CHAPITRE 6 : L´ombre de ville
En entrant dans Barrow Field, Marco et Sakis étaient épuisés. Le reste du groupe semblait capable de parcourir encore des kilomètres, mais il était tout de même content d´arriver enfin. Le trajet de l´ex-camp de Darkwood à ici s´était passé sans encombre. Hilwan avait apparemment eu raison : avec Seiroth, ils ne risquaient rien. Et Koen le croyait même après l´expérience surprenante qu´il avait eue à la chapelle de Skorm.
Barrow Field était presque aussi sinistre que Darkwood. Le sol était composé de terre et de cendre. Des marchands avaient plantés des tentes à côté du chemin pour vendre leurs articles. Ils regardaient le petit groupe d´un mauvais œil. Sakis s´approcha de Koen et le prit par l´épaule :
- Tu devrais essayer de vendre ton épée de fer, proposa-t-il.
Koen se dégagea de son étreinte, le regarda et hocha la tête. Il n´aimait pas beaucoup qu´on le touche comme cela. Suivant le conseil de Sakis, il s´approcha d´un marchand qui vendait des armes. Le type le dévisageait, méfiant.
- Vous m´en offririez combien ? demanda-t-il en montrant son épée, sans dire bonjour.
- Mhh…, fit le marchand pensif. Lame de fer, bonne qualité, peu d´utilisation, légère, souple. 150 pièces d´or, pas plus.
- Je vous la vends 200 en nettoyant la lame.
- Vous rigolez ! Et si je refuse ?
- Et si je ne vous laisse pas le choix ?
Le marchand fut secoué d´un léger tremblement. Ce fut presque imperceptible, mais Koen avait apparemment un don pour remarquer les plus petits détails des réactions des gens. Le vendeur prit l´épée, la soupesa puis la posa sur un tapis à sa droite où étaient déjà exposées plusieurs armes. Puis, il fouilla dans une bourse accrochée à sa ceinture et en sortit quelques pièces d´or en les tendant à Koen.
- Vous êtes de la Guilde, ça se voit, déclara-t-il. Prétentieux et arrogant, à se prendre pour le nombril du monde, agressif, pas de merci ni de bonjour ! A quoi vous servez ici ? ! Vous et les Grands, vous vous pavanez mais vous ne valez rien !
Koen le pris par le cou et approcha son visage à quelques centimètres de celui du marchand en le regardant droit dans les yeux.
- Tu ne sais pas qui je suis, cracha-t-il. Tu ne sais pas à quoi je pense. Tu ne sais pas ce qu´il se passe en moi. Tu ne sais pas ce que je peux ressentir ni le pourquoi de ce que je dis ou fais. Alors garde le silence si c´est pour dire ce genre de choses. J´ai envie de briser, j´ai envie de détruire.
Il se tut. Le marchand respirait fort et transpirait. Koen le sentait trembler. Il le lâcha et s´éloigna vers son groupe qui discutait avec un autre marchand. Seiroth n´était pas là.
- Des hommes habillés en rouge et encapuchonné vous dites ? demanda Sakis au marchand.
- Un peu, vindieu, lança l´autre. Ils tournoyaient autour de nous. Y´a le grand Don Godondo de la ville d´à côté qui nous a dit qu´il pensait qu´ils cherchaient que´que chose. Pensez bien qu´on allait po leur demander nous !
- Mhh… je vois… Merci m´sieur.
- Bah d´rien mon gars, à vot´ bon plaisir !
Sakis se retourna et entraîna le petit groupe au bord de la rivière de Barrow Field. Ils s´assirent par terre, et Marco enleva ses bottes pour tremper ses pieds crasseux dans l´eau. Koen les rejoignit et s´adossa à un rocher.
- C´est bizarre cette histoire, commença Sakis. Vous avez entendu ? Des types emmitouflés dans des blouses rouges, comme ont l´habitude de le faire les gens de Therion, alliés de l´Albion ! Pourquoi est-ce qu´ils pénètreraient dans nos terres sans prévenir les Grands alors que c´est ce qu´ils ont toujours fait avant cela ? Quelles raisons auraient-ils à venir ici incognito ?
- Tu sembles étonné de cette nouvelle, remarqua Koen. Et je te comprends, mais les Kairi ne vous avaient pas prévenus ?
Sakis eut un léger rire et Hilwan sourit. Marco quant à lui pouffa avec moquerie.
- Désolé, se reprit Sakis. C´est que… les Kairi voient en noir et blanc ! Ça parait stupide comme ça. Ils savent voler mais ça ne les empêche pas d´avoir cette anomalie si rare chez l´humain. Enfin quoi qu´il en soit, je suis de plus en plus surpris par cette histoire…
Survint un silence où tout le monde était plongé dans ses pensées. Puis, Seiroth arriva et se posta à quelques mètres du groupe, fixant la rivière. Marco le regard en faisant la mou, ce qui fit rire Sakis.
- Bon, fit Hilwan, il fait bientôt jour. Entrons dans Oakvale.
- Ouaaais ! poussa joyeusement Marco. Ma bière ! J´veux ma bière !