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Tree of life (Terrence Malick)

ubhbeb-kpoft
ubhbeb-kpoft
Niveau 10
19 mai 2011 à 21:30:33

Le film s’ouvre sur la mort d’un fils, jeune adulte, et plus précisément sur le questionnement qu’induit cette mort pour ses parents. Ce questionnement est assez classique, de la part de croyants : pourquoi, Dieu ? la mort, la finitude humaine et l’absence de sens qu’elle prouve est typiquement à l’origine de la révolte métaphysique, celle que Camus décrit chez Sade, Nietzsche, ou les surréalistes. Comment Malick répond il à cette révolte métaphysique ? Camus proposait une posture presque héroïque d’acceptation de l’absurde. Malick retourne cet absurde. Par quoi répond il à cette révolte métaphysique de parents en deuil, humbles américains banlieusards des années 50 ? par l’histoire de l’univers. On pourrait y voir une remise à sa juste place de l’importance de l’homme dans l’univers. Malick est anti humaniste, c’est un trait systématique de ses films. La nature indifférente à l’homme. L’homme qui cherche dans la nature plus grande que lui une interprétation de ses sentiments. Mais je pense que cette séquence va encore plus loin. Elle m’a fait penser au poème de Rilke : « Les montagnes reposent sous une splendeur d’étoiles, mais en elles aussi scintille le temps. Ah, dans mon cœur sauvage et sombre, l’immortalité dort sans abri ». L’immortalité n’existe pas, même les montagnes et les étoiles naissent et meurent. Son dernier refuge est dans le cœur de l’homme, pourtant mortel lui aussi. Plusieurs éléments du film me font pencher vers cette interprétation. Le film montre la naissance de l’univers et son extinction, la raison historique hégélienne y aboutissant à la réunion de tous les hommes. La pensée de Malick m’apparaît bien plus complexe dans ce film que ce que je ne l’avais cru auparavant. De l’anti humanisme, la fin du film bascule dans l’humanisme, voire mixe les deux. L’immortalité dort dans le cœur des hommes qui savent s’offrir au monde plus grand qu’eux.
Je savais Malick philosophe, au sens premier du terme. Le philosophe est celui qui s’émerveille, et contemple. Tout son cinéma est sous tendu par cette posture. Un simple arbre l’émerveille, et il savait nous émerveiller aussi, par l’œil de la caméra. En ce sens, le cinéma de Malick a toujours été profondément philosophique. Le point de vue me semble ici encore plus extrême. Très impressionniste, toujours à chercher la lumière, comme n’importe quelle plante, l’œil du cinéaste évoque une conscience flottante et élargie. La conscience de qui ? le mouvement proustien qui accompagne le long flash back racontant l’enfance de Sean Pean semble vite quitter le simple souvenir, pour partir dans une narration qui n’en est pas une, de l’ordre du rêve ou du délire halluciné. Halluciné, le final du film l’est sûrement. Grand délire sous acide, ce final commet l’erreur de montrer, au pire des premiers degrés, ce qu’il aurait été bien plus fin de simplement évoquer. Qui plus est, cette façon de montrer est ratée. Ultra kitsch, grandiloquante, elle utilise même une imagerie catholique dans ce qu’elle a de pire, et que je trouve assez inquiétante. Que Malick croît en un Dieu partout et nulle part à la fois, passe très bien. Mais pourquoi montrer Sean Pean, gamin révolté, s’agenouiller devant une dame qui évoque furieusement la Vierge ? N’aurait il pas pu trouver une autre manière de montrer l’offrande de soi même ? Enfin, l’image est là, et embrasser une main flétrie lui rend se jeunesse. Je suis persuadé que Malick n’est pas un croyant au sens du catholique lambda, que sa foi dépasse le carcan religieux. Le souci est que ce final dit tout le contraire, en plus d’être une faute de goût comme je n’en avais pas vu depuis Lovely Bones. J’adorais les films de Malick, car malgré leur ampleur folle (philosophique, métaphysique, spirituelle, humaine, plastique), ils étaient toujours humbles dans ce qu’ils racontaient. Celui là ne l’est pas, et j’y vois une grosse erreur.
J’ai attendu quelques jours pour écrire ses lignes, plus pour mettre de l’ordre dans mes idées qu’autre chose. Beaucoup de question me restent. Pourquoi Sean Pean apparaît vieux sur cette plage alors que ses frères sont restés enfants ? Pourquoi ce film l’appelle L’arbre de Vie ?

The_Go-Between
The_Go-Between
Niveau 10
19 mai 2011 à 21:45:30

Tout à fait d'accord avec le première partie, pas du tout avec la deuxième. Pour répondre à tes question :
Peut être parce que la fin est une projection mentale de Sean Penn adulte justement ? Il rêve à travers sa croyance en Dieu d'une fin des temps ou il retrouverai les êtres aimés.
L'arbre de vie c'est l'idée que toutes les formes de vie sont liées entre elles. C'est aussi il me semble une quête impossible de l'homme de trouver un arbre qui donnerai la vie éternelle (à mettre en relation avec la quête impossible du film de déterminer l'origine de l'univers).

ubhbeb-kpoft
ubhbeb-kpoft
Niveau 10
19 mai 2011 à 21:52:39

Projection mentale de Sean Pean... Mouais je trouve ça un peu trivial en fait.

Ce qui m'interpelle avec l'arbre de vie c'est que c'est le titre du film, alors qu'il n'est JAMAIS évoqué dans le film, que ce soit directement ou indirectement. En fait je me demande si cette entité à qui s'adressent les personnages en voie off ne serait pas Dieu comme on pourrait le penser, mais bien plutôt cet Arbre de Vie. (Ce qui aurait l'avantage de me rassurer sur la foi de Malick)

Akiba
Akiba
Niveau 10
19 mai 2011 à 22:18:08

Te rassurer sur la foi de Malick ? :honte:
Parce que c'est à toi de juger ses convictions personnelles ? :honte:

Ce n'est un scoop pour personne que Malick est un chrétien dont la foi n'est plus à démontrer. Ce n'est pas un hasard si tous ses films précédents étaient profondément habités par sa foi et par les thèmes et citations bibliques, hein ! :hap:
J'espère me tromper mais à lire certaines réactions, j'ai l'impression de lire des réactions primaires de p'tits anti-cléricaux haineux de se rendre compte que leur cinéaste préféré est en fait un catho pratiquant ...

Qu'on juge le film sur ses qualités, ses défauts, sur son message, sur sa mise en scène, je suis bien d'accord, mais le juger sur la foi de son réalisateur, je trouve ça hallucinant. :(

PS : Quant à la référence théologique de l'Arbre de Vie, il est évoqué dans la Bible au moment de la Genèse (qui est au coeur du film, ça n'aura échappé à personne :hap: ) et symbolise l'arbre de l’espérance, qui donne la vie éternelle à l'humanité.

ubhbeb-kpoft
ubhbeb-kpoft
Niveau 10
19 mai 2011 à 22:27:38

Je ne juge pas sa foi, il pense ce qu'il veut. Les références bibliques sont partout dans les moissons du ciel et ça ne m'a pas dérangé.
Ce qui me ferait chier, ça serait qu'il ne soit qu'un catho pratiquant et rien de plus complexe (ce que je ne pense pas). Il perdrait beaucoup d'intérêt d'un coup.

Akiba
Akiba
Niveau 10
19 mai 2011 à 22:32:35

Rien de plus complexe ? :ouch:
En gros, "catho pratiquant" c'est pas assez "cool" pour toi ? :(

Ca veut dire quoi être "plus complexe" qu'un "catho pratiquant" ? Un catho-protestant-raëlien, c'est mieux ?

resolution
resolution
Niveau 33
19 mai 2011 à 22:33:37

raëlien c'est classe, ils font des orgies.

Akiba
Akiba
Niveau 10
19 mai 2011 à 22:34:01

Et dire que son cinéma perdrait d'intérêt à tes yeux en fonction de sa foi (car c'est exactement ce que tu dis), je trouve ça profondément ... dommageable (pour ne pas dire plus). :(

ubhbeb-kpoft
ubhbeb-kpoft
Niveau 10
19 mai 2011 à 22:39:43

Un catho de base qui me met en scène la bible, je m'en tape. Le communiste de base qui me parle de Marx, je m'en contrefous tout pareil. Pas intéressant parce que trop... simple, convenu. ça veut pas dire que la bible ou marx n'ont pas d'intérêt, et ça veut pas dire non plus que je ne m'intéresse pas du tout aux catholiques ou aux communistes. Un catholique qui parle de paganisme, ça ça me branche. Un communiste qui m'explique Smith ou Tocqueville ? vendu.

Akiba
Akiba
Niveau 10
19 mai 2011 à 22:54:06

Dis comme ça, tu me fais penser à Pasolini (communiste, agnostique, homosexuel et réalisateur du plus beau film qui soit sur Jésus avec son Évangile selon St Mathieu et d'un film merveilleux sur la foi et la transcendance avec Théorème), forcément tu me caresses dans le sens du poil. :hap:

Bon, on est peut être pas si éloigné que ça alors, précisons :
Malick est un chrétien qui parle de Dieu. Sa foi personnelle est ce qu'elle est, et ça n'en fait pas le premier Mel Gibson venu (encore heureux) pour autant ! Ce qui m'intéresse, c'est qu'il parle de Dieu d'une manière intéressante. Et quand il évoque le livre de Job (car le coeur du film, c'est celui-là) et le problème théologique qu'il pose depuis la nuit des temps dans Tree of Life, c'est à mes yeux le cas.

Bref, le souci n'est pas d'être ou ne pas être un catho "de base", mais plutôt d'en parler de manière basique ou pas. Personnellement, c'est ça qui m'intéresse. Que le réalisateur soit catholique, musulman, athée, communiste ou martien, je m'en fous, ce que je veux c'est que son regard sur le sujet soit intéressant. Et pour moi quand Malick, chrétien, parle de Dieu, je trouve qu'il en parle de manière sublime. Contrairement à Mel Gibson, chrétien lui aussi, mais tout comme Pasolini, agnostique (voire athée).

WakingChild
WakingChild
Niveau 9
19 mai 2011 à 22:56:07

Je ressors de la séance.

Il y a le cinéma. Et il y a "The Tree of Life". Expérience hors du commun, bouleversante. A vivre. Sinon vous avez loupé votre vie. J'en parlerai plus amplement demain, là je suis toujours sous le choc.

ubhbeb-kpoft
ubhbeb-kpoft
Niveau 10
19 mai 2011 à 23:17:56

Ben en l'occurence j'adore ce gros psychopate de Mel Gibson donc bon... Et Malick ben justement je le préfère quand il ne parle pas de Dieu de manière aussi frontale que dans Tree of Life. bref.

ubhbeb-kpoft
ubhbeb-kpoft
Niveau 10
19 mai 2011 à 23:20:47

enfin si, je suis d'accord avec toi, mais je ne trouve juste pas que Gibson soit basique. ( ce n'était peut-être pas ce que tu lui reprochais non plus) ce garçon est plein de contradictions, j'adore.

Akiba
Akiba
Niveau 10
19 mai 2011 à 23:24:12

Ah mais je suis d'accord pour discuter sur comment il parle de Dieu dans Tree of Life : Tu peux trouver ça trop frontal, je suis pas de cet opinion, mais on peut en causer. Là où j'étais pas d'accord, c'était dans la manière de juger sa foi.

Pour revenir sur la manière qu'il a de parler de Dieu dans ToL, je ne trouve pas que les thématiques théologiques du film sur le paradoxe du livre de Job soient si "frontales" que ça, bien au contraire. On ne peut d'ailleurs pas dire que la majorité des spectateurs les aient bien perçu quand on lit certains commentaires (surtout sur AlloBidet). La quête de la foi, l'éducation religieuse et les prières reviennent en effet constamment dans le film, mais le fond du film et le questionnement qu'il pose sur l'existence du Mal et sur le Pardon en me paraissent pas du tout si "frontal" que ça.

Akiba
Akiba
Niveau 10
19 mai 2011 à 23:27:45

Et pour Gibson, le réalisateur sait faire de belles choses que j'apprécie (cf. Braveheart) mais j'en parlais car en comparaison, on ne peut pas dire que ce soit quelqu'un de très "subtil" dans sa manière de présenter sa foi à l'écran, j'en veux pour preuve sa très démonstrative Passion du Christ (même si je la trouve beaucoup moins ratée que les critiques ne l'ont dit à l'époque).

ubhbeb-kpoft
ubhbeb-kpoft
Niveau 10
19 mai 2011 à 23:28:42

C'est juste la séquence sur la plage qui me gène en fait. C'est trop... littéral, je ne sais pas. Premier degré, et frontal aussi. ça enlève toute la complexité de ce qu'il raconte et c'est ça que je lui reproche ( en plus d'être franchement kitsch ; comme la scène de l'accouchement où tout le monde est en blanc, il faut vraiment arrêter avec ça)

ubhbeb-kpoft
ubhbeb-kpoft
Niveau 10
19 mai 2011 à 23:31:12

Ca c'est sur que Gibson n'est pas un modèle de subtilité, et il ne faut surtout pas en faire un maître à penser, mais c'est aussi ce que j'aime chez lui. (On est juste en train de comparer Mel Gibson et Terrence Malick là)

Akiba
Akiba
Niveau 10
19 mai 2011 à 23:31:20

Personnellement, je l'ai trouvé très belle cette scène finale, un moment du grâce et d'une poésie pure. Mais bon, je peux comprendre qu'on la trouve ... too much. Encore une fois, tant qu'on juge le film, et pas des convictions personnelles du réalisateur, ça me va. :hap:

ubhbeb-kpoft
ubhbeb-kpoft
Niveau 10
19 mai 2011 à 23:36:24

ça me fait vraiment chaud au coeur que des gens l'ait trouvée belle. ça doit vouloir dire qu'il n'avait pas complètement perdu la tête.

Born-finalf
Born-finalf
Niveau 9
19 mai 2011 à 23:54:29

( en plus d'être franchement kitsch ; comme la scène de l'accouchement où tout le monde est en blanc, il faut vraiment arrêter avec ça)

Ça m'a surpris aussi, mais pas choqué... Il est constamment dans la symbolique. Le blanc c'est vraiment porteur de symboles. On peut trouver ça kitch, cucul ETC mais j'ai trouvé toute cette scène réellement magnifique. La musique, l'émotion qui s'en dégage...

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