CHAPITRE 5 : Swallow
Seiroth semblait bouillonner de l´intérieur. Sa bouche était légèrement entrouverte et Koen avait l´impression qu´une gigantesque énergie émanait de lui. Un léger souffle de vent caressait leur visage, de plus en plus fort. Une sensation de danger imminent gagnait Koen. Pourtant, il resta calme, sans pour autant relâcher son attention. Soudain, Seiroth ouvrit les yeux :
- Montre-moi Koen, fit-il comme en imitant le bruissement du vent. Ils arrivent.
Quelque chose défonça la terre en se propulsant vers le ciel à droite de Koen. Le jeune garçon brandit immédiatement son arme, surpris par cette réaction qui avait semblé être un réflexe. La chose atterrit derrière lui. Sans hésiter, il vit un tour sur lui-même, son épée tendue droit devant lui. Ce devait être un squelette car quand l´épée rencontra la chose, elle explosa en des gerbes d´os. Et puis, tout autour de Koen, le sol se craquela, laissant apparaître des mains osseuses et terreuses. Des monstres d´os sortaient du sol. Sur certains pendaient des lambeaux de chairs à l´aspect répugnant.
Koen perçut quelque chose monter en lui et le pousser à jouer avec ses monstres, à les entraîner dans une danse macabre qui les détruirait un par un. Il ferma les yeux, baissa la tête, fit deux pas sur la gauche et élança son arme autour de lui en un saut tournoyant. Il sentit le choc du fer contre les os, il entendit les choses exploser et hurler de leur défaite humiliante. A ce moment-là, rien n´avait plus d´importance que l´extermination de ces monstres pour lui. Il planta sa lame dans le " ventre" d´un squelette et la souleva d´un geste vif, déchirant le monstre jusqu´à la tête.
Soudain, un éclair rouge venu du ciel vint frapper chaque squelette, les réduisant ainsi en un tas de cendre. Koen roula en arrière pour éviter de se faire lui aussi carboniser, rangeant son épée dans son dos en même temps. Seiroth lui faisait face, calme, ses lèvres redressées en un léger sourire qui lui donnait l´air d´un névrosé.
- Tu me surprends, souffla-t-il d´un ton doux. Suis-moi à l´intérieur.
Il se retourna pour s´enfoncer dans l´obscurité de la chapelle. Sans peur, Koen s´y engouffra à son tour. C´était petit et étroit. Au fond, il y avait un autel de forme circulaire avec quelque chose dedans, quelque chose qui ressemblait à un crâne, un crâne recouvert d´un morceau de chair sanguinolente. Plantée dans cette viande crasseuse et visqueuse, il y avait une épée, une épée qui propageait une légère lumière autour d´elle. Seiroth regardait Koen avec attention.
- Approche-toi, dit-il doucement. Détache-la de sa prison de chair.
Koen observa un instant Seiroth, puis, à pas lent, il avança vers l´autel. Il regarda l´arme, puis son socle sanglant. Il posa sa main sur le manche de l’épée et un souffle glacé l´envahit. Il ne voyait plus rien, peut-être avait-il fermé les yeux. Il eut l´impression d´être soulevé. " Cela… fait si longtemps…" souffla une voix. Tout son corps était parcourut de tremblements. " Tant d´année… d´attente… de souffrance…" Quelque chose vibrait en lui, quelque chose lui parlait, lui griffait les bras, le glaçait mais l´enivrait à la fois. " Libère-moi… et je t´offrirai… ce que je n´ai pu lui donner…" Avec délicatesse, Koen la tira, la souleva, la porta contre lui.
- Appartiens-moi…, susurra-t-il.
Une explosion de lumière envahit la chapelle. De partout, des chuchotements résonnaient, appelaient, criaient, geignaient. Les mains de Koen le brûlaient, mais pourtant, il ne lâcha pas prise. Il avait mal, mais ne disait rien. Il avait l´impression que ses membres se déchiquetaient, mais il ne voulait pas lâcher. Peu à peu, il lui semblait qu´il regagnait le sol et que cette puissance qui l´avait envahit faiblissait, ou tout du moins, s´assoupissait.
- Elle t’a choisi, dit Seiroth en un souffle. Viens maintenant… Rejoignons les autres.
Seiroth sortit de la chapelle. Koen contempla l’épée. Elle émettait toujours sa faible lumière. Le garçon la rangea précautionneusement à la place de son ancienne épée, dans son dos. Il allait sortir de la chapelle, quant il entendit " Mon nom est… Swallow…". Il acquiesça, et sortit.
Seiroth ne l´avait pas attendu. Il rentra donc seul au camp, sans un regard en arrière, pensif. En arrivant, tout le monde était près à partir. Il s´approcha de Sakis en lui tendant son ancienne épée.
- Tiens, je n´en ai plus besoin, fit-il.
- Garde-la, tu pourras la vendre à Barrow Field. Ils achètent à bon prix là-bas. Bon, allons-y. Comme ça on y sera avant le levé du jour.
- Ouais magnez-vous, beugla Marco. J´veux ma bière moi !
La dague du blondinet hargneux tomba tout à coup au sol. Comme guidé par un pressentiment, Koen posa son regard sur Seiroth. Le mystérieux homme avait les yeux fixés sur Marco, et il sembla à Koen qu´une lueur bleuâtre les animait. Seiroth se retourna lentement et commença à s´enfoncer dans la forêt, en direction de Barrow Field, suivit par Hilwan. Le petit groupe se remit donc en route. Marco était en train de nouer sa dague à son pantalon avec une ficelle quand il s´aperçut qu´il était tout seul. Terrorisé, il courut rattraper les autres.
- Bande de lâches ! hurla-t-il. Bande de… de larves décrépis ! Bande d´oignons pourris ! J´vous hais ! J´vous hais !