Circoncision tolérable?
Un délégué des Verts demande un débat sans tabou sur l'ablation du prépuce, considérée comme une atteinte à l'intégrité physique. Inquiétude des Juifs et des musulmans.
«Je suis circoncis et je ne vis pas du tout ça comme une atteinte à mon intégrité physique», réagit Hafid Ouardiri, ancien porte-parole de la mosquée du Petit-Saconnex (GE). Président de la Fondation de l'Entre-Connaissance, il ne goûte que fort peu la prise de position des Verts sur l'égalité des genres révélée hier par le Tages-Anzeiger. Dans un document qui sera discuté samedi, les délégués affirment que «les Verts combattent les mutilations génitales pratiquées sur des filles et des femmes». Puis «la circoncision doit être discutée sans tabous». Pour Diego Hättenschwiler, le Bernois à la base de la proposition, «la circoncision est une atteinte à l'intégrité physique. Elle est beaucoup moins grave que ce qui est infligé aux femmes et ne se place pas sur le même niveau. Mais c'est un sujet dont on a très peu parlé en Suisse. Il faut briser ce tabou et en discuter.»
Markus Theunert, président de Masculinités.ch, la faîtière des organisations suisses masculines et paternelles, partage cette vision. «Notre position est simple. L'intégrité physique de tous les hommes et de tous les garçons doit être respectée et pratiquer une circoncision entraîne une blessure physique, souligne-t-il. Les conséquences sont bien entendu beaucoup moins graves qu'avec les mutilations féminines. Mais il y a un parallèle en ce qu'il y un non-respect de base de l'intégrité physique. En principe on ne peut créer une atteinte de la sorte sans raison supérieure comme une raison médicale. Une raison religieuse en est-elle une aussi? La question mérite un débat.» Pas pour Hafid Ouardiri. «Cette question n'a pas à être débattue. La circoncision appartient à la tradition abrahamique à laquelle nous tenons et représente un élément d'hygiène important. Vouloir lancer un débat sur ce sujet, c'est jeter de l'huile sur le feu.»
Santé de l'enfant
Sabine Simkhovitch-Dreyfus, vice-présidente de la Fédération suisse des communautés israélites de Suisse, se dit interloquée par la proposition des Verts. «C'est l'ouverture d'un débat dont on sait où il commence mais dont on ne sait pas où il finit. Le contexte général de remise en question de toute une série d'acquis dans le domaine de la liberté religieuse est inquiétant. On remet en cause un élément fondamental de la pratique des Juifs de Suisse et qui ne nuit en rien à leur intégration.» Sabine Simkhovitch-Dreyfus rappelle que des règles strictes entourent cette pratique dans la religion juive. «Avant toute circoncision, on veille à ce qu'elle ne porte pas préjudice à la santé de l'enfant. Des tests médicaux sont effectués. Ce sont des personnes formées spécialement à cette opération, en général effectuée au huitième jour après la naissance, qui la pratiquent. S'il y a un risque médical, la circoncision peut être repoussée.»
Ueli Leuenberger, président des Verts suisses, explique que la proposition de Diego Hättenschwiler est une proposition parmi de nombreuses autres. «Elle demande un débat sur une question controversée au sein de nos rangs.»
http://www.lematin.ch/actu/suisse/circoncision-tolerable-218113
Peut-on tout autoriser ou fermer le débat au nom du "religieux" ? 