Alors, pour répondre à ta question cicicaou...
Je ne pense pas, comme Aerty, qu´il te faille attendre avant de te lancer dans l´écriture. Par contre, essayer d´attaquer d´emblée par une énorme fic est probablement voué à l´échec. Vois plus modeste, essaye des nouvelles ou de courtes fics (10-20 pages Word). A moins d´être un génie, tu ne produiras pas dès le départ une histoire cohérente de plusieurs centaines de pages (ce que je n´ai pas tenté non plus).
Maintenant, même si tu commences par des petits textes, et au vu de tes précédents essais, il faut que tu t´améliores. Pour ça, quelques règles simples :
Lis. Pas forcément beaucoup, pas forcément de la grande littérature, mais lis. Si tu t´intéresses à la fantasy, il existe des tas de séries faciles comme Ewilan, le Livre des Etoiles, Bartiméus, etc... Repère les trucs qui te semblent bien , expressions, tournures de phrases, et replace-les dans tes écrits. Tu enrichiras ton style et ton vocabulaire.
Ecoute les conseils de ta prof de Français en matière de rédaction. Tiens compte de ses remarques sur tes copies, (améliore ton orthographe, évite les répétitions). Le but du Français à l´école, c´est justement d´apprendre à écrire correctement.
Parcours les topics d´aide de ce forum.
Quand tu postera ta fic sur le forum, relis-toi avant pour corriger les fautes d´orthographe. Arme-toi de patience en attendant les commentaires, et commente les fics des autres pour les inciter à te lire. Pour info, ma première fic a fait un flop (un seul lecteur a tenu jusqu´au bout) et ma seconde a démarré tout doucement, jusqu´à ce qu´Azerty ne me lise en échange d´un commentaire sur sa propre fic.
Change de carte de visite, aussi.
C´était "les conseils du jour."
Et dans la foulée, la suite :
Dans le calme de la chambre royale, les yeux d’Alexandre erraient sur son père inconscient et sur le portrait de sa mère. Il avait besoin de faire le point.
Tanaril de Ganor était mort. Un problème de réglé. Mais Alexandre ne savait toujours pas pourquoi l’Elfe Noir avait jugé son intérêt pour l’œil de Kashnir nuisible au point de mériter la mort. Seule nouvelle piste : cette étrange histoire de livre dissimulé dans une salle secrète. Le Prince avait envoyé des hommes pour abattre les murs du bureau de Tanaril, mais ces recherches risquaient de prendre du temps.
L’impact de l’affrontement de la matinée restait fort : outre les importantes pertes subies pour vaincre les Mages de Combats, la popularité d’Alexandre était en baisse. On commençait à murmurer dans son dos, à parler de carnage inutile, d’exécutions sommaires et d’irresponsabilité. Il lui faudrait rapidement rétablir son prestige, peut-être par un coup d’éclat un peu moins désastreux...
Thenetos avait disparu. Depuis que ses hommes l’avaient emmené, on ne l’avait plus revu. Il devait se reposer quelque part, soignant ses blessures et se remettant de son terrible duel. Il faudrait certainement attendre quelques jours, une semaine peut-être, avant de le voir revenir. Dommage. Son aide était précieuse.
Namâric était grillé. Un autre coup dur pour la défense de Dümrist. Et un traître se cachait parmi ses hommes. Ce problème-là était véritablement inquiétant.
D’autre part, Alexandre ne parvenait pas à chasser de son esprit ce qui s’était passé avec Alice. Mais qu’est-ce qui l’avait pris ? Lui qui ne voulait pas offrir à ses opposants une faiblesse dont ils pourraient profiter, il avait magnifiquement réussi ! Franchement, quelle idée stupide avait pu lui traverser la tête à ce moment-là ? D’un autre côté, il ne pouvait nier qu’il éprouvait quelque chose pour cette fille, et qu’il avait pris plaisir à l’embrasser. Et qu’elle partageait visiblement ses sentiments. Alors ? Ce genre de situation l’exaspérait au plus haut point.
Le meurtre de Hendar Gorts constituait un autre sujet de préoccupation. Les marques de trois lames sur le tranchant de son épée ne laissaient guère planer le doute quant à son assassin. Mais pourquoi Vladek s’en serait-il pris à l’un des généraux ? Ca n’avait aucun sens !
Azbédial Kotèil avait assuré que peu de gens connaissaient les résultats de l’enquête. Il avait proposé d’arrêter Vladek à titre préventif, mais Alexandre s’y était opposé. Il devait d’abord discuter avec le capitaine. Comprendre ce qui avait pu se passer.
Alexandre songea que même un roi aurait pu espérer une vie un peu plus simple.
La porte du bureau directorial s’ouvrit à la volée.
- Cette habitude devient légèrement agaçante, soupira Onorius.
Pour toute réponse, les griffes de Vladek claquèrent en sortant de sa main.
- Celle-la aussi, ajouta le mage.
- J’aimerais franchement quelques explications, articula le capitaine avec colère.
- Je vous écoute.
Vladek jeta un coup d’œil dans le couloir avant de refermer la porte du bureau.
- Soyons francs : plus j’y réfléchis, plus je me rends compte à quel point il était stupide d’achever Arnéus Rivoln, ce matin.
- Ah ? Vous m’en voyez désolé.
- Ne faites pas l’innocent !
Vladek avait crié et esquissé un geste pour brandir le poing. Il se contrôla pour ajouter d’une voix aussi calme que possible :
- Je vous soupçonne de m’avoir forcé à tuer Arnéus.
- Moi ? s’étonna Onorius. Quelle idée !
Le capitaine se planta moins d’un mètre devant lui.
- Je ne suis peut-être qu’un vulgaire soldat, mais ça ne veut pas dire que je n’ai pas de cerveau, c’est clair ? Je suis capable de comprendre quand on me manipule, et quand on m’ensorcelle.
- Vous ensorceler ? Moi ? Mais enfin, qu’allez-vous imaginer ?
- Je ne sais pas comment vous vous y prenez, poursuivit Vladek, d’autant plus qu’à ma connaissance, il est impossible d’imposer ainsi sa volonté à quelqu’un. Mais soyez sûr que si vous ne me donnez pas rapidement une bonne raison de me taire, j’irai en informer le Prince.
Onorius se permit un sourire.
- Vous lui direz aussi que vous êtes l’assassin du regretté général Gorts, je suppose...
Les griffes de Vladek se trouvèrent soudain à quelques millimètres de la gorge du maître Chanteur.
- Pourquoi pas ? Je suppose que là aussi, c’était vous. Quand j’y repense, j’ai du mal à comprendre ce qui a pu me pousser à le tuer simplement parce qu’il avait découvert un secret.
- Soyez réaliste, capitaine ! Comment expliquerez-vous que vous avez assassiné (il insista lourdement sur ce mot) Gorts sous mon ordre, mais que ce n’est pas votre faute ? Comment expliquerez-vous que je vous ai manipulé par magie, alors que tous s’accordent à dire que c’est impossible ? Comment éviterez-vous d’être pendu pour ce crime, Vladek ? Même si vous n’en parlez pas, sachez que j’ai des preuves contre vous.
Le capitaine recula d’un pas.
- Vous ne me ferez pas chanter, Onorius.
- Je sais. C’est moi le Chanteur, ne l’oubliez pas.
- Evitez les jeux de mots vaseux, merci. J’ai la confiance du Prince Alexandre. Il m’écoutera et me croira. Et vous devrez rendre des comptes.
- Si l’affaire était si simple, pourquoi seriez-vous venu me voir ?
Vladek se raidit, soudain troublé.
- Parce que je voulais vous entendre avant...
- Ah... Vous vouliez me confondre. Dans ce cas, vous avez dû poster quelqu’un derrière la porte pour nous écouter...
Le capitaine semblait de plus en plus inquiet.
- Non.
- Mais vous avez quand même pensé à informer quelqu’un de cette visite, non ? insista Onorius.
- Oui, Tarlaq, mais... C’est vrai qu’en y réfléchissant, j’aurais dû lui en dire plus... en y réfléchissant... Non !
Vladek tira son épée.
- Eh si ! fit Onorius en souriant.
Après quoi il lâcha quelques notes.
Vladek fut soulevé de terre par une main invisible qui le plaqua contre le mur, totalement paralysé.
- C’est fou le nombre de gens qui se font piéger en venant s’expliquer avec moi, continua le mage. Vous savez, vous aviez plus ou moins raison. C’est vrai que je vous ai manipulé. Une pratique issue de l’art du Chant, à un très haut niveau.
Vladek ne pouvait plus remuer le moindre doigt. Incapable de bouger, il lança un regard meurtrier à Onorius qui poursuivit sur le ton de la conversation :
- Vous voyez, forcer quelqu’un à obéir à vos ordres, contre son gré, est impossible. Aucune forme d’hypnose ne le permet. En revanche, certains de mes Chants, longs et complexes, peuvent pousser les gens à oublier la raison pour faire ce que leur dictent leurs sentiments les plus profonds. C’est dans ces cas-là qu’un homme va se détourner de la voie de la sagesse pour laisser parler son instinct. Vous commencez à comprendre, je suppose.
Il planta ses yeux dans ceux de Vladek.
- Je vous ai poussé à faire certaines choses parce que ça m´arrangeait, c´est vrai. Gorts s´opposait à Alexandre, et Arnéus en savait en peu trop sur moi. Tanaril ne lui a pas porté chance en lui confiant ses soupçons... Je vous ai poussé à agir, donc, mais au fond de vous-même, vous en aviez envie. Envie de venir me trouver aujourd’hui pour parler seul à seul. Envie d’abattre Arnéus Rivoln, qui avait tué tant de vos frères d’armes. Envie de tuer Hendar Gorts, qui avait percé votre secret le plus précieux...
- Non !
Vladek était enfin parvenu à parler. Onorius poussa un sifflement admiratif.
- Non, répéta le capitaine. Vous mentez ! Ce n’est pas possible !
- Oh, mais vous n’avez pas à vous en vouloir. Dites-vous que tout est de ma faute.
Le maître Chanteur ouvrit une armoire pour y prendre une bouteille emplie d’un liquide rouge. Il y plaça un long tuyau d’argent.
- Je suppose que si je vous propose un verre, vous refuserez de le boire. Et comme je ne peux que vous immobiliser et non contrôler vos mouvements...
Onorius enfonça le tuyau dans la bouche de Vladek et versa.
- Une potion d’amnésie sélective, expliqua-t-il. J’en aurai bien donné à Dario aussi, mais son pouvoir est trop fort pour que ça lui fasse de l’effet. Demain, vous vous réveillerez, et vous ne garderez aucun souvenir de cette conversation, ni de la mort de Gorts, ni de vos soupçons envers moi. J’ai intégré ces éléments à mon Chant en préparant cette potion. Bonne nuit.
Vladek essaya de ne pas avaler. Peine perdue. Le breuvage se fraya un chemin jusqu’à son estomac. En quelques secondes, les lumières déclinèrent.
Onorius rattrapa Vladek quand il bascula en avant.
- Voilà, très bien.
On frappa à la porte.
Onorius, si fier de son plan, se sentit soudain très bête. Il était là, dans son bureau, avec un homme évanoui sur les bras, et quelqu’un venait le chercher.
- J’arrive ! dit-il.
Il déposa Vladek dans une armoire, referma la porte tant bien que mal et alla ouvrir celle de son bureau.
A cet instant, il remarqua l’épée du capitaine qui traînait au sol. Mais il était trop tard, il avait déjà entrebâillé la porte.
Un jeune novice se tenait dans le couloir, l’air affolé et excité à la fois.
- Qu’y a-t-il ? demanda Onorius.
- Une nouvelle très grave. Les Elfes se rapprochent...
- Ce n’est pas nouveau.
- ... par milliers...
- Ca non plus.
- ... jusqu’à trois cent mètres de la cité.
Onorius eut l’impression d’entendre résonner un coup de gong.
- J’arrive.
Dès qu’on l’eut averti, Alexandre se précipita sur la terrasse au sommet du donjon. La-haut, dans les sinistres lueurs du crépuscule, il put contempler l’effrayant spectacle.
L’armée d’Itraïr était une mer de guerriers, de chevaux d’armures étincelantes et de lames brandies, d’où pointaient les masses inquiétantes de prodigieuses machines de guerre et de Trolls assoiffés de sang. L’étendard vert et or d’Alméra, une étoile à cinq branches surmontée d’un arbre, d´une flèche et d’une couronne, se dressait partout au-dessus des troupes affairées à se mettre en place autour de la ville.
Pour impressionnante qu’elle fut, l’armée n’était pas au complet, comme le prouvaient les trous dans les formations.
- Ils vont prendre position pendant la nuit et attaquer dès le matin, annonça Alexandre. Apparemment, seul leur plan pour piéger Namâric justifiait qu’ils retardent leur attaque.
- Un contre trois, mais l’avantage de nos murailles, commenta Tarlaq. C’est l’occasion d’en tuer un maximum.
- Ou de nous faire massacrer jusqu’au dernier, ajouta Jorgun de Borion, plus fataliste.
Alexandre contempla encore l’armée qui encerclait sa capitale, réfléchissant aux plans qu’Itraïr avait pu préparer.
- Très bien ! lança-t-il en se retournant vers ses généraux. Vous savez ce que vous avez à faire.
- Affûter les épées, préparer les flèches, faire chauffer l’huile, apprêter l’artillerie, ordonner à la population de se mettre à l’abri, loin des remparts... énuméra Jusdol Torhân.
- Vous connaissez bien votre texte, coupa le Prince. Mais ce n’est pas tout. Je veux des sentinelles partout sur les murs, et surtout des torches, de la lumière. Ne les laissons pas infiltrer des unités tout près de nos remparts.
- Compris, fit Torhân.
- Quelque chose m’intrigue, intervint Darl de Kester. Ils ont des tours de siège, mais comment comptent-ils les faire parvenir jusqu’aux remparts ? Il n’y a pas assez de grandes rues dans les faubourgs pour en faire traverser autant !
A cet instant, le contrepoids d´un immense trébuchet se balança dans l’armée des Elfes. Un énorme projectile enflammé s’éleva dans le ciel, laissant derrière lui une traînée flamboyante. Il monta comme une flèche, sembla s’immobiliser dans les airs puis retomba comme un aigle fondant sur sa proie.
Il s’écrasa dans les faubourgs évacués, détruisit une maison sous l’impact, roula au milieu des autres en leur boutant de feu. Un début d’incendie s’alluma.
- Il me semble que vous avez votre réponse, général, dit sombrement Alexandre. Pensez à assurer le peuple que les faubourgs seront reconstruits dès la fin de la guerre. Guerre que nous allons bien évidemment gagner. Inutile de laisser plonger le moral.
- Bien, Sire.
Le Prince nota le « Sire » au lieu du « Altesse » qu’on lui servait d’habitude. Il prit conscience de s’imposer peu à peu comme le nouveau roi. Ca ne lui déplaisait pas vraiment.
Les généraux s’éloignèrent. Alexandre resta sur le toit, défiant l’immense armée du regard, sentant combien la journée du lendemain serait périlleuse.
Il avait peur.
Au soir, les moines, une partie des employés du prieuré et quelques voyageurs de passage se rassemblèrent au réfectoire pour partager un repas simple, voire frugal, représentatif de la vie au monastère : une existence austère dans une ville pourtant prospère, signe d’humilité. Ce fut pour Artus, Adrien et Nurmill l’occasion de mieux faire connaissance avec les occupants des lieux, comme Garet le charpentier, Harin le cuisinier, Sarfel le sacristain, ou encore le sous-prieur Ragius.
Le souper fut tout d’abord silencieux : un moine chargé de la lecture récitait des vers de Saint Gapor, un ancien prophète dont les cendres reposaient peut-être encore à Kridath. Pour une raison étrange, un tic agita la main droite d’Artus lorsqu’il entendit ce nom.
Puis le prieur Liffip bénit le repas et tous s’y attaquèrent. Assis à la droite de Liffip, Artus lui demanda des nouvelles de la région et, devant le ton de plus en plus sombre du prieur, exigea des explications claires.
Liffip soupira.
- Au nord, les armées royales affrontent les Elfes, d’accord. Mais pendant ce temps, au sud, les Singes du roi Gorios ont été repoussé jusqu’aux forêts frontalières par les troupes d’Histena. Et ils se risquent désormais à des incursions de plus en plus profondes dans nos terres.
- Excusez-moi, intervint Adrien, mais j’ai du mal à imaginer comment des singes peuvent nous poser problème. Ce ne sont que des créatures primitives, qui craignent même le feu !
Liffip lui lança un regard navré.
- C’est parce que tu n’imagines pas dans le bon sens. Les singes, sans majuscule, sont en effet faibles et peu évolués. Les Singes, avec majuscules, sont des êtres beaucoup plus proches des humains, capables de se tenir debout, de forger et de manier des armes. Sans leurs poils et leur tête de primates, ont pourrait les prendre pour des hommes ordinaires, quoi qu’un peu trop musclés.
- Ils sont aux singes ce que les Wolks sont aux loups, ajouta Nurmill.
Le prieur claqua des doigts.
- Voilà ! C’est l’image que je cherchais ! Merci.
Il reposa ses yeux sur Adrien.
- Comprends-tu mieux à présent pourquoi on peut les considérer comme dangereux ?
- Oui.
Artus avala sa dernière bouchée de poisson séché.
- Inquiétant, en effet, dit-il. Pourquoi personne ne s’occupe-t-il de les arrêter ?
- Je te rappelle que tous les hommes d’armes sont partis vers le nord pour rejoindre l’armée royale, répondit Liffip. A l’exception, bien sûr, des lâches qui n’osent pas se porter à la rencontre d’Itraïr, et qui attendent la fin de la guerre, bien à l’abri. Mais on ne peut pas compter sur eux pour nous défendre.
Alors qu´il prononçait ces mots, sa voix tremblait de mépris. Prudent, Artus n´ajouta rien.
Après le repas, Artus et Adrien rejoignirent les couchettes qu’on leur avait attribuée à l’hôtellerie. Adrien s’exerça un peu à la magie, mais encore une fois quelque chose l’empêcha de libérer davantage qu’une parcelle de son pouvoir.
Un peu comme une barrière.
La blessure de Jean se révéla plus inquiétante que prévu.
Elle était large et profonde, et si elle ne l’avait pas tué, elle lui avait en revanche fait perdre beaucoup de sang en dépit des bandages qui la comprimaient. A la nuit tombée, Jean était pâle comme un linge et tremblait malgré la chaleur du feu.
- J’ai fait tout ce que j’ai pu, déclara Geneviève à son mari décomposé. Il n’y a plus qu’à attendre et à prier.
Jean ne parvint pas à trouver le sommeil. La douleur le lancinait, brûlante et atroce, tandis que ses muscles refusaient de répondre quand il cherchait à se déplacer. Lentement, une idée effrayante se fraya un chemin jusqu’à sa conscience.
Il allait mourir.
Lui, Jean de Montfort, allait mourir de sa blessure, parce qu’il n’avait pas su se défendre correctement. Il ne serait jamais un guerrier, il n’hériterait jamais du comté, il ne chevaucherait plus en maître dans le domaine, il ne pourrait plus jamais rosser les jeunes paysans qui lui manquaient de respect, ni séduire les filles de ferme complaisantes.
Sa vie allait s’arrêter là, avant même la fin de sa dix-septième année.
D’abord révolté, il acceptait peu à peu cette pensée, quand une ombre gigantesque se pencha sur lui, masquant de sa carrure colossale la vive lumière du feu. Une voix grave et sifflante résonna à ses oreilles.
- Je regrette de n’être pas arrivé à temps, cet après-midi.
Jean ne trouva pas la force de répondre. Il lui semblait avoir déjà entendu cette voix, mais où ?
- C’est à cause de mon retard si tu te trouves dans cet état. Ca n’aurait pas dû arriver. Comme quoi même Molloch n’est pas infaillible.
Molloch... Molloch... Ce nom lui disait quelque chose...
Oui !
Le Varak !
Tyradus !
- Ne t’agite pas, poursuivit le reptile. Je m’en veux de n’avoir pas pu te secourir dans la bataille. J’ai échoué dans ma mission. Mais je peux encore faire quelque chose pour toi...
Il se retourna, comme pour vérifier que personne ne les écoutait.
- Nul ne doit voir ce que je vais faire, même Barn ou mes deux guerriers. Je peux encore te sauver, mais tu devras garder le secret, d’accord ? Si tu acceptes, cligne des yeux.
Jean ne comprenait pas. Dans le doute, il trouva la force de fermer puis de rouvrir les paupières.
- Bien.
Tyradus tira de sa ceinture un large couteau qui aurait pu servir d’épée à un homme ordinaire. Le brandissant au-dessus de sa tête, il coupa d’un seul geste l’extrémité de sa corne droite. Puis il posa le bout d’ivoire dans la paume de Jean, et referma les doigts du blessé.
- Les cornes de Varak font de précieux talismans. Tant qu’elle n’aura pas repoussé, elle te protégera. Et surtout, n’en parle à personne. Molloch ne tolère pas qu’un de ses serviteurs échappe ne serait-ce qu’un peu à son pouvoir.
- Quoi ?
- Oublie ça. Dors.
Jean esquissa un sourire douloureux. S’endormir ? S’il l’avait pu, il l’aurait fait depuis longtemps !
Et pourtant... Le sommeil tomba d’un coup sur lui. La douleur se fit moins forte, ses yeux se fermèrent. L’instant d’après, il ronflait.
Tyradus hocha la tête et rejoignit les deux autres Varaks endormis. Avant de se coucher, il claqua des doigts.
Les deux sentinelles qui surveillaient le campement sortirent de leur transe et reprirent leur garde comme si de rien n’était.
Une rumeur prétendait qu’il n’existait pas de femelles chez les Orks et que ces mêmes Orks se reproduisaient au moyen de spores qui se plantaient dans la terre pour donner naissance à des champignons où se développaient les petits. L’idée était communément admise par l’ensemble des peuples du monde.
Comme quoi l’avis général n’était pas toujours le bon.
Les femelles orks existaient bien, comme chez tous les mammifères. Simplement, il était difficile de les différencier des mâles. Elles possédaient en effet la même musculature robuste et, en raison du régime exclusivement carnivore des nouveaux-nés, absolument pas de seins.
Elles restaient généralement à défendre les camps quand les mâles partaient à la guerre, ce qui ne les empêchait pas de constituer une part importante des troupes. Sur les cinq mille guerriers de la horde, mille étaient des femelles. Et elles ne s’occupaient pas seulement de l’intendance.
La notion de sexisme n’était pas vraiment de mise chez les Orks.
Hustouk venait de le comprendre à la vue d’une femelle très énervée, lancée dans le passage à tabac d’un mâle qui avait voulu lui voler sa ration. Elle avait très largement l’avantage.
- Nous sommes des exceptions, Hustouk.
L’Ork se retourna vers son cousin.
- Regarde-moi ça, poursuivit Hoktar, l’air navré.
Hustouk jeta un coup d’œil aux milliers d’Orks assis autour de lui. Comme à tous les repas, ils mordaient à pleines dents dans la viande crue qu’on leur servait. Les nombreuses conversations, très éloquentes, comprenaient à peu près autant de coups que de mots. Les cris de rage fusaient, les lames brillaient parfois sous la colère de leur maître, vite étouffées par les dix Orks qui se jetaient alors sur le forcené. Hustouk s’interrogea brièvement. Agissaient-ils ainsi pour le maîtriser ou pour le mettre en pièces ?
- Quand on voit ça, on se demande vraiment comment nous parvenons à accomplir quoi que soit, grogna Hoktar.
- C’est vrai. Comment ?
- Quoi ?
- Comment faisons-nous pour accomplir quelque chose ensemble ? questionna Hustouk.
Hoktar sourit.
- Grâce à des gars intelligents, affirma-t-il. Comme Borkas, ou Sharkan avant qu’il ne meure. Ou encore nous deux.
- Nous deux ?
- Sois réaliste, Hustouk. Notre niveau intellectuel dépasse de manière considérable la moyenne actuelle.
- Depuis quand tu connais des mots pareils ?
- Tu le fais exprès ou quoi ?
Hustouk se retenait pour en pas éclater de rire devant la mine déconfite de son cousin. Retrouvant son sérieux, il admit que Hoktar avait raison : ils faisaient partie d’une élite. Lui, Hustouk, parce qu’il avait côtoyé des humains comme le baron Tarlaq ou le Prince Alexandre, et Hoktar parce qu’il avait participé à de nombreuses expéditions chez les êtres « civilisés », ce qui lui avait valu son grade de capitaine et ses solides connaissances.
- Peu importe, fit Hoktar. J’ai autre chose à te montrer. Suis-moi.
Intrigué, Hustouk engloutit la fin de son repas et suivit son cousin vers l’enclos des Karzax. Ils enfourchèrent chacun une monture et s’éloignèrent dans la nuit.
- Où va-t-on ?
- Tu verras bien.
La chevauchée dura une heure. Une heure rythmée par le bruit du galop et les grondements des Karzax. Le sombre paysage défilait de chaque côté, totalement désert.
Enfin les des Orks parvinrent au sommet d’une crête. Devant eux s’étendaient des champs en culture, où poussaient du blé et du maïs. Plus loin, à l’orée d’une forêt, se dressaient quelques habitations à l’architecture curieuse, tout en flèches, en coupoles et en terrasses.
- Il me semble avoir déjà vu des constructions de ce genre, déclara Hustouk.
Hoktar acquiesça d’un signe de tête.
- Je pense aussi. Ce sont des bâtiments d’Elfes. Nous avons atteint la frontière d’Alméra.
Une petite ferme dans les collines.
Un homme terrifié. Tétanisé.
Par de simples questions.
Au loin, deux cavaliers poursuivent leur course.
Droit vers le sud.
![]()
C´est bien de tenir les délais.
Continue comme ça.
Je vois que j´avais raison depuis le début : Onorius est un enfoiré dangereux, encore plus qu´il n´y paraissait aux premiers abords.
Fin
"les des Orks"==>petite faute de frappe au passage^^.
Vivement mardi.
(encore que...mwais, vivement mardi soir plus exactement.
)
vivement mardi ...
J´ai la flemme de le chercher, mais au bout d´un moment quelqu´un dit: "faire chauffer l´huile"
L´huile, c´est couteux. Imagine toi mettre des lingots d´or dans les trébuchets...
Sinon c´est toujours bien.
J´ai la flemme de le chercher, mais au bout d´un moment quelqu´un dit: "faire chauffer l´huile"
L´huile, c´est couteux. Imagine toi mettre des lingots d´or dans les trébuchets...
Sinon c´est toujours bien.
Nonnon SunShadow, le seau d´huile était effectivement utilisé lors des sièges pour repousser les assaillants.
Enfin huile...après j´sais pas d´quoi elle était réellement composée^^.
Après vérification, il semble qu´au contraire l´huile bouillante appartienne plus au folklore qu´à la réalité. Au Moyen-Âge, on utilisait plutôt de l´eau bouillante ou de la chaux vive liquide, ou encore de la poix enflammée.
Donc je corrige.
Ouais, j´ai bien précisé que je savais pas de quoi était composée cette "huile". C´est vrai que la chaux et la poix semblent plus probables en réfléchissant un peu^^
raaaaaaaaaaaaaaaaa!!!!!!!mais qui sont ces deux cavaliers?????????????? je veux savoir!!!!!!!!!!!!!!!
![]()
![]()
mortel de la chaux vive, squelette blanc en bas lol
Changons de discours pour une fois... Oh et puis non, c´est toujours super. J´ai remarqué 3-4 fautes de frappes (mais, malheur à moi, je ne les ai pas notées
). Entre autre un ´ne´ transformé en ´en´. ^^
Aheum, la suite, c´est logiquement pour today, nan ? ![]()
Vlà, c´est parti.
Bonne lecture.
A l’horizon, le soleil darda ses premiers rayons flamboyants, éclairant Dümrist et ses environs.
Eclairant les remparts garnis de défenseurs et les Elfes prêts à l’assaut.
La nuit avait été consacrée aux préparatifs de la bataille tandis que les Elfes démolissaient méticuleusement une partie des faubourgs. Malgré la tension, les hommes s’étaient efforcés de dormir, conscient du repos dont ils avaient besoin.
Alexandre, animé d’une incroyable énergie, n’avait pas accepté une minute de sommeil, inspectant sans relâche les défenses de la ville.
Il se tenait au sommet du Palais, entouré de ses généraux et de ses conseillers.
Onorius de Finglä vint annoncer que les Mages de Combat avaient été répartis sur l’ensemble de la muraille, ainsi que tous les élèves de l’Académie capables de se battre.
- Très bien, approuva Alexandre. Ils représentent notre seul atout dans cette bataille.
Onorius acquiesça. Pour une raison étrange, les Elfes ne pratiquaient la magie que dans le berceau de leur peuple, le royaume d’Alméra. Y recourir hors de ses frontières leur était impossibles. Ils ne pourraient donc lancer aucun sorcier dans cet affrontement.
Alexandre et ses conseillers attendaient, conscient que de cette bataille dépendait le sort de la guerre. S’ils infligeaient assez de pertes à Itraïr, il devrait lever le siège sur Dümrist. Si, au contraire, les Elfes l’emportaient, Dümra tomberait à coup sûr à la suite de sa capitale.
Une tension palpable oppressait les Dümréens. Les ennemis se tenaient immobiles. Un silence absolu régnait sur les remparts et sur l’immensité de l’armée elfe. Un vent faible soufflait sur la ville, quelques nuages ondulaient au loin.
Il y eut un mouvement à l’arrière des rangs ennemis.
Une flèche brillante s’envola vers le ciel.
Cent trébuchets tirèrent en même temps. Cent boulets enflammés fusèrent, partout autour de la cité. Cent explosions de feu ravagèrent les remparts et une partie des bâtiments de la ville haute. Des cris montèrent de la muraille, des cris de blessés, de brûlés ou de mourants. Certains défenseurs voulurent quitter les créneaux, épouvantés. Leurs officiers leur ordonnèrent de conserver leur place. Quelques bagarres éclatèrent.
- Comment ont-ils obtenu une telle portée ? s’étonna Tarlaq. Il est impossible de tirer aussi loin !
- Je ne sais pas, répondit Alexandre, les poings serrés et la gorge nouée. Je ne sais pas, mais je ne vais pas les laisser faire.
- Ah oui ? fit Jorgun de Borion. Et comment allons-nous nous y prendre ?
Le Prince expira avec difficulté.
- Si Itraïr pouvait détruire Dümrist sans prendre de risques, il l’aurait fait depuis longtemps. Ca n’a pas de sens.
- Et pourtant, il nous canarde sans s’exposer.
- Comment savons-nous qu’il ne s’expose pas ?
Une idée folle venait de germer dans l’esprit d’Alexandre. Il avait oublié un détail.
- Hier soir, nous avons pris des mesures pour calculer la distance qui séparait les murs de ses trébuchets, expliqua Darl de Kester. Ils sont trop loin pour que nous puissions les atteindre.
- Hier soir...
Alexandre claqua des doigts.
- Tirez une salve de riposte ! Tout de suite !
- Quoi ? Mais ils sont hors de portée !
- Faites ce que je dis !
Tarlaq hocha la tête et fit un signe à un officier qui relaya l’ordre de tir. Un scribe inscrivit la consigne sur un parchemin qu’il jeta dans un tube. Quelques secondes suffiraient au message pour parvenir au bas du donjon, où d’autres hommes le transmettraient aux remparts. Tarlaq n’aimait pas vraiment ce système, qui imposait un délai de deux ou trois minutes entre un ordre et son exécution. En cas d’urgence, ce laps de temps pourrait causer leur perte.
Les Elfes rechargeaient leurs trébuchets quand toutes les catapultes de Dümrist se déclenchèrent.
Une volée de pierre enduites de poix enflammée vola depuis les remparts et s’éleva dans les airs.
- L’instant de vérité, souffla Alexandre.
Les projectiles retombèrent.
Certains dans la plaine.
Beaucoup au milieu des Elfes.
Les pierres roulèrent, ravageant les rangs ennemis, écrasant les guerriers, renversant les montures. Certains frappèrent des trébuchets et les abattirent dans des explosions de bois, de métal et de feu.
- Gagné ! s’exclama Alexandre. Nous sommes vraiment stupides de ne pas y avoir pensé plus tôt !
- Quoi ? fit Jusdol Torhân.
Le Prince contenait difficilement son excitation.
- Ils ont disposé leur artillerie hier soir, et ont profité de la nuit pour l’avancer à notre insu. Et ils ont attaqué dès l’aube pour nous empêcher de reprendre des mesures.
- Mais enfin, ce n’est pas possible ! s’exclama Jorgun. Il y a des repères, des bosquets d’arbres, des rivières, notre propre sens de la perspective !
Alexandre haussa les épaules.
- Soit ils ont tout déplacé pour nous abuser, soit la magie elfique est plus redoutable que ce que j’avais cru.
- Mais les Elfes ne peuvent pas faire de magie hors d’Alméra !
- Peu importe, répliqua le Prince. Au risque de vous réveiller, général de Borion, la bataille a commencé.
Voyant leur ruse éventée, les ennemis s’élancèrent vers les remparts, avalant la distance à une vitesse étonnante. Très étonnante.
Un voile se déchira dans l’air, comme une fracture le long du ciel et de la terre, et les Elfes se trouvèrent soudain beaucoup plus près de la ville.
- C’était bien de la magie, constata Alexandre.
- Et d’un très haut niveau, ajouta Onorius. A ma connaissance, une seule personne est en mesure de construire un tel sort.
Il ne donna pas de nom, mais le Prince comprit. Thenetos de Vordal les aurait-il trahis ? C’était absurde ! Enfin... Il n’y avait qu’à espérer qu’Itraïr n’ait prévu qu’un seul tour de ce genre.
Les Elfes étaient à présent tout proches, innombrables, menés par des cavaliers, suivis des Trolls qui poussaient les tours de siège, les balistes et les petites catapultes. Une nouvelle salve de pierres s’abattit parmi eux. Certains Elfes moururent. Quelques-uns esquivèrent. La plupart continuèrent à courir.
Les défenseurs attendaient, mâchoire serrées. Beaucoup tendaient leurs arcs, d’autres passaient nerveusement la main sur le pommeau de leur épée ou brandissaient fermement leurs lances. Aucun ne parvenait à étouffer la peur qui les tenaillait.
Les premiers Elfes firent à cent mètres de la muraille, mirent un genou à terre et levèrent leurs arcs. Une volée de flèches fusa en direction des Dümréens qui s’abritèrent derrière les créneaux.
La pluie mortelle frappa une seconde fois, obligeant les défenseurs à rester à l’abri. En même temps, des fantassins portant des échelles se lancèrent à l’assaut des murailles.
Des officiers aboyèrent des ordres. Les archers Dümréens se levèrent et décochèrent leurs traits. Des flèches volèrent dans les deux sens. Dans chaque camp, des silhouettes chancelèrent et tombèrent.
Une échelle se dressa contre le mur. Elle fut vite repoussée. Deux autres se levèrent et connurent le même sort. D’autres encore se posèrent sur les créneaux.
Les défenseurs se battaient frénétiquement, rejetant les échelles à coups de perches en bois, déversant des chaudrons entiers de chaux vive, lâchant de lourds boulets de fonte sur les attaquants. Cependant, les flèches qui volaient en tous sens les faisaient paniquer, restreignant leur efficacité.
Les tours de siège, monstrueuses masses de bois et de métal, aux ponts mobiles prêts à s’abattre sur les remparts, s’approchaient implacablement.
L’artillerie elfique avait cessé de tirer pour ne pas risquer de blesser ses propres troupes, à l’inverse des catapultes dümréennes qui bombardaient sans répit les rangs des assaillants. Une tour d’assaut, frappée à la base, s’effondra sur les Elfes qui l’entouraient.
Le bruit de la bataille, composés de hurlement de rage et de cris d’agonie, de sifflements de flèches et de grondement de flammes, parvenait jusqu’au sommet du donjon.
En guerriers expérimentés, les généraux observaient la bataille. Alexandre, lui, n’avait jamais assisté à une bataille d’une telle ampleur. Un instant, il songea que l’enfer se déchaînait sous ses yeux. Mais il ne laissa rien paraître de son trouble.
- Les attaques se concentrent sur le rempart est, nota Tarlaq. Si les Elfes prennent pied sur le mur, ce sera d’abord là.
- Le nord est aussi menacé, remarqua Jusdol Torhân. En fait, toute la partie nord-est court un risque.
- C’est peut-être une ruse, supposa Jorgun de Borion. Ils pourraient attendre que nous dégarnissions d’autres fronts pour les attaquer de manière plus intense.
- C’est possible, admit Alexandre. Pour l’instant, attendons.
Une rafale de tirs noya la muraille est sur une dizaine de mètres. Les défenseurs s’écroulèrent ou reculèrent. Un Elfe, bondissant d’une échelle, atterit entre deux créneaux. Il tira son épée et engagea le combat, donnant à quelques-uns de ses compagnons le temps de le rejoindre. Les archers postés sur la tour la plus proche leur décochèrent quelques traits mais, très vite, la confusion de la mêlée leur interdit de poursuivre le tir.
D’autres Elfes gravirent les échelles et vinrent prêter main-forte aux premiers en passe d’être submergés. Les lames étincelèrent, s’entrechoquèrent avec violence. Un défenseur embrocha un Elfe en poussant un féroce cri de guerre. Un second adversaire lui transperça l’épaule et le fit basculer par-dessus les créneaux avant d’être lui-même fauché par un coup de hallebarde. Un Elfe glissa sur le sol, frappa un homme à la jambe, se redressa pour lui trancher la gorge, repoussa la charge d’un autre.
Bientôt, les assaillant se furent emparés d’une large bande sur le rempart, couvrant ainsi l’arrivée de renforts. L’affrontement empêcha les défenseurs de briser les échelles, laissant d’autres ennemis se hisser sur la muraille. Les combats s’étendirent sur le rempart à une vitesse ahurissante.
Les Elfes avaient réussi leur percée.
- Toute la défense va céder, annonça Darl de Kester. Il faut envoyer un maximum de renforts.
- Non ! s’exclama Jorgun. Ils n’attendent que ça !
Darl se tourna vers lui.
- Si on ne fait rien, on perd toute la partie est. Envoyons des renforts !
- Allez-y vous-même ! gronda Jorgun.
- Très bien !
Darl de Kester se dirigea vers l’escalier qui menait au bas du Palais, accompagné de son second.
Tarlaq remarqua alors chez Alexandre un signe qui ne pouvait le tromper, un léger raidissement des épaules, révélateur de la tension de tous ses muscles et annonciateur d’une décision généralement regrettable...
- J’y vais aussi, annonça le Prince.
Onorius se tourna vers lui, sidéré.
- Quoi ? Sire, vous n’y pensez pas !
Alexandre empoigna son glaive.
- J’y pense tout à fait. Je serai plus utile à encourager les hommes sur le rempart qu’à rester ici pour assister à la défaite.
Tarlaq intervint avec un air sévère :
- Enfin, Altesse, c’est trop dangereux. Vous ne pouvez pas prendre autant de risques ! Vous devez diriger cette bataille, pas y participer.
- Je vous délègue le commandement, Tarlaq. Faites d’abord parvenir des renforts à l’est. Ensuite, faites ce qui vous paraît le mieux. Vous avez plus d’expérience que moi.
- Le royaume ne peut se permettre de vous perdre ! lança le baron en désespoir de cause.
Alexandre se contenta de sourire.
- Vous aviez raison, Tarlaq. Un chef ne peut pas regarder ses soldats mourir sans aller les rejoindre. Bonne chance.
Avant que quiconque ait pu esquisser un geste pour le retenir, le Prince s’élança dans l’escalier.
- Bonne chance à vous, murmura le baron.
- Il s’en sortira, assura Vladek. Et j’irais volontiers avec lui...
- Toi, tu restes ici, fit Tarlaq. En cas de problème, j’aurai vraiment besoin de toi.
Les Elfes contrôlaient à présent deux cents mètres de la muraille et assaillaient les tours qui se dressaient le long de ce périmètre. Leur attaque, concentrée sur cette zone, ne s’étendait plus beaucoup. Les corps à corps faisaient rage avec une violence effrayante, nottament dans les escaliers qui menaient à la ville. Tous avaient conscience de l’enjeu de ce combat : si les Elfes parvenaient à ouvrir une des portes de Dümrist pour permettre à toute l’armée d’entrer, la bataille s’achèverait rapidement. Déjà de lourds béliers cognaient contre les battants, mais quelles chances avaient-ils d’ébranler des panneaux d’acier d’un mètre d’épaisseur ? Non, si une porte devait céder, ce serait de l’intérieur.
Darl de Kester arriva sur les lieux avec une centaine d’hommes. Leurs épées s’ajoutèrent à celles des défenseurs, arrêtant totalement l’avancée des Elfes sans pour autant réussir à les repousser. Les assauts reprirent contre la muraille, sur un espace plus étendu, tandis que les flèches continuaient de voler en tous sens.
Alexandre déboucha à son tour d’une ruelle, escorté de quelques soldats. Il gravit des marches maculées de sang, bondit par-dessus une poignée de défenseurs et se retrouva au cœur du combat.
Alexandre se jeta sur un Elfe et l’élimina d’un revers flamboyant, sans lui laisser la moindre chance de réagir. Sans lui laisser la moindre chance de comprendre. Il para l’attaque d’un second adversaire, voulut riposter, recula prestement pour éviter le coup asséné par un troisième. Les épées des deux Elfes se levèrent et frappèrent en même temps.
Le Prince intercepta une des lames, glissa sur le côté pour esquiver la seconde. Son glaive se dégagea, franchit la garde de l’ennemi le plus proche et s’enfonça dans sa poitrine, entre les écailles de son armure.
Alexandre contra une nouvelle attaque. Son pied fouetta l’air, frappa son agresseur au bassin tandis que sa lame décrivait une courbe scintillante. L’Elfe, déséquilibré, ne brandit pas son épée assez vite. Sa gorge s’ouvrit et un flot de sang s’échappa, noyant son cri de surprise.
Un autre assaillant enjamba le corps de son prédécesseur et porta un coup de taille. Alexandre leva son glaive. Les lames s’entrechoquèrent avec un claquement sonore. Celle de l’Elfe s’envola de ses mains après trois secondes de lutte acharnée. Affolé, il plaça un coup de pied latéral. Le Prince agrippa sa jambe et la tira en arrière pour lui planter son glaive dans l’œil. Cette fois, un hurlement déchirant retentit dans le fracas de la bataille.
Alexandre tourna la tête, aperçut un Elfe dans son dos. Ses réflexes le sauvèrent une fois de plus. Il se baissa pour éviter l’épée qui lui aurait tranché le cou, se redressa aussitôt et leva son glaive. L’acier courut sur l’armure de son adversaire, se faufila dans un interstice entre deux plaques et y plongea jusqu’à la garde.
Le Prince, d’un saut périlleux, esquiva encore une attaque. Il virevolta dans les airs, retomba trois mètres plus loin en abattant son glaive et sa jambe. Sa lame ouvrit une profonde blessure dans une épaule tandis que son pied percutait un crâne. Alexandre se détourna de ses victimes déjà aux prises avec une poignée de défenseurs, et jeta un regard autour de lui.
La bataille s’étendait à présent sur trois cent mètres de muraille, théâtre d’une violence indescriptible. Les épées heurtaient les boucliers, les hommes hurlaient, les lames achevaient les blessés, les flèches transperçaient les corps tandis que la marée elfe grimpait encore et toujours vers les créneaux.
Attaqué sur sa gauche, Alexandre para l’assaut au dernier moment et répliqua par un coup d’estoc. Un écu de métal dévia sa lame. L’épée de son adversaire revint vers sa gorge. Le Prince se pencha, évita le coup de taille puis lança un coup de poing dans le visage de l’Elfe. L’autre contra, abattit son bouclier pour écraser la tête d’Alexandre. Le Prince bondit, passant à un millimètre de l’écu, et détendit sa jambe.
Son pied atteignit l’Elfe au menton, arrachant quelques dents ensanglantées. Alexandre retomba sur son adversaire, s’empara de son épée et le transperça dans le même mouvement. Il se releva, décocha un coup de coude à un autre ennemi qui l’attaquait par-derrière, fit volte-face. La lame elfique, toujours dans la main du Prince, bloqua celle de son assaillant tandis que son glaive se frayait un chemin jusqu’à son cœur.
Alexandre repartit à l’assaut, inépuisable. Son glaive tourbillonnait, fauchait les ennemis sans pitié, alors que lui-même restait aussi insaisissable qu’un feu follet. Galvanisés par son exemple, les soldats dümréens redoublaient d’ardeur et de courage. Les Elfes tombaient à présent plus vite que leurs renforts ne montaient. Un vent de victoire commença à souffler sur les rangs des défenseurs.
C’est alors que la première tour de siège abattit son pont sur les créneaux.
Tarlaq ajusta les plaques de son armure, serra les liens de ses jambières, vérifia ses brassards et coiffa son casque d’acier orné des armoiries de sa lignée. Pour faire bonne figure, Vladek passa sa main d’argent sur sa solide cotte de mailles, cherchant une improbable faiblesse.
- Pourquoi ces précautions ? interrogea-t-il ensuite.
- J’ai un mauvais pressentiment, répondit le baron.
- Oui, comme toujours, mais quoi d’autre ?
Tarlaq continua d’observer les combats. L’arrivée des tours mobiles l’inquiétait, mais il sentait une autre menace se profiler. Considérant l’instinct comme l’analyse extrêmement rapide de données précises, il chercha la source de son malaise.
Après une brève période où les défenseurs avaient dominé la bataille, l’affrontement reprenait plus acharné que jamais. Tarlaq repéra avec soulagement la silhouette noire du Prince Alexandre, si rapide qu’il devenait difficile de la suivre au milieu des duels.
L’attaque des Elfes semblait bien n’avoir pour cible que la partie nord-est des remparts. L’armée ennemie, tout à l’heure disposée tout autour de la ville, se regroupait dans cette zone pour passer coûte que coûte. Oui, il était possible de les vaincre.
Tarlaq ordonna de dégarnir momentanément les autres fronts et de rassembler un maximum d’hommes au nord-est. Le scribe nota le message et le laissa tomber dans le tuyau.
De longues minutes s’écoulèrent. Sur les remparts, des centaines, des milliers d’hommes quittèrent leur place pour se diriger vers le cœur de la bataille. Etrangement, Tarlaq sentait croître son anxiété.
Puis tout s’enchaîna très vite.
L’artillerie ennemie entra à nouveau en action. Cette fois, ce ne furent pas les énormes trébuchets qui tirèrent, mais d’innombrables catapultes qui projetèrent dans le ciel un nuage de projectiles en flammes. Les boulets de feu frappèrent, non pas l’ensemble des remparts, mais un grand arc de cercle dans la cité, qui englobait toute la zone des combats. Un autre salve suivit bientôt, et des débuts d’incendies pointèrent.
- Mais que veulent-ils ? s’étonna Vladek.
Tarlaq ne répondit pas. Sous ces tirs nourris, l’armée dümréenne ne pourrait pas gagner l’autre bout de la ville assez rapidement si...
Dans les faubourgs démolis de l’ouest de la ville, des centaines de silhouettes se levèrent.
Des Elfes.
Ils retirèrent les capes couleur de cendre qui les avaient dissimulés, saisirent des échelles et commencèrent à les dresser contre le rempart dégarni tandis que des flèches partaient de leurs rangs.
Au même instant, une partie de l’armée ennemie quitta l’arrière des troupes pour se diriger vers ce nouveau front.
- Mais qu’est-ce qu’il se passe ? fit Jusdol Torhân.
- Ils se sont cachés là tout à l’heure, expliqua Tarlaq, livide. Ils ont attendu que nous envoyions nos hommes à l’est pour se montrer. Il n’ont que très peu de matériel, mais vu ce qui reste pour défendre le rempart, ils feront rapidement une percée et parviendront à ouvrir une porte.
- Et l’armée qui est bloquée par leurs tirs de catapultes ! se lamenta Jorgun de Borion.
Tarlaq réfléchissait à toute vitesse. Les soldats dümréens parviendraient à se dégager, mais alors il serait trop tard. Les portes seraient déjà ouvertes.
Un délai de deux ou trois minutes...
Mais il fallait un renfort immédiat...
Et pour cette tâche, il ne voyait que...
- Nous, dit Tarlaq. Prenons tous les gardes que nous croiserons dans le Palais, et allons-y.
Un flot d’assaillants se déversa des tours de siège, inondant la muraille pour engager le combat. A cette vue, les soldats de Dümrist prirent peur et commencèrent à reculer. Très vite, cependant, ils se relancèrent dans la bataille avec des cris furieux.
Debout au milieu des guerriers, Alexandre jouait du glaive avec une fabuleuse adresse tout en exhortant ses hommes de la voix.
- Courage ! cria-t-il en contenant les assauts de deux Elfes. Ils ne passeront pas !
Le Prince recula de quelques mètres sous les coups de ses ennemis avant de riposter. Son glaive s’élança, fondit sur la poitrine d’un de ses adversaires. L’autre dévia l’attaque d’un battement de son épée. Alexandre se décala sur le côté, modifia l’angle de sa frappe et ficha sa lame dans le torse de l’Elfe. Le Prince poussa de toute ses forces puis, pivotant autour du mourant, il décocha à son autre agresseur un terrible coup de coude à la tempe. L’Elfe tituba. Une lance dümréenne l’embrocha par-derrière.
Alexandre adressa un signe de félicitations au soldat qui venait d’abattre son ennemi, puis s’accroupit pour esquiver une nouvelle attaque. Il roula de côté, se releva d’un bond, ricocha contre un créneau et assena un solide coup de pied dans le ventre d’un Elfe, l’envoyant se briser les os au bas du rempart.
Happé par l’ardeur du combat, le Prince ne ressentait plus aucune peur, juste de l’excitation. Une seule chose lui importait à présent.
Tuer.
Il para un coup d’estoc, plaça une riposte et manqua sa cible. L’Elfe en profita pour le frapper à la jambe. Alexandre voulut esquiver, sentit la douleur irradier dans sa cuisse : il était blessé ! Son adversaire abattit son épée. Le Prince contra, recula, renversa du pied un seau d´eau bouillante. L’Elfe hurla quand le liquide fumant se répandit sur ses chevilles. Tirant parti de la situation, Alexandre porta une attaque fulgurante qui transperça l’abdomen de son assaillant.
Le Prince jeta un coup d’œil à sa plaie, visiblement superficielle. Elle ne le gênerait pas beaucoup.
Des hommes tombèrent autour de lui, et Alexandre réalisa que quatre Elfes l’encerclaient. Il cingla l’air de sa lame, les tenant à distance sans pour autant les décourager. L’un d’eux passa à l’action, son sabre décrivant une courbe mortelle. Le Prince contra son arme, se retourna pour parer un autre assaut, en esquiva un troisième. Il reçut un coup de pied, fit un pas en arrière et sentit soudain les créneaux dans son dos.
Quatre adversaires, c’était trop. Il ne pourrait jamais les vaincre.
Alexandre se préparait à défendre chèrement sa vie quand une armure noire familière surgit à son côté. Un bras gainé de métal se leva devant lui, une lame étincelante se dressa pour le protéger.
Namâric.
![]()
"conscient"
Manque un "s"
"Les premiers Elfes firent à cent mètres de la muraille"
Le verbe ne convient pas.
"sans lui laisser la moindre chance de réagir. Sans lui laisser la moindre chance de comprendre"
Répétition bien lourde.
A part ces quelques coquilles, c´est génial. Le combat est décrit avec une maestria...pis t´arrives à nous garder en haleine durant toutes ces pages, chapeau. ![]()
Vivement Jeudi. ![]()
Au fait, pourquoi on entend quasiment pas parler des Trolls durant le combat?
"firent halte à cent mètres"
Les Trolls entreront en scène Jeudi.
Merci.
les trolls arrivent ...
Sinon pk il utilise pas les bracelets ?
Pk Namaric ne le laissent-il pas crever par "accident" ?
Les elfes avaient besoin de l´oeil de Kashnir pour utiliser leurs pouvoirs hors de leur ville ?
C´est quand jeudi ?
Depuis le début de la Cathédrale, Alexandre a décidé de ne pas se servir des Bracelets en public. Pour ne pas attirer l´attention.
Namâric n´a pas encore reçu d´ordre formel de passer à l´action, donc il continue de protéger Alex. Hypocrite, mais logique de sa part.
chris==>C´est pas qu´ils avaient besoin de l´oeil (´fin j´pense), c´est juste que Thenetos n´est pas un Elfe, donc il n´a pas besoin de se trouver en Alméra pour utiliser sa magie. (une autre théorie serait celle d´Onorius, mais je ne pense pas qu´il en vienne jusque-là quand même)
En parlant d´Alméra...t´as oublié la Horde ou tu nous réserves une p´tite surprise à un moment clé, ou encore tu n´en parleras pas?
(enfin réflexions qui peuvent amener à un spoiler^^)
Pour Namâric, je pense que de toute façon il n´exécutera pas les ordres.
D´un point de vue scénaristique, il n´en a pas réellement envie et je suis sûr qu´une autre raison viendra s´y ajouter.
D´un point de vue technique, tu as dit que Namâric serait un personnage important dans la suite de l´histoire, or s´il affronte Alexandre, comme celui-ci doit nécessairement survivre pour la suite et qu´il ne tolèrera pas un traître dans ses rangs ben...
Fin du
Vivement Jeudi encore une fois.
Encore plus si on verra les pitits Trolls. ![]()