Les deux hommes s’observèrent pendant une dizaine de secondes, puis Strelian passa à l’attaque. Son épée bondit, scintilla au soleil en décrivant un arc de cercle vers la gorge d’Artus...
Le magicien se baissa au dernier moment pour esquiver l’attaque, et plongea lame tendue en avant. Strelian se déhancha, évita la dague, saisit Artus au niveau du poignet pour l’entraîner dans un irrésistible mouvement tournant. Le magicien perdit l’équilibre, essaya de retrouver ses appuis. Une jambe se tendit pour le faire trébucher, un genou le frappa au creux de l’estomac tandis que la garde en bronze de la rapière lui percutait la mâchoire. Artus s’écroula dans l´herbe du cloître, le goût du sang dans la bouche.
Strelian lui faisait face, l’arme haute. Sa lame s’abattit, fondant vers le coeur du magicien. Celui-ci roula sur le côté, et l’acier se planta dans l’herbe de la cour. Profitant de ce maigre avantage, Artus décocha un coup de pied à la main de son agresseur. Sous le choc, la rapière s’échappa de ses doigts.
Strelian tendit la main pour la rattraper, Artus lui lança son poignard au visage. D’une improbable contorsion, le jeune homme parvint à esquiver le jet, mais ce mouvement lui fit perdre le temps qu’il lui aurait fallu pour s’écarter et empêcher le magicien de placer une nouvelle attaque. Un élan des jambes, une prise en ciseaux, et les deux hommes roulèrent à terre, luttant à mains nues.
Artus porta une manchette à la gorge de Strelian. Celui-ci la bloqua avec son bras gauche et lança son poing droit dans le visage du magicien. Artus l’agrippa au niveau de l’avant-bras, puis tenta une clef au poignet. Strelian se dégagea, glissa souplement vers sa rapière et la saisit avant de se relever. Artus avait déjà récupéré son poignard.
Strelian se fendit. Le magicien attendit l’ultime seconde pour dévier la rapière d’un souple battement de sa dague, puis vint au contact et porta un coup de poing au visage de son adversaire. Strelian le contra d’un revers de la main, bondit en arrière pour échapper à la lame d’Artus, puis plaça un nouveau coup d’estoc. Le magicien aurait été épinglé comme un insecte sans l’incroyable réflexe qui le fit sauter sur le côté pour se dérober. La lame de Strelian fondit à nouveau vers sa gorge. Il l’esquiva encore une fois, puis assena un coup de pied qui manqua sa cible. Son ennemi lui empoigna la cheville, et pivota en accentuant son élan. Artus alla s’écraser trois mètres plus loin. Il se redressa en un éclair, raffermit sa prise sur sa dague et tenta de reprendre son souffle.
Cet affrontement s’engageait très mal.
Lame contre lame.
Roi contre Prince.
Père contre fils.
Sans répit.
Sans relâche.
L’acier frappa l’acier dans une explosion d’étincelles. Le roi se dégagea, prit son élan et porta un coup de taille. Le Prince esquiva en plongeant en avant et visa le ventre de son père. Celui-ci se décala au dernier moment, releva son épée et l’abattit sur la tête de son fils. Le Prince la bloqua à mi-hauteur, se redressa et fouetta l’air de son pied. Le roi, d’un bond agile, évita le coup qui l’aurait fait trébucher puis plaça une nouvelle attaque. Les lames s’entrechoquèrent avec un claquement qui se répercuta jusque dans les dents des deux adversaires. Le roi lâcha une main et porta un violent crochet au visage de son fils. Le Prince contra avec son coude, déborda l’épée de son père et frappa de la pointe de son glaive. Le roi évita de justesse la mortelle estocade, para une seconde botte, rompit d’un pas. Dümkaras s’abattit encore. Le glaive du Prince s’interposa. Nul ne recula.
Tout le mépris d’Alexandre pour son père, toute la rage du roi contre son fils, toute leur aversion trop longtemps retenue, se déchaînaient d’un seul coup dans le duel. Après des années de lutte morale, ils s’affrontaient enfin au corps à corps. Plus que le tourbillon furieux de leurs lames, plus que leur chorégraphie mortelle, plus que leurs passes interminables, c’était leur haine qui dominait ce combat. Une haine féroce pour un combat sauvage. Impitoyable.
Le Prince était un escrimeur incroyablement doué. Ses gestes rapides, sûrs, fluides et précis, associés à son expérience, sa technique irréprochable, ses périlleuses acrobaties et sa froide concentration, auraient dû lui apporter la victoire en quelques secondes.
Auraient dû.
Malgré son âge, le roi ne se laissait pas dominer. Sa guérison lui avait rendu plus de forces qu’il n’était permis de l’imaginer. Ses mouvements puissants et économes maintenaient une terrible pression sur son adversaire ; sa vigueur et sa tonicité le rendaient inépuisable.
Le combat risquait de durer.
Alors que le chant de l’Orgue se faisait plus effréné encore, le Prince se fendit en visant la tête. Son père bondit en arrière pour éviter la lame et répliqua d’un coup d’estoc. Le glaive para l’attaque de Dümkaras, la repoussa sèchement et s’abattit en une courbe fulgurante. Le roi se baissa pour esquiver puis porta un balayage aux jambes du Prince. Celui-ci s’échappa d’un bond, retomba quelques mètres plus loin, para un coup de taille sur sa droite, un autre à sa gauche.
Le roi répartit ses attaques de chaque côté de la ligne centrale de son fils, visant les points où les parades se révélaient difficiles, à hauteur de taille ou au niveau des chevilles. Ainsi, Alexandre VII empêchait son adversaire d’utiliser sa tactique favorite, à savoir déborder son ennemi par les flancs. Le Prince contrait chaque assaut, mais cédait du terrain. Inexorablement, il se laissait acculer vers un mur sous l’implacable rafale de coups.
Mais le Prince avait plus d’une ruse en réserve. Alors que Dümkaras fendait l’air en direction de ses pieds, il s’éleva dans les airs d’une prodigieuse détente. Son glaive entailla l’épaule du roi, son pied lui percuta le visage. Le Prince se mettait en position pour retomber en souplesse quand une main se referma sur sa cheville, lui fit décrire une ample parabole et l’abattit sauvagement sur le sol.
Sonné, le garçon roula sur le côté. Bien lui en prit : le choc d’une épée résonna sur le marbre là où il était tombé. Le Prince chassa les étoiles qui défilaient devant ses yeux. Son père se tenait devant lui, l’épaule en sang, mais toujours debout. Il frappa de nouveau.
Le Prince dévia l’épée lancée contre sa poitrine, agrippa le poignet de son père et le tira vers lui. Le roi essaya de résister, puis se laissa tomber de tout poids sur son fils en lui assenant un formidable coup de tête au front. Le crâne du Prince trembla sous l’impact, heurta violemment le marbre du sol, tandis que le poids de son père lui comprimait la poitrine.
Aveuglé par la douleur, il sentit une poigne solide se refermer sur son cou et entreprendre de l’étrangler. D’une main, son père l’étouffait, de l’autre il plaquait fermement son épée sur le glaive, restant à l’abri de la lame et des Bracelets d’Arzhan. Affolé, le Prince lâcha son glaive et frappa son adversaire au visage, des deux poings, avec une rapidité et une violence formidables.
Un coup fendit la lèvre du roi, un autre fit éclater sa pommette gauche, un troisième ensanglanta son arcade sourcilière ; malgré ces blessures, il continua d’étrangler son fils.
Du sang coulait dans l’oeil droit du Prince. Il plaqua ses deux mains sur les épaules de son père, le repoussa avec force, replia ses jambes sous le torse du roi.
Une violente détente fit enfin lâcher prise au vieil homme. Il partit en arrière, s’étala sur le sol pendant que le Prince se redressait en empoignant son glaive. Le roi se releva à temps pour parer un vicieux coup d’estoc. Son fils esquiva une riposte furieuse, recula, puis s’éleva en un saut périlleux avant de s’abattre sur son père en frappant. Le roi contra l’assaut et recula sous l’impact.
Au-dessus de l’Orgue, une large passerelle de marbre permettait d’admirer le paysage à travers la rosace de verre. On y accédait par deux escaliers en ébène, qui s’élevaient en spirale de chaque côte de l’instrument. Sentant qu’il perdait l’avantage, le roi s’élança vers l’Orgue et commença à gravir les marches. Le Prince tira un couteau plat de sa botte et le lui lança dans le dos. Son père se retourna, dévia la dague d’un geste vif de son épée, puis poursuivit son ascension.
Le Prince se précipita vers l’autre escalier. Il ne devait pas permettre à son père d’occuper une position en hauteur. Le père et le fils parvinrent en même temps sur le balcon.
Au-dessus de l’Orgue lancé dans un morceau dramatique, sous la lumière de la foudre qui s’abattit soudain juste devant la rosace, les lames se heurtèrent une nouvelle fois.
Chapitre dans lequel il se passe certes pas grand-chose, mais qui met en place le prochain.
Ouais j´allais le dire, y s´passe rien et je trouve quand même que trois longs combats d´affilée, tous étant des duels, ça finit par lasser. Je sens qu´on approche de la fin...non?
Et on a toujours pas revu Hustouk!
"tandis que des étoiles dansaient devant ses yeux" je trouve que ca fait plus adapté dans des textes pour enfants.
j´ai pas reperé de fautes de frappes, donc je vais pouvoir donner mon avis sur 2-3 trucs.
- Dans cette partie, par deux fois les heros voient des étoiles, trop enfantin, tu vois pas des étoiles, ta vue se brouille, t´es sonné, etc
- Chaque combat ou duel commence par un coup mortel evitait : "Sineor ne dut son salut qu’à un mouvement de pivot", "Le magicien se baissa au dernier moment pour esquiver l’attaque", "Le roi évita de justesse la mortelle estocade"
Bon c´est quand qu´on voit les singes en string manger de la bolonaise ?
Je n´ai pas l´impression que ces esquives se trouvent systématiquement en premier dans les combats. Seulement pour Artus, je crois. Non ?
Et en effet, on approche de la fin. Plus que trente pages, que je diviserai en six chapitres et un épilogue.
Quant à Hustouk, je n´ai écrit que trois parties sur lui dans cette bataille finale, on le reverra donc une dernière fois, pas dans le procahin chapitre, mais dans le suivant. Quand j´y pense, c´est vrai qu´on passe un long moment sans entendre parler de lui.
Ca m´énerve de pas lire au fur et à mesure, maintenant je vais devoir rattraper un important retard. J´espère que les chapitres que j´ai en retard seront suffisement bien pour atténuer ma énervement contre moi même.
Si vous m´avez compris bravo sinon tirez vous une balle dans la tête.
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Alors attends demain soir pour t´y mettre aprce que sinon tu resterais sur une mauvaise imrpession puisqu´il ne se passe pas grand-chose dans le dernier chapitre.
J´ai pas lu tes histoires car c´est pas trop mon style, mais j´aimerais savoir combien de temps tu met pour écrire un chapitre, parce que t´as l´air d´écrire régulièrement et depuis un bon moment.
Je n´y ai jamais vraiment réfléchi...
Disons qu´il me faut entre une demi-heure et une heure pour écrire une page. (Oui je suis lent, vu que certains font trois pages en une demi-heure...)
Ensuite, j´écris généralement.
De 20h30 à 22h30 le mardi et je jeudi.
De 13h30 à 15h30 le mercredi (et parfois une heure de plus dans la soirée)
De 17h à 18h le vendredi (quand c´est possible)
De 13h à 16h le samedi.
Le dimanche matin quad mes parents m´y autorisent.
Ce qui fait environ 10H par semaine. En partant sur la base d´une page en 45 minutes et de 6 pages par chapitre, ça fait un chapitre en 4h30, soit un peu plus de deux chapitres par semaine.
J´ajoute à l´intention de tout le monde que je dois parfois me battre avec mes frères pour avoir droit à ces horaires, que j´y passe quasiment tout mon temps libre (par temps libre, j´entends celui qui n´est pas pris par mes activités sportives et musicales), que c´est assez stressant et que quand j´aurais terminé ma quatrième fic, j´abandonnerai sans regret l´écriture.
Du moins l´écriture de trucs aussi longs. Peut-être passrai-je à des textes plus courts de temps en temps.
Dans la foulée, et bien que peu aient lu le dernier chapitre, en voici un autre. Cette fois, même si on ne voit pas Artus et toujours pas Hustouk, il se passe des choses un peu intéressantes.
Enjoy ! (ou pas, pour reprendre la formule de je sais plus qui)
Dans le campement de l’armée du Nord, c’était la panique. Les Elfes avaient bouté le feu à un grand nombre de tentes, effrayé les chevaux et dispersé les gardes. A présent, ils se chargeaient d’abattre tout ce qui tenait encore debout.
Poursuivie par l’un des attaquants, Anaïs se réfugia sous une tente meublées de lits de camps. Elle s’accroupit derrière le plus grand et reprit son souffle.
Elle n’avait pas réussi à s’échapper. Les Elfes avaient encerclé le camp, empêchant quiconque de s’enfuir. Ses frères et sa mère étaient quelque part, non loin de là, sûrement aux prises avec d’autres dangers.
Un bruit de pas s’éleva à l’entrée de la tente, suivi d’une voix moqueuse.
- Je sais que tu es là, humaine. Montre-toi. Ce n’est qu’un mauvais moment à passer.
Anaïs retint sa respiration, priant pour que l’Elfe abandonne ses recherches avant d’avoir fouillé toute la tente. Peine perdue. Les pas se rapprochaient.
- Je sens que n’es plus très loin. Allons, ne te cache plus...
Anaïs tremblait de tous ses membres. Elle ne voyait aucune issue. En d’autres temps, les femmes étaient formées aux arts du combat, afin de défendre leurs terres quand les hommes partaient à la guerre. Mais cette époque était révolue, et Anaïs, pour sa part, maniait l’épée avec autant de grâce qu’un éléphant qui aurait joué du violon. Elle ne pouvait pas lutter.
La peur lui nouait les entrailles. Elle allait être transpercée, ou bien égorgée. Sans pitié.
Elle allait mourir.
Mais elle ne voulait pas.
Elle ne voulait pas !
Elle ne voulait pas !! !
C’est alors que ses yeux tombèrent sur...
L’Elfe aperçut le corps recroquevillé derrière le lit. Un sourire de victoire naquit sur ses lèvres, il s’approcha et leva son épée.
- Et voilà, ricana-t-il. Je te...
Il ne termina pas sa phrase.
Sa joue gauche, sa pommette, son oeil, son crâne entier, explosèrent sous l’impact de la lourde masse d’armes qu’Anaïs venait de lui projeter dans la tête avec l’énergie du désespoir. En temps normal, jamais elle n’en aurait été capable, mais la peur avait décuplé ses forces.
L’Elfe s’écroula.
Anaïs lâcha son arme, se rendit compte qu’elle venait de tuer. Pour la première fois.
Essayant de ne pas regarder le corps de sa victime, elle se dirigea vers la sortie de la tente et risqua un coup d’oeil à l’extérieur.
Un spectacle terrifiant l’attendait.
Jean et Théo, dos à dos, brandissant des épées dérisoires, faisaient face à une dizaine d’Elfes qui les encerclaient sans leur laisser la moindre chance de fuite. Les deux garçons jetaient de tous côtés des coups d’oeil effrayés, cherchant un improbable soutien. En vain.
Anaïs vit sa mère, blessée à la jambe, se traîner à quelques pas de là, le visage déformé par la peur et la douleur. N’y tenant plus, Anaïs se précipita vers elle.
- Sauve-toi, gémit Geneviève.
Les flammes dansaient dans les tentes et se reflétaient sur les lames ennemis. Avec des sourires mauvais, les Elfes se rapprochèrent de Théo et de Jean. Vaillamment, les deux garçons levèrent leurs épées.
Un premier Elfe se jeta en avant. Anaïs ne put retenir un cri.
- Non !
Et soudain, se mêlant à sa voix, un hurlement strident déchira l’air au-dessus de leurs têtes. Une forme immense s’abattit entre les tentes, deux ailes se refermèrent sur un corps de titan.
Une lame scintillante fendit l’air. Deux Elfes furent projetés au loin. Les autres reculèrent.
Barn se tourna vers la famille du comte Thibaut.
- Désolé d’être en retard, déclara-t-il de sa voix grave. Molloch ne sait plus très bien où il en est, il a du mal à compenser son dernier échec. Je vois que j’arrive juste à temps.
Personne ne lui répondit. La mère, la fille et les deux fils rivaient sur lui des regard stupéfaits. Voir surgir le Dylran dans un moment pareil était tout simplement incroyable.
Les Elfes se regroupèrent.
Barn se tourna vers Théo.
- Prends ta part, mon garçon.
Il lui jeta une lame.
Théo la suivit du regard tandis qu’elle volait vers lui. Puis elle retomba à ses pieds.
C’était le sabre du Prince Alexandre. L’arme qu’il avait confiée au comte Thibaut pour la mettre en sécurité. Théo n’y comprenait rien. Pourquoi Barn venait-il lui donner ce sabre maintenant ?
- Prends-le, commanda le Dylran.
Un peu perdu, Théo tendit une main hésitante vers le pommeau du sabre. Alors que, du bout des doigts, il touchait le cuir qui enrobait la poignée, les runes gravées dans l’acier se mirent à briller. Une lueur pâle, étrange, mais pourtant chargée de puissance.
Barn se mit en garde devant les Elfes qui chargeaient.
Mû par un réflexe mystérieux, Théo empoigna le sabre runique et se rangea au côté du Dylran.
Puis il perdit tout contrôle.
Alice descendit en courant l’escalier principal.
Après avoir dévalé cinq étages, elle s’arrêta pour réfléchir. Que devait-elle faire ? Si elle allait chercher de l’aide, Alexandre serait confondu en public par son père. Mais si elle n’agissait pas, l’un des deux finirait par mourir.
Et puis, avait-elle le droit de laisser le Prince impuni ? Il avait trahi le roi, il avait avoué sans remords quel complot il avait ourdi contre lui. Il était prêt à tuer son père pour accroître son pouvoir !
Non. Il devait y avoir une autre explication. Alexandre n’était pas dans son état normal. La façon dont il lui avait dit de partir en était une preuve flagrante. A ce souvenir, un frisson d’angoisse parcourut le dos d’Alice. Peut-être que tout pouvait s’arranger. Peut-être qu’il était possible de mettre un terme à toute cette histoire. Le Prince pouvait se reprendre, son père pouvait lui pardonner.
Alice passa de longues minutes à démêler ses pensées. Informer quelqu’un de la situation reviendrait à trahir le Prince. Elle ne pouvait s’y résoudre.
Pourquoi tout cela était-il aussi compliqué ? N’y avait-il pas une solution miracle capable de tout régler d’un seul coup ?
Alice finit par prendre une décision. Il fallait à tout prix empêcher le roi et son fils de s’entretuer. Elle chercha un bruit autour de lui et crut entendre des voix dans une pièce voisine.
Elle traversa un couloir aux murs garnis de tapisseries guerrières et pénétra dans la salle d’armes des généraux. Elle reconnut aussitôt les deux hommes qui se trouvaient là. Jusdol Torhân et Jorgun de Borion, assis sur un banc, leurs épées posées à côté d’eux, discutaient de l’assaut sur l’Académie et de la mort de Dario.
Quand ils aperçurent Alice, un air intrigué se peignit sur leurs visages.
- Que veux-tu, petite ? questionna Jorgun en caressant sa barbe blonde.
- Il faut que vous preniez quelques hommes et que vous montiez à l’étage des appartements royaux ! Le Prince et le roi son en train de se battre !
Jusdol Torhân se redressa de toute sa hauteur et planta ses yeux bruns dans ceux d’Alice.
- Qu’est-ce que tu racontes ? fit-il d’un ton agressif. Le roi est mourant, et nul n’est autorisé à monter tant qu’il n’aura pas trépassé.
- Il est en pleine forme ! Et il se bat !
Jorgun de Borion se leva à son tour. Un peu plus petit que Jusdol Torhân, il paraissait beaucoup plus fragile.
- Nous ne devrions pas prendre ces déclarations à la légère, Jusdol, dit-il pourtant d’une voix très assurée. Tu ne plaisantes pas, n’est-ce pas ? demanda-t-il à Alice.
- Mais bien sûr que non ! Dépêchez-vous, sinon il y aura un mort !
Surpris par la force et l’angoisse de sa voix, les deux généraux échangèrent un regard.
- Nous devrions peut-être aller voir ce qui se passe là-haut, dit Jorgun.
Jusdol Torhân hocha la tête.
Après la fin de la guerre, le duel entre le capitaine Sineor et le comte Thibaut de Montfort devint un pilier de la légende. A en croire les histoires les moins extravagantes, les deux chefs avaient combattu pendant des heures et des heures, leurs lames s’entrechoquant avec une telle force que la terre s’était ouverte sous leurs pieds tandis que le ciel se déchirait au-dessus de leurs têtes.
Ce dernier point était fondé. Par une étrange coïncidence, alors que l’affrontement atteignait son point culminant, les nuages s’écartèrent sur une petite trouée, laissant filtrer un rai de lumière sur les deux adversaires. Des cris d’admiration s’élevèrent dans les rangs des deux armées, à présent convaincues qu’un signe divin venait de marquer le duel.
Le combat s’éternisait. L’homme et l’Elfe luttaient depuis de longues minutes sans avoir jusque-là réussi à porter un coup décisif. Les lames étincelaient dans la lumière, tournoyant en un ballet mortel dont on sentait l’issue toute proche.
Sineor attaquait sans ralentir, visiblement décidé à tuer. Malgré sa blessure au bras, Thibaut avait trouvé son rythme. Il maniait sa lourde épée d’une seule main, contrant chaque assaut d’un geste fluide et soigneusement mesuré, et plaçant à l’occasion une riposte qui forçait l’Elfe à reculer. S’il était tombé, le poids de son armure lui aurait été fatal. Il n’aurait pas pu se redresser à temps. Mais ce n’était plus un problème. Le comte contrôlait parfaitement son équilibre, et aucun choc n’aurait pu l’ébranler.
Pourtant, la hargne de son adversaire, déchaînée dans chacun de ses coups, suffisait à lui faire perdre confiance. Il sentait qu’il avait perdu. Pendant que quelques dizaines de ses hommes le regardaient combattre, le reste de son armée se faisait ailler en pièce. Du coin de l’oeil, il aperçut Jérôme de Chest à terre, gravement blessé. Plus loin, Galahad et Zortas, dos à dos, menaçaient de tomber sous les assauts de leurs ennemis.
Et Sineor allait le tuer. Thibaut en était convaincu. Il ne pouvait rien contre la volonté meurtrière qui animait son adversaire. Sineor voulait gagner. Et il le ferait. Ca ne faisait aucun doute.
Aussi Thibaut fut-il surpris quand il sentit faiblir les coups de son attaquant. L’Elfe frappait toujours, mais avec moins de violence qu’auparavant. Lentement, ses assauts perdaient en puissance.
Thibaut comprit.
Alors que lui-même, solide comme un roc, parait chaque coup sans éprouver de fatigue, les forces abandonnaient Sineor. Après des heures de bataille et dix minutes de combat ininterrompu, l’Elfe faiblissait. Thibaut sentit renaître l’espoir.
Espoir qui se renforça encore lorsqu´il réalisa que le moral de son adversaire était au plus bas. Thibaut avait suffisamment d’expérience pour deviner les pensées d’un homme à partir de sa façon de se battre. Et il se rendait compte que Sineor ne luttait pas pour tuer, mais pour remplir un devoir qu’on lui avait imposé, pour faire ce que son rang exigeait de lui. Thibaut savait ce que tout cela signifiait.
De telles motivations ne pouvaient apporter la victoire.
Petit à petit, le comte prit l’avantage. Il avançait en portant des coups puissants, tandis que Sineor cédait du terrain à mesure que ses mouvements perdaient en vitesse et en précision. Thibaut para un coup de taille, se dégagea, frappa de nouveau. Sineor tenta de le contrer.
Au dernier moment, Thibaut abaissa sa lame. L’Elfe ne put réagir assez vite. Une ligne sanglante apparut sur le dos de sa main droite. Il relâcha son attention.
L’épée du comte repassa sur Sineor, lui arrachant son arme, puis s’abattit sur sa jambe. L’acier s’enfonça dans la chair sur plusieurs centimètres, déchirant les muscles et les tendons. L’Elfe poussa un cri de douleur et tomba à genoux, un flot de sang ruisselant de sa cuisse lacérée.
Thibaut recula d’un pas.
Un silence absolu s’établit sur le champ de bataille.
Le comte réalisa soudain que si quelques guerriers seulement avaient suivi le duel, des centaines d’yeux étaient à présent braquées dans sa direction. Autour de lui, les Elfes apercevaient l’un à l’après l’autre leur capitaine à terre, et cessaient de combattre. Le fracas des lames s’était tu, la bataille s’était suspendue. Une douce brise soufflait entre les collines.
Thibaut brandit son épée pour le coup de grâce. Pour l’instant, la lutte avait cessé. Dès qu’il frapperait, les corps à corps sauvages reprendraient. Peut-être la mort de Sineor suffirait-elle à faire perdre courage aux Elfes, permettant aux Dümréens de les repousser. Peut-être au contraire les ennemis, furieux, lutteraient-ils jusqu’à la mort. Comment savoir ?
Sineor levait vers lui des yeux effrayés. Thibaut en comprenait la raison. Les Elfes étaient presque immortels. L’idée de mourir au combat devait les terrifier au plus haut point. Sineor tremblait, la peur brillant dans son regard. Il savait que l’heure de son trépas avait sonné.
Le comte le considéra longuement avant de bouger. Cette mort allait-elle décider du sort de la bataille ? Démoraliser suffisamment les Elfes pour les mettre en déroute ? Ou les provoquer à tel point qu’ils massacreraient aveuglément les Dümréens jusqu’à leur dernier souffle.
Il n’y avait qu’une seule solution à ce problème.
L’épée descendit.
S’abattit sur Sineor.
Se planta dans le sol.
Des murmures étonnés parcoururent les rangs des deux armées. Pourquoi Thibaut n’avait-il pas achevé son adversaire ? C’était stupide ! Inconcevable ! Personne ne savait quoi faire.
Le comte sentait la fatigue tomber sur lui. La concentration retombée, la vieillesse reprenait ses droits. Les articulations de Thibaut lui faisaient mal, il tenait à peine sur ses jambes, son sang inondait sa manche gauche à travers sa douloureuse blessure.
- Vous ne me tuez pas ? fit Sineor, incrédule.
Le comte s’appuya sur son épée.
- A quoi bon étendre un cadavre de plus ? Je n’ai plus la force de me battre. Votre armée a le dessus. Qu’on en finisse.
Autour de lui, personne ne bougea. Les hommes comme les Elfes étaient de féroces guerriers, habitués à des combats acharnés. Faire face à une telle situation leur était très difficile.
Sineor ne parla pas pendant un long moment. Puis, alors que ses yeux parcouraient le champ de bataille, une lueur de soulagement s’alluma dans son regard.
- Je me rends, déclara-t-il.
Nouveaux murmures stupéfaits dans les rangs des combattants. Plus personne n’y comprenait rien.
Sineor fit un gros effort pour se redresser, plaquant une main sur sa blessure à la cuisse.
- Nous nous sommes affrontés, clama-t-il d’une voix plus puissante. Nous nous sommes affrontés dans un combat singulier, sans ruse ni lâcheté, et j’ai perdu. Que peut-on y voir d’autre sinon un signe du destin ? L’ennemi est plus fort, nous devons nous soumettre !
Les événements prenaient une tournure de plus en plus étrange. Si Thibaut avait déjà assisté à ce genre de scène au cours de batailles entre barons, il ne s’attendait pas du tout à la voir se reproduire face à un Elfe.
- Nous voulions anéantir les humains parce que nous nous estimions meilleurs qu’eux. Et l’un d’eux m’a vaincu en duel. En outre, comment pouvons-nous nous prétendre meilleurs, alors que nous étions prêts à les exterminer, tandis que cet homme sait tempérer sa victoire par la clémence ?
Un discours ridicule, songea Thibaut. Ca ne tenait pas debout. Les Elfes auraient pu arriver à ce genre de conclusions des années auparavant ! Ca ne les avait pas empêchés de partir en guerre.
Puis le comte ce rappela de ce qu’il avait compris chez Sineor. Le capitaine ne voulait pas vraiment se battre. Piégé entre ses ordres et la certitude que cette guerre ne rimait à rien, il avait choisi de livrer bataille. Mais puisqu’on lui donnait une occasion de faire cesser dignement le carnage...
Il suffisait que ses guerriers se rallient à son avis.
Et ce fut le cas. Apparemment, les Elfes suivaient aveuglément leurs supérieurs. L’un d’eux jeta son épée à terre. Un second l’imita, puis un troisième, puis des dizaines. Bientôt, toute l´armée ennemie avait déposé les armes.
Des acclamations assourdissantes explosèrent dans les rangs dümréens.
Le Prince bondit et tourna sur lui-même en cinglant l’air de sa lame. Son père contra l’attaque d’un geste convulsif, et lui lança son poing dans le visage. Il avait visé le nez, mais en fait il toucha la mâchoire. Le Prince fut projeté en arrière, un filet de sang perla au coin de sa bouche. Le roi brandit Dümkaras et porta un coup de taille. Son fils bloqua l’épée avec adresse et riposta d’un revers foudroyant. Le roi le contra du plat de la lame, perdit l’équilibre sous le choc. Le Prince poussa son avantage.
Son pied fusa, cueillit son père au niveau des genoux. Le roi s’écroula, bascula de la passerelle. Il s’agrippa d’une main à l’un des tubes de l’Orgue, leva son épée pour bloquer le glaive de son fils, puis se balança et en tirant sur son bras regagna le balcon.
Un accord grave s’échappa de l’Orgue. Le roi para un coup d’estoc, pivota, propulsa son coude dans le ventre de son fils. Le Prince esquiva, fléchit les genoux pour esquiver un balayage, vit une ouverture.
Tout son mépris, toute sa haine, toute la répulsion qu’il avait contre son père, se ramassèrent en un seul coup. Dans un mouvement d’une vitesse fulgurante et d’une violence inouïe, la pointe de son glaive passa la garde du roi et l’atteignit à la cuisse.
L’acier s’enfonça dans la chair d’Alexandre VII, déchira muscles et tendons, trancha veines et artères. Un craquement retentit quand la lame brisa le fémur avant de ressortir de l’autre côté de la jambe, ruisselante de sang.
Le roi poussa un cri. Deux coups de poing au plexus doublés d’une manchette au poignet lui firent lâcher son épée. Lorsque Dümkaras toucha terre, un éclair jaillit des Bracelets d’Arzhan. Il cueillit le roi au creux de l’estomac et le jeta au pied de l’Orgue, six mètres plus bas. D’autres os se rompirent.
Le Prince ramassa l’épée royale et descendit lentement l’escalier, accompagné par une sinistre mélodie de l’Orgue. Ainsi, c’était terminé. Il n’avait plus qu’à porter le coup de grâce. Un soulagement sans borne l’envahit.
Il avait gagné.
Le Prince arriva auprès de son père étendu sur le marbre. Il retira sauvagement son glaive de la plaie, arrachant à son père un nouveau hurlement qui fut couvert par le tonnerre. Puis il jeta son arme au loin et leva Dümkaras.
- Dans quelques secondes, le nom du roi de Dümra aura changé, déclara-t-il.
- En fait, non, répliqua son père avec un pâle sourire. Seul le chiffre va être modifié. Quelle idée, aussi, de donner toujours au prince le nom de son père...
- De l’humour, maintenant ? Vous n’êtes vraiment plus le même...
- J’essaye de finir sur une note positive. Et aussi de faire une transition. Car avant que tu ne frappes, j’ai une dernière chose à te dire...
Etrangement, la gorge du Prince se serra. Il avait un très mauvais pressentiment. Comme si tout allait soudain basculer.
- Quoi ?
Un sourire mauvais fendit le visage du roi. Puis, grimaçant sous la douleur, il lâcha :
- Je ne suis pas ton père.
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Okay, tu passe pas mal de temps dessus donc. Je me croyais long, mais finalement j´écris a peu près a la meme vitesse.
C´est clair que c´est pas forcément évident d´être régulier pour une histoire de cette taille. Peut que je lirai ce que t´écriras ensuite.
Effectivement il s´en passe des trucs...
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La coïncidence au moment où Barn arrive est un peu douteuse, j´en conclus donc que chacun de ces personnages est nécessaire pour la suite...j´me trompe?
Par contre heureux dénouement je trouve pour Thibault et Sineor, mine de rien c´t´Elfe me plaisait assez, rien que parce qu´il est pas avec Itraïr.
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Sinon, tu utilises par deux fois l´expression "déchira muscles et tendons" alors qu´à mon souvenir tu ne l´avais encore jamais mise, ça fait un peu étrange^^. Sinon très bon chapitre cette fois^^
Sinon, pour ton "que c´est assez stressant et que quand j´aurais terminé ma quatrième fic, j´abandonnerai sans regret l´écriture. ", j´espère sincèrement que tu changeras d´avis, parce que sinon ça voudrait dire...qu´on ne verrait jamais la Guerre du Tigre?
Je ne pense pas que tu arrêteras, et à mon avis tu seras même encore remotivé lorsque tu seras suivi par une maison d´édition professionnelle.
(ce qui, à mon avis, a 100% de chances d´arriver)
J´arrêterai l´écriture de très longues fics de ce genre pendant un certain temps, mais je continuerai sans doute avec des nouvelles ou des histoires de quelques chapitres.
Sinon...
:spoilers:
Barn est un adepte des interventions théâtrales. Comme pour son arrivée à Kridath, on peut imaginer ici qu´il attendait depuis des heures une occasion d´intervenir.
:spoilers:
Merde, smiley raté. Deuxième essai qui sert à rien :
Pour la Guerre du Tigre, ça viendra sûrement, mais à une date indéfinie. Promis, si je ne m´en charge pas avant la retraite, je m´y mettrai à ce moment-là.
"Les Elfes avaient bouté le feu à un grand nombre de tentes", "Anaïs se réfugia sous une tente meublées de lits de camps." elle est si stupide ?
"Elle chercha un bruit autour de lui et crut entendre des voix dans une pièce voisine." autour d´elle, non ?
"le reste de son armée se faisait ailler en pièce" Tailler
"Luke, j´suis ton père", "Alexandre, J´suis pas ton père" on fait dans le remake ? lol. Mais qui l´a fait cocu ?
bon petit chapitre, vivement jeudi...
800 !! !
Petit instant de délire personnel...
Arriverons-nous à 1000 ?
Peut-être. Il ne reste plus beaucoup de chapitres, mais bon...