Aha, j´ai la réponse à cette question : demain.
KaiM a en effet décidé depuis...euh, une/deux semaines je sais plus, de poster une suite tous les deux jours, pour notre plus grand bonheur. ![]()
Arf!!!
Me voila contraint pour la première fois...
... D´attendre la suite!!! :S
(Toujours aussi bien, rien a redire )
Tant que j´y pense et que j´ai du temps, je voulais te demander, Kaim, s´il serait possible que tu nous montres une carte de ton monde pour qu´on puisse mieux voir comment sont les différents pays ?
Je dis ça car maintenant que l´action est éparpillée partout dans le monde, il serait plus facile de suivre sur une carte, car en dépit des descriptions précises que tu fournis, parfois j´ai du mal à ´mimaginer comment tout cela est fichu ...
Voili voilou ... ![]()
Arf, faut déjà être bon en dessein, pour ça XD Moi, perso, je suis une loque :p
1) Je suis nul en dessin.
2) Même si j´arrivais à faire une carte, je n´ai pas la moindre idée de comment la mettre en ligne après l´avoir scannée. Je suppose que ça doit être très simple, mais je suis totalement ignorant dans ce domaine. Si quelqu´un pouvait m´expliquer comment faire... (et dans la foulée, me renseigner aussi sur la manière de mettre un document Word en ligne, histoire de faciliter les impressions)
3) Ah non ! L´histoire n´est pas éparpillée dans le monde entier, simplement dans Dümra et Alméra, deux pays d´un continent lui-même paumé au nord-est d´un monde beaucoup plus vaste.
Voilà.
Ha, la mise en ligne et programmation, c´est mon domaine.
Pour une image, il te suffit de l´héberger ici : www.imageshack.us
Pour le document WORD, il te faut un hébergeur. Après, il te suffira d´uploader le fichier sur l´hébergeur.
Si tu veux, je peux te le faire, par exemple sur mon FTP wanadoo, et tu prendras une redirection gratuite pour pointer sur le fichier ;)
Si tu veux, tu peux me contacter via mon adresse MSN dans mon profil ;)
D´accord, je te contacterai quand j´aurai les documents.
Arf, j´ai oublié de préciser que sinon, j´ai un autre FTP, ce qui te fera une adresse du genre : www.meskadia.com/autres/ton_doc.doc et bien sûr, tu pourras également prendre une redirection. De toute façon, le FTP n´a pas trop d´importance ;)
Kaim, je m´y connais bien en informatique mais surtout en dessin. Si tu veux, tu m´envoies un brouillon de ta carte, fait sur Paint à la limite, avec 2-3 explications des royaumes et je te ferais un carte extrèmement précise.
Là, je ne suis pas chez moi donc je ne peux pas te montrer mais ce soir je donnerai un lien avec un carte que j´ai fait pour une histoire pour te donner un exmple de ce que je peux faire.
Masi bien sûr, si tu préfères que Le Conseiller s´en occupe je te laisserais faire.
Nan, moi, niveau dessin, je suis nul, c´est niveau diffusion que je peux l´aider ;)
On verra. Faut que j´y réfléchisse. La suite, au fait :
Les flammes léchaient les fines sculpures des bâtiments, dansaient dans les charpentes et dévoraient les cadavres jetés dans le brasier.
Cette ville ne serait bientôt plus qu’un mauvais souvenir.
Les Orks allaient de maison en maison, dérobant tous les objets de valeur avant de bouter le feu aux bâtisses et de rassembler leur butin au sud de la ville, dans des chariots prêts au départ. Ils ne faisaient aucun prisonnier : les Elfes étaient trop dangereux pour qu’on les laisse vivre.
Hoktar observait la scène d’un oeil appréciateur.
Depuis plusieurs jours, la horde ravageait Alméra, pillant les villages, écrasant les innombrables forêts, éliminant toute résistance, ne laissant dans son sillage que des cendres et des ruines. Sa mobilité lui permettait d’échapper à chaque tentative de riposte, et la rapprochait chaque jour de son objectif principal : Alkarion, capitale du pays elfique.
En combat rapproché, les Elfes ne pouvaient faire face très longtemsp aux Orks. Ils combattaient le plus souvent à un contre dix, un rapport de force qui rendait inutiles l’agilité et la vivacité : où qu’ils bondissent, les Elfes se retrouvaient opposés à trop d’épées pour pouvoir placer leurs redoutables coups de poignards. Quant à leurs arcs, leur précision ne pouvait rivaliser avec la puissance des arbalètes orks.
La magie restait le seul véritable problème. Quand ils se postaient en embuscade, les elfes avaient tout le temps de construire des sortilèges dévastateurs qui submergeaient rapidement les rangs de leurs adversaires. La horde avait déjà perdu mille guerriers dans cette invasion, la plupart à cause de la magie elfique. Il fallait à tout prix inventer une parade.
Hoktar réfléchissait moyens de contrer les sortilèges. Chez les Orks, seuls les rares chamans possédaient le pouvoir d’invoquer les esprits, l’unique forme de magie dont disposait la horde. Il n’y avait qu’un chaman par clan, bien trop peu pour lutter contre un peuple dont chaque membre était un sorcier !
Un guerrier s’approcha d’Hoktar.
- Le général Borkas vous demande, capitaine.
Hoktar hocha la tête et emboîta le pas au messager. Un conseil de guerre se tenait sous la tente du chef, plantée dans une clairière à l’est de la ville. Hoktar se doutait bien qu’on finirait par le faire venir.
Les deux Orks empruntèrent une route bordée d’arbres pour gagner la clairière, avant de serpenter entre les tentes pour rejoindre celle de Borkas. Le messager s’arrêta devant la porte tandis qu’Hoktar écartait la bâche pour entrer.
Les chefs de clan l’attendaient à l’intérieur, assis sur des sièges de bois diposés en cercle autour d’une carte d’Alméra. En l’apercevant, Borkas se leva de son trône.
- Ah, Hoktar ! Nous n’attendions plus que toi !
Le capitaine salua son général et alla s’asseoir sur la chaise qu’un autre chef lui indiquait.
- Kadars, résume-lui la situation, ordonna Borkas.
Un Ork trapu, avec un oeil plus gros que l‘autre, vêtu d’habits elfiques probablement volés quelques heures auparavant, prit la parole d’un ton doctoral.
- Nous avançons vite. Notre tactique fonctionne. Nous abattons tous ceux qui nous résistent, et finalement les forêts ne gênent pas beaucoup notre progression. Cependant, les Elfes se rassemblent. La plupart d’entre eux sont partis guerroyer en Dümra, ce qui leur ne leur laisse que mille soldats pour défendre leur royaume. Mais mille soldats maîtrisant la magie, ce n’est pas rien.
- Où sont-ils en ce moment ? interrogea Hoktar.
- D’après nos éclaireurs, ils se regroupent à Alkarion. Ils ne tarderont pas à lancer une offensive.
- Et Itraïr ?
Borkas le rassura.
- Nous n’avons pas encore reçu le signal de Zortas. Donc Itraïr est toujours en Dümra. A mon avis, il ne doit pas nous considérer comme une menace sérieuse. Il pense que l’attaque d’Alkarion nous sera fatale.
Hoktar haussa un sourcil.
- L’attaque d’Alkarion ? répéta-t-il.
- C’est exact, répondit Kadars. Pour mater ces Elfes, il faut leur porter un coup à la tête. Battons leur armée, prenons leur capitale, et nous aurons gagné la guerre.
- Mais vous venez de dire qu’ils avaient mille...
- Mille magiciens, intervint Borkas. Nous ne pouvons pas les vaincre. En revanche, nous pouvons aisément écraser mille combattants.
Hoktar adopta un air égaré.
- J’ai peur de ne pas vous suivre.
Borkas esquissa un sourire.
- C’est normal. Laissez donc Argonak vous expliquer.
Un Ork maigre à la peau très pâle, drapé dans un manteau rouge sang et muni d’un long bâton recourbé, sortit de l’ombre qui couvrait le fond de la tente.
« Le chaman du clan de Borkas » songea Hoktar.
Argonak avança lentement, s’appuyant sur son bâton comme s’il craignait à tout instant de tomber. Puis il se dressa de toute sa hauteur pour déclarer d’une voix grave et fantomatique :
- Aujourd’hui, nous relevons un défi ! Les esprits de nos ancêtres nous accompagnent dans ce combat, et les...
- Oublie les effets de style, l’interrompit Borkas, et viens-en au fait.
Un peu vexé, le chaman reprit la parole d’une voix normale :
- L’interrogatoire d’un de nos rares prisonniers (Hoktar essaya de ne pas penser aux pratiques qui se dissimulaient derrière le mot « interrogatoire ». ) nous a fourni une information capitale : l’explication de la magie elfique.
Il laissa planer le mystère un instant puis poursuivit :
- Si les Elfes ne peuvent pas jeter de sorts loin d’Alméra, c’est parce que leur magie provient d’une source située au coeur d’Alkarion. Un cristal, pour être exact. Il se trouve au sommet d’une pyramide bâtie au milieu de la capitale, et dégage une aura de pouvoir qui fournit à tous les Elfes l’énergie nécessaire à la magie. Plus ils sont près du cristal, plus leur puissance est grande. Et plus s’ils s’en éloignent trop, ils perdent tous leurs pouvoirs.
Hoktar commençait à comprendre.
- D’où vient ce cristal ? demanda-t-il.
- Notre prisonnier ne le savait pas, répondit Argonak. Mais il nous a appris que le cristal est remplacé tous les ans, car son pouvoir diminue au cours du temps. On peut donc imaginer que les Elfes ont conçu un cycle parfait : ils se procurent chaque année un cristal qui vient remplacer le précédent, trop faible pour rester efficace.
- Pourquoi n’en prennent-ils pas deux ? Ils pourraient en emmener un pour leurs campagnes.
- Je l’ignore. Peut-être qu’ils ne peuvent pas en obtenir deux. Peut-être qu’ils faut une année entière pour en fabriquer un, peut-être qu’ils se forment naturellement dans une mine au rythme d’un par an, peut-être que quelqu’un les leur fournit... Ca n’a guère d’immportance. L’essentiel est que sans ce cristal, les Elfes seront impuissants face à nos troupes.
Hoktar réfléchit un instant.
- Donc, si je comprends bien, notre but est de...
- ... détruire ce cristal, acheva Borkas. Avant la rencontre de nos deux armées, un petit groupe se chargera d’infiltrer Alkarion pour parvenir au sommet de la pyramide et briser cette pierre.
- Mais c’est du suicide ! s’exclama Hoktar. Tous les Elfes disposent de pouvoirs magiques ! Nos hommes seront réduits en cendres avant même d’atteindre le pied de la pyramide !
Argonak toussota. Hoktar se tourna vers lui.
- Evidemment, déclara le chaman, l’idéal serait de s’approcher sans se faire repérer. Mais les elfes ont des sentinelles partout. Aussi vais-je, avec l’aide de mes confrères, construire un bouclier.
- Un bouclier ?
- Il protégera l’escouade pendant quelques minutes avant de céder. Il faudra traverser Alkarion en un temps record, mais c’est réalisable.
Hoktar se leva.
- Laissez-moi m’assurer que j’ai bien compris : nous jouons le sort de cette invasion sur une mission suicide, en demandant à une poignée de guerriers de pénétrer au coeur de la capitale ennemie, simplement protégés par un écran magique ?
- C’est exact, répondit Borkas.
- Et les gardes ?
- Les gardes ?
- Il doit bien y avoir des sentinelles au sommet de la pyramide. Et aussi près du cristal, leur pouvoir doit être énorme !
Argonak sourit.
- En effet. Tellement énorme qu’ils ne peuvent s’en servir, sous peine d’exploser au moment de libérer la magie. Mais tu as raison sur un point : il y aura des gardes. Ce qui nous amène à la raison de ta présence...
Hoktar se raidit. Pourquoi donc avait-on besoin de lui ?
Borkas continua sur la lancée de son chaman.
- Pour commander cette opération, il nous faudra un guerrier expérimenté, habitué à combattre les Elfes et qui, de préférence, aurait déjà mené une guerre contre eux. Tu vois quelqu’un ?
Hoktar ne réfléchit pas très longtemps. Un nom s’était déjà imposer à son esprit.
- J’ai celui qu’il vous faut.
Namâric avait réuni tous ses Paladins autour d’une table de chêne, où s’étalaient les plans du Palais Royal et de chaque étage du donjon. Remplir cette mission lui était pénible. Très pénible.
Il avait tourné et retourné le problème pendant des heures, cherché un compromis, envisagé des dizaines de solutions plus bancales les unes que les autres, pour finalement prendre sa décision.
Il n’avait pas le droit de désobéir aux intructions de l’Ordre.
Alexandre mourrait.
De nouvelles instructions avaient été communiquées par Branial. L’Ordre souhaitait se débarrasser du Prince, mais pas renoncer à son alliance avec Dümra. Il devenait donc impératif que personne ne découvre jamais le rôle des Paladins Noirs dans cet assassinat.
Ce qui compliquait singulièrement la tâche.
Il était en effet très simple de rendre visite à Alexandre, de l’égorger et de repartir en se frayant un chemin au milieu des gardes du Palais. En revanche, éliminer le Prince sans se faire repérer relevait de l’exploit. Tirant les leçons de l’attentat contre son père, Alexandre se faisait accompagner en toutes circonstances d’une solide garde personnelle. Des sorts magiques l’enveloppaient en permanence, prêts à arrêter les projectiles qu’on pourrait lancer contre lui. Et deux goûteurs vérifiaient la totalité de ses plats et boissons. Pour l’abattre, il faudrait donc agir de nuit, le surprendre pendant son sommeil.
Seulement, le Prince avait également fait condamner les fenêtres de sa chambre, et posté des sentinelles dans tout le donjon. Les oiseaux des Paladins, menés par Frid, avaient silloné le Palais en relevant les horaires des rondes, les itinéraires des patrouilles, les nombres de gardes, pour conclure enfin qu’il avaient affaire à un dispositif de sécurité exemplaire.
N’importe quel assassin y aurait vu un problème sans solution.
Namâric y voyait un défi.
- J’ai un plan, annonça-t-il à ses hommes.
Sven le regarda avec des yeux ronds.
- Un plan ? Vous avez trouvé un moyen de forcer une défense pareille ?
- En effet.
A cette dernière phrase succéda un temps de silence. Namâric considéra longuement ses Paladins avant de poursuivre.
- J’ai un plan. Un plan précis, minuté à la seconde près. Chacun d’entre nous aura son rôle à jouer. Vous n’aurez pas droit à l’erreur. Un tir manqué, une vitesse mal estimée, un faux pas dans un corps à corps, et toute l’opération s’effondre. Sans qu’on puisse la rattraper. Est-ce clair ?
Les huit Paladins acquiescèrent de la tête.
- Parfait. Je vais vous détailler vos instructions. Mais avant cela, laissez-moi vous rappeler une chose : nous ne devons pas être démasqué. En conséquences, nous n’épargnerons personne. Les gardes qui nous croiseront devront mourir. Il n’y a pas d’états d’âme à avoir.
Nouveaux signes de tête approbateurs. Namâric posa l’index sur un plan du donjon, à l’emplacement de la tour est.
- L’opération commencera là. Ce soir, à minuit, nous frapperons.
- J’ai examiné ce cercle de pierres avant de partir.
- Ah ?
Artus et Adrien chevauchaient vers Ganor pour informer le prieuré de l’attaque des Singes. Après un tel désastre, il n’était plus question de poursuivre les travaux, aussi le magicien et son élève regagnaient-ils le monastère pour informer le prieur Liffip des récents événements. Le trajet s’était fait dans un silence pesant puis, alors que la ville était en vue et que le soleil colorait le ciel de rouge et d’orange, Artus avait décidé de parler.
- Tu m’as bien dit que, lorsque tu t’es trouvé dans ce cercle, tu as pu faire usage de tes pouvoirs sans difficulté, sans te heurter à cette barrière qui d’habitude t’empêche de construire tes sorts, n’est-ce pas ?
- C’est bien ça. Alors ?
- C’est là que ça devient étrange. Ce cercle de pierres est une relique de temps anciens. Mille ans, je dirais. A cette époque, les peuples qui vivaient dans la région étaient guidés par des druides, supposés sages et avisés. Ces druides avaient coutumes de méditer à l’écart du monde, dans des lieux d’isolement.
- Et ?
Artus se replongea une dernière fois dans ses pensées, comme pour s’assurer qu’il ne faisait pas erreur.
- C’est là que ça devient intéressant. L’endroit que tu as découvert constitue l’un de ces lieux d’isolement. Ces pierres sont enchantées. Quiconque s’y place est aussitôt coupé du monde, totalement détaché de l’extérieur. Or, cette particularité vaut aussi pour la magie. Dans ce cercle, il est impossible de recourir à l’énergie qui circule dans l’air, on ne peut utiliser que la sienne. De même, et c’est le point essentiel, aucun sort ne peut te parvenir.
- Je ne comprends pas...
Artus soupira.
- Ca me paraît pourtant évident. D’ordinaire, quelque chose t’empêche de pratiquer la magie. Si tu te place dans un lieu qui te coupe de l’extérieur, tu peux libérer tes pouvoirs. Donc...
- Donc il y a quelque chose, à l’extérieur, qui m’empêche d’utiliser la magie, conclut Adrien. Un sort qui agit sur moi à distance.
- Je vois que tu as compris. A mon avis, il s’agit d’une barrière qui limite tes pouvoirs et t’empêche d’atteindre un niveau élevé, mais que tu peux néanmoins forcer quand tu es en danger.
Adrien restait perplexe.
- Mais qui aurait fait ça ? s’étonna-t-il.
- Quelqu’un qui aurait découvert tes pouvoirs il y a longtemps, et qui aurait choisi de t’empêcher de faire trop de dégâts avec. Savoir de qui il s’agit n’a guère dimportance, Adrien. Ce qui compte, c’est de découvrir d’où ce sort agit, et comment le neutraliser. Alors seulement, tu deviendras le grand mage qui est enfoui en toi.
Adrien ne répondit pas. Un malaise le tenaillait, comme si, soudain, des forces qui le dépassaient venaient de converger vers lui.
Minuit sonna au clocher de la tour est.
Une ombre silencieuse, tapie là depuis des heures, se laissa tomber sur le rempart, trois mètres derrière une sentinelle. Elle avança furtivement vers le garde, porta la main à sa ceinture tandis que l’autre se tendait vers le cou de sa proie. Un poignard jaillit de son fourreau et se glissa par-dessus l’épaule du soldat. Son hoquet de surprise fut couvert par le septième coup de la cloche. Le corps de l’homme se fit lourd, s’affaissa dans les bras de l’assassin.
Namâric le laissa choir et poursuivit sa route.
Le chemin qu’il avait choisi était le meilleur. Passer par la base du bâtiment présentait trop d’obstacles, trop de risques. A priori, c’était pourtant le seul moyen d’y accéder : le donjon se dressait au centre de la cour, imposant et austère, surplombant de très haut les constructions qui le jouxtaient ainsi que les ailes du Palais.
Mais il restait la voie des airs. Ou plutôt, la voie des cordes.
Depuis les remparts du Palais, il était possible de tendre des câbles vers les murs du donjon our s’introduire dans la place, en se laissant simplement glisser.
Ce qui impliquait au préalable un « nettoyage » des remparts.
Namâric disposait d’une excellente vision nocturne. Malgré les nuages et la noirceur du ciel, il aperçut Oredin, de l’autre côté du Palais, plongé dans cette tâche délicate qu’était l’étranglement furtif. Cinquante mètre devant Namâric, Phallonn retirait son poignard de la nuque d’une sentinelle tandis qu’au sommet de la tour nord-ouest, Sven déposait délicatement les corps inertes de deux autres soldats.
Tout se déroulait comme prévu.
Poursuivant sa route, Namâric se saisit de son arc. Pour cette mission, il ne possédait que des flèches elfiques, afin de brouiller les pistes. Il encocha un trait, visa et tira. Un homme qui montait la garde au pied de la tour nord-est s’écroula subitement, fauché par surprise. Un autre, posté sur le toit, connut le même sort une seconde plus tard. Un troisième, alerté par le léger bruit de chute, sortit de la tour par une porte au niveau du rempart. Il marqua un temps d’arrêt devant le cadavre étendu à ses pieds, le contemplant d’un air stupéfait. Il se ressaisit alors qu’un nouveau sifflement fendait l’air. Une flèche se ficha dans le front du soldat qui bascula en arrière.
Namâric entra dans la tour, lança son couteau sans un regard. Le quatrième g arde, debout de l’autre côté de la pièce, périt sans comprendre ce qui lui arrivait. Namâric rassembla les corps puis s’approcha d’une trappe et la verrouilla, condamnant l’escalier qui menait au pied de la tour. Il récupéra son couteau, l’essuya avec soin et quitta les lieux. Toujours sans le moindre bruit.
Il lâcha aussitôt une flèche sur sa droite. A cent mètres de là, un homme s’écroula en lâchant l’épée qu’il brandissait vers Korial. Le Paladin acheva ses deux autres adversaires et se mit à courir vers un troisième, un instant distrait par une faible lumière en haut de la tour sud. Ces événements ne relevaient en rien de la chance ou du hasard. Ils étaient calculés d’avance.
Namâric prit un nouveau garde par surprise et l’occit en silence. Sans perdre de temps, il alluma une torche et l’agita selon des gestes précis. Un signal périodique pour les gardes postés au sommet du donjon, leur indiquant que tout allait bien. Namâric savait l’illusion parfaite : en pleine nuit, il était impossible de distinguer ce qui se passait sur les remparts. Seuls les signaux lumineux permettaient de communiquer. Et nul ne pouvait voir qui maniait réellement les torches.
Le dernier garde tomba sous l’épée de Jenk. Les Paladins s’immobilisèrent une seconde, puis levèrent leurs arcs et tendirent les cordes.
Trois salves de flèches fusèrent, très rapprochées.
En haut du donjon, toutes les sentinelles s’effondrèrent.
Le temps était compté, à présent. Les gardes des remparts seraient relevés dans une demi-heure, ceux du donjon après trente minutes supplémentaires.
Imité par ses hommes, Namâric choisit une flèche plus lourde que les autres, avec un grappin en guise de pointe. Il fixa à l’autre extrémité la corde qu’il portait dans le dos. Après quoi il banda son arc, visa une fenêtre du donjon et ouvrit les doigts.
Le grappin fendit l’air tandis que le corde se déroulait à sa suite. Il traversa l’ouverture et retomba dans un couloir. Puis le câble se tendit et les griffes du grappin crochetèrent le rebord de la fenêtre.
Namâric attacha l’autre bout de la corde à un créneau, décrocha un pulie de sa ceinture et la passa sur le câble. Puis il sauta du rempart et se laissa glisser vers le donjon. De chaque côté du bâtiment, ses hommes faisaient de même.
Namâric avait longuement étudié les horaires des rondes avant de chosir ces fenêtres. Il avait une minute devant lui.
La moitié de ce temps lui suffit pour atteindre le donjon, se hisser par l’ouverture et prendre pied dans le couloir. Il encocha une flèche à tranchet et la tira vers le rempart. Il y eut un léger choc, et la corde tomba, coupée au niveau du noeud.
Namâric la remonta avant qu’elle ne touche le sol de la cour et la remit en place, enroulée autour de son épaule.
Il ne lui restait que cinq secondes.
Namâric entendit un bruit de pas à l’angle du couloir. Il marcha dans cette direction, ouvrit la troisième porte à sa gauche, pénétra dans une chambre inoccupée et referma le battant.
Une patrouille passa dans le couloir, leur conversation animée accompagnée des chocs réguliers de leurs fourreaux contre leurs jambes. Namâric compta une minute et treize secondes. Puis il ressortit et s’engagea dans un corridor qui menait vers le centre du donjon.
Il gardait son arc à la main et son couteau à portée. Les horaires des gardes étaient fixes, mais il n’était pas à l’abri du retard innopportun d’une patrouille ou d’une commande urgente qui contraindrait un ser viteur à croiser la route du Paladin. Dans ce cas, il faudrait réagir très vite.
Namâric parvint à un intersection. Un garde arrivait sur la droite, encore hors de vue. Derrière le Paladin, une nouvelle patrouille approchait.
Namâric attendit patiemment, sans inquiétude. Quand l’homme à droite parvint à sa hauteur, le Paladin bondit. Il passa au-dessus du garde, retomba de l’autre côté et s’abrita derrière une armoire. L’homme, attiré par le début du mouvement, se tourna vers sa gauche. Au même instant, la patrouille déboucha dans le couloir.
- Ah, c’était vous.
Tous poursuivirent leur chemin. Namâric les laissa s’éloigner, puis se dirigea vers un escalier en spirale.
Il monta de cinq étages, atteignit un nouveau couloir. Deux hommes auraient dû le traverser à ce moment. Mais Korial les avait éliminés une minute auparavant. Namâric prit à droite puis encore à droite, croisa un homme dont il se défit sans ralentir et dont il cacha le corps dans un coffre, puis gagna un autre escalier déjà dégagé par Oredin. Namâric gravit les marches, se digigea vers un autre corridor.
Une patrouille de trois hommes l’aperçut. Namâric ne leur prêta aucune attention : dans quelques secondes, ils seraient morts.
Jens surgit d’un angle et se jeta sur eux, l’épée haute. Les bruits de lutte ne durèrent pas.
Namâric emprunta encore un escalier, minuscule cette fois et rejoignit Phallonn après quelques minutes. Ils se trouvaient dans l’un des plus hauts étages, juste au-dessus des appartements royaux. Passer par la grande porte n’était envisageable. Trop de gardes.
Namâric et Phallonn se dirigèrent vers une salle au plancher endommagé. En silence, ils dégagèrent un large trou dans le bois. Namâric s’y glissa. Seul.
L’opération touchait à son terme. Le passage menait à un couloir des appartements royaux, tout proche de la chambre du Prince. Namâric avait décidé d’éliminer lui-même Alexandre. Cela lui semblait nécessaire. Trahir son ami était déjà assez difficile, inutile de se déshonorer en envoyant un de ses hommes s’acquitter de cette tâche. Il devait agir en personne. Une marque de respect.
Namâric se dissimula encore une fois pour éviter une patrouille avant de faire un petit détour. Il parvint enfin dans le couloir qu’il cherchait.
Quatre hommes monataient la garde devant la chambre d’Alexandre. Namâric s’approcha calmement d’eux.
- Tiens ? fit le plus grand. Qu’est-ce qui vous amène par ici, Paladin ?
Namâric se débarassa des gardes en moins de temps qu’il ne lui aurait fallu pour répondre. Le tranchant de sa main gauche enfonça la trachée du plus proche, son coude droit frappa un second au menton tandis que son pied s’élançait pour percuter le ventre d’un troisième.
Le quatrième garde était le seul encore capable de réagir. Namâric le saisit au coup d’une clef impitoyable. La tête du soldat bascula sur le côté avec un craquement sinistre. Le Paladin lui arracha son épée et se retourna vers les autres.
La lame trancha la jugulaire du premier, s’abaissa pour se planter dans le coeur du suivant avant d’en ressortir et de s’engouffrer dans la bouche ouverte du dernier. Un torrent de sang bouillonna. Namâric lâcha l’épée du soldat et dégaina la sienne. Puis il poussa la porte de la chambre.
Ce qu’il découvrit le prit complètement au dépourvu.
Alexandre se tenait au centre de la pièce, glaive à la main, sourire aux lèvres.
- Bonsoir, Paladin. Je vous attendais.
Après avoir aidé Namâric à descendre à l’étage inférieur, Phallonn repartit en dans les couloirs, en direction d’une fenêtre d’où il pourrait s’enfuir. Il se sentait satisfait. Le plan fonctionnait à merveille, le Prince Alexandre serait bientôt mort. Et lui, Phallonn, en avait fini avec cette dangereuse opération. Sa fuite ne devrait pas poser de problème.
C’est ce qu’il croyait.
Il se trompait.
Quand il parvint à la fenêtre, il eut un instant de surprise devant les solides barreaux de métal qui l’obstruaient, lui barrant le passage. Que se passait-il ? Pourquoi avoir condamné cette ouverture ?
Le Paladin tira son poignard et s’approcha lentement de la fenêtre pour constater que les barreaux avaient été posés très récemment. A peine quelques heures auparavant.
En organisateur hors pair, Namâric avait conçu un plan de secours. Phallonn se mit à courir, aussi vite qu’il le put, vers une autre sortie.
Il n’aperçut qu’au dernier moment la hallebarde qui s’abattait sur lui depuis l’angle d’un couloir. Il l’esquiva de justesse, s’éloigna prestement, brandit son poignard et décrocha sa courte hache.
Huit soldats en armes lui faisaient face, le visage tendu, le regard animé de la volonté de tuer.
- Allez-y aboya un officier.
Phallonn se porta à leur rencontre, frappant de sa hache et de son poignard. Un homme tomba, raide mort, tandis qu’un autre reculait en pressant ses mains sur une blessure à la taille. Le Paladin dégagea ses lames, lança un coup de pied circulaire qui projeta un de ses adversaires au sol, plaça une nouvelle attaque...
La pointe d’une épée sortit violemment de sa poitrine. Phallonn essaya de se retourner, mais le garde qui l’avait embroché le maintenait fermement. Le Paladin sentit ses forces l’abandonner. En un geste dérisoire, il leva son poignard pour intercepter une hallebarde lancée contre sa tête.
Phallonn mourut en comprenant qu’il n’avait pas seulement joué de malchance.
![]()
rha, j´adore, c´est trop bien ! J´aimerai trop avoir la suite tout de suite xD Dire qu´il va falloir attendre vendredi :p On peut pas avoir un ptit bonus ?
![]()
P´tain t´es un enfoiré KaiM, tu nous laisses en plein suspense! On peut avoir la suite directement demain pour une fois?
Pleeeeeeeeaaaaaaaaaseeeeeeeeeeee! :faitpitié: :supplie:
Bon, sinon, les fautes de frappe du jour :
"leur ne leur laisse"
"ser viteur" (euh pas sûr de c´ui là, je sais juste qu´il est coupé avec un espace^^)
"g arde"
J´espère que t´as une bonne explication pour comment Alexandre a su.
Le prochain chapitre sera probablement excellent....hum, j´ai hâte. ![]()
Vivement Vendrediiiiiiiiiiiiiii! (même si ça signifiera que la moitié de mes vacances sera déjà passée^^)
Argh ! Génial.
J´ai remarqué deux autres erreurs :
"Hoktar réfléchissait moyens de contrer" et "pulie"
Et puis... Vivement vendredi. ^^
Bien, un bon chapitre même s´il ne se passe pas grand chose. Le mystère persiste ... comment Alexandre étai-il au courant ? Enfin bref, j´ai hâte de voir le combat ...
A propos de la carte, voici un exemple de ce que je peux faire :
http://img441.imageshack.ck.us/my.php?image=empi9uj.gif
C´est un empire d´une histoire. Si ça te dis, envoie moi toute la dic et je te ferai une carte dans ce genre. ![]()
niaf! excellentissime, et que dire, j´adore cette scène nocturne, çaz me fait penser à spinter cell ![]()
Parfosi j´ai presque envie de tout relire pour savoir combien de bonhommes chacun a tué depuis le début du cycle ... ![]()
Chapitre toujours aussi passionnant! Encore une fois, tu finis en plein suspense!!! Appart quelque mot en trop, quelques fautes que´Az a relever, ton texte est toujours aussi fluide
Le lire me désaltère
Ostra> C´est aussi ca la fantasy ![]()
Je ne serai pas la demain, donc je décale mon rythme. Bonne lecture.
En temps normal, Namâric n’aurait pas hésité.
Il se serait jeté sur Alexandre, aurait feinté à sa droite avant de lui trancher la gorge par la gauche. Quelques éléments subtils le dissuadaient pourtant d’agir de la sorte.
Par exemple, Alexandre se tenait en garde. Une garde parfaite, sans faille ni faiblesse, les yeux froids et concentrés, son glaive pointé devant lui d’une main sûre, ses appuis parfaitement ajustés. Prêt à se détendre comme un tigre bondissant sur sa proie. Namâric connaissait suffisamment le Prince pour savoir qu’il n’était pas le genre d’adversaire dont on se débarrassait sans mal.
Parmi les autres détails qui engendraient le doute chez le Paladin Noir, la pointe d’acier qu’il sentait sur sa nuque figurait en bonne place. Elle s’était glissée entre son casque et la plus haute plaque dorsale de son armure, à l’endroit précis où elle pouvait le transpercer sans mal. Namâric entendait des respirations régulières derrière lui. Une dizaine d’hommes, au moins.
Alexandre l’observa un long moment avant de lui adresser la parole :
- Je vous en prie, entrez. Approchez.
Namâric avança vers le Prince, à petit pas, avec une lenteur calculée.
Alexandre, d’un léger signe de tête, lui désigna la fenêtre murée. Namâric s’y dirigea sans quitter le Prince des yeux, puis risqua un regard vers la porte.
Dix soldats pénétraient dans la chambre et se plaçaient en formation. Des hommes vêtus de cottes de mailles sombres et de manteaux colorés, armés de longues lances et de fines épées qui scintillaient dans les flammes des bougies. Une aura de puissance émanait de chacun d’eux, ne laissant aucun doute quant à leur identité. C’étaient des Mages de Combat.
- La sagesse aurait voulu que je vous fasse tuer sur-le-champ, déclara Alexandre. Mais je voulais vous laisser une chance de faire le bon choix.
- Quel choix ?
- Oubliez votre mission, Namâric. Passez de mon côté. Nous pourrions faire de grandes choses ensemble.
Le Paladin examina plus attentivement les gardes. Leur position ne trahissait aucun point faible. Ce ne seraient pas des adversaires facile.
- L’Ordre m’a enjoint de vous éliminer. Et c’est à lui que va mon allégeance.
Alexandre lui jeta un regard désolé.
- Il ne vous arrive jamais de désobéir ?
- Non. Essayez de me tuer si vous le voulez. Je me battrai et nous verrons qui l’emportera. Mais avant cela, j’aimerais quelques explications. Je comprends votre plan. Vous saviez que j’agirais ce soir, vous n’en avez pas informé vos gardes afin de me laisser entrer pour mieux me piéger. A l’heure qu’il est, je suppose que mes hommes sont déjà morts ou prisonniers.
- Leur vie dépend de votre décision, affirma Alexandre.
Namâric eut la conviction qu’il mentait. Une rage froide s’empara de lui quand il songea à ces huit Paladins qu’il avait menés à la mort. Il se contint toutefois et répondit calmement :
- Ce que j’aimerais savoir, c’est comment vous avez appris que je comptais vous assasiner, et comment vous avez su que j’attaquerais aujourd’hui.
Alexandre esquissa un sourire.
- Je savais bien plus que cela. Je connaissais les moindres détails de votre plan. Vous vous souvenez de ce que je vous avais dit après l’épisode du château de Bardok ? Qu’un traître se cachait dans vos rangs ? C’est lui qui m’a averti de vos intentions.
Sous son casque, le visage de Namâric se raidit.
- Vous vous êtes alliés aux Vzad’orû’bausns, siffla-t-il.
Alexandre hocha la tête.
- Thenetos de Vordal, les Chevaliers Blancs... C’est fou, le nombre d’ennemis avec lesquels j’ai su enterrer mes différends pour lutter contre d’autres dangers. Je suis plus flexible que vous, Namâric.
Le Paladin se tourna une nouvelle fois vers les Mages, cherchant en vain une trace d’uniforme blanc derrière eux.
- Comment se fait-il qu’ils ne soient pas ici ? interrogea-t-il.
- Je ne les ai pas encore rencontrés, expliqua Alexandre. Ils n’ont fait que me donner des renseignements. Demain, l’un de leurs officiers viendra me voir pour négocier un accord. Je peux lui offrir votre tête ou bien le renvoyer. C’est vous qui décidez.
- Traître, cracha Namâric.
Alexandre se permit un petit rire.
- C’est vous qui me dites ça ? Vous qui étiez prêt à me poignarder dans mon sommeil, prêt à renier notre amitié pour obéir aux ordres ? Excusez-moi, mais vous exagérez.
- C’est différent. Les instructions de l’Ordre ne sont pas contestables.
- Les décisions que je prends pour protéger ma vie ne le sont pas non plus, riposta le Prince.
Namâric resta silencieux une poignée de secondes, méditant sur ces paroles.
- Qu’est-ce qui les intéresse ? demanda-t-il ensuite. Les Vzad’orû’bausns, je veux dire.
- Ils servent Itraïr, répondit Alexandre. Mais ils sont prêts à m’aider aussi. Je pense qu’ils veulent surtout la victoire sur votre Ordre, et des moyens d’accroître leur pouvoir.
- Vous n’êtes qu’un pion entre leurs mains.
Namâric avait lancé cette réplique au hasard, pour gagner un peu de temps. Aussi fut-il surpris par la réaction d’Alexandre. Le Prince grimaça, un tic agita son viage, sa main gauche se crispa légèrement.
- Peut-être, admit-il. Tout comme Thenetos de Vordal ne cherche qu’à s’emparer de mes secrets, et non à m’aider dans cette guerre. Je suis entouré de comploteurs, mais ne vous inquiétez pas, je m’en tirerai. Maintenant, faites votre choix !
Mais Namâric avait une dernière question à poser.
- Qui m’a trahi ?
Sa voix était calme, mais on sentait la colère qui bouillonnait en lui. Alexandre fit un signe de la main. Les rangs des Mages s’ouvrirent, laissant passer un homme en armure noire. Un colosse armé d’un cimeterre.
Sven.
- Bonsoir, commandant.
Le géant paraissait très mal à l’aise. Namâric le toisa un instant, posant sur lui un regard glacial chargé de mépris à travers la visière de son casque.
- Pourquoi, Sven ? Qu’est-ce qui a pu te pousser à ça ? Un autre, j’aurais peut-être compris. Mais toi ?
- Je suis désolé, balbutia le colosse. Ils tenaient mes parents. Ils m’ont offert énormément d’or. Mais pendant les batailles, ajouta-t-il précipitamment, je me donnais à fond ! Comme ils ne pouvaient pas me reprocher de me battre à vos côtés, je me défoulais sur eux. Ils croyaient que c’était pour vous mettre en confiance ! Mais j’étais avec vous, je le jure !
Sur un ton plus bas, il acheva :
- Pardonnez-moi. Choisissez de rejoindre le Prince, je vous en supplie.
Namâric poussa un long soupir de céception.
Puis il agit.
Si vite que les Mages crurent rêver. Passant sans transition d’une immobilité totale à une effroyable rapidité, le Paladin se jeta sur Sven et frappa de son épée. En une infime fraction de seconde. Tel la foudre s’abattant sur une montagne.
Sven n’eut même pas le temps de cligner des yeux. Une fontaine de sang jaillit à la base de son cou, et il s’écroula comme une masse, mort avant d’avoir touché le sol.
Namâric se figea aussi soudainement qu’il s’était élancé. Il savait qu’il avait fait le bon choix. Sven avait trahi, il devait mourir. Il ne pouvait en être autrement.
- Je suppose que par cet acte, vous me signifiez votre refus, dit Alexandre. (Il se tourna vers ses hommes.) Tuez-le.
Dix mains se levèrent. Dix rayons de lumière fusèrent sur Namâric, puissants et meurtirers.
Ils n’eurent aucun effet.
Le Paladin ne tenta pas d’esquiver les tirs. Ils le touchèrent en pleine poitrine mais, au lieu de le rejeter au loin, il s’étalèrent sur son armure comme de l’huile versée sur un plat. Namâric tendit sa main gauche gantée d’argent. L’énergie courut le long de son bras, se concentra dans sa paume...
Un éclair jaillit de son gant et frappa un des Mages à la tête, brisant l’écran de protection qu’il avait érigé en hâte.
- Vos informations étaient incomplètes, déclara Namâric. Sven aurait dû vous dire que, pour me permettre de lutter contre vos Bracelets, l’Ordre m’avait nommé Karalor. Vous devez avoir une idée de ce que ça signifie...
Les Mages se tournèrent vers Alexandre, surpris. Namâric songea qu’il avait visé juste. La maîtrise des Bracelets d’Arzhan restait un secret que le Prince croyait être le seul à connaître. Sans doute n’en avait-il même pas parlé à son plus proche confident, Onorius de Finglä. Les Mages de Combat avaient donc de quoi s’étonner.
L’expression d’Alexandre se durcit davantage.
- Une armure de karalite, donc. Ce métal soit-disant imaginaire qui résiste à la magie. Alors comme ça, l’Ordre des Paladins Noirs le maîtrise... Intéressant... Et en plus, combiné à ce gant, il vous permet de retourner les sorts à leurs lanceurs. Vraiment très intéressant.
Les Mages restaient perplexes. Ils n’y comprenaient pas grand-chose.
- Aucune importance, dit finalement Alexandre. Utilisez vos armes.
Les neuf soldats se concertèrent du regard puis se ruèrent ensemble sur Namâric. Le Paladin attendit calmement.
Les Mages arrivèrent sur lui. Leurs lames s’abattirent dans un ensemble parfait...
... et ne déchirèrent que le vide. D’une formidable détente, Namâric s’était projeté au-dessus de leurs têtes. Son pied fusa, frappa un os frontal qui craqua sinistrement. L’homme s’effondra. Un de moins. Restaient huit.
Le Paladin retomba au sol, s’accroupit dans le même mouvement pour éviter un coup de lance et propulsa son épée en arrière, par-dessus son épaule. Sa lame perça une cotte de maille, s’enfonça dans l’abdomen d’un Mage et rejaillit dans son dos, écarlate.
Sept.
Le talon de Namâric bondit, percuta la tempe d’un homme qui s’apprêtait à le frapper. Le Paladin se redressa en portant la main à sa ceinture. Son couteau chuinta en quittant son fourreau. Siffla. Mordit une gorge.
Six.
Namâric esquiva l’attaque d’une rapière. Une autre ripa contre son armure, manquant de peu un interstice entre deux plaques. L’épée du Paladin s’extirpa enfin du corps de sa victime pour parer l’assaut d’une lance. La lame glissa sur la hampe, remonta le long du bras et plongea dans la chair. Un cri d’agonie s’éleva.
Cinq.
Namâric contra une nouvelle série de coups puissants, virevoltant au milieu de ses adversaires. Son couteau sectionna la carotide d’un homme, son épée trancha à moitié la tête d’un autre.
Trois.
L’un des Mages, en proie à la panique, recourut à son pouvoir. Une flèche de lumière atteignit Namâric à la tête, mais se répandit sur son casque. Le Paladin leva la main gauche. Une lame d’énergie apparut dans le prolongement de son gant et brilla une seconde avant de s’éteindre. Sa cotte de maille entaillée, sa peau brûlée de la hanche à l’épaule, un autre garde s’écroula.
Deux.
Namâric plongea au sol, passant de justesse sous l’épée d’un de ses derniers assaillants. Il toucha terre aux pieds du soldat, se retourna vivement et frappa vers le haut. Sa lame s’enfonça sous le menton du Mage, traversa son crâne et ressortit en éjectant son oeil droit.
Un.
Namâric se releva pour faire face au dernier de ses attaquants. Ebahi et horrifié par un tel carnage, le Mage hésita une seconde, maintenant sa lance levée au lieu de l’abattre. Sa gorge s’ouvrit sous l’épée du Paladin. D’abord lentement puis de plus en plus vite, l’homme bascula en arrière.
Zéro.
Les dix gardes du Prince gisaient à terre dans des postures diverses, au milieu d’une immense flaque de sang qui s’élargissait encore. Sans leur accorder un regard, Namâric rengaina son couteau, bondit sur la porte de la chambre, la claqua et donna deux tours de clé.
A sa grande surprise, il constata qu’Alexandre n’essayait pas de l’en empêcher.
- Je n’avais pas demandé plus d’hommes, déclara le Prince. Un trop grand nombre de gardes aurait diminué leur efficacité. D’autres vont venir, bien sûr, mais la porte est solide. Nous avons quelques minutes devant nous.
- Vous comptez toujours me convaincre de me rallier à vous ?
- Non. Simplement, je savais que cette querelle s’achèverait par un combat singulier. Entre nous deux. C’était inévitable.
Namâric avança vers lui, son épée brandie. A l’instant, le Paladin avait ferraillé avec une fulgurante rapidité. Les Mages de Combat, pourtant réputés pour leur science des armes, n’avaient pas eu le temps de parer ses attaques. Lui-même se demandait s’il y serait parvenu.
Cela aurait dû le mettre en confiance, mais ce n’était pas le cas.
Parce que le Prince Alexandre se battait exactement de la même manière. Namâric le connaissait depuis trop longtemps pour pouvoir ignorer ses talents.
- Je m’étonne que vous choisissiez de livrer ce duel, répondit le Paladin. Nous nous sommes déjà affrontés une fois. Je vous ai laissé gagner.
- J’ai changé, depuis.
Namâric ajusta ses appuis.
- Oui, vous avez changé. Et pas forcément en bien. Je me souviens du garçon que vous étiez à l’époque, et que je devais protéger au péril de ma vie. Vous manquiez encore de force et d’expérience, mais vous donniez déjà la mort avec froideur et méthode. Cependant, vous aviez encore une certaine fraîcheur, une certaine sympathie. Aujourd’hui, vous êtes devenu bien plus puissant. Et vous avez perdu ce qui vous restait d’innocence.
- Vous n’êtes plus le même non plus, répondit Alexandre. Votre impulsivité a disparu. Les quelques sentiments que vous laissiez paraître autrefois restent désormais confinés au plus profond de vous. A se demander si vous en éprouvez vraiment. En fin de compte, nous sommes pareils, tous les deux.
- Non. Pas tout à fait. Vous êtes bien plus brillant. A votre âge, je n’avais pas le centième de vos possibilités. Si vous n’aviez pas dû mourir, vous auriez pu devenir une légende.
- Je ne suis pas encore mort.
- C’est vrai.
Leurs yeux se rencontrèrent. Chacun soutint le regard de l’autre. Des voix retentirent derrière la porte.
- Combattons à armes égales, proposa Alexandre.
Il dégaina une poignée de dagues et les jeta au sol, ne conservant que son fidèle poignard à lame de serpent. En guise de réponse, Namâric défit les attaches de son casque pour le déposer sur le parquet. Il dégagea la crinière de cheveux noirs glissée dans son armure et la laissa retomber sur ses épaules, de part et d’autre de son pâle visage. Les pupilles de ses yeux rouges, soudain exposées à une plus forte lumière, se rétractèrent légèrement.
En temps normal, Namâric n’aurait jamais fait une telle faveur à son adversaire. Mais il n’était pas en temps normal. Son être tout entier lui soufflait qu’un seul combat compterait vraiment dans sa vie. Et que l’heure de ce combat avait sonné.
Alexandre et Namâric se remirent en garde.
Un coup sourd ébranla la porte.
Ils s’élancèrent.