CHAPITRE 4 : Marche ou crève
Depuis son réveil à la Guilde, Koen n’avait pas eu le temps de réfléchir et d’analyser sa situation. Il avait appris et de ce fait compris beaucoup de choses, mais cela avait entraîné de nouvelles questions. Déjà, la grande interrogation provenait de lui-même, de ses origines, de qui il était. Il avait l’impression de découvrir quelqu’un, d’être un inconnu par rapport à lui-même. Et puis toutes ces questions… Qui avait provoqué ce cataclysme ? Comment ? Dans quel but ? Que voulaient les Myriads ? Que cherchaient-ils ainsi, à marcher si longtemps juste parce que des " êtres" ( car Sakis n’avait rien précisé d’autre) avaient débarqué dans cette ville, Oakvale ? Là où, d’ailleurs, Hey-Lin avait dit avoir trouvé Koen. Et qu’était-ce ces visions qu’il voyait quand Seiroth l’approchait ou le touchait ? Il se sentait perdu.
" Peu importe, pensa-t-il en fermant les yeux pour dormir. Je n’ai aucun autre but que de les suivre ici et aucun autre moyen d’éclaircir tout ça."
Quand Koen se réveilla, Sakis et Hilwan était devant un feu en train de griller du poisson alors que Marco était dans son coin en train de siroter de la bière, couché face au ciel. Koen les observa tour à tour. Sakis était vêtu simplement de vêtements déchirés par endroit. Il avait des sortes de poignards en fer greffés à chacun de ses bras. Il était chauve et avait une barbe noir. Hilwan était mal rasé et avait de longs cheveux marron et gras. Il portait un arc et des flèches dans son dos. Marco, quant à lui, était blond aux yeux bleus, vêtus richement. Une dague en acier était nouée à son pantalon. Il semblait toujours sûr de lui, mais Koen le voyait à ses yeux : c’était un trouillard.
Koen s’approcha du feu.
- Ah ! Tu es réveillé, lui lança Sakis. On part bientôt. On attend le retour de Seiroth. Tiens d’ailleurs… hey !
Seiroth venait juste de passer à côté d’eux, se dirigeant vers la sombre entrée de Darkwood. Hilwan se leva rapidement et le suivi. Koen ramassa son épée et le suivit alors que Sakis se levait avec hâte en soupirant, s’enfilant gloutonnement un poisson au passage.
- Heey ! cria Marco. Attendez-moi bande de...
Il trébucha et se releva avec une main. Par réflexe, il lâcha son fût de bière.
- Rhâââ ! brailla-t-il. Bande d’enfoirés ! Regardez à cause de vous ! Qu’est ce que j’vais faire moi !
- Tais-toi, Marco, lui dit Sakis. Tu vas te retrouver tout seul dans ces bois si tu te dépêches pas.
Grommelant, il rattrapa le petit groupe. Il était couvert de bière et se léchait les mains pour ne pas en perdre une goutte.
Tout le monde marchait silencieusement, écoutant le moindre petit bruissement de la forêt. Elle semblait vivante. Koen avait même l’impression d’entendre le souffle de sa respiration. Parfois, on entendait un cri, comme un celui animal, un bruit aigu qui résonnait dans la nuit. A chaque fois, Marco gémissait. Et on entendait Sakis grogner « Mais tu vas la fermer… »
- Nous arriverons bientôt à l’ancien camp de Darkwood, fit Sakis tout bas, au bout de quelques heures. Là bas il y a la chapelle de Skorm. Elle n’a presque pas été abîmée malgré le cataclysme. Certains disent qu’il y a encore des fidèles qui traînent là bas pour faire des offrandes à leur Maître.
Ils arrivèrent dans une clairière où gisait des tas de cendre et des vestiges de bois.
- La chapelle de Skorm est au bout du chemin de droite, annonça Sakis en montrant une route de terre au loin. Hilwan, est-ce qu’on peut se reposer un peu ici ? Je n’ai pas l’habitude de marcher autant.
- Ouais pis moi j´en ai marre, cria Marco. Plus de bière ! Mal aux basques ! Faut pas déconné non plus ! Et pis ce guignol qui…
- Tais-toi Marco, ordonna Hilwan d´un ton froid. Tu fais trop de bruit. On va rester un peu ici. Faites un feu. La nuit tombée, Darkwood est encore pire que Hook Coast de jour.
Pendant que Sakis et Marco ramassait du bois et que Hilwan préparait l´emplacement futur du feu, Koen remarqua que Seiroth marchait lentement en direction de la chapelle. Il le suivit. Au bout de quelques mètres, Seiroth s´arrêta et pencha sa tête sur le côté.
- Viens Koen, murmura-t-il. Je vais te montrer quelque chose.
Le jeune garçon le suivit sans parler, sur ses gardes. Ils arrivèrent devant la chapelle. Malgré quelques fissures et tuiles manquantes, elle était en parfait état. L´endroit était silencieux. Seiroth se retourna vers Koen, et celui-ci le regarda enfin avec attention.
Seiroth était vêtu d´un manteau noir qui descendait jusqu´à ses pieds, eux-mêmes habillés de larges bottes dont la semelle était faite en acier. En dessous, son torse était recouvert d´une armure de plates noire, avec une sorte de fissure brillante au milieu, de couleur rouge. Il avait de longs cheveux gris cendrés qui descendaient presque jusqu´à ses fesses. Un visage fin, des lèvres pincées, un nez court, et puis… ce regard qui avait brillé avec tant de force dans la pénombre de la cave d´OURAGAN. Ce regard étincelant, si dur et si froid, cette lueur à vous glacer les os, sans émotion.
- Je sens quelque chose, souffa-t-il en fermant les yeux.