Film hongrois de Béla Tarr ( 1994 ).
What it's about
Un groupe d'âmes perdues dans la grande plaine hongroise balayée par le vent et l'incessante pluie d'automne. Dans la ferme collective démantelée et livrée à l'abandon, ces quelques habitants végètent et complotent les uns contre les autres, lorsqu'une rumeur annonce le retour de deux autres personnages que l'on croyait morts. Cette nouvelle bouleverse ces êtres en manque de perspective. Certains y voient l'arrivée d'un messie, d'autres redoutent celle de Satan...
Quelqu'un connaît ?
Note personnelle : un miracle se produit dans Satantango. Le film me donne envie de rencontrer Jean-Luc Godard. Lui qui semble détester les cinéastes copiant le style de Max Ophüls, j'ai envie de lui demander ce qu'il pense de la forme prétentieuse du film de Béla Tarr, de ses travellings à la boursouflure extrêmement gênante, sur une durée de 7H30 qui plus est.
Le problème du film se situe donc là, dans sa manière d'afficher une certaine prétention, dans sa fatuité totale, dans la présence ostentatoire de la caméra. Il y a une séquence dans le film où trois personnages marchent, progressant à partir de l'arrière-plan pour occuper de plus en plus l'espace puisqu'ils s'approchent de la caméra. Et, au moment où il s'apprête à sortir du cadre, un des personnages dévie légèrement sa route vers la droite pour éviter la caméra qui filmait l'action. Voilà donc ce qui ne va pas dans Satantango, c'est la caméra qui dicte tout plutôt que le contraire. C'est l'action qui semble soumise à la volonté de l'oeil mécanique quand l'inverse devrait se produire. Si le rythme est posé, le film, lui, est poseur. On a l'impression que les mouvements de caméra sont davantage des effets de style qu'un moyen intelligent de décrire l'action à l'écran. Tout semble être dans la forme gratuite, dans la satisfaction de voir du mouvement pur et virtuose ; seulement, il est totalement dénué de sens et est d'autant plus embêtant qu'il ne fait que rappeler la présence de la caméra, et donc du dispositif cinématographique. Satantango ressemble alors à une oeuvre qui voudrait avoir un contrôle sur tout, elle se perd dans une attitude monomaniaque, met la technique sur un piédestal au détriment d'une simplicité de ton qui donnerait un peu plus d'âme à un objet d'une froideur absolue.
Si d'une manière générale la conduite des mouvements - travellings en majorité - est appréciable et impressionne de par sa fluidité, la raison à leur origine agace donc. Pourquoi tant de travellings ? Pourquoi tant de virtuosité, de complexité dans certains déplacements de la caméra ? Qu'est-ce qui justifie que les moyens mis en place soient si tape-à-l'oeil ? Rien. Là où le film fait preuve d'une simplicité dans le déroulement de son histoire et dans son propos, la forme s'autorise quelques caprices stylistiques et une surenchère qui n'a rien à envier aux pires productions sorties d'Hollywood.
Alors que garder de Satantango ? Le paradoxe sûrement. Celui d'un film de 7H30 qu'on ne voit pas vraiment passer. Non pas que l'ennui ne soit pas présent ici, mais il s'agit en fait d'un ennui peu propice à la révolte. Rien de grave donc, et même si l'histoire en laissera certains - dont je fais partie - totalement en dehors du film, il faut avouer que la manière dont Tarr filme le temps a de quoi impressionner. Parfois c'est long, très long. Trop long. Mais ça se justifie, c'est un rythme qui doit se calquer sur la vie. Impossible donc de couper, et le montage sera minimaliste. Satantango sur ce point est donc une expérience, comme si Tarr plongeait le spectateur dans une sorte de nouveau cinéma. La limite, c'est que ne pas entrer dans un tel trip réduit presque à néant l'immersion générale, la possibilité d'entrer dans le film. Et de le trouver froid et distant, encore...
L'histoire donc ? Intéressante de par son aspect biblico-politique. Mais même, malgré la simplicité de cette dernière, la forme et son gaspillage permanent gâchent tout le reste. 7H30 de film peuvent apparaître comme de la gourmandise, qui néanmoins s'explique par la nécessaire mise en place d'un rythme naturaliste. En revanche, l'appétit pantagruélique d'un metteur en scène trop sûr de ses moyens techniques assure au film une baisse d'intérêt global, et confère à l'oeuvre un aspect prétentieux totalement en désaccord avec l'identité fondamentale de l'objet.
2/5