CHAPITRE 22
La petite bande marchait depuis quelques heures dans la montagne, dans le froid, dans le vent glacé qui soufflait inlassablement sur ces terres. Ils avançaient lentement car le petit chemin caillouteux sur lequel ils marchaient étaient souvent encombrés par des roches et des débris divers. Seiroth n’était pas là, toujours aussi enivré de solitude. Soudain, derrière un virage, ils se trouvèrent nez à nez avec une pancarte marquée « Grotte de Krolan – Krolan : 3 km ».
- Ah, je vois qu’on est bientôt arrivé, s’exclama Hilwan. Cependant, restez sur vos gardes. Cette grotte ne m’inspire pas confiance.
Koen inspecta l’entrée de cette grotte. Elle était formée d’une roche très sombre, presque noir, comme du charbon sauf qu’elle n’avait pas l’air de pouvoir s’effriter. Au-dessus, il y avait de longs pics dangereusement pointus qui semblaient très coupants. A l’intérieur, il faisait très sombre. Après un regard vers Hilwan, Koen s’avança dans l’obscurité de la grotte. Une atmosphère peu rassurante régnait dedans. Il faisait extrêmement froid, et c’était très humide.
- Entrons, murmura Koen.
Il pénétra dans la grotte et marcha quelques mètres. Au fond, il apercevait une légère lueur. Il entendait la respiration de Hilwan derrière lui, ce qui lui donna un peu plus de courage. Doucement, il marcha vers l’éclat de lumière devant lui.
- Vachement sympatoche cette petite grogrotte, souffla bruyamment Sakis.
- Chuuut ! pesta Marco.
Koen arriva à un virage qui tournait vers la droite, et il vit que la lumière venait d’une petite lampe à huile posée au sol. En faisant le moins de bruit possible, il se plaqua contre le mur et jeta un coup d’œil sur le chemin qui partait à droite. Un couloir sombre et désert. Il s’avança alors et il lui sembla entendre des chuchotements devant lui. Il pressa donc le pas, toujours suivi du reste du groupe. Le chemin tournait à ce moment-là à gauche, et après ce tournant, Koen vit devant lui deux silhouettes.
- Restez-là, fit-il en s’avançant. Je vais voir.
Il se trouvait juste à quelques mètres des deux êtres, quand l’un d’eux cria :
- P’t’être jolie, mais qu’est-ce que t’es insolente ! Si tu crois que t’vas t’en sortir comme ça. Sale peste !
- Pff… et il croit qu’il me fait peur, murmura une voix qui semblait féminine.
- J’vais te déchirer les yeux, et je les mettrai sur ma paillasse avant de m’endormir, et je les sucerais, oooh…
- Porc.
L’homme éclata d’un rire dépourvu d’intelligence, leva son poing en l’air et l’abaissa sur la personne en face de lui. Un gémissement étouffa dans l’obscurité de la grotte.
- Enfoiré, lâcha la personne à la voix féminine.
Soudain, une lueur éclaira un instant son visage, et Koen la reconnut.
« Elle ! »
La jeune fille qu’il avait aperçu à Knothole, le regard lumineux, comme celui d’un ange plongé dans un éclair de cette humanité.
Pris d’une impulsion soudaine, Koen fonça sur l’homme qui se tenait devant la jeune fille. Quand il entra en collision avec le type, un craquement retentit, et l’homme hurla de douleur.
- Mon dos vindieu ! brailla-t-il.
- Profites-en, bientôt tu le sentiras plus, ricana Koen.
D’un geste froid, brutal et rapide, il poussa l’homme au sol, le faisant tomber à genoux, puis, après avoir empoigné une touffe de ses cheveux gras, il leva sa jambe et alla écraser son pied dans le dos de l’homme qui poussa un cri déchirant.
- Ici commence la nuit noire de l’âme, chanta Koen alors que l’homme agonisait à ses pieds.
Puis, Koen leva les yeux vers la jeune fille. Il la devinait presque, il l’entendait presque respirer, il sentait presque son souffle sur son visage, il distinguait presque le bruissement des battements de son cœur, il la touchait presque. Il avait l’impression de ne plus être dans son corps tant ce qu’il ressentait lui semblait irréelle. Quelque chose frappait contre son cœur, comme pour dire « Laisse-moi sortir, j’étouffe ». Il tremblait, il avait chaud mais si froid à la fois, il avait envie de crever tant ce qu’il ressentait lui faisait peur. Puis, comme une ombre s’effaçant dans le brouillard, elle se retourna et disparut dans le couloir.
- Eh ! appela Koen. Attends-moi !
Il courut devant lui, le plus vite possible. Mais une intersection de deux chemins s’offrit à lui. Totalement au hasard, il pris à gauche. Il avait l’impression qu’il allait vomir ses poumons dans une mare de glaire et de sang ; il avait si peu l’habitude de courir… C’était comme s’il respira du gaz carbonique à la place de l’oxygène qui régnait dans l’air. Puis, il tomba nez à nez avec un tas de rochers qui avait du tombé du plafond effondrer.
- Merde, murmura-t-il.
Il posa ses mains sur l’une des pierres et s’appuya dessus.
- MERDE ! hurla-t-il en frappant haineusement un rocher avec son pied.
Il cracha agressivement sur ce mur de pierre, puis, se disant qu’il la retrouverait de toute façon, même s’il fallait raser Therion pour ça, il repartit en arrière…