CHAPITRE 2 : L´OURAGAN
Koen était maintenant vêtu d´un pantalon de couleur indigo trop large pour lui et d´une armure d´acier surmonté d´une veste de couleur blanche. Ça n´était pas très confortable mais il ne discuta pas. Hey-Lin le mena en dehors du sombre lieu où le jeune garçon s´était réveillé, quelque temps avant. Il faisait nuit, Koen ne distinguait pas grand-chose. Ils arrivèrent devant une taverne en piteux état. Il y avait de la lumière à l´intérieur mais pourtant, Hey-Lin ne s´y arrêta pas. Il contourna le bâtiment. Là il y avait une sorte de trappe. Le vieux mage la souleva, laissant voir un escalier.
- Entrez là, murmura-t-il. Ils vous attendent.
Perplexe, Koen ne posa malgré tout pas de questions. Sans un regard vers Hey-Lin, il pénétra à l´intérieur de cette trappe. L´escalier était glissant et descendait vers une lueur de lumière. En faisant attention à ne pas tomber, il avança en retenant son souffle. Il entendait des voix qu´il ne comprenait pas. Arrivé en bas, il se trouva dans une petite salle avec une table en bois au milieu. La seule source de lumière provenait d´un feu flamboyant dans une cheminée au fond de la pièce. Trois hommes se trouvaient là, debout autour de la table en train d´examiner ce qui semblait être une carte.
- Ils sont arrivés par la mer, dit un homme mal rasé ayant de longs cheveux marron qui descendaient le long de son visage. Ils ont accosté à Oakvale.
- Pourquoi commencer par Oakvale ? demanda un blond vêtu d´une armure de plates radieuse. C´est stupide ! Il ne se passe jamais là-bas. Ils se sont fatigués pour peu de choses, ils auraient dû commencer directement par la Guilde.
- Non, répondit un type très corpulent à la voix rauque. Ils ne semblaient pas vouloir détruire les forces de l´Albion. D´ailleurs ils n´avaient pas l´air d´avoir reçu l´ordre d´attaquer. Personne n´a été agressé d´après les Kairi. Je pense qu´ils cherchaient quelque chose.
- Exact, reprit le premier. Ils ont décris des cercles autour de Oakvale en s´éloignant de plus en plus. S´ils avaient voulu mettre l´Albion à genoux, ils n´auraient pas adopté cette stratégie. Elle est trop lente et fatigante, arrivés à la Guilde nos guerriers les auraient massacrés.
- Arf, lâcha le gros, de toute façon, l´Albion est déjà à genoux depuis que…
Un silence pesant engloba les trois hommes. Koen n´avait pas bougé. Il était totalement perdu, ne comprenant rien à ce qu´il se passait devant lui, ni à rien d´autre d´ailleurs.
- Ah… te voilà, souffla soudain une voix glaciale derrière lui, une voix qu´il avait déjà entendu.
Le jeune garçon se retourna brusquement. Devant lui se trouvait un homme tout vêtu de noir. Koen ne distinguait rien de son visage à cause du manque de lumière, hormis ce regard, ce regard dur et froid qui luisait dans la pénombre, ce regard qui le pétrifiait, juste ce regard dans cet infini d´obscurité. Et puis, quelque part dans sa tête, quelqu´un parla, ou gémit plutôt. Le garçon regarda le sol ténébreux et fronça les sourcils. Qu´entendait-il ? " …Halona… Al… où…"
- Ça ne va pas, Koen ? murmura la voix avec une certaine indifférence.
Le jeune garçon leva les yeux vers ce mystérieux homme. Le gémissement s´était tut, laissant place à un léger mal de tête. Koen rougit :
- Je… Si…
- Alors, ne reste pas planté là. Entre.
L´homme s´avança sans bruit et contourna la table pour se poster devant la cheminée, les deux mains face aux flammes.
- Seiroth, s´exclama le blond d´une voix faible et mal assurée. Toujours aussi chaleureux à ce que je vois.
- Ta gueule Marco, grogna le corpulent. Regarde plutôt ce qu´il nous amène.
Il s´était tourné vers Koen. Les deux autres en firent autant. Le jeune garçon s´avança alors, ne laissant rien paraître de son trouble. Il hocha la tête en signe de salutation.
- Et ben, fit Marco en se retournant vers la table pour s´asseoir sur un vieux tabouret. Encore un de ces asociales à pisser dans son froc, ajouta-t-il en tirant vers lui une chope de bière.
- Fais pas attention à lui, dit le corpulent à Koen. J´m´appelle Sakis. L´autre là-bas avec ses tifs crados c´est Hilwan.
Le dénommé Hilwan salua Koen d´un signe de main et s´assit à côté de Marco. Il tira vers lui la carte qu´ils examinaient tout à l´heure.
- J´ai cru comprendre que t´es nouveau ici, reprit Sakis. J´suppose que le vieux Hey-Lin t´as expliqué un peu.
- Euh… non, dit Koen.
- Hey-Lin m´insupporte, souffla Seiroth. Ce garçon ne sait rien, il a perdu la mémoire. Fais vite, Sakis.
- Mhh… Je vois, fit le corpulent en regardant Koen. Alors, écoute-moi. Tu as devant toi l´OURAGAN, le groupe le plus haït de la Guilde. C´est moi qui aie choisi le nom. Depuis le cataclysme qui a détruit l´Albion, les Grands ne font que bavasser dans leur Conseil à la noix, les choses n´avancent pas. Nos terres sont en crise et personne ne fait rien. Alors nous, on a décidé d´agir. Les royaumes externes à l´Albion se font de plus en plus hostile. Chaque jour les Kairi nous rapportent des nouvelles de plus en plus inquiétantes.
- Les Kairi ? interrogea Koen.
- Ce sont nos espions en quelque sorte. Ils ont une forme humaine, mais ils ne le sont pas. Ils arpentent le ciel de l´Albion et nous rapportent ce qu´ils voient ou entendent.
- Tu parles, hoqueta Marco en se resservant de la bière. Ils sont à la botte de Hey-Lin, tous aussi cinglés que lui.
- Ces temps-ci on a remarqué des mouvements bizarres du côté d´Oakvale, continua Sakis comme si de rien était. On pense que ce sont des Externes. Mais l´Albion est une terre pauvre et déchirée, alors on ne comprend pas ce qu´ils viennent chercher ici. Il n´y a que des taudis où s´entassent les gens.
- Ça suffit Sakis, soupira Seiroth. Il faut faire vite.
- Où va-t-on ? demanda Koen.
- A Oakvale, répondit Sakis.