CHAPITRE 9 : Le " sexe fort" démunie ( suite)
Les deux jeunes garçons entrèrent dans Oakvale. Koen avait rangé la perruque à l´intérieur de sa veste blanche. Soudain, sur sa gauche, il remarqua une maison avec une fenêtre ouverte. A tout hasard, vérifiant que personne ne le regardait, il alla l´inspecter. Cela donnait sur une chambre. Sur l´un des lits, il y avait une affreuse robe grise. Marco l´avait vue aussi.
- Tu ne vas tout de même pas la voler ? demanda Marco.
- Je n´aime pas prendre ce qui ne m´appartient pas, répondit Koen. Mais parfois on n´a pas le choix. Si j´en ai l´occasion, je la rendrais. Fais le guet en attendant. Si quelqu´un arrive, frappe contre le volet.
Marco acquiesça, sortit un flacon qui devait contenir de l´alcool et s´appuya le dos contre le mus de la maison. Pendant ce temps, Koen enjamba la fenêtre, atterrissant sans bruit de l´autre côté. La maison était silencieuse. Il remarqua une table sur sa gauche où étaient posés quelques livres. Il les effleura d´une main, lisant les titres au passage. " Sorcellerie en Haut Trouble". " Les éclairs de l´Abîme". " Necrophiltion". Le visage de Seiroth apparut dans sa tête. Il sourit, comme rassuré par cette vision.
Détournant son regard des livres, il alla prendre la robe, sans l´inspecter en détail, la glissant sous sa chemise. Il ouvrit silencieusement la porte de la chambre. C´était une sorte de salle à manger avec une cheminée sans feu au fond. Au milieu, il y avait un bac remplit d´eau.
- J´en ai de la chance aujourd´hui, murmura Koen.
Il sortit la perruque et la plongea dans l´eau qui devint presque aussitôt brunâtre, voir rougeâtre.
- Elle a pas l´air très net ta vie, vieillard…
Il la frotta jusqu´à ce que le plus gros de la crasse s´efface dans l´eau. Puis il l´essora délicatement, pour ne pas risquer de l´abîmer. Soudain, il entendu un claquement de porte. Ça venait de la chambre, il en était sûr. Peut-être était-ce Marco qui l´avertissait d´un danger !
Sans réfléchir plus longtemps, il courut à pas légers vers la porte de la chambre, sautant par-dessus la fenêtre. Marco était là, calme et serein. Il n´avait même pas remarqué Koen.
- Pourquoi m´as-tu appelé ?
- Hein ? bafouilla Marco. Ah t´es là !
- Evidemment que je suis là. Pourquoi as-tu fait le signal ?
- Mais… je n´ai rien fait ! Je n´ai pas bougé de là. Et j´ai rien vu, rien entendu.
Il avait l´air sincère. Koen fronça les sourcils en réfléchissant. Peut-être était-ce encore l´une de ses hallucinations. Sans parler, il s´éloigna de la maison, allant vers une plage déserte qui se trouvait en face de la maison.
- Hey ! appela Marco. T´as trouvé leur réserve de bière ou quoi ?
Koen ne répondit pas, s´avançant vers la mer.
- Retourne-toi, fit-il. Je vais mettre cette robe.
Marco obéit. Koen retira son large pantalon, son armure, ses bottes et sa veste, se retrouvant en slip. Jetant un regard vers Marco qui était toujours dos à lui, il enfila rapidement la robe. Elle était très peu confortable. Il ressentait des picotements de partout. Il fit une sorte de baluchon avec sa veste et y fourra ses affaires. Puis, après une dernière inspection, il mit la perruque.
- De quoi j´ai l´air ? questionna Koen en se retournant vers Marco qui en fit de même.
- Euh… pour tout dire… t´as superbement l´air con, mais avec une finition by Marco qui voulait être coiffeur quand il était petit, ça devrait le faire.
Marco s´approcha de Koen, retroussa les manches de la robe, rajusta la perruque, passa deux coups de mains sur les épaules pour y chasser la poussière, avant de se faire repousser par Koen.
- Bon, ça va allez là, grogna-t-il.
- Excuse-moi mais je vise toujours la perfection, sourit Marco. Tu vois là, tu pourrais presque me faire fondre. Quelle classe ma belle !
- Pff…
- Robitude et vieux hareng de mocheture, nous voilà !
Les deux garçons se rendirent donc à la Robitude. Marco se cacha dans la ruelle en face du magasin après avoir donner un peu d´argent à Koen puis celui-ci s´approcha du " vieux hareng de mocheture".
- Bonjour madeûmoiselle, salua le hareng avec un sourire du genre " dents pourris".
Koen répondit d´un signe de main, fuyant l´abominable odeur de l´haleine de la vieille femme. Il pénétra dans la Robitude. Il y avait quelques clientes qui regardaient les robes. A son entrée, une vendeuse s´approcha de lui.
- Bonjour madame ! clama-t-elle. Qu´est-ce qui fout ferait plaisir ?
Koen éclaircit sa voix en toussant.
- Euh, commença-t-il avait une voix suraiguë qui le fit sursauter. Je voudrais remplacer cette affreuse robe, hihihi !
Ce rire était presque hystérique. Il ne s´était jamais senti aussi stressé depuis son réveil à la Guilde. Mais apparemment, la vendeuse ne trouvait rien d´anormal chez lui. Elle lui sourit et, rapide comme l´éclair, lui tendit une robe d´un rouge pourpre superbe.
- Je vous propose celle-ci, dit-elle. Nous la vendons à moitié prix puisque c´est la fin du stock de la semaine dernière ! C´est que ça part vite dans cette ville. Les femmes aiment l´élégance et le raffinement, et nous répondons à leurs désirs avec plaisir !
- Euh… Oui !
- Venez avec moi, allez l´essayer !
Elle l´entraîna par le bras vers le fond du magasin là où il avait des petites cabines en bois recouvertes de drap d´un blanc virant au gris. Elle le poussa dedans en lui tendant la robe. Il ne résista pas, lui qui détestait tant qu´on le touche. Promptement, il se déshabilla et enfila la robe rouge. Puis, il remarqua la présence, d´une sorte de miroir improvisé qui était en fait un morceau de verre grossièrement taillé et fissuré par endroit. Retirant lentement sa perruque, Koen découvrit son visage…
Il avait des cheveux roux de taille moyenne, en bataille, un visage fin, des petites lèvres pâles. Il caressa son visage. Ses yeux étaient d´un noir jaie, et il y avait une petite lueur bleue foncée qui régnait à l´intérieur de sa pupille. Il était plutôt maigre, mais il ne manquait pas de force. Il se sourit, de ce sourire froid qui lui faisait penser à Seiroth. Puis il remit la perruque et sortit de la cabine. La vendeuse avait l’air ravie.
- Elle vous va à merveille !
- Elle me plait, je vais la prendre, répondit Koen en reprenant cette voix suraiguë qui l’indisposait tellement. Je vais prendre… euh… encore ces deux-là !
Il prit deux robes au hasard.
- Mon instinct me pousse à faire des choses bizarres, fit-il en partant d’un rire forcé parfaitement ridicule.
La vendeuse sourit avec gène, puis lui demanda si c’était tout ce qu’il voulait avant de prendre l’argent qu’il lui tendait. Il sortit précipitamment avec ses robes. Marco siffla en le voyant arriver.
- Madame ! s’écria Marco lentement. Vous êtes libre ce soir ?
- Attention, Madame mord, murmura Koen. Allez viens, on va être en retard…