Publié le lundi 19 novembre 2007 à 05H54
L´entraîneur olympien parle de lui et de se premières semaines à la tête de l´OM
Éric Gerets protège au maximum ses joueurs mais attend en retour un investissement sans faille. Le technicien belge veut qu’ils "soient dignes de travailler dans un tel club".
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Vendredi, 14h, La Commanderie. Éric Gerets a programmé deux séances d´entraînement. Après le repas pris sur place, il est sorti de son bureau pour répondre à l´invitation de "La Provence". Le survêtement bleu marine témoigne que le travail reprendra bientôt. Entretien...
Êtes-vous sensible à ce que les gens pensent de vous ?
Pas du tout, encore moins après deux années en Turquie. Quand je suis arrivé là-bas, j´avais un esprit critique vis-à-vis de certains journalistes. Après une année, je me suis rendu compte que cela ne servait strictement à rien. La Turquie m´a guéri. J´ai toujours accompli mon job avec sérieux. Mais il est permis de dire et écrire le contraire. À la rigueur, je préfère autant que l´on dise de mauvaises choses sur moi et que mes joueurs soient épargnés. J´essaie donc de les protéger au maximum, à la condition qu´ils réalisent le boulot qu´on leur demande.
Vous faites souvent référence à la Turquie...
Il est impossible que ce pays ne te marque pas. Jesuis tellement ravi d´avoir vécu cette aventure. C´est un petit bijou que je garderai au fond de moi pour le reste de mes jours.
Comment vous définiriez-vous ?
Je suis assez direct. Je ne veux pas être celui qui a inventé le football, mais avec ma carrière de joueur et d´entraîneur, je sais de quoi je parle. Je suis aussi très sensible à l´actualité mondiale. J´essaie donc de garder les pieds sur terre. J´ai eu de la chance d´être joueur, puis entraîneur. C´est une vie pour laquelle nonante
(ndlr: 90) pour cent des gens signeraient immédiatement. On voyage à travers le monde, on gagne beaucoup d´argent. Je me rends compte aussi que des gens travaillent de 18 à 65 ans dans une usine. Ilssont peut-être heureux ainsi, mais c´est une autre destinée et ils ne peuvent pas accéder aux facilités qui sont les nôtres.
Qu´est-ce qui vous touche le plus ?
Les gens démunis, touchés par une poisse permanente, ceux qui n´ont plus rien. Uncoup, c´est la chaleur ; un coup il pleut et ils n´ont plus de maison. Certains n´ont pas de quoi manger. Ça tombe toujours sur les mêmes. On ne peut pas parler de tout, mais le peuple irakien espérait une vie meilleure. Chaque jour, des centaines de personnes meurent. C´est insupportable. Pourquoi n´ont-ils pas droit à une vie normale, à fêter le week-end comme nous autres, sans se soucier de savoir s´ils seront encore en vie le lundi ? C´est difficile à accepter.
Vous vous sentez impuissant ?
Je m´interroge souvent afin de savoir pourquoi j´ai connu une telle réussite dans ma vie. Je suis en bonne santé, j´ai découvert d´autres cultures, d´autres horizons pour connaître et comprendre le monde. Le football est ma richesse.
Dans vos rendez-vous avec la presse, vous avez toujours un ou deux mots croustillants. Est-ce naturel, une manière d´être adopté, de détendre l´atmosphère ?
Nous sommes appelés à vivre ensemble, autant le faire dans les meilleures conditions. Il n´est pas interdit de rire de temps en temps plutôt que d´être sérieux tout le temps.
Vos compatriotes aimeraient que vous repreniez les Diables Rouges. J´ai un contrat de deux ans à l´O M.
Aimeriez-vous y accéder unjour ?
Ce serait un honneur. Si on te demande d´entraîner la sélection de ton pays après avoir porté pendant tant d´années le maillot national, c´est un immense plaisir. Mais il n´en est pas question pour le moment.
Êtes-vous du genre à penser 100% foot ?
J´arrive quand même à me distraire. Mais avec un assistant qui est à La Commanderie du matin au soir, tu restes automatiquement à ses côtés.On regarde beaucoup de K7, on parle de tactique. Ces derniers temps, on a eu beaucoup de boulot avec tous ces matches rapprochés. Nous avons trouvé une bonne formule, en mangeant un petit bout dehors une fois toutes les trois semaines.
Êtes-vous paternaliste avec les joueurs ?
Cela dépend de leur attitude. Il n´y a aucune raison d´être sévère si le besoin ne s´en fait pas sentir. S´ils font n´importe quoi, il y a quand même une certaine légitimité à hausser le ton. On représente le club, sur et en dehors du terrain. Quand nous nous rendons à l´étranger, mon rôle est que les joueurs soient à la hauteur. L´OM n´est pas un club de troisième zone. Ils doivent être dignes de travailler dans un tel club.
Avez-vous eu besoin de quelques rappels à l´ordre ?
Je ne souhaite pas savoir cequi s´est passé avant mon arrivée. Depuis que je suis là, je n´ai pas à me plaindre de la discipline.
Qu´est-ce qui vous a le plus surpris à votre arrivée ?
Rien de très particulier. Le match à Liverpool a été agréable. Tactiquement, nous les avons mis en difficulté et cela a constitué une surprise pour moi.
Vous attendiez-vous à ce que soit aussi compliqué par la suite ?
Il aurait été trop facile d´avancer que le classement de l´équipe était dû à un manque de confiance. Il y a de multiples autres raisons pour expliquer l´irrégularité de l´équipe. On ne peut pas tout trouver d´un seul coup, mais j´en ai percé quelques-unes. Il existe toujours un problème pour un entraîneur qui ne participe pas à la préparation d´avant-saison. La connaissance des individualités est tellement importante. Si on ne participe pas au recrutement, on part dans l´inconnu. D´un autre côté, tout était nouveau pour moi. Grâce à ça, j´ai offert une chance à chacun de se montrer. Il y a dans les yeux de quelques-uns des surprises sur les temps de jeu accordés à des joueurs. Pour moi, c´était mérité.
Ce match à Liverpool n´a-t-il pas été un arbre qui a caché la forêt ?
Il vaut mieux disputer un match convenable que mauvais. Tout le monde a cru ou espéré que c´était reparti. Cela n´a pas été le cas. Il faut aussi analyser chaque match. Prendre un but à la 93e minute à Saint-Étienne, rater un penalty à Sochaux ... Avec un peu de réussite, les résultats auraient été tout autres. Il ne faut pas être toujours sévère, car tout n´est pas mauvais.
Quels sont les premiers symptômes que vous avez décelés ?
Il n´y a pas beaucoup de différence de niveau, de talent entre les joueurs. Pour eux, cela devrait constituer un atout supplémentaire. C´est donc à eux de décider des prochaines compositions d´équipe en se montrant à l´entraînement.
Vous semblez être toujours en période d´observation de l´environnement olympien ?
Je sais aujourd´hui comment la maison fonctionne. Je n´observe plus et j´ai déjà en tête ma philosophie, ma politique pour les prochaines semaines.
Est-il difficile de mettre en place un schéma tactique qui vous convient mieux avec des joueurs que vous n´avez pas choisis ? L´entraîneur doit analyser l´effectif et choisir un plan tactique qui convient aux joueurs et non l´inverse. Àl´origine, je suis plus adepte d´un autre style, mais il n´est pas possible de le mettre en place actuellement. Ce n´est pas un problème.
Djibril Cissé a demandé à la presse de lui lâcher les baskets. Avez-vous l´impression qu´il est une ciblefacile ou qu´il adu mal à assumer son passage à vide ?
Quand il est revenu, la saison dernière, il a inscrit plusieurs goals. Certains ont oublié qu´il a eu deux longues périodes d´indisponibilité, il les paie en ce moment. Avec les mêmes mésaventures, d´autres auraient arrêté leur carrière, lui est bien revenu. J´attends de le voir donner 10 % de plus pour l´aligner, car ce garçon mérite le respect.
Êtes-vous toujours amoureux de Cassis ?
Oui. Quand on doit habiter quelque part pour un certain temps, autant se trouver un endroit sympa.