Chapitre 1
Cette nuit là, comme souvent depuis qu’il avait atteint l’âge de la maturité, des responsabilités, il avait fait un mauvais rêve, toujours le même qui revenait le hanter sans cesse pendant ses nuits : Il est là, debout, au milieu de nulle part, ses yeux font le tour du lieu et au bout d’un moment trois Zorfs, des créatures du mal qui n’existent que dans ses nuits, s’avancent vers lui, tout doucement, pour ne pas l’effrayer sûrement, et une fois qu’ils sont assez près, se jettent sur lui…
Il n’a jamais pu savoir quel sort lui été destiné dans ce cauchemar, sa mère le réveillait toujours avant.
- Zack ? Zack ?
Il ouvrit difficilement les yeux et vit sa mère au bord de son lit qui lui donnait des petits coups sur son avant bras.
- Tu vas mieux ? Lui demanda sa mère d’un ton inquiet.
Cela faisait trois jours que Zack était malade, ni lui ni sa mère ne savaient pourquoi il l’était. Pas de signes apparents, il était revenu dimanche soir avec une fièvre épouvantable.
- Non, pas trop, je suis toujours aussi fatigué… Dit il en se raclant la gorge.
- Tu as toujours autant de fièvre, ça en devient inquiétant ! Trois jours que tu ne manges presque rien, que tu es épuisé, si au moins on savait comment cette fièvre est arrivée…
Sa mère s’était retournée, avait posé le plateau sur son bureau et ajouta une liqueur régénératrice que leur avait concocté un Elfe de nuit en signe de remerciement lorsque celui était en mauvaise posture et que le père de Zack lui était venu en aide. Elle ajouta ce liquide rougeâtre dans le verre de jus de fruits qui avaient été pressés à l’avance.
- Tiens Zack, bois ça, ça devrait t’aider à mieux aller. Lui conseilla sa mère en lui tendant le verre.
- Merci maman !
Après avoir bu d’une traite son jus, sa mère lui demanda de se redresser pour lui passer le plateau.
- Pour une fois, essais de manger un morceau, c’est pas en ayant l’estomac vide que tu te rétabliras Zack !
- Je vais essayer, je te promets rien maman. Lui dit-il d’une voix fautive.
- Bien, je repasse dans un petit moment pour voir si tu vas mieux. Dit-elle, déconcertée par ce qu’elle voyait.
Son fils était étendu là, dans son lit, avec une mine affreuse !
Trois jours que cette chambre lui servait de lieu de convalescence, il en pouvait plus, il fallait qu’il sorte, mais dès qu’il essayait de bouger, de se lever de son lit, sa fatigue empirait.
Alors il se recouchait et recommençait à compter les minutes.
Cinquante-cinq jours plus tard, Zack allait beaucoup mieux, il arrivait à se lever de son lit et à marcher sans ressentir la moindre fatigue.
Cela faisait déjà deux jours qu’il allait mieux mais sa mère voulait s’assurer que tout allait bien et attendre encore quarante-huit heures.
Une fois sortit, Zack avait l’impression de revivre, ces deux mois de maladie lui avaient légèrement détruit le moral, il avait besoin de se ressourcer.
Ni ses parents, ni lui n’avait su la cause de cette fièvre soudaine, leur docteur familial était venu à dix reprises sans réels résultats, la seule chose qui lui conseillait était de se reposer en attendant que ça aille mieux.
Mais à présent, il était libre comme l’air, par la vitre de leur salle à manger, ses parents voyaient leur fils gambader, grimper aux arbres, sautiller dans tous les sens, bref, tout ce qu’il faisait avant que cette fièvre le cloue au lit.
La vie avait reprit son cours normal lorsque de bon matin, un petit coursier craintif et pas très adroit sonna puis frappa à la porte sans savoir s´il fallait faire l’un ou l’autre.
- Oui ? Demanda Koran, le père de Zack.
- Mr. Sido ? S’assura le coursier
- C’est moi oui, que puis-je faire pour vous ?
Le coursier sortit une lettre de son sac et la tendit à Koran.
- J’ai une lettre pour vous qui provient de la comté de Birf.
Koran prit la lettre et essaya de voir au travers, comme si l’enveloppe était transparente.
Il la retourna dans tous les sens pour enfin demander :
- Vous savez qui vous la donnée ?
- Non monsieur, mon travail consiste seulement à livrer les colis, je ne poses aucune questions.
Koran scruta l’enveloppe une dernière fois avant de remercier le coursier.
Toutes les lettres que recevait la famille provenaient d’un coursier normal, celui-ci était un coursier d’urgence, que l’on reconnaissait grâce à ses habits, c’est pour cela que le père de Zack semblait si inquiet.
La seule fois qu’un coursier d’urgence était venu leur apporter un lettre, c’était pour annoncer le décès d’un proche de la famille, lorsqu’il se remémora ce souvenir affreux, ses mains commençèrent à trembler, son front commença à ruisseler et ses jambes avaient de plus en plus de mal à supporter son corps…
Arrivé dans la cuisine, il décida d’ouvrir l’enveloppe.
Chapitre 2
Son regard se posa tout d’abord sur son fils, puis sur sa femme qui venaient tous deux de franchir le seuil de la cuisine, il brisa le sceau et regarda une dernière fois son fils avant d’ouvrir l’enveloppe, ce regard, Zack ne l’avait jamais ressentit auparavant, son père avait l’air abattu comme si cette lettre allait encore une fois annoncer le départ d’un proche ou d’un ami.
Après avoir prit connaissance de la lettre, il laissa tomber sa tête en avant en signe de dépit et il du se tenir contre la table pour ne pas tomber.
Il se redressa puis demanda à son fils :
- Zack, tu peux nous laisser un moment s’il te plait. Ta mère et moi devons parler.
Il lança à ses parents un regard d’incompréhension. De quoi devaient ils parler ? Et pourquoi me demander si subitement de les laisser seuls si c’est pour m’annoncer après qu’un membre de la famille nous avait quitté ?
Autant qu’ils me le disent maintenant…
Mais pour ne pas créer de problèmes, Zack acquiesca d’un signe de tête et monta dans sa chambre.
Koran regarda sa femme et après s’être assuré que son fils avait bien quitté les lieux, il lui lança :
- C’est pour demain Eva !
Un long silence s’ensuivit, c’était au tour de sa femme de commencer à perdre l’équilibre et à trembler de tout son corps. Ces signes montraient qu’Eva savait exactement de quoi parlait son mari.
Jamais elle n’avait autant voulu se réveiller d’un de ces rêves qu’il lui arrivait de faire. Mais il fallait qu’elle se rende à l’évidence, jamais elle ne le pourrait, ceci était bien réel.
Koran qui s’était assit, regarda sa femme et vit une larme se former au coin de son œil.
A ce moment-là, il lui conseilla d’allait se reposer en attendant le moment fatidique où il faudrait tout expliquer à leur fils.
Eva lui fit un signe de tête pour donner raison à son mari. Elle repoussa soigneusement la chaise sous la table de la cuisine puis passa devant son mari ; elle aurait tellement voulu qu’il la prenne dans ses bras pour soulager cette peine mais il en fit rien.
- Reposes toi bien Eva ! Lui conseilla son mari.
Eva qui était maintenant arrivée dans le couloir, s’arrêta net, se retourna et fit quelques pas en sa direction.
- Comment voudrais tu que j’y arrives ? ! Lui répondit sa femme avec colère. Il y’a peu de chances qu’il s’en sorte vivant et tu veux que j’essais de faire comme si de rien n’était !
- Comment peux tu penser une chose pareil Eva ? Lui rétorqua Koran.
- Tu sais très bien que nous n’avons aucun moyen de le sauver, tu le sais tout aussi bien que moi !
Koran regarda sa femme pleurer puis s’avança vers elle, la prit dans ses bras et lui dit calmement :
- Nous le pouvons chérie, du moins l’Elfe de nuit le peut lui
Eva recula pour se libérer des bras de son mari, son visage ne montrait rien d’autre que de l’étonnement.
- Mais…mais cela fait onze ans que nous n’avons plus de nouvelles de lui, je ne savais pas que tu avais gardé contact avec lui…
- Je n’ai pas gardé contact avec Zilff !
- Qu’est ce qui te fait penser qu’il voudra bien nous aider alors ?
Koran fit un demi-tour sur lui-même, prit la lettre qu’il avait posé sur la table puis la tendit à sa femme.
- Cette lettre provient de la Comté de Birf Eva, la Comté où se cache Zilff !
Chapitre 3
La maison était plongée dans l’obscurité la plus totale, le silence était si pesant que les pas du chat sur le toit se faisaient très distinctement entendre.
Zack et sa mère dormaient tandis que Koran s’était installé dans le fauteuil du salon, une liqueur d’Ogre à la main. Un des nombreux lampadaires qui éclairaient la rue devant la maison éclairait aussi le salon, ce qui permettait sûrement à Koran de ne pas s’endormir.
Cela faisait bientôt trois longues heures qu’il patientait, installé dans un des deux fauteuils du salon, qui au vu de l’état des accoudoirs était sans nul doute assez vieux.
Il ne devait pas s’endormir, il attendait sa venue, il savait qu’il ne tarderait pas à faire son apparition.
Puis, comme s’ il possédait des dons de voyance, « il » était là, devant lui, assit dans le fauteuil qui lui faisait face.
En un bruit sourd, son apparition avait chamboulé tout le salon, le buffet et les deux armoires avaient bougés de quelques centimètres et Koran se vit reculer d’environ deux mètres tout en étant encore bien assit dans son fauteuil.
Koran ne fut pas surprit par ce petit séisme qu’ « il » avait provoqué à son arrivé, il savait parfaitement ce qu’une téléportation produisait.
Cependant, il voulut s’assurer que la personne qui venait d’arriver était bien celle qu’il attendait depuis près de trois heures, il essaya d’entrevoir le visage de cette personne qui venait de faire son entrée malgré l’épais nuage de poussière qu’avait soulevé le déplacement des meubles.
Au bout d’un moment, Koran vit une main traverser ce nuage de poussière, puis, vit cette même main s’agiter pour balayer ce qui le séparait de son ami.
- Je te salue Koran. Lança t’il d’une voix posée. Comment va mon cher ami ?
- Depuis que j’ai appris ta venue, je vais mieux, je ne te cache pas que la journée fut mauvaise.
- Et comment va ta femme ?
Koran se leva, puis alla chercher un deuxième verre pour son invité.
- Eva est resté enfermée dans notre chambre toute l’après-midi. A chaque fois que je m’approchais de la porte, je l’entendais pleurer, se demandant ce que le futur, ou plutôt le destin, lui réservait.
J’ai préféré la laisser seule…
Alors qu’il remplissait les deux verres de liqueur d’Ogre, un des verres se brisa entre ses doigts.
- Allons Koran, lui lança son invité, essais de te ressaisir, je suis là maintenant, je suis venu comme je te l’avais promis il y a de ça onze ans. Je veillerais sur lui, tu peux compter sur moi !
Au fait, comment va-t-il ?
- Pour tout te dire, nous ne lui avons encore rien…
Koran n’eut pas le temps de finir sa phrase qu’un cri perçant jaillit d’une des chambres du premier étage.