Voila, juste un ptit essai, jvou passe le 1er chapitre :
CHAPITRE I : Introduction
La nuit est claire, pour une fois. À cette heure, même dans la Bordure extérieure, on dort. Entassés par dizaines dans de pauvres cabanes délabrées, au milieu des puces et autres parasites, ou tout simplement à la belle étoile.
Sous un pont de bois détérioré par le manque d’entretien, une femme est en train d’accoucher. Seule sa sœur l’assiste dans cette épreuve qui emporte ici une femme sur trois. C’est sa première naissance, et sa douleur est si intense qu’elle ne peut s’empêcher de hurler. Enfin, il est sorti. Il pleure, comme s’il savait déjà la misérable vie qui l’attend dans ce rassemblement de loques du monde. Mais il se calme vite, et contemple de ses yeux neufs sa tante qui le berce doucement. Sa mère est trop fatiguée, trop essoufflée pour s’occuper de lui tout de suite. Sa respiration est encore trop saccadée pour qu’elle puisse bouger beaucoup. Elle ne peut pourtant pas rester là toute la nuit, pas avec ce nouveau-né.
Après un bon temps de repos, elle se lève en s’accrochant à ce qu’elle peut, prend son fils dans ses bras et suit lentement, laborieusement, sa sœur. Cette dernière a peut-être une idée pour un endroit où dormir. Les rues sales faute de nettoyage sont désertes.
Une grande silhouette les attend à un angle, appuyée contre le frêle mur de bois. C’est visiblement un homme, plutôt grand, recouvert d’une longue cape noire à capuchon et de lourdes bottes. Le tout d’excellente facture. À leur approche, il se dresse sur leur chemin.
— Donne-moi l’enfant.
Sa voix est chaude, tout le contraire de ce à quoi on aurait pu s’attendre. Malgré cela, elle fait se dresser les cheveux des deux femmes sur leur tête.
— Ça va pas ? C’est mon fils.
— Ne t’inquiète pas, je ne lui ferai aucun mal. Au contraire, je le sortirai de l’immondice auquel tu le destines.
— T’es pas d’ici, toi. T’es un riche. Et p’t’être bien un noble, même.
— Il n’en sera que mieux avec moi. Pense un peu à lui avant de te tourner vers toi.
Toujours les humains et leur petite vie égoïste.
Tout en parlant, il avance vers elles. La mère donne l’enfant à sa sœur.
— Va-t’en ! Vite ! J’vais le retenir !
L’autre s’élance, imitée par l’homme. Malgré le peu de forces qu’il lui reste, la mère lui attrape le poignet. Avant qu’elle ait compris quoi que ce soit, l’acier tinte, lui sectionnant la main, puis revient en un large arc de cercle. La mère s’écroule, une plaie béante ouverte dans son ventre. Elle hurle. Pas très longtemps. Puis se tait. Pour toujours. Sa sœur court, sans se retourner.
L’homme saisit le poignard par sa lame poisseuse et l’envoie. Tournoyant. Droit sur sa cible. À plus de dix mètres, il l’atteint en plein dans le rein gauche. Elle trébuche, comme si son pied avait heurté un obstacle. Comme au ralenti, le nourrisson s’envole dans les airs, décrivant une courbe qui le ramènera immanquablement au sol. Il ne crie pas. Déjà, l’assassin de sa mère l’a rattrapé, parcourant la distance qui les séparait avec une incroyable vélocité. Il reprend son souffle. Cet effort lui a coûté en énergie. Il pose son fardeau par terre, retire son couteau du cadavre et l’essuie dans les pauvres hardes. Il tourne les talons et s’en va. L’enfant dans les bras. Il est soucieux.
La nuit continue. S’achève. À l’aube, deux corps sont retrouvés, à moitié rongés par les rats. Personne ne s’étonne, c’est si courant. On ne cherche pas à identifier les morts. La vie ici continue, miséreuse, affairée. Ou ne continue pas.
Si vous aimez, vous aurez la suite 