait leur attitude résolue.
Alexandre et ses Gardes avancèrent jusqu’au milieu de la cour, laissant leurs adversaires les encercler, les incitant presque à passer à l’attaque.
- Je ne veux que votre capitaine, déclara le Prince.
- Je suis là ! hurla un homme en haut de la muraille.
Il portait une armure légère munie des galons dorés qui indiquaient son rang d’officier, et une épée pendait à sa ceinture. L’air furieux, il pointa un doigt sur Alexandre.
- Je ne sais pas à quoi vous jouez, mais vous avez perdu ! Vous êtes treize, et nous soixante ! Il est temps de payer pour vos crimes !
Les rangs des soldats se resserrèrent quand ils s’approchèrent du Prince. Après leur avoir jeté un regard méprisant, celui-ci se tourna vers Axtros.
- Combien sont-ils, exactement ?
Le Zahr resta silencieux pendant un peu moins de deux secondes, puis affirma :
- Soixante-cinq. Plus que je ne l’avais prévu.
- C’est un multiple de treize, ça.
- En effet.
Karen eut l’air surprise.
- Et alors ?
Varlian leva son bouclier et fit un moulinet avec son épée.
- Alors, pas la peine de chercher à les intimider. On en a tout juste cinq chacun.
Il y eut un moment de flottement, puis Yorzal rugit du haut de ses remparts :
- A l’assaut !
Une pluie de flèches tomba sur les Gardes noirs, qui la bloquèrent de la même manière que les précédentes. Plusieurs soldats, surmontant leurs craintes, s’élancèrent en poussant un féroce cri de guerre. Les autres leur emboîtèrent le pas. C’était parti...
Alexandre n’avait toujours pas dégainé quand un homme fonça sur lui en pointant une lance vers son torse. Au dernier moment, le Prince pivota, s’écarta de la trajectoire de la pique. Sa main gauche se referma sur la hampe tandis que la droite passait derrière la tête du soldat pour le saisir à la nuque. Les vertèbres craquèrent, l’homme s’écroula, Alexandre lui arracha son arme. Il para aisément l’attaque d’un second adversaire, lui décocha un coup de pied qui le plia en deux et, bondissant dans les airs, il lui planta la lance dans le dos. Une épée fendit l’air, visant sa tête. Le Prince se baissa pour éviter le coup de taille, agrippa le poignet du soldat et lui infligea une torsion sauvage. Cubitus et radius se brisèrent avec un bruit affreux pendant que l’homme, une grimace de souffrance sur le visage, lâchait son épée. Alexandre l’attrapa au vol et la jeta derrière lui. Elle traversa une cotte de mailles et s’enfonça à moitié dans la poitrine de son propriétaire. Le Prince se redressa et tira enfin son glaive du fourreau fixé entre ses épaules.
Ses Gardes noirs faisaient du bon travail. Campés côte à côte, il fauchaient leurs adversaires avec autant de puissance que de méthode, tout en esquivant les flèches que leurs décochaient les archers. Tandis que les lames se heurtaient avec violence, les soldats keldrites faisaient montre d’un grand courage, mais sans parvenir à rivaliser avec l’escorte du Prince. Aucun Garde n’était tombé, alors que presque vingt ennemis avaient déjà trouvé la mort.
Dans l’ardeur de la bataille, Karen oubliait tout ce qu’elle pouvait reprocher à Alexandre, entièrement concentrée sur l’action. Des étincelles jaillirent quand sa lame para l’assaut d’une épée avant de se ficher dans une gorge. Dégageant son arme et pivotant sur ses talons, la jeune Elfe contra une attaque vicieuse avant de placer une riposte foudroyante qui entailla le bras de son agresseur. Puis son épée siffla, désarmant son adversaire, tandis que son pied lui enfonçait la trachée. L’homme tomba à la renverse. Karen, d’une pirouette, esquiva les attaques de deux autres soldats. L’acier cliqueta pendant trois secondes, et ses assaillants s’effondrèrent.
Varlian s’avança trop dans la mêlée et fut isolé de ses camarades. Faisant fi du poids de son armure, il bondit contre le mur d’enceinte et, d’une prodigieuse détente, se propulsa sur ses adversaires. La pointe de son pied percuta la tempe du plus proche, le tuant sur le coup. Profitant de cet élan, le Garde noir poursuivit son vol plané. Son bouclier intercepta l’épée d’un second soldat avec un claquement métallique, puis sa lame se faufila sous sa garde et lui lacéra l’épaule. Varlian toucha terre, s’accroupit aussitôt pour échapper à l’assaut d’un troisième adversaire, para d’instinct une attaque dans son dos. En un balayage circulaire, sa jambe faucha les chevilles de ses deux assaillants. Le premier bascula en avant et s’empala sur l’épée de Varlian. Le second retrouva son équilibre pendant que le Garde extirpait sa lame du cadavre, puis bloqua de justesse une botte qui lui aurait transpercé l’estomac.
L’épée de Varlian décrivit une courbe fulgurante en s’abattant sur la jambe du soldat. Celui-ci tenta de parer le coup mais, au dernier moment, l’arme du Garde noir remonta à une vitesse folle pour le frapper à la tête. L’homme s’écroula, du sang jaillissant en cascade de son crâne fracassé.
Axtros était aveugle. Si un tel handicap aurait pu causer sa perte, il n’en était pourtant rien, et pour une raison bien simple. Comme pour compenser la perte de sa vue, le Zahr disposait d’une ouïe exceptionnelle qui, alliée à ses incroyables capacités analytiques, lui permettait de comprendre ce qui se passait autour de lui encore plus précisément que s’il avait toujours possédé ses yeux.
Un sifflement sur sa droite lui apprit qu’on lui portait un coup d’estoc. Il le contra d’un ample mouvement de son arme et, dans le même élan, repoussa son attaquant avec une force colossale. Des bruits de pas lui signalèrent que l’homme reculait, déséquilibré. Axtros en profita pour placer un furieux coup de sa lame. Comme il s’y attendait, son adversaire voulut parer l’assaut pourtant bien trop puissant pour lui. Sous l’impact, son épée se brisa et son bras s’arracha. Un hurlement s’éleva, insupportable pour les oreilles du Zahr. Afin d’y mettre un terme, il décapita son adversaire d’un revers de son arme. Un autre sifflement. Une flèche, cette fois. Axtros l’évita en se penchant vers l’arrière, puis perçut le son de pas précipités. Droit sur lui. Son arme monstrueuse se balança, trancha la jambe d’un premier ennemi, tandis que ses longs doigts enserraient la tête d’un second. Le Zahr pressa de toutes ses forces, et le crâne de son adversaire éclata comme un oeuf.
Les hommes d’Alexandre prenaient nettement l’avantage. Ils avaient tué la moitié des Keldrites, repoussé les autres jusqu’aux escaliers qui menaient vers le chemin de ronde, et entrepris de gravir les marches taillées dans la muraille. Sur le toit de l’écurie, deux archers les visaient encore quand un Garde noir se laissa tomber d’un parapet et atterrit à leurs côtés. Sa lourde épée tournoya. Deux têtes roulèrent le long du toit.
Saisi par une terreur grandissante, le capitaine Yorzal regarda ses hommes se laissant submerger par le flot de leurs agresseurs. Les derniers archers tombèrent, morts ou blessés, quand les fantassins qui les protégeaient eurent succombé à l’assaut. Debout sur le chemin de ronde, entouré d’une poignée de ses soldats, Yorzal sentit sa mort approcher.
Varlian, d’un revers de son bouclier dentelé, déchira le cou d’un de ses derniers adversaires. Il évita agilement l’attaque d’un second, passant à un cheveu de sa lame avant de percer sa garde. Avec un chuintement écœurant, son épée s’enfonça de vingt centimètres dans le flanc du soldat. Comme trois autres hommes accouraient vers lui, Varlian lança son bouclier. La longue plaque de métal fendit l’air en tournoyant, faucha un soldat à la tête et se planta dans la cuisse du second. Le troisième recula, effrayé. L’épée de Varlian étincela sous la lune et lui ouvrit l’abdomen aussi aisément qu’une feuille de papier.
De l’autre côté, Karen se coula comme un chat entre les lames de ses adversaires. Elle abattit un soldat d’une terrible manchette à la gorge, évita d’un mouvement fluide l’ultime assaut d’un deuxième, et le tua d’un coup d’épée en arc descendant. Puis sa lame se glissa délicatement entre les côtes d’un dernier adversaire, et le combat s’acheva.
Les soixante-quatre hommes du capitaine Yorzal abreuvaient de leur sang les pierres de la forteresse. Les soldats de la Garde noire, eux, étaient indemnes, à l’exception d’Okiel qui comprimait de la main une entaille à son bras gauche.
Yorzal, seul défenseur encore debout, posa des yeux désespéré sur le corps de Hans, étendu à ses pieds. Une estocade au torse avait suffi à terrasser son second. Si ses ennemis pouvaient vaincre aussi facilement un soldat de la trempe de Hans, quelles chances avait-il, lui, Yorzal, de l’emporter ? La réponse paraissait évidente : aucune.
Le capitaine jeta son épée.
- Vous avez gagné, soupira-t-il. Je me rends.
Alexandre se détacha des rangs de la Garde noire et avança vers lui.
- Tous ces morts auraient pu être évités, affirma-t-il d’un ton navré. Pourquoi faut-il toujours se livrer à un massacre pour faire entendre raison ?
Il laissa régner le silence pendant un instant, contemplant la scène de carnage autour de lui, puis reprit :
- Enfin... Au final, tout s’achève comme prévu.
Et il plongea son glaive dans le ventre de Yorzal, enfonçant jusqu’à la garde l’acier déjà maculé de sang, qui ressortit violemment du dos du capitaine. Vrillant ses yeux glacés dans ceux de son ennemi, le Prince y lut avec satisfaction une surprise effarée, suivie d’une douleur insoutenable. Les mains de Yorzal se refermèrent sur celles d’Alexandre, sa bouche s’ouvrit à moitié. Le Prince tourna sa lame dans les entrailles dévastées. Le mourant poussa un horrible hurlement de souffrance, qui se prolongea pendant une dizaine de secondes, le temps qu’Alexandre se lasse de jouer avec sa victime. Alors, charitable, il dégagea à moitié son glaive et le fit remonter jusqu’au cœur. Les yeux de Yorzal se voilèrent, et quand le Prince ôta sa lame, le capitaine s’écroula sans un bruit.
Mort.
- Une bonne chose de faite, commenta Alexandre.
Son regard erra sur le champ de bataille, et tomba sur un soldat encore vivant. L’homme, blessé au mollet, survivrait sans aucun doute. Son visage déjà blême devint livide quand Alexandre s’approcha de lui.
- Tu as tout vu ? lui demanda le Prince.
Le soldat déglutit péniblement puis balbutia un timide « oui ».
- Parfait. Je te laisse la vie sauve, à condition que tu racontes à tous ce qui s’est passé ce soir. Je veux que chacun sache ce qui arrive quand on s’attaque au Prince Alexandre de Dümra.
L’homme hocha frénétiquement la tête. Alexandre se détourna, descendit l’escalier et, ses hommes à sa suite, quitta la citadelle.
Après avoir franchi la porte, il s’immobilisa et contempla Keldras.
- Soldats, je suis fier de vous. Encore une fois, vous avez prouvé votre valeur. Cependant, il nous reste une tâche à accomplir.
Karen se raidit. Quoi, encore ?
- Ce tavernier...Rudriq, si j’ai bonne mémoire. Il m’a dénoncé. Il mérite lui aussi la mort.
- Il pourrait se cacher n’importe où, objecta Karen.
- Nous n’avons qu’à brûler toute la ville, répondit froidement le Prince.
Sur ces derniers mots, un grand silence tomba. Les Gardes noirs observèrent la ville endormie, les restes de l’incendie, les quelques hommes qui déambulaient encore dans les rues.
- Nous ne pouvons pas faire ça, Altesse, reprit l’Elfe.
- Je crois que si. Cette bourgade doit compter - quoi ? - mille habitants ? Mille cinq cents tout au plus. On entre dans chaque maison, on tue tous ceux qu’on trouve, on renverse une lampe sur n’importe quoi d’inflammable, et on passe à la suivante. A raison de deux minutes trente par habitation et compte tenu de notre nombre, il nous faudra...
- Soixante dix-sept minutes, calcula Axtros. C’est réalisable, mais risqué. Ces gens pourraient se défendre.
Alexandre considéra encore la ville, une lueur étrange au fond des yeux, puis haussa les épaules.
- Je plaisantais, bien sûr. Nous n’avons pas le temps de dévaster toute la ville pour trouver ce Rudriq. Allez à sa taverne. S’il est là, tuez-le. Sinon, brûlez la place et filez.
- Devons-nous tous y aller ? questionna un Garde.
- Oui, Casta. S’il y a encore là-bas des hommes de la trempe d’Erkhan Strad, un seul d’entre vous ne suffira pas à les abattre tous. Mieux vaut ne pas prendre de risques.
Soulagée par cette solution, Karen se détendit.
- Et moi ? s’enquit-elle.
- Allez-y aussi, répondit le Prince. J’ai besoin de rester seul un moment.

:)

Ostramus
Ostramus
Niveau 32
22 avril 2006 à 14:07:31

Aujourd´hui, c´est le 22 Avril : la Saint Alexandre. Alors même si le prince est devenu un sale petit garnement je lui suohaite une bonne fête, et de même au cycle qui porte le même nom.

:)

_Azerty777
_Azerty777
Niveau 10
22 avril 2006 à 19:14:00

T´aurais pu poster un gros pavé comme la dernière fois vu que tu pars en vacances! T´es pas sympa! :nah: :o))

A part ça, eh bien...j´ai hâte que Karen apprenne qui a tué Kandrill, car je pense que c´est juste le dernier truc qu´il manque pour qu´elle cesse définitivement d´aider cet....enfoiré. D´ailleurs, quelque chose me dit qu´il va crever à la fin de la fic, mais que c´est peut-être lui qui réveillera le Tigre, à voir. Il est tellement ivre de puissance...

Raaaaaaaaaah! Ze veux ze suite! :)

azergatil
azergatil
Niveau 8
23 avril 2006 à 18:48:44

Je me demande quelles sont les sources d´inspiration de KaiM... Grimbert, peut-être ? :p)

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