Namâric attaqua le premier. Un puissant coup d’estoc qu’Alexandre évita souplement avant de riposter d’un revers. Le Paladin s’accroupit pour l’esquiver et lança son pied dans les jambes de son adversaire. Le Prince bondit en arrière puis renversa son élan pour revenir sur Namâric. La pointe du glaive, propulsée à une vitesse stupéfiante, frôla la joue du Paladin. Prenant appui sur son pied gauche, celui-ci abattit son épée. Alexandre lui échappa en se penchant et, dans le même mouvement, cingla l’air de sa lame. Namâric se déroba avec vivacité, comme une anguille glissant entre les doigts du pêcheur. Il feinta à deux reprises puis porta une estocade, visant le coeur. Le Prince attendit l’ultime seconde pour s’écarter de la trajectoire de l’épée, puis plaça un coup de pied circulaire. Un homme ordinaire, emporté par son élan, aurait encaissé le choc de plein fouet. Namâric, lui, se contenta de plonger au sol et de se relever d’une roulade, juste à temps pour bondir hors d’atteinte.
Les lames ne s’étaient pas encore touchées.
De l’autre côté de la porte, les gardes redoublaient d’ardeur. Les gonds gémissaient et se déformaient sous ce qui paraissait être des coups de madrier. Mais le battant de chêne renforcé par de solides plaques de métal, résistait malgré tout.
Le glaive d’Alexandre fendit l’air. L’épée de Namâric s’interposa et, pour la première fois, les lames s’entrechoquèrent.
Le Prince dégagea son arme et porta un coup de taille. Namâric le contra puis abaissa son épée, dirigeant sa lame vers la gorge de son adversaire. Alexandre dévia l’attaque au dernier moment et frappa à son tour. D’un revers de son brassard de karalite, le Paladin détourna son glaive avant de se projeter dans les airs pour décocher un coup de pied au visage du Prince. Ce dernier bondit à son tour, esquivant l’assaut et répliquant par la même occasion.
Son poing percuta Namâric au torse. Le Paladin toucha terre, rétablit son équilibre et se retourna pour riposter. Alors qu’il fondait sur son ennemi, Alexandre aperçut le talon de Namâric qui fusait sur sa gauche. D’une main, le Prince para l’assaut, et du glaive qu’il tenait dans l’autre, il porta un nouveau coup d’estoc. Se laissant tomber à la renverse, Namâric esquiva l’attaque. Son genou frappa Alexandre à l’abdomen, le pliant en deux. Le Paladin se redressa et leva son épée, poussant son avantage . Son coup passa pourtant à dix bons centimètres de sa cible : Alexandre s’était jeté sur le côté.
Les deux adversaires repartirent à l’assaut. Comme toutes les pièces de cet étage, la chambre du Prince était vaste, propice aux enchaînements spectaculaires. Tirant parti de sa force et de sa taille, Namâric repoussa Alexandre dans l’espace où gisaient les corps des Mages de Combat, espérant le faire trébucher. Le Prince para un coup d’estoc, enjamba un cadavre, intercepta de nouveau l’épée de Namâric, fit un pas en arrière. Le Paladin s’engagea à son tour dans la zone maculée de sang. Ses bottes, soigneusement étudiées, ne dérapèrent pas.
Alexandre lâcha un violent revers. Namâric bloqua le glaive, le repoussa d’un grand geste puis abattit sa lame sur la tête de sa proie. Le Prince esquiva d’un bond et avisa une rapière qui traînait au sol, échappée des mains d’un de ses gardes. Il la souleva du pied, l’attrapa de sa main libre et la porta contre l’épée de Namâric, parant un nouveau coup de taille. Le Paladin recula pour échapper au glaive, manqua se prendre les pieds dans le corps d’un des Mages puis se reprit et frappa d’estoc. Alexandre contra l’assaut avec sa fine épée tandis que son glaive s’abattait en un arc de cercle étincelant. Namâric se jeta en arrière, dévia une autre attaque, amorça une risposte avant de la changer en parade et de déjouer une botte audacieuse. Prenant appui sur sa jambe gauche, Alexandre se rua en avant et frappa de nouveau, ses lames fendant l’air avec une grâce envoûtante et mortelle. L’une d’elles rabattit l’épée de Namâric contre le sol, l’autre fondit vers sa gorge comme un serpent sur sa proie. Le Paladin n’esquiva l’assaut qu’en s’écartant d’un pas vif. L’acier frôla son cou. Un petit trait sanglant apparut sur sa peau.
Alexandre se permit un sourire. La première blessure s’ouvrait chez l’ennemi. C’était bon signe.
Namâric n’aimait pas employer deux épées, jugeant que cette pratique le ralentissait. C’était au contraire une spécialité d’Alexandre, qui maniait ses armes avec un exceptionnel brio, compensant par la portée et l’inventivité de ses coups ce qu’il perdait en puissance et en vitesse. Pour faire face, Namâric avait besoin d’une seconde lame.
Le Paladin bloqua un coup latéral, évita une estocade, se pencha pour échapper à un violent balayage. Mettant un genou à terre, il se saisit du cimeterre de Sven et le brandit juste à temps pour intercepter le glaive d’Alexandre. Le Prince abattit aussitôt son épée sur la nuque de son adversaire. Faisant passer la sienne par-dessus son épaule, Namâric para le coup avant de se redresser en tournoyant sur lui-même.
Son pied fouetta l’air, décrivant un arc de cercle vers la hanche d’Alexandre. D’un mouvement fluide et léger, le Prince esquiva sans mal et s’éloigna pour reprendre sa position de combat. Namâric leva son épée ainsi que son cimeterre, puis se précipita sur sa proie. Un claquement retentit quand les lames se heurtèrent, accompagné d’une gerbe d’étincelles. Le duel reprit. Violent et acharné.
Namâric et Alexandre combattirent durant de longues minutes, alors que la porte résistait vaillament aux assauts des soldats. Les deux adversaires se déplaçaient avec la même aisance, leur différence de poids gommée par la virtuosité de leurs gestes. L’acier cliquetait à un rythme effréné, tissant au fil des passes incroyables un réseau tourbillonnant de métal et d’étincelles.
Le cimeterre de Namâric frappa en un arc scintillant. La rapière d’Alexandre s’interposa, son glaive visa le coeur du Paladin. Pivotant pour esquiver, celui-ci plaça un coup d’estoc. Le Prince dévia sa lame d’un battement de son glaive et s’élança au contact de son adversaire pour lui assener un violent coup de coude. Namâric l’évita en se baissant, recula d’un pas afin de dégager ses armes. Sa jambe se détendit, son pied passa à un millimètre d’Alexandre qui parvint toutefois à se dérober. Profitant du déséquilibre de son adversaire, Namâric attaqua de nouveau. Le Prince se pencha pour esquiver la double frappe, se redressa et abattit ses deux lames.
D’un mouvement adroit de son cimeterre, le Paladin bloqua la rapière, et d’un geste souple du poignet, il l’amena contre le glaive. Sa propre épée se fraya un chemin au milieu des lames entrecroisées, cherchant la gorge du Prince. Alexandre s’accroupit pour esquiver et porta un revers aux tibias du Paladin. Namâric le contra avec son cimeterre et riposta par un coup de pied vertical. Alexandre s’échappa en roulant de côté, puis se releva et sabra l’air devant lui, créant un espace suffisant pour sa prochaine attaque.
Son glaive porta une estocade qui fut déviée de justesse, puis son épée se faufila sous la garde du Paladin. Celui-ci para le coup à l’aide de son cimeterre, et libéra sa seconde lame pour un nouvel assaut. Alexandre s’y attendait. Il était prêt.
Ses lames écartèrent celles de son adversaire, puis se croisèrent comme une paire de ciseaux, convergeant sur la gorge de Namâric. Au dernier moment, les armes du Paladin, rejetées au loin, revinrent pour le protéger. Elles remontèrent le long de son corps, se glissèrent sous celles d’Alexandre et se dressèrent devant le visage de Namâric. Elles le frôlèrent de si près qu’une perle de sang s’envola ; mais elles bloquèrent le coup mortel.
En un mouvement vicieux, la fine rapière d’Alexandre s’enroula autour du cimeterre. Lorsqu’il sentit la poignée s’échapper de sa main, Namâric comprit qu’il ne pourrait pas la retenir. Brandissant son épée, il tenta de trancher le bras du Prince. Alexandre écarta la main. Les trois lames se heurtèrent. Cimeterre et rapière s’envolèrent, et ce fut de nouveau un glaive contre une épée.
Alexandre recula sous une volée de coups de taille, para deux estocades et une botte audacieuse avant de bondir sur la table qui trônait dans un coin de la pièce, renversant un encrier au passage. Namâric se fendit de nouveau, visant la cuisse. Le Prince dévia le coup d’épée, essaya de frapper son adversaire à la tête. Solidement campé sur ses jambes, le Paladin contra l’attaque et répliqua par un revers flamboyant. Alexandre se laissa tomber de l’autre côté de la table et, du plat de la main, lui imprima une forte poussée pour la faire glisser vers Namâric. Le Paladin l’arrêta du genou et la contourna par la gauche. Alexandre se déplaça dans la même direction, maintenant le meuble entre son assaillant et lui.
Le combat connut une pause. Les deux adversaires tournaient autour de la table, cherchant une ouverture. Les coups qui ébranlaient la porte avaient déjà fait sauter la plupart des gonds. Les gardes ne tarderaient plus à entrer à présent.
Malgré toute leur prodigieuse endurance, Alexandre et Namâric commençaient à s’essouffler. Le Prince fut tenté de recourir au pouvoir des Bracelets, mais se ravisa : l’armure de karalite n’était pas à prendre à la légère. Namâric, lui, conservait son effroyable sang-froid en dépit d’une inquiétude croissante.
Il fallait en finir.
Le glaive d’Alexandre siffla au-dessus de la table, décrivant une courbe meurtrière. Au terme d’une fulgurante parabole, l’épée de Namâric para le coup qui l’aurait décapité. Les lames virevoltèrent un instant en une formidable succession d’attaques et de parades, puis s’immobilisèrent à la hauteur du plafond, appuyées l‘une contre l‘autre. Les deux adversaires échangèrent un regard teinté de respect, suspendant leur duel une poignée de seconde. Puis Namâric enroba le glaive d’Alexandre, et l’abattit sur la table, pointe en avant. Les deux lames percèrent le bois et s’y enfoncèrent à moitié, se bloquant solidement.
Alexandre lâcha son glaive et bondit. Il réalisa un saut pérlleux, passa au-dessus de la table et retomba sur Namâric en lui assena un puissant coup de pied. Le Paladin saisit la jambe au niveau de la cheville, et projeta Alexandre sur le sol. Le Prince se rattrapa par une roue, retomba en garde et attendit l’attaque suivante.
Elle prit la forme d’une manchette foudroyante. Alexandre la contra du bras droit tout en portant un crochet du gauche. Namâric bloqua le poing lancé contre son visage, repoussa son adversaire et lui décocha un coup de pied circulaire. Le Prince intercepta sa jambe cuirassée d’un simple coup de genou, puis riposta d’un direct droit. Namâric se jeta de tout son poids sur Alexandre, esquivant l’assaut par la même occasion. Le Paladin assena un coup de tête au Prince qui recula, à moitié aveuglé. Namâric passa dans son dos.
Alexandre sentit une main se glisser sous son menton tandis qu’une autre se posait sur sa nuque. Une imparable clef au cou qui lui briserait les vertèbres. Mais il manquait encore une fraction de seconde à Namâric pour verrouiller sa prise.
Et une fraction de seconde, dans elle tel combat, comptait autant qu’une heure sur un champ de bataille.
D’un mouvement d’épaules, Alexandre se dégagea et pivota. Son coude se blança, frappa Namâric au menton, faisant s’entrechoquer ses dents. Le Prince poussa son avantage. Son poing fusa vers le front de Namâric.
Mais avant qu’il n’ait atteint sa cible, le Paladin se ressaisit.
Une première droite cueillit Alexandre à la tempe, une seconde lui percuta la mâchoire. Le Prince sentit le goût du sang dans sa bouche. Un troisième coup de poing manqua lui fracasser les côtes. Alexandre para le quatrième et lança son pied en avant. Namâric contra, plaça un atémi que le Prince esquiva agilement. Le corps à corps se poursuivit dans un déluge de coups.
Namâric avait trouvé son rythme. Méthodique, il évitait chaque attaque d’un mouvement maîtrisé avant de porter une riposte sauvage. Alexandre bloquait la totalité de ses assauts, mais l’erreur le guettait à chaque instant.
Lentement, Namâric sentit sa volonté disparaître. Son esprit se fondait dans le duel, se logeant dans le cercle des deux adversaires, écartant toute pensée extérieure. L’Ordre n’avait plus d’importance. Dümra n’avait plus d’importance. Victoire et défaite ne signifiaient plus rien. Seule comptait une chose : tuer ou être tué.
Des réflexes enfouis, légués par son sang elfique, venaient s’ajouter aux siens, le rendant plus dangereux que jamais. Son âme entière se tendait vers le combat, résolue à l’emporter.
Alexandre, lui, avait plutôt l’impression qu’un éclair de folie illuminait le regard rougoyeant de son ennemi. Sans aucun doute, Namâric perdait la raison. Effrayé, le Prince commença à paniquer. Il hésita, ses gestes se firent moins vifs.
Impitoyable, Namâric lui décocha un nouvel atémi dans les côtes qu’il doubla d’un crochet au visage. Alexandre tituba. Sans un regard, le Paladin tendit la main derrière lui.
Ses doigts se refermèrent sur la poignée de son épée. Sa lame s’arracha à la table, étincela en prenant son envol.
Frappa.
L’acier manqua la poitrine d’Alexandre, mais s’enfonça dans son épaule gauche. Le Prince poussa un hurlement, tomba à genoux.
Namâric appuya son talon sur le torse d’Alexandre, et tira sur son épée pour la dégager. Puis il la leva aussi haut que possible, prêt à assener le coup de grâce.
Alexandre gisait à ses pieds, impuissant.
Alors, une vision traversa l’esprit de Namâric.
Un garçon était prostré à terre, complètement paralysé. A sa cuisse, une blessure ruisselait de sang. La douleur déformait son visage au teint pâle, baignant de larmes ses yeux rouges. A côté de lui reposait une épée dérisoire, inutile face à l’homme qui se dressait devant lui. Un homme vêtu de noir, armé d’un sabre scintillant, effrayant par son seul aspect. Des flammes dansaient autour d’eux, dévorant des maisons entre lesquelles couraient des guerriers monstrueux qui massacraient sans distinction.
Namâric essaya de réprimer le souvenir. Tout cela s’était déroulé quinze ans auparavant ! Pourquoi cette scène revenait-elle le hanter maintenant ?
Le garçon ne pouvait rien faire, brisé par le désespoir. En face de lui, l’homme élevait lentement son sabre, les flammes se reflétant sur l’acier de sa lame.
Namâric luttait de toute ses forces contre sa mémoire, tentant de chasser la vision de son esprit.
Mais la réalité s’imposait à lui.
L’homme n’avait pas frappé.
Et lui, Namâric, commandant d’une section de l’Ordre des Paladins Noirs, génie du combat réputé pour son calme, légende vivante au sein de ses pairs, promu Karalor par Branial de Kit’for en personne, ne pouvait pas frapper non plus.
Il avait une dette.
Comme l’homme des années auparavant, Namâric recula lentement, abaissa son arme et ramassa son casque pour le replacer sur sa tête. Il savait que c’était stupide. Il savait qu’il aurait dû achever sa mission et sa proie. Mais il ne pouvait pas.
Alexandre, lui, n’avait rien d’un garçon pétrifié par la peur. Au contraire, elle lui donnait des forces. Oubliant toute prudence, il déchaîna les Bracelets d’Arzhan.
Une vague d’énergie bleutée jaillit des deux objets, fondit sur Namâric. L’armure de karalite absorba la décharge, mais l’énergie continua d’affluer.
Une tempête de lumière emplit la pièce, plus violente qu’un ouragan. En temps normal, le pouvoir des Bracelets n’aurait pas suffi à repousser Namâric. Mais à présent, accru, décuplé par la terreur folle qui étreignait le Prince, il se déversait à l’état pur, inondant la chambre et le Paladin.
La karalite elle-même ne pouvait résister à une telle puissance.
L’armure contint un moment l’incroyable flot d’énergie, puis tout explosa.
Namâric fut projeté en arrière, emporté par la vague. Il traversa la pièce, percuta le mur qui obstruait la fenêtre.
Les briques et le mortier se brisèrent sous le choc.
Dans un tourbillon de lumières, Namâric fut éjecté du donjon. S’envola dans les airs.
Disparut dans la nuit.
Alors que les gardes enfonçaient enfin la porte, Alexandre poussa un long soupir. Encore une fois, il s’en était sorti. Encore une fois, il avait tiomphé d’un adversaire redoutable. Encore une fois, il avait remporté un combat digne d’entrer dans la légende. Il pouvait être fier de lui.
C’est alors qu’il remarqua deux choses.
Premièrement, la douleur brûlante de son épaule s’apaisait déjà, la plaie cicatrisant sous l’action des Bracelets d’Arzhan. L’aide d’Onorius serait peut-être nécessaire pour réparer la clavicule brisée, mais enfin rien de très grave. Cela le rassura.
Deuxièmement, l’épée de Namâric ne gisait nulle part dans la pièce. Il l’avait emportée avec lui dans la mort.
De façon étrange, cette découverte anéantit d’un coup son soulagement.
Comme un signe que tout n’était pas terminé.
![]()
"D’un revers de son brassard de karalite, le "
de karalite, ca fait lourd
seul truc que j´ai remarqué
voilààààààààààà
excvellentissime
et cool qu´on ai eu la suite plus tôt.
namâric n´est pas mort, mais comment va t´il faire pour survivre ? ![]()
Arf, mince, trop fort !
Par contre, c´est nul que le Prince utilise les bracelets alors que Namaric s´est décidé à ne pas frapper. Au plaisir de le revoir... ![]()
Ahhh....cool tout ça dis-donc, juste dans le meilleur moment, on a la suite plus tôt.
Euh sinon, génial comme d´hab´, mais fais gaffe par contre car tu utilises très souvent le revers et le coup d´estoc.
Mais bon, en une dizaine de pages, il est normal d´avoir des répétitions, c´est sûr.
Bon, ben vivement Samedi alors. ![]()
"assis sur des sièges de bois diposés en cercle autour d’une carte d’Alméra."
"pour conclure enfin qu’il avaient affaire" un "s" à "il"
"Phallonn repartit en dans les couloirs," "en" quoi ?
"Il dégaina une poignée de dagues et les jeta au sol" lol, ca fait bizarre, on dirait quelqu´un qui donne des bonbons.
"un saut pérlleux"
"Et une fraction de seconde, dans elle tel combat, " elle tel ?
"Une imparable clef au cou qui lui briserait les vertèbres.[...]Alexandre se dégagea" dans ce cas elle est pas imparable
bon bon maintenant les questions :
Pourquoi Alex peut pas se guerir totalement avec les bracelets ?
Pourquoi n´essaye-t-il pas des sorts de protection sur lui ou simplement d´augmenter sa vitesse et puissance ?
Je trouve un peu gros le namaric qui passe par la fenetre et qui s´envole au loin, il s´ecrasera bien un jour et devrait dans ce cas crevé. Mais il ne crevera pas, vu qu´il a son rôle à jouer dans son cycle.
Pourquoi Alex peut pas se guerir totalement avec les bracelets ?
Pourquoi le pourrait-il ? Les Bracelets peuvent soulager un peu les blessures, accélérer la cicatrisation, pas rendre invulnérable.
Pourquoi n´essaye-t-il pas des sorts de protection sur lui ou simplement d´augmenter sa vitesse et puissance ?
Idem. Les Bracelets ne rendent pas tout-puissant, et le combat va beaucoup trop vite pour qu´il puisse construire des boucliers. La magie, c´est pas miraculeux.
Je trouve un peu gros le namaric qui passe par la fenetre et qui s´envole au loin, il s´ecrasera bien un jour et devrait dans ce cas crevé. Mais il ne crevera pas, vu qu´il a son rôle à jouer dans son cycle.
Ca... Qui sait ?
Voilà. Je sais, je me défile lamentablement, mais bon...
je croyais que c´etait le pouvoir absolu les bracelets, dsl
Je viens de lire.
Avant toute chose, je te remercie pour la vitesse à laquelle tu nous offres les suites, Mais :
=> "En temps normal » apparaît plusieurs fois dans le texte et cette répétition est malvenue.
=> J’ai l’impression de me retrouver à la fin des Bracelets d’Arzhan avec le récit qui s’emboîte en hâte. Alexandre fait une alliance avec les chevaliers blancs et Thenetos, comme ça. C’est un gros morceau avaler tout de même. Une fois de plus le prince résout ces petits problèmes en sous-main …
=> A propos de gros morceaux à avaler, le combat est long. D’habitude je ne rechigne pas à lire les combat mais là c’est vraiment long et j’avoue avoir lu en diagonale. Avec le combat contre Andorion, c’est le second duel le plus de toutes tes fics. Il faudrait couper des passages et plus décrire le décor autour d’eux avec les meubles qui se brisent, les meubles renversés. Pareil avec leurs émotions qui pourraient être plus travaillées.
=> Une dette envers qui ? Qui est le vieux bonhomme qui l’a épargné il y a des années ? La, je trouve un grain de sable qui encrasse cette magnifique machinerie. C’est pour moi une terrible incohérence. Si le mystérieux homme était le roi Alexandre VII ou un soldat de l’armée dümréenne qui l’aurait épargné, pourquoi pas. Mais en ce cas ça n’a aucun sens. Namâric n’est redevable à personne. Cette histoire de dette est douteuse. Je sais bien que tu voulais trouver un prétexte pour faire en sorte de Namâric ne tue pas le prince mais là ce n’est pas génial.
=> Pour une fois Alexandre se prend la paté. Ca change de le voir tout le temps gagner. Enfin, il a presque gagné car il a presque déjoué tous les plans de Namâric. A ce propos, je trouve que dans tes fictions Kaim, l’honneur force sur la cohérence. J’entends par là qu’à chaque fois que quelqu’un peut tuer une personne par derrière ou en surprise il ne le fait pas et préfère combattre par respect. C’est totalement incohérent et illogique, imagine que tu ais ton pire ennemi devant toi et que tu peux le tuer dans son sommeil, tu vas pas le réveiller pour lui dire que tu le tues éveillé par respect, et que comme tu es honnête tu vas lui permettre de se défendre. Non, là ça ne va pas. Déjà Namâric aurait pu sauvé le roi des le départ en tuant Elaïr, et il y a une foule d’autres situations dans ce genre, qui je pense, devrait être éviter à l’avenir ou décrite autrement pour ne pas montrer l’opportunité. C’est un défaut majeur de tes fictions.
=> James Bond nous rattrape ! Oui, tu es tombé dans les clichés où juste avant de tuer le méchant ou de se combattre, le protagoniste va dévoiler l’intégralité de son plan machiavélicomégalomanorocambolesque. Là Alexandre décrit comment il a tout su, Andorion qui dévoile tout avant sa mort, etc … Je sais bien que le lecteur doit savoir mais il existe d’autres façons de l’en informer.
=> Venons à Alexandre, il devient presque haïssable. Maintenant, il est au bord de la tyrannie absolue. Je sais bien qu’il y a une évolution dans sa mentalité mais il ne faut pas trop pousser pour le faire basculer dans le despotisme pur. Tel qu’on le voit dans ce chapitre on a l’impression que le monde sera bientôt à lui.
=> Il y a moins de pointes d’humour que l’on pouvait rencontrer auparavant dans tes fictions, même dans des situations tendues comme là. C’est déplorable car c’était vraiment plaisant. Mais remarque, le fait qu’il y ait moins d’humour montre d’autant plus que la situation s’aggrave de chapitre en chapitre.
Voilà. J’espère qu’après les horreurs que j’ai dit tu ne vas m’en vouloir. Mais je préfère toujours dire ce qui ne va pas pour avoir par la suite un récit amélioré et qui se rapproche petit à petit de la perfection. Tu écris toujours aussi bien et ton style est subjuguant, mais les menus détails que je viens d’énumérer assombrissent légèrement cet éclat que tu te donnes tant de mal à faire.
Cela dit, je lirai la suite ! Assurément et sans aucun doute.
Chapitre toujours aussi bien ![]()
P-e, comme l´a dit Ostra, le combat un peu long, avec quelque repétition quelque peu génante. Appart ca, j´attend avec impatience la suite, comme d´hab^^
C´est franchement bien, mais j´ai beaucoup du mal à avaler un combat de cette longueur. Même si le vocabulaire est très varié (de ce côté-là, je trouve que la seule ombre au tableau dans ce chapitre est la répétition de "coup d´estoc"), au bout du compte j´avais l´impression de relire et relire encore le combat. Pour palier à ce problème, comme l´a dit Ostramus, décrire un peu la pièce de temps à autres ne dérangerait pas.
Et comme Ostramus, j´ai lu en diagonale. Enfin, non, j´ai lu toutes les phrases, tous les mots... mais je crains de ne pas avoir retenu grand chose, sinon le premier message et la fin du troisième. ![]()
Autrement, ça allait.
Et un oubli qui je pense n´a pas encore été signalé : "Namâric en lui assena". Le participe a été tronqué. ^^
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Pour le 4e paragraphe d´Ostramus (concernant le souvenir de Namâric)...
Si de plus amples explications sont données plus tard, je ne trouve pas que c´est si mal imaginé. Par contre si on n´explique rien par la suite, je rejoins ton avis. ^^ (Ou à la limite une courte nouvelle, comme pour la naissance de Namâric, postée précédemment.
)
maintenant que le dit ostramus dans osn ptit paragraphe commençant par "James Bond nous rattrape", c´est vrai que ça fait pas très réaliste que alexandre dise tout comme ça ![]()
Pour le combat, y a une petite pause au milieu qui m´avait fait du bien et qui, je croyait, aller devenir une ellipse. Ben non en fait, ca n´en ait pas devenu une.
CA Y EST !! !
Je ne vous cacherai pas que c’est avec une émotion certaine et un petit pincement au coeur que je clos quatre mois de travail en tapant les trois lettres du mot “FIN” au bas d’un document de 319 pages. Ouf. Je vais pouvoir m’offrir une petite pause, et jeter un oeil sur la fic d’Ostramus.
En parlant d’Ostramus...
Sache que tu m’as profondément blessé. Je suis dégoûté à jamais de l’écriture, je vais cesser la publication de cette fic et demander l’effacement de tous mes topics. Pour faire bonne mesure, je vais m’initier aux malédictions vaudoues afin d’apporter le malheur sur ta pitoyable lignée.
Plus sériseusement, ce qu’il y a de bien avec tes commetnaires, c’est qu’on se doutait un peu des trois quarts des remarques, ce qui permet d’y répondre sans difficultés :
=> "En temps normal » apparaît plusieurs fois dans le texte et cette répétition est malvenue.
Corrigé.
=> J’ai l’impression de me retrouver à la fin des Bracelets d’Arzhan avec le récit qui s’emboîte en hâte.
Ce n’est pas le cas. Cette alliance sera plus amplement expliquée dans le prochain chapitre. Ici, je voulais que ça reste flou.
=> A propos de gros morceaux à avaler, le combat est long.
Ouais, mais c’était trop fun à écrire. Je ne me lasse pas de le relire, et même si c’est juste pour donner dans l’autosatisfaction béate, ben ça en valait la peine. Bon, OK, je verrai ce que je peux faire.
=> Une dette envers qui ?
To be explained in the next chapter.
=> Pour une fois Alexandre se prend la paté. Ca change de le voir tout le temps gagner. Enfin, il a presque gagné car il a presque déjoué tous les plans de Namâric. A ce propos, je trouve que dans tes fictions Kaim, l’honneur force sur la cohérence.
En effet, sur ce coup tu as tout à fait raison. Dans la mesure où j’ai déjà bouclé cette fic, ces situations risquent de revenir. J’essaierai de les corriger, mais si d’autres reviennent, merci de me les signaler.
Et en passant, Namâric comptait bien poignarder Alex dans son sommeil.
=> James Bond nous rattrape !
C’est pour t’habituer. Dans le prochain chapitre, Namâric survit grâce à un parachute marquée du drapeau d’Angleterre, tombe dans son Aston Martin et s’enfuit avec une belle blonde tout en faisant exploser les nanobombes qu’il a planquées dans le donjon...
Plus sérieusement, si tu as une suggestions quant à ces « autres manières », je suis ouvert...
=> Venons à Alexandre, il devient presque haïssable.
Je ne te demandes pas de l’aimer. A la limite, plus tu le détestes et mieux c’est.
=> Il y a moins de pointes d’humour que l’on pouvait rencontrer auparavant.
Vu que tu te réponds à toi-même, je ne vais pas m’étendre. Disons juste que l’humour peut toujours revenir, ça dépend de mon humeur.
Voilà.
Un long chapitre pour vous donner assez d´explications. Bonne lecture.
Faisant cercle autour du groupe d’assaut, les six chamans unissaient leurs pouvoirs afin de contruire le bouclier. Les yeux braqués vers les étoiles, ils psalmodiaient des prières issues de temps immémoriaux, ils invoquant les esprits qui protégeraient les farouches guerriers Orks lors de l’attaque d’Alkarion. Hustouk les trouvait assez ridicules, mais il n’aurait jamais osé le leur faire remarquer.
D’abord, parce que les chamans passaient pour aussi influents que les chefs de clans, et qu’ils punissaient sévèrement toute raillerie à leur encontre. On racontait des histoires horribles sur les Orks qui les avaient défiés. Non seulement ils avaient subi le courroux de leurs frères, mais en plus de terribles malédictions les avaient frappés : certains étaient devenus fous, d’autres avaient perdu la vue, quelques-uns avaient maigri jusqu’à ressembler à des squelettes et, de manière générale, tous étaient morts.
Ensuite, parce que les éclats de lumière qui scintillaient autour de l’escouade, formant peu à peu une immense bulle d’un vert translucide, prouvaient à Hustouk que les chamans n’avaient pas usurpés leur réputation d’ensorceleurs.
Aussi l’Ork gardait-il le silence, ruminant de sombres pensées.
Il n’avait toujours pas digéré sa nomination au poste de chef de l’attaque.
Quelques heures auparavant, Hoktar était venu le trouver pour lui annoncer l’inquiétante nouvelle : les chefs de clans tenaient à voir le guerrier Hustouk à la tête de la mission qui déciderait du sort de la guerre. Gagner Alkarion, traverser la ville, escalader la pyramide et détruire un cristal solidement gardé, rien que ça !
- C’est du suicide ! s’était écrié Hustouk. Nous n’avons pas la moindre chance ! Tu ne peux pas me forcer à y aller, quand même !
Mais Hoktar avait déjà préparé ses arguments.
- Pour que nous remportions la victoire, cette mission doit à tout prix réussir, avait-il répondu. Si nous échouons, nous pouvons aussi bien rentrer chez nous et renoncer aux richesses que peut nous apporter ce royaume. Tu dois mener cette attaque.
- Pourquoi moi ?
- Nous n’aurons qu’une seule chance. Quand les Elfes découvriront que nous avons percé leur précieux secret à jour, il tripleront la garnison de la pyramide. De plus, construire notre bouclier va épuiser les chamans pour des semaines, et ils ne pourront pas protéger une deuxième escouade. Une seconde tentative serait condamnée à l’échec. Et de nous tous, c’est toi qui a le plus longtemps combattu les Elfes. Tu sais mieux que nous comment les vaincre.
Hustouk avait voulu répliquer. Son cousin ne lui en avait pas laissé le temps.
- Tu ne peux pas refuser. Rappelle-toi que de notre victoire dépend le retour d’Itraïr dans ce pays, ainsi que la fin de la guerre en Dümra. Tu dois te battre. Pour ton peuple, d’abord, mais aussi pour tes amis à Dümrist.
« Et pour moi », avait songé Hustouk. D’après Anamïn, Alkarion lui apporterait les réponses qu’il cherchait. Mais il ne pouvait faire part de cette histoire à son cousin.
- Très bien avait-il déclaré au bout d’un long silence. J’accepte.
A dos de Karzax, ils avaient gravi les hautes collines de Naji, à l’est d’Alkarion. De là, ils avaient pu examiner la capitale elfique, distante de cinq ou six kilomètres.
Le peuple d’Alméra vivant par petit groupes dispersés dans tout le royaume, aucune de ses villes n’atteignait les dimensions sidérantes des grandes cités humaines. Alkarion ne faisait pas exception à la règle, mais restait toutefois impresionnante.
La capitale s’élevait à la lisière d’une immense forêt, reposant en partie sur de légères hauteurs qui surplombaient la plaine. Ses limites, dépourvues de murailles, dessinaient un parfait octogone cerclé de tours vertigineuses. De chacun de ses angles partait une large avenue bordée de chênes centenaires, qui remontait les constructions audacieuses garnies de coupoles et de pics effilés. Partout on distinguait des tourelles, des terrasses, des baies vitrées scintillantes, des statues imprégnées de force et de noblesse, des jardins éclatants, des plaques de marbre veinées d’or. De hauts bâtiments jaillissaient du sol ici et là, rivalisant de magnificence, entrelaçant leurs passerelles aux courbes élégantes. A l’inverse des cités hétéroclites qu’Hustouk avait visitées par le passé, Alkarion formait un ensemble, un tout inaltérable.
La ville n’était qu’harmonie.
Au sud de la capitale, les deux Orks aperçurent des centaines de combattants rassemblés dans un camp parfaitement structuré. Les mille guerriers qui n’avaient pas quitté Alméra pour aller guerroyer contre les Dümréens, et qui livreraient bataille à la horde dès le lendemain.
Hustouk reporta son attention sur Alkarion. En dépit de son élégance, la ville restait d’une taille modeste, abritant tout au plus sept ou huit cents habitants. Bien peu pour une capitale... L’Ork se rappela que les Elfes étaient éparpillés dans tout leur pays, et songea vaguement au temps qu’il avait dû falloir à Itraïr pour réunir sa grande armée. Puis il poursuivit son examen de la cité.
Un fleuve aux eaux argentées serpentait depuis le nord, aventurant l’un de ses méandres jusque dans la ville, au pied des hauteurs. Il traversait Alkarion en une ligne légèrement incurvée, pénétrant par le nord-est pour ressortir au sud, se déversant en cours de route dans d’innombrables canaux qui portait l’eau partout dans la cité. Cinq des huit artères principales jetaient un pont de cent mètres par-dessus le bras du fleuve, l’enjambant sans peine avant de se croiser au centre d’Alkarion, là où se dressait...
Au milieu de tant de grâce et de légèreté, la pyramide semblait fort déplacée, malgré les nombreuses décorations qui l‘ornaient. Massive et solide, reliques de temps anciens, elle élevait ses quatre faces vers le ciel selon des angles étonnament bas, comparés aux flèches élancées qui garnissaient le reste de la ville. Au sommet, les énormes blocs de pierre qui la constituaient s’espaçaient soudain pour créer de larges ouvertures, à travers lesquelles miroitait un éclat bleuté.
- Ces fenêtres sont notre cible, avait commenté Hoktar. C’est par là que nous entrerons. Une fois dans la place, nous improviserons.
- Nous ?
- Si tu meurs dans ce combat, je me reprocherai toute ma vie de t’y avoir envoyé. Alors je viens avec toi. Non, ne dis rien. Ma décision est prise. Je me placerai sous tes ordres.
Après un dernier regard vers la redoutable capitale, Hustouk s’en était allé, infiniment reconnaissant envers son cousin.
Et Hoktar avait tenu parole. Perché sur le dos de son Karzak, il se tenait à côté d’Hustouk, ses armes prêtes pour la bataille, en compagnie de soldats non moins dangereux que lui : Kazrayl, un combattant féroce aux cimeterres dentelés, Grishka, une guerrière hargneuse dont les Elfes avaient tué le frère, Rânlak, un membre du clan Skernas aussi monstreux que courageux, totalement dénué de peur. Et bien d’autres encore... L’élite de la horde.
Hustouk eut un sourire en coin. Les Elfes avaient du souci à se faire !
Adrien ne parvenait pas à trouver le sommeil.
Dès leur arrivée à Ganor, le prieur Liffip les avait reçus dans son bureau, Artus et lui, pour entendre un récit détaillé des événements. La nouvelle de l’attaque du village, le bilan des destructions, le nombre de morts, avaient rapidement abattu le prieur. Après s’être lamenté quelque temps sur le malheur qui frappait ses ouailles, il avait fini par se reprendre, blâmant moins la sauvagerie des Singes que la lâcheté de l’armée. Adrien avait appris à cette occasion que quelques généraux de la couronne, à la tête de quatre mille hommes, restaient prudemment stationnés sur la côte ouest, évitant toute confrontation, refusant de répondre aux appels de Dümrist et attendant patiemment la fin de la guerre. L’apprenti magicien avait déjà entendu Liffip mentionner des lâches réfugiés à l’ouest, mais il ne s’était pas attendu à une pareille situation. Quatre mille hommes ! Quatre mille hommes qui auraient pu renverser le cours de la guerre, et qui n’osaient pas prendre de risques ! Adrien s’était senti écoeuré.
- Les généraux considèrent que si les autres troupes fléchissent, eux-mêmes verront leur influence augmenter, lui avait expliqué Artus. Et qu’importe si Dümrist est rasée, et ses vingt mille habitants exterminés. C’est ça, la politique.
Surmontant sa détresse, Liffip s’était lancé dans la rédaction d’une lettre au général Urien Haldéor, lui demandant de dépêcher des soldats pour contrer la menace des Singes. Il avait également décidé de rencontrer le comte de Ganor, Anguerran, pour tenter de lui ouvrir les yeux. Adrien avait assisté à tout cela sans parler, emmagasinnant les informations relatives aux complexes jeux de pouvoir. La nuit était déjà bien avancée quand on l’avait envoyé se coucher.
Et il n’arrivait toujours pas à dormir. Se retournant sans cesse dans son lit au matelas inconfortable, il ressassait les événements de la journée. Plus que les ruines, plus que les cadavres, plus que le danger qu’il avait couru, son propre pouvoir l’inquiétait. Dans le cercle de pierre, il avait compris combien sa puissance était exceptionnelle. Certes, il lui faudrait des années pour la maîtriser, mais il avait pris consience de toute son ampleur. Et cela l’effayait. Qui savait ce dont il était capable ? Même Artus n’avait pas dû se rendre compte de tout le potentiel qu’abritait le frêle corps de son jeune élève.
Adrien réalisait peu à peu que, quand il aurait défait le sortilège qui restreignait ses pouvoirs, il devrait lui-même s’imposer d’autres limites. Par prudence.
Histoire de ne pas détruire des pays entiers par erreur.
Tuer est un acte d’une facilité déconcertante.
Tuer un ami est un acte d’une difficulté éprouvante.
Calé dans un fauteuil bien rembourré, couvert de velours rouge et aux accoudoirs de bronze finement sculpté, Alexandre méditait sur ce paradoxe en attendant qu’on introduise ses invités.
Il avait beau se répéter qu’il n’avait pas eu d’autre choix, qu’il avait laissé à Namâric sa chance de changer de camp, que celui-ci était resté obstinément rivé sur ses ordres, et que lui, Alexandre, n’avait combattu que pour sauver sa vie, il ne parvenait toujours pas à se convaincre de la justesse de sa décision. Non pas qu’il eût craint des représailles de l’Ordre des Paladins Noirs : la mort de onze de ses hommes lui donnerait à réfléchir sur la résistance de l’ennemi. Que Namâric ait failli l’éliminer ne le dérangeait pas non plus : Alexandre avait connu suffisamment de situations à risques pour ne pas s’émouvoir quand il frôlait la mort. Et puis, Molloch veillait sur lui...
Simplement, il sentait qu’il n’aurait pas dû agir ainsi. Quelque chose le tourmentait dans les événements de la dernière nuit. Peut-être aurait-il pu éviter d’abattre Namâric. Peut-être...
Le regard du Prince erra sur les tapisseries suspendues aux murs. La plupart représentaient des scènes champêtres tout à fait adaptées à l’ambiance chaleureuse du petit salon. Devant lui trônaient trois fauteuils identiques au sien ainsi qu’une table basse cargée de boissons, tandis qu’une fenêtre à droite laissait entrer en grand la vive lumière de ce début de journée. Dans un coin, un cintre se tenait prêt à recevoir des manteaux, à côté d’une petite armoire vide, présente dans l’unique but de meubler cette partie de la pièce.
Le messager était reparti depuis plusieurs minutes. Les visiteurs ne tarderaient plus, à présent.
D’ailleurs, on ne tarda pas à frapper à la porte.
- Entrez.
Un jeune serviteur en tunique bleue barrée d’un liseré d’or, le visage lisse et les cheveux châtains, pénétra dans le salon et s’inclina devant le Prince.
- Ovarif Regus, envoyé de Thenetos de Vordal, et dame Karen Daliàn, commandant dans l’ordre des Chevaliers Blancs, sont ici, Sire.
- Eh bien fais-les entrer, Denzal, répondit Alexandre.
Le jeune homme s’inclina de nouveau et quitta la pièce. Sa voix s’éleva ensuite de l’autre côté de la porte.
- Je dois vous demander de me laisser votre arme, ma dame.
Alexandre entendit le bruit d’un ceinturon qu’on déboucle puis celui d’un pas brusque et maladroit. Denzal avait dû reculer sous un choc. Karen lui avait donc probablement jeté son épée de manière plutôt brutale. Le Prince en déduisit qu’elle répugnait à se séparer de sa lame, et rangea soigneusement cette information dans un coin de sa mémoire.
Alexandre se résolut au même moment à ne jamais demander aux nouveaux venus comment ils avaient fait pour entrer dans Dümrist et rejoindre le Palais Royal, malgré le siège et l’armée d’Itraïr. L’idée qu’un bon nombre de gens puisse s’introduire dans sa capitale comme dans un moulin avait quelque chose d’exaspérant, mais Alexandre ne souhaitait pas aborder les sujets à problèmes avec des alliés si délicats. Il se détendit et patienta calmement tandis que la porte pivotait.
Puis ils entrèrent.
Vêtu d’un manteau vert et or, Ovarif était un vieil homme au visage creusé par les rides. Les bras maigres et les veines apparentes, il se tenait très voûté, ses cheveux manquant sur son crâne par poignées entières. Cet espect de faiblesse était cependant démenti par son regard étonnament vif et alerte. Un serviteur rusé et intelligent, attaché aux intérêts de son maître. Ainsi Alexandre l’aurait-il jugé, s’il n’était restait sidéré devant l’aspect de Karen.
Protégée par une armure d’acier aux épaulettes de laquelle pendait une longue cape blanche, elle portait son heaume sous son bras, laissant resplendir son visage. Les yeux en amande, les oreilles allongées, la bouche étroite, les traits réguliers, ses soyeux cheveux d’or ondulant avec grâce autour de sa tête, elle était d’une beauté envoûtante. Mais ce n’était pas cela qui avait frappé le Prince.
Les Elfes se ressemblaient tous, mais à ce point-là il n’y avait qu’une seule explication.
Karen était la copie conforme de Kandrill, la femme qu’Alexandre avait tuée au début de l’hiver au cours d’une bataille pour les Bracelets d’Arzhan.
La jeune Elfe dut constater le trouble du Prince, car elle s’empressa de confimrer son intuition :
- Mon visage vous rappelle quelqu’un ? C’est normal. Kandrill était ma soeur jumelle.
Se demandant s’il y avait là un sous-entendu à saisir, Alexandre lui indiqua un fauteuil. Elle s’y assit en grimaçant.
- Quelque chose ne va pas ? s’enquit le Prince.
- Ce n’est rien, répondit Karen. Un coup au ventre, il y a une semaine. J’en ai réchappé de justesse, mais la blessure me fera encore souffrir quelque temps.
Alexandre ne poussa pas plus loin sur ce sujet. Il se tourna vers Ovarif.
- Je vous en prie, asseyez-vous.
Le vieil homme prit place dans un troisième fauteuil et croisa les mains.
- Un rafraichissement ? proposa Alexandre en désignant les bouteilles disposées sur la table.
Ses deux invités secouèrent la tête. Le Prince sentait une tension désagréable s’installer dans la pièce. Entre anciens adversaires, c’était peut-être normal...
Alexandre décida d’aborder directement le coeur du problème.
- Il n’y a pas si longtemps, nous étions ennemis, commença-t-il. Nous nous sommes affrontés, et j’ai tué plusieurs de vos hommes, tous comme les vôtres ont éliminé certains de mes compagnons. Alors, avant toute autre chose, je propose que nous fassions une fois pour toutes table rase du passé.
Avant que Karen ou Ovarif ait pu lui répondre, il releva ses manches, découvrant les Bracelets d’Arzhan.
- Vous cherchiez à vous emparer de ceci par la force. Désormais, ces objets m’appartiennent. Je les maîtrise et je ne les céderai pas. Si vous étiez venus pour tenter de me les racheter, vous auriez pu repartir dès maintenant. (Sans se laisser couper la parole, il poursuivit.) Mais évidemment, ce n’est pas le cas. Nous sommes ici pour nous tourner vers l’avenir et bâtir de nouveaux projets. Ensemble. Au fait, je ne vous ai pas demandé : vous-mêmes, vous n’avez aucune raison de lutter l’un contre l’autre, n’est-ce pas ?
Ovarif et Karen échangèrent des regards assassins, mais assurèrent d’une même voix.
- Les chefs de l’organisation et maître Thenetos ont déjà convenu d’une alliance. Nous avions quelques querelles, mais rien qui ne puisse être enterré.
- Parfait, approuva Alexandre. En unissant nos forces, c’est-à-dire mon royaume, les forces des Vzad’orû’bausns, et l’armée privée stationnée à Vordal, nous pourrons accomplir de grandes choses.
- A supposer que votre royaume survive à cette guerre... plaça Ovarif.
Alexandre lui jeta un regard lourd de sous-entendus.
- Ca, ce sont mes affaires. Itraïr n’a déjà plus les moyens de prendre Dümrist par un assaut. Je sais maintenant que notre victoire viendra tôt ou tard. Et vous noterez que pour ma part, je ne vous demande pas comment vous avez fait pour pénétrer dans Dümrist malgré le siège, ni pourquoi les Elfes ont appuyé leur dernière attaque avec un sort probablement conçu par votre maître.
- Maître Thenetos avait depuis longtemps vendu ce sortilège à Itraïr, expliqua le vieil homme sans la moindre nuance de gêne. Pour une somme non négligeable, soit dit en passant. L’utilisation qu’on fait de sa marchandise ne le regarde pas. Cependant, rassurez-vous : maître Thenetos n’a rien cédé d’autre à vos ennemis.
- Quel soulagement, fit Alexandre, écoeuré. Et tant que nous parlons de lui, comment va Thenetos ? La dernière fois que je l’ai vu, il était en piteux état...
- Il est retourné dans son palais à Vordal, répondit Ovarif. Il a subi des dommages physiques et mentaux très inquiétants lors de son duel, et nécessite des soins très particuliers. Tanaril de Ganor n’était vraiment pas un mage ordinaire...
Le Prince hocha la tête. Il reconstituait lentement le cours des événements, qui lui échappait un peu depuis qu’il avait reçu ce message des Chevaliers Blancs, l’informant des plans des Paladins Noirs et lui proposant une alliance. En fait, Thenetos devait se trouver à l’origine de tout cela.
Le Premier Sorcier de l’Empire d’Affoth disposait d’une petite troupe de combattants d’élite, et certainement d’un bon réseau d’informateurs doublé d’artefacts magiques qui lui fournissaient de précieux renseignements. Mais il lui manquait une force militaire puissante, à même d’intervenir partout dans le monde. Il avait donc dû contacter les Chevaliers Blancs pour s’associer à eux, leur faisant miroiter la promesse de la mort de Namâric, c’est-à-dire une petite victoire sur l’Ordre des Paladins.
Restait une question : pourquoi Thenetos avait-il besoin des Vzad’orû’bausns ?
Alexandre éprouvait la désagréable sensation de n’être qu’un pion sur un échiquier géant. Mais un pion primordial.
Il était temps d’entrer dans le vif du sujet.
Le Prince tira un parchemin de sa poche et l’étala sur la table, révélant aux yeux de ses invités le dessin d’une tête de tigre entourée de douze autres, le tout au milieu d’un cercle hérissé de pointes.
- Voilà notre objectif, annonça Alexandre. Nous sommes réunis ici pour mettre en commun nos informations sur ce symbole. Pour ma part, je sais qu’il était arboré en tatouage de poitrine par des assassins, à Kridath, chargé par Tanaril de Ganor d’éliminer un mercenaire qui avait échoué à m’abattre. J’ai songé à l’époque qu’il pouvait ne s’agir que d’une guilde de tueurs, mais apparemment vous avez d’autres théories...
Karen interrogea Ovarif du regard. Le vieil homme acquiesçant d’un signe de tête, elle déclara :
- Nous connaissons nous aussi ce symbole. Il y a trois cent ans, un membre des Vzad’orû’bausns a découvert le corps d’un homme porteur de ce tatouage, visiblement tué dans une bagarre d‘ivrognes. Ce dessin l’a intrigué, mais sans plus. Plus tard, nous l’avons revu sur d’autres cadavres, à chaque fois dans des lieux très éloignés les uns des autres. Soucieux de disposer de renseignements sur toutes les guildes et associations, nous avons mené des recherches. Sans résultat. A notre connaissance, ces hommes n’ont aucune activité particulière. Ils ne cherchent pas à tuer, voler, influer sur la politique ou quoi que ce soit d’autre. Ils se trouvent parfois, ou plutôt très rarement, dans certains endroits, sans qu’on puisse savoir pourquoi. A vrai dire, c’est un miracle que nous en ayons découverts quelques-uns morts. C’est pourquoi l’affaire de Kridath nous intéresse et nous intrigue à la fois : pourquoi cette organisation se serait-elle mise au service d’un mage comme Tanaril de Ganor ?
Après avoir débité ce discours visiblement préparé longtemps à l’avance, Karen reprit son souffle. Alexandre réfléchit un instant à cette masse de renseignements, puis se tourna vers Ovarif.
- Maître Thenetos vous a-t-il autorisé à nous transmettre ses conclusions quant à cette guilde ?
Le vieil homme prit une grande inspiration.
- Mon maître a consulté de très anciennes archives, âgées pour certaines de six mille ans. Il y est parfois fait mention d’hommes tatoués d’une tête de tigre, apparus sans raison quelques fois dans l’histoire. On leur a donné plusieurs noms, mais celui qui ressort généralement est le suivant : les Migrodis.
Ovarif marqua un temps de silence, puis reprit :
- Maître Thenetos pense qu’il ne s’agit en aucun cas d’une guilde d’assassins, comme vous le pensiez. Il s’agirait plutôt d’un ordre très secret, reclu dans l’ombre, ne se montrant que dans des circonstances exceptionnelles, et qui poursuit un grand dessein dont nous ignorons tout.
- Un grand dessein ? répéta Alexandre.
- Une secte millénaire n’aurait pas traversé les âges sans un but auquel se raccrocher, répondit sèchement Ovarif. Ils ont nécessairement un projet. Et l’affaire de Kridath doit faire partie de ce projet.
Alexandre essayait de ne pas s’embrouiller.
- Donc, protéger Tanaril de Ganor était dans leurs intérêts...
- A vrai dire, je doute qu’ils aient travaillés pour Tanaril de Ganor, fit le vieil homme.
- Quoi ?
Ovarif prit un verre d’eau sur la table et en sirota une gorgée avant de se rabattre contre le dossier de son fauteuil.
- C’était leur couverture. Au cas, improbable, où leur proie aurait survécu, elle aurait cru que les assassins avaient été envoyés par Tanaril, ce qui broullait les pistes. Leur plan était tout autre...
- Les Migrodis voulaient éliminer Jakarn, dit Alexandre. Jakarn, lui, était chargé de m’assassiner. Donc en toute logique...
- Ils cherchaient à vous protéger, acheva Karen.
Le Prince réfléchissait à toute vitesse. Dans cet enchevêtrement d’intrigues, il parvenait à retrouver un fil conducteur.
- Les Migrodis ont appris, je ne sais comment, que j’étais en danger, et ils sont venus. Non, ils étaient déjà sur place, à Kridath, pour me venir en aide. Ils ont trouvé Jakarn et tenté de le tuer. Mais ils ont échoué, et n’ont donc pas pu me protéger davantage. Mais leur objectif était donc de me permettre d’accomplir ma mission, c’est-à-dire retrouver...
Il hésita à terminer la phrase.
- ... l’oeil de Kashnir, lâcha-t-il. Mais pourquoi ?
- Ils voulaient que l’oeil soit découvert, suggéra Ovarif.
- Mais dans quel but ? Et pourquoi ne pouvaient-ils pas aller le chercher eux-mêmes ?
Alexandre réalisa qu’il venait de poser les questions-clés. C’était justement parce que ni Thenetos ni les Chevaliers Blancs n’y trouvaient pas de réponse que cette réunion avait lieu.
Le Prince récapitula. Une organisation secrète : les Migrodis. Un but inconnu, mais qui passait par la libération de l’oeil de Kashnir. Tanaril de Ganor qui ne souhaitait pas que cette petite pierre verte soit découverte, au point de faire assassiner tout ceux qui en avaient entendu parler.
Bref, une énigme.
- Tout tourne autour de ce fameux oeil de Kashnir, affirma Karen. Qu’avons-nous comme informations là-dessus ?
Ovarif déplia une feuille de notes et s’approcha très près afin de la déchiffrer.
- Kashnir est un nom mentionné dans les archives, mais sous forme allusive. On ne sait pas ce que cet homme a fait, mais il est présent dans des expressions comme « digne de Kashnir » ou « sembler la réincarnation de Kashnir ». A chaque fois, c’est pour qualifier des massacres ou des destructions d’une ampleur consiédrable.
- Ce gars ne devait pas être très tendre, dit Alexandre. Je me souviens avoir traduit la liste complète de ses titres, à Kridath.
Ovarif leva les yeux, très intéressé.
- Vraiment ? Vous l’avez toujours ?
- Malheureusement, non. J’ai perdu tous mes documents au cours de la bataille, et je n’ai pas tout retenu. C’était quelque chose comme « Kashnir le Rouge, Boucher des faibles, Fils neuvième de... » j’ai oublié le nom du père.
- Ca ne nous aide pas beaucoup, fit Karen. Probablement un conquérant sanglant. Son « oeil » doit être un objet de pouvoir dont il s’est servi pour mener ses guerres. Vous ne l’avez plus, c’est bien ça ?
- Non.
- Où se trouve-t-il, à présent ?
Alexandre hésita à répondre. Il avait révélé à Onorius que le comte Thibaut possédait l’oeil et le sabre runique, mais il n’en avait pas parlé à Thenetos. Et il ne faisait pas suffisamment confiance à ses nouveaux alliés pour leur en dire davantage.
- En sécurité, répondit-il. Moins nous serons à savoir où se trouve l’oeil de Kashnir, mieux ce sera.
- Altesse ! s’indigna Ovarif. Nous sommes vos amis ! Vous ne pouvez pas nous cacher une chose pareille !
- Oh, si, il le peut, sourit Karen, amusée. A sa place, j’agirais de même. Ne serait-ce que parce que les murs ont parfois des oreilles. Tant que l’oeil reste à l’abri, peu importe de savoir où. Evitez juste de mourir, Altesse. L’oeil serait alors perdu.
- Ne vous inquiétez pas pour ça, répondit Alexandre. Mais je n’ai pas terminé mes recherches sur Kashnir...
- Ah ? fit Ovarif.
- J’ai encore deux pistes. Des ouvriers sont à l’oeuvre dans le bureau de Tanaril de Ganor. Ils ont déjà descellé un grand nombre de pierres, sans rien trouver pour autant. Le travail est lent et difficile, mais j’espère qu’ils finiront par trouver.
- Trouver quoi ? s’enquit Karen.
Alexandre lui jeta un regard étonné.
- Vous n’êtes pas au courant ? Avant de mourir, Tanaril m’a révélé que je découvrirais un livre caché dans les murs de son bureau. Un livre rare qui m’expliquerait tout. A mon avis, il aurait dû le détruire mais il n’a pas pu s’y résoudre. Alors il l’a dissimulé dans un endroit connu de lui seul, qu’il pouvait surveiller en permanence. En espérant qu’il n’ait pas menti.
- Ca pourrait être une des clefs qu’il nous manque, approuva Ovarif. Il faudra attendre les résultats des travaux.
- Et l’autre piste ? demanda Karen.
- Onorius de Finglä. C’est lui qui m’a envoyé à Kridath. En outre, il était le seul à savoir qu’un mercenaire en avait après moi. Je pourrais même aller jusqu’à croire que c’est lui qui a averti les Migrodis à Kridath, même si ça paraît inconcevable. En tout cas, il en sait plus qu’il ne veut bien le laisser croire. Il faudra le surveiller.
- Mes hommes s’en chargeront, assura Karen. J’ai d’excellents éléments pour l’espionnage.
- Parfait, dit Alexandre. Je propose de nous séparer. Nous règlerons les autres détails quand nous aurons davantage d’informations. J’espère de tout coeur que notre association sera profitable.
Ovarif se leva pour lui serrer la main. Karen se redressa plus lentement, avec une grimace de douleur.
- Simple curiosité, lança Alexandre, qui vous a infligé cette blessure au ventre ?
- Namâric, répondit l’Elfe avec mépris. C’est moi qui commandait la force qui a tenté de le piéger à Bardok. J’aurais voulu me venger mais vous l’avez fait à la place.
Avec un sourire, elle ajouta :
- Ce démon de Namâric ne nous dérangera plus, à présent.
Alexandre hocha la tête.
- En effet. Je l’ai mis hors d’état de nuire. Définitivement.
Namâric sentait la vie s’échapper.
Il n’éprouvait nulle angoisse à l’idée d’affronter la mort. Il savait que, tôt ou tard, une de ses missions tournerait mal. Il avait vu suffisamment de ses hommes périr pour être conscient que son tour devait venir un jour.
En revanche, il regrettait d’avoir échoué. Il ne s’était pas montré à la hauteur. Il n’avait pas su obéir aux ordres. Il avait perdu tout ses hommes pour être finalement vaincu au combat. Et par-dessus tout, il avait laissé un souvenir vieux de quinze ans l’empêcher de mener à bien sa mission.
Les images lui revenaient pas éclairs. Les nouvelles alarmantes du Nord. Sa chevauchée éperdue pour rejoindre son village. Son arrivée au milieu du carnage. Les Orks, partout, massacrant les femmes et les enfants après avoir vaincu les hommes. Sa lutte désespérée pour les repousser. Le sang sur sa lame et son armure...
Et cet homme, envoyé là pour le tuer. Tout n’était qu’un piège. Un piège ignoble qui avait coûté la vie à sa mère. Sa rage. Le duel. Les lames tourbillonnant dans les flammes. Namâric avait donné tout ce qu’il avait, tout ce que sa formation lui avait appris. Mais il n’avait pas pu prendre l’avantage. La défaite. Et son adversaire qui, au lieu de l’achever, l’avait laissé à sa souffrance.
Namâric avait fini par le retrouver. Il s’était vengé. Et pourtant, la veille, à cause de cette scène, il n’avait pu tuer Alexandre. L’homme l’avait épargné. Et lui, Namâric, s’était senti obligé d’épargner le Prince à son tour. C’était absurde, illogique, il le savait. Mais il n’avait pas pu s’en empêcher. Sa conscience, mue par une force qui le dépassait, l’avait obligé à payer sa dette.
Pourquoi ?
Accessoirement, Namâric s’étonnait de n’avoir pas encore succombé. Frappé par le pouvoir des Bracelets d’Arzhan, il avait traversé un mur de briques avant d’être projeté hors de la ville, à un kilomètre du Palais Royal et cent bons mètres plus bas. Il gisait à présent dans l’herbe, incapable de bouger, les os brisés, son sang abreuvant la terre. Une douleur brûlante lançait chaque fibre de son corps, insupportable, même pour le guerrier chevronné qu’il était.
Après son échec, après le désastre dont il était responsable, avec cette souffrance insoutenable, Namâric n’aspirait qu’à en finir.
Mais il ne mourait toujours pas.
C’était incroyable. Il se savait résistant, mais survivre à une pareille chute doublée d’autant de blessures, tenait plus du miracle que des bienfaits d’une constitution solide. Et puis, il ne se trouvait pas loin des lignes elfiques. Quelques centaines de mètres tout au plus. Un éclaireur aurait déjà dû le repérer.
Namâric se replongea dans son souvenir. Il ne comprenait pas. Il se revoyait, à genoux devant son ennemi, désarmé et impuissant, brûlant de haine contre l’homme qui se dressait devant lui.
Avide de vengeance.
Et puis il avait prié. Prié, bien qu’il ne fût pas croyant.
« Si un dieu existe, alors qu’il me laisse vivre pour tuer cette ordure. »
L’homme avait levé son épée.
« Je vous en prie, laissez-moi le temps de lui régler son compte. En échange, je ferai tout ce que vous voudrez. »
C’était ça !
Alors seulement, une ombre s’était abattue sur eux. L’homme avait hésité, il était resté longtemps immobile. Puis il avait reculé, ramassé son casque et tourné les talons.
Namâric s’en souvenait à présent. Tout lui revenait en mémoire avec une précision inimaginable.
« Marché conclu, jeune Paladin. »
Une voix avait résonné à ses oreilles, il en était sûr. Sur le coup, il avait cru à un rêve. Mais maintenant, quinze ans plus tard, il comprenait que quelqu’un lui avait vraiment parlé. Quelqu’un lui avait laissé laissé la vie sauve, en échange de sa clémence future.
Namâric avait survécu ce jour-là, mais il lui était resté une dette. Une dette à remplir. Une vie à épargner.
Et il s’était trouvé forcé de régler cette dette. En renonçant à tuer Alexandre.
L’ironie de tout ceci le frappait. Une entité qui le dépassait avait poussé son adversaire à lui laisser la vie. Et elle était venue réclamer son dû.
Pour survivre ce jour-là, Namâric avait pris un engagement dont il n’imaginait même pas les conséquences. A cause de lui, dix Paladins Noirs étaient mort en vain.
Il aurait mieux fait de se laisser tuer par cet homme. D’accepter que sa vie prenne fin, quinze ans plus tôt.
« Mais non. »
Namâric aurait sursauté sans les blessures qui l’immobilisaient. Une voix venait de s’élever dans sa tête, il en était certain.
Non, pas une voix.
La voix.
Celle qu’il avait entendue ce soir-là, au milieu des flammes.
« Oui, c’est bien moi. Heureux que tu t’en souviennes. »
« Qui êtes-vous ? »
« Mon nom a-t-il vraiment une importance ? »
« Tout a de l’importance. »
« Soit. Je m’appelle Molloch. »
Namâric avait l’impression que sa vue s’obscurcissait davantage encore, comme si une ombre venait de cacher le soleil matinal. En même temps, la douleur s’atténuait.
« Comment faites-vous pour me parler ? »
« Mes pouvoirs te dépassent, mortel. Sache simplement que tous ceux qui me sont redevables ont un lien avec moi. Un lien indestructible. »
« Je ne vous suis plus redevable ! J’ai payé ma dette ! »
« C’est vrai. Au prix fort, on dirait, puisque maintenant tu vas mourir. »
« Laissez-moi ! Disparaissez ! »
« Voilà une triste impolitesse. Qu’ai-je fais pour mériter ton courroux ? »
« Vous m’avez trompé ! »
« Moi ? Je n’ai fait que t’accorder la vie il y a quinze ans, et t’en réclamer une autre cette nuit. Ca ne m’apparaît pas comme de la tromperie... »
« Par votre faute, j’ai échoué dans ma mission. Et je vais mourir. »
« Sans moi, tu serais mort il y a quinze ans. »
« Ca aurait mieux valu ! »
La voix se tut un instant.
« D’accord. Je t’ai joué un mauvais tour. Mais je ne suis pas un monstre, comme tu sembles le croire. Je suis prêt à te venir en aide à nouveau. D’ailleurs, je ne sais pas si tu l’as remarqué, mais c’est grâce à moi que tu survis depuis toute ces heures. Je maintiens ton corps en vie, je donne son impulsion à ton coeur, je retiens ton sang qui s’enfuit, et je dissuade les Elfes d’approcher. »
« Vous êtes très puissant, c’est bien. Et après ? »
« Je suis venu te proposer un nouveau marché. Te sauver une nouvelle fois. »
« Comment aviez-vous fait, il y a quinze ans ? »
« Quoi ? »
« Je suis curieux de nature. Comment vous y êtes-vous pris ? »
« Ton adversaire me devait une vie lui aussi. Il avait été choisi pour cette mission parce que son supérieur me devait un service. Ma chaîne d’influence est bien rôdée, tu sais. Je me prépare longtemps à l’avance. »
« J’en déduis que tout ça n’avait qu’un seul but : faire en sorte que le Paladin chargé de tuer Alexandre se trouve forcé de lui laisser la vie. »
« Exactement. Je protège Alexandre, car il a un rôle primordial à jouer dans l’avenir. »
« Fort bien. »
« Je disais donc que je suis prêt à te sauver à nouveau. Je guéris tes blessures et je t’ouvre une voie qui te permettra de fuir. Tu es Karalor, donc autonome. Si tu échoues dans une mission, tu n’es pas aussitôt puni. Tu as le droit de réparer ton erreur. En conséquence, ton Ordre n’enverra pas tout de suite ses hommes à ta recherche. »
« Vous me sauvez, et en échange je déserte ? »
« Exactement. »
« Si j’accepte, je devrai vous obéir une seconde fois, dans le futur ? »
« Tout à fait. La vie contre un service. Ca me paraît honnête. »
« Je refuse. »
« Quoi ? »
Namâric sentit une vague d’inquiétude parvenir jusqu’à lui. Sans aucun doute, Molloch avait peur.
« Vous m’avez piégé une fois. Ca ne se reproduira plus. Plutôt mourir aujourd’hui que de devoir mener encore des innocents à leur perte. »
« Mais... »
« J’ai percé votre nature à jour, Molloch. Vous êtes maléfique. Je ne vous suivrai pas. »
Des ondes de panique lui parvenaient à toute vitesse. Molloch s’affolait vraiment.
« De plus, poursuivit Namâric, je refuse de trahir l’Ordre. Si je survis, ce sera pour traquer et tuer Alexandre, comme on me l’a demandé. »
« Quelle loyauté imbécile ! Tu préfères mourir que trahir ? »
« L’Ordre est tout pour moi. »
« Idiot ! Ils te mentent, ils te manipulent ! »
« Je n’en crois rien. »
Une terreur folle grandissait en Molloch.
« Tu n’as pas le droit de briser la chaîne ! Si tu refuses, mon projet entier s’écroulera ! »
« Alors vous avez conçu des plans gigantesques, mais un simple grain de sable suffit à les détruire ? Tant pis pour vous ! Ca me rendrait même plutôt heureux ! »
La peur céda la place à une violente fureur.
« Alors meurs, ingrat ! »
La présence de Molloch se dissipa. Namâric sentit la douleur revenir, plus lancinante que jamais. Des sons parvinrent à ses oreilles.
- Qu’est-ce que c’est ? fit une voix d’Elfe. Un blessé ?
Des bruits de pas retentirent. Namâric vit des ombres danser devant ses yeux. L’une d’elles lui cacha le soleil.
- Retire-lui son casque.
Une main se posa sous son menton. Le métal glissa sur son visage.
- Un Elfe Noir ! s’exclama une voix marquée par le dégoût. Et pas encore mort ! Vas-y, Legor, tue-le !
Namâric sentit le contact froid de l’acier sur sa gorge. Ses facultés mentales s’éteignaient, mais il put entendre le bruit du vent dans les arbres. Il en déduisit qu’il avait atterri dans un petit bois. Malgré lui, son esprit fit une analyse de la situation.
Il se trouvait dans une forêt. Cinq ou six ennemis l’encerclaient. Il était blessé, désespérément incapable de se défendre. Tout juste si ses doigts remuaient un peu.
Namâric eut une pensée pour Molloch. Il avait su résister à la tentation. il avait peut-être ruiné les plans d’un démon. Il pouvait s’estimer fier de lui.
Le couteau se glissa sur le côté de son cou, prêt à trancher sa gorge.
Et sa main trouva le pommeau de son épée.
J´espère que ça vous éclaire suffisamment.
Namâric va s´en sortir, pourtant il ne peut techniquement pas. Je suis curieux de savoir comment ça va se passer.
Ah, la faute du jour : "d’innombrables canaux qui portait ", je te laisse trouver.
Ah, et sinon ben...toujours aussi bien, prenant, etc...dommage qu´il faille attendre 48heures avant de ravoir la suite.
Mais juste comme ça, sur les 319 pages (
), on en a lu combien? ![]()
Vivement Lundi. ![]()
J´adore le passage avec Namâric ! C´est sans doute le meilleur de toute ta fic :p Et voila qui révèle d´intéressantes perspectives ! ![]()
En fait le total fait 323 pages, et j´en ai posté 215.