@emthree : je n'ai pas dit qu'"arrêter de penser, ce n'est plus subversif", j'ai dit que PARCE QUE le BM était engorgé de mecs qui croivent (du verbe croiver) que répéter 'fuck jesus' c'est être au summum du badasse, ben dans ce cas, il ne faut pas s'étonner à ce que certains, dans la logique qui caractérise ce mouvement, prenne le contre-pied de cela en décidant de fonder leur propos. Ce qui n'implique pas nécessairement le fait que la musique soit réussie, entendons-nous bien ! En BM, je tripe bien plus souvent sur des artistes qui sont à dix-milles lieux d'intellectualiser leur truc : paysage d'hiver par exemple, c'est fondamentalement une musique de contemplatif qui prend les choses comme elles viennent, viscéralement, qui ne s'exprime que par symboles, qui n'en a rien à foutre de choquer, ou quoi que ce soit de ce genre. Aluk Todolo c'est pareil, y a aucun discours théoriques derrière, aucune revendication, et pourtant ces mecs enculent à sec pas mal de ces blackeux d'opérette sus-mentionnés. Je viendrais même à dire que pour certains DO, je peine franchement à parler de démarche "philosophique", au sens fort du terme : qui viendrait m'affirmer qu'un machin comme le "Fas-Ite" est fondamentalement philosophique ? Alors que tout, musique et texte, en nient le fond même ?
Ce que je pense, c'est que TOUS les artistes restent puissamment ancrés dans le sensible (tautologiquement parlant), car sans cela, il n'y a plus de note, juste le concept couché sur du papier - du reste le problème est bien plus difficile quand il s'agit de penser la différence entre philosophie et poésie); mais que CERTAINS, par un détour jamais "pur" via le concept, prennent conscience que l'art, au fond, revient à représenter intuitivement une Idée, c'est-à-dire, un concept archique,au sens de "fondement". Car lorsque l'on réceptionne une musique, c'est toujours une efflorescence infinie de concepts qui sort de notre bouche pour tenter de la qualifier a posteriori. Mais de l'Idée (manifestée par la musique) au concept, toujours il y a chute. La musique c'est l'essence, le fond du phénomène, le concept, lui, certes renvoie au phénomène, mais uniquement à sa surface. D'où l'insatisfaction chronique quand on cause musique (et la naturelle tension au poétique et au symbole), d'où cette réalité vécue (pour ma part), quand on écoute Bruckner ou Mahler, d'assister à de véritables cosmogonies musicales.
Dans une musique aussi spontanée, bas du front et sensible qu'est le BM, on est assuré de ne jamais vraiment épuiser la musique en théorie, dans la mesure où on ne se confrontera jamais à un formalisme aussi aride que celui d'un Mallarmé pour la poésie. Et c'est tant mieux, d'ailleurs...