Je fais souvent des rêves d’une étrange violence depuis tout petit. Des rêves qu’un enfant de 6 ans n’était pas supposé faire. Et pourtant…
A l’époque j’étais parait-il terrorisé par ce que je vivais la nuit. Somnambule parfois, je faisais des crises à faire pâlir un exorciste. Un spécialiste n’a pourtant rien relevé à l’exception d’une maturité sensiblement au-dessus de mon âge et d’une imagination débordante.
Ah pour l’imagination, mon bestiaire était bien garni et mes histoires toujours sanglantes.
Puis j’ai grandis dans mes deux vies.
Et comme éveillé j’ai appris à contrôler plus ou moins les choses en dormant. Malgré un sommeil très prolifique dans un imaginaire toujours aussi dérangé.
J’ai parfois l’impression en me réveillant le matin, avoir vécu une vie entière la nuit durant.
Certain de mes rêves semble tellement longs, tellement beaux, tellement utopiques que j’ai du mal à en sortir. Si bien que la période où l’on émerge est parfois un tremplin vers un vortex qui me ramène dans le même rêve sous une autre spirale souvent moins rose. Car il va falloir se lever !
Le vrai réveil est souvent brutal traduit par une fin tranché dans le vif et souvent funèbre.
Parfois dans mes rêves conscient (90% des cas), où je me rends compte que je suis endormi (mais pour autant dans ces moments l’ampleur des événements semble toujours m’affecter), je me dis que j’ai vécu ce « phantasme » une centaine de fois et par ce fait j’en connais la suite.
Pourtant une fois réellement debout plus rien n’a de sens et tout semble lointain. Ce cauchemar est bien diffèrent des autres, j’ai cette fois ci le sentiment inverse de n’avoir jamais réellement rêvé la même chose. Peut-être une technique de contrôle inconsciente me permettant d’anticiper la suite ou d’accélérer les épisodes.
Malgré la maîtrise de certains procédés il m’arrive de perdre le contrôle de mon propre personnage dont je deviens moi-même spectateur.
Là, le rêve se referme et je tombe dans les profondeurs des limbes…
Je le sais… le cauchemar a commencé !
Je suis enfermé dans mon rôle et comme muet je ne peux que subir ce qui va m’arriver, et il va arriver des choses je le sens, je suis là pour ça !
Je lutte de toutes mes forces pour me réveiller mais mon subconscient belliqueux brule de connaître la suite et me maintient endormi. Je lève les yeux au ciel, mais je suis seul… je suis mon bourreau et j’en suis conscient, je suis pris au piège.
Mon personnage est souvent le déclencheur. Il n’est pas rare que je foute en l’air un bon rêve car la peur m’envahie.
Je suis terrifier de ma prise de conscience, que tout ça ne tient pas debout, d’ailleurs, ça ne tient à rien ! Et il va falloir rapidement en sortir... car les autres ne sont pas dupent… je le vois à leur regard noir, ils savent maintenant que je ne suis pas moi.
Je m’attaque alors à mes protagonistes (souvent mes proches, mon frère en fait régulièrement les frais) comme un sauvage de manière frénétique et sans retenu.
Ils me voient comme un monstre et vont s’en prendre à moi et ma meilleure option de défense c’est l’attaque.
Je suis ce qu’il y a de plus mauvais en nous, de plus vicieux de plus cruel mais je souffre de devoir faire du mal à ceux que j’aime.
Mais le rêve n’est plus sous contrôle et c’est la meilleure façon que mon inconscient a trouvé d’en sortir alors… quand il aura coulé assez de sang, quand le nombre d’agresseurs sera devenu trop conséquent ou quand la surprise d’une attaque à la hache dans le dos me fera bondir d’horreur et de douleur, je me réveillerai. Comme si de rien. Sans peur, sans sueur, prêt à me rendormir à nouveau comme un bébé.
La nuit dernière j’étais dans un rêve étrange… apaisant mais dérangeant.
Quelque chose n’allait pas, il y avait du vieux… oui de la vieille chimère. J’avais l’impression que ce rêve était déjà loin alors que j’étais en train de le vivre. Le sentiment que je le rêvai depuis toujours… J’avais l’expérience « réel » de la vie imaginaire de mon personnage qui n’était rien d’autre que moi à une autre époque ! Oui, une époque où les films n’existaient qu’en noir et blanc.
J’avais un passé lourd et troublant, un fratricide ! Pour ne pas changer... Une histoire de jeu de main qui avait mal tourné. Très mal tourné… J’avais tué il y a fort longtemps mon petit frère lors d’une bagarre étrangement violente où j’avais évidement le dessus. Pour se défendre il eut la mauvaise idée de saisir un scalpel, alors que j’étais en train de le maintenir au sol pour le frapper d’une mauvaise plaisanterie qu’il m’avait faite. Et je ne sais pas s’il comptait réellement s’en servir ou s’il voulait juste m’éloigner mais dans un excès de folie je lui tordis le poignet et le planta avec !
Mon personnage des années plus tard en avait toujours gardé les stigmates, surtout en ce moment où il revenait sur les lieux de son enfance pour épouser sa belle en présence de sa famille qu’il n’avait plus revu depuis très longtemps. Depuis le temps où il jouait avec son frère…
Apaisant de retrouver la mer du sud et ce bon vieux voilier toujours amarré et étrangement grand qui servait de « saloon ». Dérangeant de revenir sur les traces de sa folie qui avait bouleversé la vie de tous ses proches et surtout la sienne. Mais j’étais plus seul maintenant et le temps avait tant bien que mal cicatrisé les choses. J’allais me marier ici face à la mer sur le pont de ce bateau !
Alors que je me tenais au mât, je senti le bois sous mes pieds se pencher diablement. Soudain ma fiancée traversa le pont sur toute sa longueur en glissant sur le dos, passa sous la palissade et tomba à l’eau. Choqué. Avec un temps de réaction qui me parut une éternité je lâchai ma prise et couru vers elle. Tout le monde était paniqué. J’entendais hurler derrière moi, « Fuyez, fuyez la Vaguuue ! »
Le ciel s’assombrie et je décide enfin de regarder l’horizon. Une vague de 40m nous fonçait dessus.
C’est là que j’ai entendu ma moitié pour la dernière fois. La force d’aspiration extraordinaire de la marée l’avait englouti !
Je plonge dans sa direction, les yeux en larmes, je le sais, il est trop tard.
Je me sens à mon tour attirer par les eaux, insignifiant… puis plus rien…
Je reprends conscience dans l’épave, la mer n’avait pas voulu de moi et m’avait remis sur l’embarcation éventrée. Tout le monde était sain et saufs à une exception près !
Je vois coincé sous la coque une robe blanche… sa robe.
J’hurle d’horreur. Des flashs de mon passé torturé me rattrape, je suis fou.
Réveil difficile. Il est déjà tard, il me faut me préparer pour le boulot. Ma fiancée n’est plus là, elle travaille déjà depuis plus de 3h. J’avale mon bol de lait et mes céréales et lui envoie un SMS.
« J’ai mal dormi, on se voit ce soir ma belle »
- « Moi aussi j’ai fait un terrible cauchemar, je te raconterai en rentrant. »
Ma journée se passe plutôt mal, je subis le rythme incessant des appels de client fou de rage car rien ne va pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Presque pas de poses, épuisé et encore un peu malade je range mes affaires pour enfin rentrer chez moi. Il est 23h.
En arrivant ma belle m’a préparé des œufs brouillés que j’honore sans dire un mot. Comme disait les Depeche Mode « Enjoy The Silence »
Puis je la rejoins devant la télé et elle me dit qu’il est tard qu’elle ferait mieux d’aller se coucher commençant à 5h demain.
- Ok, fais de beaux rêves
Elle se retourne alors brusquement.
- Il faut que je te raconte mon cauchemar pour que plus jamais je ne le refasse.
« J’étais à la plage je buvais un verre sur une terrasse quand tout à coup j’aperçois au loin une vague immense ! Un tsunami !
Je pleure… mon frère que je guettai nageait au large. Et je ne vois plus que ce mur d’eau masquant le soleil venir droit sur nous.
Tu me rejoins alors, me prends la main et me dis regretter de ne pas avoir pu te marier avec moi, que tu m’aimes… Les gens courent, nous on sait, on reste là. »
- Bonne soirée mon homme, va pas te coucher trop tard.