And so... je me lance.
Tatsan ! Bon, pour ceux qui ont déjà lu, autant vous prévenir tout de suite : seule la forme, pour l´instant a changé. J´ai rajouté de menus détails, mais les véritables différences n´arriveront en fait que dans quelques chapitres... Je posterai d´ailleurs ces derniers à un rythme relativement lent (maximum deux par semaine) pour que vous puissiez savourer ou réfléchir à votre avenir.
Mais place au texte :
I : Prélude au désastre ;
La nuit est claire. Pour une fois. Les étoiles brillent distinctement dans le noir du ciel. Mais cela ne durera pas. D’ici quelques heures tout au plus, les lourds nuages que charrie le vent du nord seront là. A coup sûr ils libéreront leur fardeau sur la ville. Une fois de plus. La saison des pluies approche. Il ne serait pas étonnant qu’il s’agisse d’un orage. Les habitants, qui à force d’habitude, connaissent et prévoient la suite des événements, ont mis leurs biens à l’abri. Le bétail est enfermé. Les jardinets d’agrément couverts. Il ne reste plus qu’à attendre, devant l’âtre.
Mais tout le monde ne peut pas se le permettre. Dans la Bordure extérieure, en son centre plus précisément, deux jeunes femmes marchent lentement. Le ventre de la première est rond comme une grenade. C’est pour cette nuit. Celle qui la suit n’est autre que sa sœur, qui va l’assister. Ici, avec les conditions d’hygiène déplorables auxquelles on peut s’attendre, une mère sur trois meure en donnant la vie.
A cette heure, la plupart des gens dorment. Où ils peuvent. Entassés sous un toit précaire, offrant de véritables paradis aux puces, ou même à la belle étoile, vaguement protégés d’un morceau de toile rêche.
Court moment de répit avant de reprendre, inlassablement, la même lutte frénétique pour la survie. Les bruits se résument à quelques aboiements de chiens redevenus sauvages depuis des générations, et à de rares ululements de la part des rapaces nocturnes. L’activité la plus intense, à savoir celle des rongeurs, ne se fait guère entendre.
Enfin elle trouve. Un pont délabré enjambant un profond fossé, miraculeusement sec. Elle y descend avec peine et s’allonge avec soulagement. Au dessus d’elle, à travers les planches vermoulues de l’antique ouvrage, percent quelques étoiles, très pures par ce temps. Elle se prend à penser que ce sont là ses propres bijoux, et qu’aucun de ceux qu’arborent les nobles ne peut égaler.
La douleur de son ventre la rappelle durement à la réalité. Il arrive.
C’est sa première fois. Elle a mal. Tellement mal qu’elle en hurle à pleins poumons, sous les Lunes. Ses mains s’agrippent à l’herbe touffue qui l’entoure, et tire dessus au risque de l’arracher. Ses jointures sont blanches.
Après plus d’un quart d’heure d ‘efforts conjugués des deux femmes, il apparaît enfin entièrement. Il pleure. Comme s’il connaissait déjà le destin de misère et de mendicité qui l’attend ici…
Il se calme vite. De ses yeux neuf, il observe sa tante qui le berce tendrement. Sa mère est encore trop fatiguée par ce qu’elle vient d’endurer pour s’occuper de lui. Pour l’instant, elle reprend son souffle, écrasée de douleur. Mais son état ne lui permettra pas de passer une nuit dehors. Et à lui non plus. Surtout avec la pluie qui approche.
Un long temps se passe avant qu’elle ne soit capable de se lever. Elle remonte la pente raide du ravin, plus difficilement encore qu’elle ne l’a descendue. Sa sœur dit connaître un endroit susceptible de les accueillir, un endroit où elles pourront s’occuper de lui. Elles se mettent en marche. La mère chemine raidement. Son bassin et ses jambes lui font atrocement mal. Elle ne pourrait se sentir pire si elle avait été battue. Elle n’aspire plus qu’au repos. Son fils dans ses bras cligne rapidement des paupières. Lui aussi est fatigué.
Une silhouette sombre les attends à l’angle d’une ruelle. Les lunes, dans son dos, permettent à sa capuche rabattue de lui masquer entièrement le visage. Son allure, ou plutôt celle de ses vêtements, dénote clairement d’un train de vie pour le moins aisé. Ses bottes, probablement neuves, brillent encore d’un récent cirage. Sa longue cape ne présente aucun accroc.
Autant de luxe impossible à trouver ici, au milieu de tous ces rejetés de la fortune.
A leur approche, il s’écarte du mur sur lequel il s’appuyait et se dresse sur le chemin des deux femmes. Il lève une main pour les arrêter. Il ordonne d’une voix tout à fait calme :
- Donne moi l’enfant.
Malgré la signification de ces mots et son apparence plutôt effrayante, on ne peut s’empêcher de trouver son ton avenant, amical. Toutefois, les cheveux de ses interlocutrices se dressent sur leur nuque. La mère se ressaisit et répond avec tout ce qui lui reste de courage :
- Ca va pas ? C’est mon fils !
- Je n’en veux pas à sa vie. Pas en mal. Toi par contre, bien qu’inconsciemment, tu le destine au malheur. Je viens l’en tirer.
- Toi… t’es pas d’ici. t’es un de ces foutus riches.
Elle crache par terre. Elle ne comprend pas bien tout ce qu’il dit, mais elle ne compte pas se laisser intimider par cet étranger.
- Pt’être même un noble, ouais !
- Effectivement. Et lui n’en vivra que mieux avec moi. Tu penses préserver son bonheur en le gardant avec toi, mais tu ne fais que protéger le tien. Peu t’importe qu’il souffre, qu’il détruise ce qu’il aurait pu devenir. Tu te tourne uniquement vers toi.
Toujours ces humains et leur sale petite vie égoïste.
Tout en continuant d’avancer argument sur argument, il s’approche doucement. Il n’en faut pas plus pour achever d’effrayer les deux femmes. La mère se retourne vers sa sœur, l’enfant au bout de ses bras tendus.
- Cours ! Vas t’en ! Vite ! Je vais le retenir.
Trop heureuse d’avoir reçu cet ordre, l’interpelée s’enfuit aussi vite qu’elle peut.
L’homme la suit. Mais la jeune mère, bien qu’elle ne soit que depuis peu délivrée du fardeau de son ventre, l’attrape par le poignet. Sans même réfléchir, elle serre de toutes ses maigres forces. Avant qu’elle n’ait pu ni comprendre ni voir quoi que ce soit, l’acier tinte. Sa main tombe à terre, rapidement sectionnée d’une lame acérée. La douleur n’a pas le temps de l’atteindre, déjà une large balafre sanglante lui barre l’abdomen. elle s’écroule. elle hurle. Peu.
Sa sœur, pendant ce temps, court sans se retourner. L’homme saisit à présent son poignard par le métal poisseux et l’envoie d’un mouvement sec. Tournoyant. Il atteint sa cible au creux du dos, à plus de dix mètres de distance, suffisamment fort pour la faire trébucher. Le nourrisson échappe à ses bras moribonds, en une courbe qui le ramène inéluctablement vers le sol, dur et froid.
Avec une vitesse que ses seuls muscles ne peuvent suffire à générer, le tueur s’élance à sa rencontre et l’attrape au vol. nul doute qu’il use de magie.
Il pose son nouveau trésor un instant, le temps de récupérer sa dague et de la nettoyer sur le cadavre. Puis il la range dans les méandres de ses vêtements. Il s’en va. Dans une direction bien précise, l’enfant avec lui. Il paraît, outre fatigué, soucieux. Il marche d’un pas pressé vers les quartiers riches.
Les nuages noirs, qui depuis peu ont achevé de masquer les étoiles, laissent enfin échapper leur pluie. Une belle pluie, d ‘ailleurs, une de celle qui vous trempe jusqu’aux os quoi que l’on porte. L’homme n’y prête guère attention. Il rabat les langes sur le visage juvénile pour le protéger.
La nuit continue et s’achève. peu avant la première aube, les précipitations cassent et leurs créateurs libèrent le ciel, chassé par un vif vent d’est. l’activité reprend peu à peu. Nul ne s’inquiète des deux corps inanimés, à moitié rongés par les rats. De telles morts sont relativement courantes dans la Bordure.
Et la misère est de nouveau, pour certains. Pour d’autres pas.
J´ai lu la première version la semaine dernière, et j´ai bien aimé. Je lirais la réécriture.
Bonne chance (il sert à rien mon post, juste à dire
)
Bon, je n´étais pas tout à fait en deuxième page... presque... pas entièrement... d´accord, j´assume... NON, PAS LE FOUET !! !!
Bon, et bien cette fois-ci, je lis ^^
Je comprends pas ton dernier post par contre ´_´
J´ai relevé trois ptites fautes (dont deux majuscules absentes en fait) :
- Toi… t’es pas d’ici. t’es un de ces foutus riches.
Avec une vitesse que ses seuls muscles ne peuvent suffire à générer, le tueur s’élance à sa rencontre et l’attrape au vol. nul doute qu’il use de magie.
leurs créateurs libèrent le ciel, chassé par un vif vent d’est.
Vàlà vàlà, c´est un beau début, bon stylet et tout et tout ![]()
Moi aussi je lis, puisque c´est le ébut ![]()
Fin bref j´aime bien, comme dit Grhyll bon style, histoire a priori interessante, voili voilou.
Sinon le dernier post est une excuse pour avoir eu l´audace de upper ce topic. Va te pendre Ahs, va.
Si tu ne comprend pas mon dernier post, réjouis-toi, tu n´es pas mentalement atteinte
Par contre, si tu lis c´te fic´ jusqu´au bout... je ne peux rien te promettre
Merci pour ton com´, s´il y en d´autres d´ici le milieu de c´t´aprèm´, je posterai le chap´2
![]()
Et donc merci à toi hobbit
![]()
et bé moi j lirais pas
non franchement, cette fic est superbe...j´en suis au chapitre 20 sur ton site, et j´ai la flemme de tout recommencer...
sur ce, je m´en vais m´en retourner sur Insania justement
bon courage, j´espère que tu aura des lecteurs moi fénéants que moi ![]()
Pas mal, l´écartélation...
Sinon, merci à toi hipop, tu fais monter les stats de mon site
ca veut dire quoi encyaniser?
au fait ash, j´ai montr a une ami un de tes textes de inspirédescription...
celui oùtu explique comment s´amuser avec un gars, en lui arrachant les côtes et tout et tout...
elle a dit qe c´était gore et que tu était complétement ![]()
Ingérer ou s´injecter du cyanure, sympatique composant agissant par paralysie des muscles respiratoires et entrainant pas conséquent une mort rapide et marrante au possible
elle a dit qe c´était gore et que tu était complétement
=> tu lui répondra cryodessication baclée et pogonophore enragé
Au fait, tu ferait mieux de lui montrer autre chose de moi, Inspiridéescription n´est pas ce que l´on appelle communément un modèle en la matière...
si si elle a dit qu´elle avait bien aimé...
sur ce, je dois te laisser, avec une belle adresse sur les tortures:
http://www.heresie.com/
@+
A quoi bon reprendre des anciennes tortures alors que l´on peut en inventer des nouvelles?
Concernant ton texte, j´ai apprécié. Peut être qu´avec une hémorragie vaginale cela aurait été encore plus appétissant, mais bon, c´est déjà pas mal.
Je frétille d´impatience comme une pucelle à son premier rendez-vous en ce qui concerne la suite.
SophyErzengel =>
Heu...
... merci ? (si j´avaissu... je méconnaissais les pouvoirs de mes textes...^^) Bon, en tout cas zavez bien mérité la suite, le chap´ 2 arrive donc (pour 13h30 I think)
Bon, un peu tard mais Word m´a cherché des noises... il ne bouge plus... je crois qu´il est mort...
Trève de folitude
, place au texte
II : Transfert ;
La salle est toute faite de bois de chêne. Les murs, le plafond, le plancher. Elle est simple et vaste, uniquement meublée d’étagères emplies d’ouvrages entretenus. Et d’une table. Une lourde table de bois sculpté, sombre, patiné par le temps. Massive. C’est le premier qualificatif qui vient à l’esprit.
De part et d’autre, deux hommes. Le premier, de taille moyenne, porte une large tunique noire et une paire de bottes tachée de boue. Neuve. Sa longue cape, foncée par l’humidité, repose sur une patère près de la porte donnant sur l’extérieur. Il a l’air sérieux, droit, discipliné. Il est calme.
Le second semble être son exact opposé. Petit, trapu, un peu enrobé, il est agité de tics nerveux. Il porte tout un assemblage de gilet, tunique, chemise et haut de chausses de couleurs vives et variées. Ses doigts vont et viennent sur le bois verni, le tapotant à un rythme soutenu. Il réfléchit visiblement. Il pèse une proposition.
Après un moment, le Sombre prend la parole :
- Voyons, je ne te demande pas grand chose, somme toute…
- Pas grand chose ! M’est avis que toutes tes manigances douteuses t’ont tourné l’esprit ! Réalises-tu la différence qui les sépare ? C’est un seigneur, et pas n’importe lequel de plus. Un Seigneur des Hauteurs ! Et lui ?
Il désigne le petit tas de chiffons au milieu de la table. A l’intérieur repose l’enfant.
- Ce n’est qu’un nourrisson, reprend-il avec véhémence, il n’est pas même sevré. Je n’ose imaginer ni comment ni où tu te l’es procuré. Donne-moi une seule raison valable pour laquelle Il accepterait de s’occuper d’un pareil fardeau.
- Cela, je ne le puis. Tu as seulement ma parole qu’il le fera. Ma parole d’honneur.
- Ton honneur est devenu douteux, mon ami. Non pas pour moi, mais bien pour ceux qui te connaissent moins bien. Et cela m’inquiète, pour ne rien te cacher.
- Je sais tout ceci, et leur opinion compte pour beaucoup dans ma décision de départ. Il ne me fait plus bon vivre ici. Je ne crois ni ne pense revenir un jour voir notre ville. Je te supplie de le faire pour moi.
- Je… Ce n’est pas…
- Tu as une dette envers moi. Crois ce que tu voudras, mais j’aurais de loin préféré ne pas avoir à la mentionner. Je supposais que notre amitié suffirait.
- Là n’est pas la question. Je suis bien sûr tout disposé à t’aider mais… tu me connais. J’ai peur des risques que ton vœu me fera encourir.
- Rassure-toi sur ce point. Ils sont nuls. Je ne te veux en aucun cas malheur, j’espère que tu le crois.
- Certes…
Il gratte son menton imberbe, l’air ennuyé.
- D’accord. Je le ferai. Mais uniquement au nom de notre vieille amitié.
Il fixe un moment son sombre interlocuteur. Ce dernier reste impassible.
- Tu vas me manquer. Es-tu certain d’avoir fait le bon choix ? J’entends par-là ton… voyage.
- Oui. Je n’ai aucune autre alternative.
- Et donc tu ne reviendras pas ?
- Peut être que si. Mais dans longtemps. Lorsque les choses ici seront autrement.
- Bien. Je n’y peux rien changer, j’imagine. il ne me reste plus qu’à te souhaiter bonne chance.
- Moi aussi. Non pas pour ce que tu vas entreprendre pour moi, car là n’est nul besoin de bonne fortune, mais pour ta vie et tes entreprises futures. Je dois y aller à présent. Bonne nuit. Transmet mes meilleures pensées à ta femme.
- Elle appréciera. Bonne soirée à toi.
Le Sombre s’approche de la porte et l’entrouvre. Il pleut à verse. On ne voit pas à dix mètres. Au loin gronde le tonnerre. Il met sa cape, en rabat le capuchon et sort en refermant le panneau de bois.
Le Coloré reste pensif, appuyé d’un bras sur la table. L’enfant gazouille joyeusement en agitant ses petits membres.
- Et bien ! Tu vas certainement vivre de bien étranges choses, mon petit. Peut être.
Demain.
Et après-demain.
Oui.
Il va se coucher, emmenant le nourrisson avec lui.
Tôt dans la matinée, l’activité reprend dans la villa. Les domestiques s’affairent. la pluie de la veille a beaucoup dérangé, et il faut à présent tout remettre en ordre.
L’un d’eux vient réveiller le maître, à sa demande.
Ce dernier se prépare. Mais contrairement à son habitude ; il ne se pare ni de bijoux clinquants ni de couleurs vives. Au contraire, il se vêt d’austères habits de chasse, plus rudes mais plus résistants. Il chausse de lourdes bottes cloutées. Il se saisit d’un paquetage préparé à son intention par un serviteur. Il contient des vivres. Il se dirige vers la porte. L’enfant est attaché dans son dos.
Sa femme l’arrête. Elle est encore décoiffée par une nuit de sommeil, et ses yeux supportent mal la lumière du jour.
- Alors tu iras, finalement. Malgré toutes tes réticences…
- Oui. Je le ferai. Je le lui dois.
- Peut être un service, mais pas la vie. J’ai de très mauvais pressentiments à propos d’eux. Personne ne sait qui ils sont ni à quoi ils occupent leur temps, là haut.
- Je croyais t’avoir rapporté que mon ami m’avait assuré qu’il n’y aurait aucun risque. Je ne pense pas que tu l’ai oublié, mais plutôt que tu insinues qu’il me tend un piège.
- Je ne sais pas au juste. Mais j’ai peur. Peur de ne plus te revoir.
- Je reviendrai quoi qu’il arrive. Et il n’arrivera rien, d’ailleurs. à présent, si tu le permet, je dois partir.
- Porte au moins ceci sur toi. Cela te ramènera, j’en suis sûre.
Elle lui tend un collier, une simple chaînette au bout de laquelle pend un unique almandin taillé.
Il se le passe au cou et sort sous le regard inquiet de son épouse.
Voilà bien encore une attitude de femme que de s’en faire pour si peu. Mais à bien y réfléchir, il ne se sent lui-même pas tellement rassuré. Loin de là. Mais il a prit sa décision, et ne reviendra pas dessus. Il commence à emprunter la rue montante, d’abord douce mais qu’il sait devenir de plus en plus raide à mesure qu’elle progresse sur le flanc de la montagne. Direction la Jonction des pics.
Au fur et à mesure de son ascension, il observe que les habitations deviennent de plus en plus luxueuses, faisant passer la sienne pour un véritable taudis. Sur sa droite, le Palais du Prince. Jolie bâtisse. Jamais il n’a pu y pénétrer. Il s’agit là d’un honneur réservé aux nobles, et aux plus hauts d’entre eux. Lui n’est qu’un riche bourgeois. Il détourne les yeux et continues.
Avant le premier zénith, il atteint la portion déserte de la montagne. Plus de vie humaine à cette altitude. C’est à peine si le chemin est tracé. La végétation s’éclaircit, les plantes à tiges et à feuilles cèdent la place aux mousses et aux lichens. Le sol est recouvert de gravats, de graviers. La terre fertile et souvent enfouie, inaccessible pour les végétaux complexes. La vie animale, quant à elle, se résume aux minuscules insectes qui se complaisent dans l’obscurité humide qui règne sous les pierres. Il ne fait pas encore froid.
Peu avant la nuit, entre les deux crépuscules, il atteint enfin la jonction. Dernier endroit plane ménagé par l’homme avant que la montagne ne se sépare. Il y trouve un emplacement pour le feu, rarement utilisé. Quelques traces de morceaux de bois carbonisés en expliquent l’usage.
Il se prépare une petite flambée grâce à une petite réserve de combustible miraculeusement sèche. De son paquetage, il tire son maigre repas. Du pain de marche, auquel on a mêlé des céréales consistantes, et quelques fruits secs et sucrés. Mais aussi deux gourdes. La première contient un alcool fort et clair dont il avale rapidement une gorgée. Sa gorge et son estomac s’enflamment à mesure que le liquide progresse.
Le second récipient est rempli de lait. Pour l’enfant. Ce dernier l’accepte goulûment. Il n’a pas l’air dérangé par tout ce trajet. Il ne pleure pas. Comme à son habitude, il observe, de ses grands yeux gris clair.
Que vas-tu devenir, petit d’homme ? Rien de mauvais, souhaitons-le. Mais tu ne vas pas vivre et grandir parmi les personnes les plus fréquentables. Loin de là.
Bonne chance.
Il l’enrobe dans une petite couverture de chaude laine, se recouvre lui-même d’une autre et se couche sur le sol dur. Il trouve rapidement le sommeil.
Cette fois, le ciel est libre. Et il le restera.
Pas un nuage pour obstruer la vue des étoiles.
Un cri plaintif se fait entendre. En surimpression sur le firmament passe une petite tache sombre, d’un vol contenant un part indéfinissable de mélancolie mais aussi de paix, de calme fugitif. L’oiseau pousse à nouveau son déchirant appel. Si l’adulte avait été réveillé, nul doute qu’il aurait reconnu là un alcyon. Si profond dans les terres ? Que vient-il y faire ?
Le nourrisson le regarde passer et tend ses bras vers lui. Mais celui qui à la fois se plaît dans l’eau et le vent ne lui prête pas attention et s’éloigne en gémissant. Pleurer est son lot. Tout au long de sa vie.
Rien d’autre ne vient troubler la monotonie du temps qui passe avant l’aube.
L’homme s’éveille et s’étire. Les courbatures lui accablent le dos et les membres. Il n’est plus si jeune, et cela faisait bien longtemps qu’il n’avait couché autre part que sur son confortable matelas de plumes.
Il taille une large tranche de pain et la fait griller dans la cendre mourante. Il abreuve l’enfant. Ensuite, après une bonne gorgée d’alcool, il se remet en marche. Sur les indications que lui a laissé son ami, il choisit de gravir le second pic sur sa gauche, lorsque comme lui on arrive par le chemin d’est. A partir d’ici, plus de vague sentier sinueux, mais un étroit escalier qui s’enroule lentement autour de la montagne. Il est d’ailleurs directement taillé dans cette dernière, comme un tunnel dont l’un des côtés aurait été mis à jour. À droite donc, un vide de plus en plus vertigineux. Il s’efforce de ne pas trop y penser et de se concentrer sur les marches qui s’enchaînent inlassablement. Elles sont glissantes, humides. La mousse prolifère ici. Trois heures plus tard, ses jambes implorant sa pitié, il arrive au fait de cet escalier. Le mur de roche se dresse devant lui, tandis qu’un passage est ménagé vers le ciel. Il souffle un instant, puis hèle, non sans inquiétude :
- Monseigneur ? Monseigneur, êtes vous là ?
Puis il attend, espérant secrètement que personne ne répondra à son appel. Peine perdue. Une voix rauque lui parvient d’en haut. Muselant sa curiosité, il garde les yeux au sol.
- Qui êtes-vous ? Et que me voulez-vous ? J’ose croire que c’est important pour que vous ayez parcouru tout ce chemin.
- Je suis Karlh Oïca, un… un bourgeois d’Insania. Je viens de la part d’un ami.
Il vacille. La peur tient ses viscères dans un implacable étau.
- Il veut que je vous amène… que je vous donne ce…
Il tend l’enfant à bout de bras pour le mettre en évidence.
- Un nourrisson ? Et pourquoi donc accepterais-je ?
- Il m’a assuré que vous le feriez, je ne sais ce à quoi il pensait, je lui ai bien dit que vous…
- Attendez un instant.
Il ose à peine respirer. Il entend son invisible interlocuteur s’éloigner, puis revenir rapidement. Il n’ose toujours pas lever les yeux dans sa direction. Un panier tressé descend doucement au bout d’une corde.
- Mettez-le dedans.
Il s’exécute. il tremble.
- Est ce… Puis-je disposer ?
- Je vous en prie.
Il se retourne et pose le pied sur la première marche. La vois le rappelle soudain :
- Karlh Oïca ?
- Monseigneur ?
Sa peur est à son paroxysme. Qu’elle augment un tant soit peu et il tourne de l’œil.
- Merci. Encore merci.
Puis plus rien.
Le bourgeois soupire longuement et reprend sa descente. Son pouls se calme peu à peu. Il s’en est sorti. Vivant. Presque inconsciemment, il serre dans sa main son collier d’almandin.
Ce chapitre serait-il trop long, comme je le crains, pour que personne ne se risque à le commenter ? Ou alors vous ne l´avez pas vu...
![]()
Voilà, j´ai lu.
Je commente...
Bon, bah c´est un très bon texte.
Fluide, précis, bien décrit, avec une bonne intrigue.
Je vois pas grand chose de mal à te signaler, hormis peut-être un de ces rares fautes :
"Dernier endroit plane"
=> Plane c´est féminin, tu aurais du dire : "Dernière surface plane" ou "Dernier endroit plat".
Enfin voilou.
J´accroche bien, et j´aime la simplicité complexe (des phrases concises mais bien tournées) de ton oeuvre.
C´est du bon.
La Quite !
![]()
Faut le faire quand même, uper son pic´ 4sec avant un message...
Enfin, merci à toi.
Pour l´histoire de "plane", c´est effectivement un féminin, je n´y avais pas pensé... je pourrais le remplacer par "plan", mais c´est moins beau...
Content que ça t´ai plu. Quand donc nous postes tu la suite ?