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Le siège de Dümrist

KaiM
KaiM
Niveau 11
18 mars 2006 à 09:05:17

- Salut, gamin.
Adrien sursauta. Gagné par la panique, il leva brusquement les yeux.
Le petit homme moustachu qui le poursuivait se tenait devant lui, sa tête dépassant de derrière un sac de légumes. Adrien tenta de recourir à la magie, mais encore une fois la barrière l’empêcha d’aller jusqu’au bout et son sort de désagrégea avant d’atteindre sa cible.
L’homme avança. Adrien bondit en arrière et s’enfuit en courant vers la sortie du cellier. Il trouva la porte fermée et la clé disparue. Gagné par la panique, il se retourna. Son poursuivant se dirigeait calmement vers lui, certain de le capturer.
Adrien bondit derrière des tonneaux remplis de pommes, une bien maigre protection. Son mollet le lança douloureusement, et il se força à ne pas regarder le sang qui coulait de sa blessure. Il savait que s’il commençait à s’en inquiéter, il était pardu. Il jeta un regard au moine étendu à terre, et comprit qu’il ne se réveillerait pas avant de longues minutes.
Adrien vit s’approcher le moustachu. Une peur indicible s’empara de lui.
A sa grande surprise, l’homme parla d’une voix douce.
- Désolé de t’avoir malmené, petit, mais tu essayais de t’enfuir. Maintenant, peut-être pouvons-nous discuter calmement, comme des gens civilisés.
- N’avancez pas !
Le moustachu s’immobilisa.
- Comme tu veux. Tu sais, c’est un grand honneur qui t’es fait. Maître Thenetos s’intéresse beaucoup à toi. Grâce à lui, tu pourrais devenir un mage puissant et renommé, peut-être son successeur. Pourquoi avoir peur de lui ?
- C’est un peu tard pour ce genre de discours ! répliqua Adrien. Vous employez d’abord la force, et si ça ne fonctionne pas, vous passez à la diplomatie, c’est ça ?
L’homme parut vexé.
- Enfin, que vas-tu t’imaginer ?
- J’ai vu les hommes de votre maître, à Kridath ! lâcha le garçon. Des fanatiques, prêts à sacrifier leur vie pour remplir leur mission ! Vous en êtes sûrement un, vous aussi ! Alors, qu’est-ce que Thenetos vous a fait pour que vous lui obéissiez comme ça ? Vous pensez vraiment que j’ai envie de subir le même sort ? ou de l’infliger aux autres ?
Sa tirade était allée crescendo pour s’achever sur un cri. Surpris de cet accès de colère, le moustachu se renfrogna.
- Je vois que tu as gardé de mauvais souvenirs de Kridath. Andorion a fait un très mauvais travail, là-bas. Heureusement, je suis là pour réparer les pots cassés. Aussi, tu m’excuseras, car je me vois forcer d’employer la force pour t’emmener. A Vordal, tu auras tout loisir te réconcilier avec le maître.
Il contourna les barriques. Adrien partit dans la direction opposée pour rester loin de lui. Enervé, le moustachu renversa les tonneaux, répandant les pommes sur le sol, puis bondit en avant et saisit Adrien à la nuque.
Une terrible douleur irradia dans son cou. L’homme avait une poigne de fer, et savait où la placer pour faire le plus souffrir sa proie. Adrien gémit, essaya de donner un coup de coude. Le petit moustachu l’encaissa sans broncher et se dirigea vers la sortie.
Une vision dramatique emplit soudain l’esprit d’Adrien. Alice était là, devant lui, étendue sur un sol de marbre, au milieu d’hommes en armes surpris et horrifiés. Dès qu’il la vit, Adrien sut qu’elle était morte. Son souffle s’était figé, ses yeux se voilaient, elle ne bougeait plus. L’apprenti magicien pouvait même sentir que son coeur ne battait plus.
Il n’y comprenait rien. Qu’est-ce que ça signifiait ? Sa soeur avait-elle vraiment trouvé la mort ? A cette idée, une angoisse sans nom s’abattit sur lui. Ce n’était pas possible ! Ce n’était qu’une vision ! Et pourtant, ça semblait si réel...
Puis le corps d’Alice disparut, et Adrien se retrouva sous la poigne du moustachu. Des larmes perlaient aux coins de ses yeux . De douleur ou de chagrin ?
- Eh, ça va ? fit l’homme? Tu es livide.
Adrien sentit quelque chose se briser en lui, comme si un pan entier de son être venait de s’effondrer. Mais le sentiment qui l’envahit alors n’était pas la tristesse ou le désespoir.
C’était l’extase.
L’extase de celui qui jouit du pouvoir, et qui s’apprête à s’en servir.
La magie s’offrait à lui, toute entière, comme dans le cercle de pierre. L’énergie vibrait en lui, palpitante. Et cette fois, ce n’était pas pour une minute, mais pour l’éternité.
La barrière venait de céder.
Une formidable détonation retentit. Le serviteur de Thenetos fut projeté à dix mètres de là. Il se releva, ébahi, et tenta de revenir vers le garçon.
Un sourire dément barra le visage d’Adrien. Ivre de puissance, il leva la main vers l’homme insignifiant qui se dressait face à lui. Un éclair aveuglant jaillit de sa main.
Crépita en traversant la pièce.
Toucha sa cible.
Là où s’était tenu le moustachu, un petit tas d’os fumants s’éparpilla sur le sol.

- Nooooon !
Alexandre se précipita en avant. La rage meurtrière que Molloch avait attisée en lui s’était évanouie aussi subitement qu’elle était venue. Anéanti par ce qu’il venait de faire, le Prince s’agenouilla auprès du corps inerte d’Alice.
Ce n’était pas possible...
Il n’avait pas pu...
Paniqué, affolé, il saisit Alice par la tête et plongea son regard dans le sien. Déjà, les yeux écarquillés de la jeune fille s’embrumaient et prenaient cet aspect vitreux qu’Alexandre connaissait bien, pour l’avoir si souvent observé chez ses ennemis.
Fébrilement, il passa une main sous son menton et chercha son pouls. Elle n’avait pas été si gravement touchée, il n’avait pas pu mettre autant de force dans son attaque. Son coeur devait bien battre encore...
Il ne sentit rien.
Alice était morte à l’instant même où l’éclair l’avait frappé.
L’Orgue avait glissé vers une mélodie belle et déchirante, l’écho de ses notes envahissant le hall entier. Figés autour du Prince, les gardes le fixaient, abasourdis.
Alexandre comprit qu’il ne pouvait plus rien pour Alice. Il l’avait tuée. Lui-même. Il s’était laissé emporter et il l’avait tuée.
Le désespoir s’abattit sur lui, écrasant sa gorge plus sûrement que le fil d’un étrangleur. Il se pencha sur Alice, passa un bras derrière es épaules et la pressa contre lui, les yeux ruisselants de larmes.
Un sanglot le secoua. A l’idée qu’il venait de tuer la dernière personne qui comptait pour lui, il se maudit, se haïssant plus encore que tous ses ennemis réunis. Pourquoi avait-il fait ça ?
Il ne vit pas le coup arriver. Le pommeau d’une épée d’abattit lourdement sur sa nuque. Un douleur fulgurante lui traversa le crâne.
Et tout ne fut plus que ténèbres.

La rapière de Strelian se planta dans le bras d’Artus. Le magicien grogna et lâcha son poignard. Son adversaire lui décocha un coup de pied au visage qui l’envoya rouler au centre du cloître.
Artus savait qu’il avait perdu. Il perdait son sang par une bonne dizaine de blessures. Autour de lui gisaient les corps blessés de trois moines qui avaient tenté de prendre sa défense. Les autres s’étaient éloignés, effrayés par la violence de Strelian.
Artus essaya de se relever. Mais ses forces le quittaient, et ses jambes ne supportèrent pas son poids. Strelian se campa face à lui et leva sa lame...
L’épée s’abattit.
Et vola en éclats avant de toucher sa cible.
Une terrible explosion ébranla le cloître. La rapière de Strelian tressauta dans sa main avant de se briser en milliers de fragments d’acier qui scintillèrent brièvement avant de se disperser dans la petite cour.
Artus tourna la tête.
Adrien se tenait dans l’encadrement d’une porte, rayonnant de puissance, l’air totalement sûr de lui. Une flamme blanche dansait dans sa main droite.
L’air incrédule, Strelian contempla un instant la garde de son épée, seul vestige de l’arme pulvérisée.
- Mais... balbutia-t-il. L’amulette...
Un rayon d’énergie fusa de la paume d’Adrien. Un claquement sonore retentit quand il frappa le spadassin en pleine tête.
Le tronc décapité de Strelian s’effondra sur le sol.
Les moines mirent quelques instants à se ressaisir. Lorsqu’ils eurent réalisé qu’aucun danger ne pouvait plus les menacer, ils se précipitèrent sur les blessés pour étancher leurs plaies. L’un d’eux appuya ses mains sur l’entaille qu’avait Liffip à l’épaule, un autre se mit en devoir de comprimer les plus graves des innombrables blessures d’Artus.
- Ma bague... murmura-t-il.
Adrien sentit l’excitation se dissiper. Il sonda le cloître et repéra l’anneau d’argent. S’agenouillant auprès de son maître, il le lui passa au doigt.
- Merci, fit Artus. Pour ça, pour m’avoir sauvé la vie, et pour m’avoir offert ce spectacle.
- Ne parlez pas, ordonna le moine qui s’occupait de lui.
Adrien inspira profondément. L’air lui semblait plus pur désormais.
- Je crois que j’ai surmonté la barrière, déclara-t-il à son maître. La magie ‘n’est plus un problème.
Artus posa une main sur l’épaule du garçon.
- Je suis fier de toi, disciple.

Théo s’était affaissé en avant au milieu des tentes en flammes. Son corps épuisé trempé de sueur, sa respiration sifflante, ses paupières closes et ses mains jointes sur le pommeau du sabre, il s’appuyait sur l’arme afin de ne pas tomber.
Trente Elfes gisaient autour de lui. Morts.
Barn arracha son épée d’un cadavre et se tourna vers le garçon. A cet instant, Jean poussa une exclamation admirative.
- Incroyable ! Tu cachais bien ton jeu, petit frère !
Théo ouvrit les yeux et jeta un regard étonné autour de lui.
- De quoi parles-tu ?
Le ton n’était pas ironique. Surpris, Jean désigna les Elfes.
- Ben, de la façon dont tu les as tués. Je n’avais jamais vu quelqu’un combattre comme ça. C’était magnifique !
Barn posa une main sur l’épaule de Jean.
- Ton frère est en état de choc, expliqua le Dylran. Ne le brusque pas.
- Mais qu’est-ce qu’il s’est passé ? demanda Anaïs en se relevant. Il était bizarre, comme en transe...
Théo sembla enfin comprendre ce qui venait d‘arriver. Il considéra le sabre pendant de longues secondes, puis le jeta au loin.
- Je ne touche plus jamais ce truc !
Barn lui lança un regard qu’on aurait pu croire amusé.
- A ta place, je ne ferais pas ce genre de suppositions hâtives. Les voies de Molloch sont impénétrables.

On ne retrouva nulle trace de Nurmill Aqlaï.
Les moines eurent beau fouiller tout le prieuré, ils ne la découvrirent nulle part. La vieille femme semblait s’être tout simplement volatilisée. Evanouie à jamais.
Quand le prieur Liffip eut remit un peu d’ordre dans ses affaires, il dépêcha un messager qui alla faire le tour des portes de Ganor. Il revint une heure plus tard, annonçant que les gardes de la cité n’avaient pas vu de vieille femme correspondant à la description de Nurmill.
- Mais ça ne veut rien dire, ajouta-t-il. Des centaines de gens franchissent chaque jour les portes. Elle a pu passer inaperçue.
Liffip se contenta d’opiner distraitement. Au fond de lui, il savait que la vieille conteuse n’était pas une personne ordinaire. Elle avait partagé quelques jours avec eux, puis elle avait décidé de poursuivre sa route seule, sans leur accorder d’intérêt ni même leur dire adieu... Dommage. Liffip avait apprécié la compagnie de Nurmill Aqlaï. Et le visage de la vieille femme resterait à jamais gravé dans sa mémoire.
Les moines se remettaient bien de leurs blessures. Pour éviter tout scandale, on expliqua à la garde que deux malandrins s’étaient introduits dans le monastère pour y dérober des objets de valeur, et qu’ils étaient malencontreusement tombés sur un mage redoutable, Seubal Artus. Après quoi l’affaire fut enterrée.
Artus, justement, retrouva très vite ses forces. Instinctivement, Adrien sut comment construire un sort capable de le guérir. User de la magie lui paraissait si simple, à présent...
- Les moines en ont assez de nous, déclara son maître. Demain, nous repartirons pour Dümrist. Heureux ?
Adrien acquiesça. Oui, il était heureux de se rendre à la capitale.
Mais il s’inquiétait pour Alice.

:)

Bientôt fini. Encore un chapitre et un épilogue.

Ostramus
Ostramus
Niveau 32
18 mars 2006 à 11:44:08

Les choses prennent une étrange tournure ... j´ai hâte de revoir Nurmill. :)

Bonne suite, comme d´habitude, au vu du mystère qui plane j´entrevois un dénouement finale grandiose.

:ok:

Ostramus
Ostramus
Niveau 32
18 mars 2006 à 11:48:35

ET aussi je me demande quand est-ce que nous allons revoir Namaric, s´il a survécu ...

_Azerty777
_Azerty777
Niveau 10
18 mars 2006 à 13:32:06

:spoiler:

Ahh...un excellent chapitre pour sûr, et qui soulève tout un tas de questions...je l´ai senti venir pour Adrien, par contre.... :snif: Pauvre Alice...maintenant qu´elle n´est plus là, je me demande ce que va devenir le Prince...je pense qu´il va devenir limite inhumain désormais qu´il a perdu tous ses amis/proches...
J´ai hâte au prochain chapitre pour voir quelle potion va prendre Hustouk...mais je dirais qu´il va prendre la rouge^^. (c´est celle qui termine l´enchantement, non?)

Fin du :spoiler:

Enfin bref vivement Lundi. :-d (même si ça signifie fin du week-end^^)

KaiM
KaiM
Niveau 11
18 mars 2006 à 13:37:05

La rouge valide l´enchantement et lui donne les pouvoirs du démon, la verte chasse le démon en question.

Yun_Shui_Jen
Yun_Shui_Jen
Niveau 5
18 mars 2006 à 15:46:22

Alala c´est trop triste :snif:
Que vas devenir Alexandre?et Hustouk?et Adrien?et Théo?
Nous ne le saurons qu´au prochain chapitre, et encore...

Tu as commencé le quatrième tome?

KaiM
KaiM
Niveau 11
18 mars 2006 à 16:12:49

Oui, j´ai commencé le quatrième.

"Les errances du plouc au turban bleu" compte déjà 96 pages.

Sunshadow
Sunshadow
Niveau 7
19 mars 2006 à 19:27:00

Je l´avais dis, Alexandre va finir comme Dark Vador.

Tu peux m´envoyer l´intégral de ce que t´as posté sur le forum, c´est pour un copain qui n´a pas Internet s´il te plaît ?

Sunshadow
Sunshadow
Niveau 7
20 mars 2006 à 10:15:38

Dsl j´ai oublié mon adresse XD : sunshadox@voila.fr

KaiM
KaiM
Niveau 11
20 mars 2006 à 13:12:23

Je l´ai envoyée.

SunshadoX, c´était bien une faute de frappe?

KaiM
KaiM
Niveau 11
20 mars 2006 à 15:35:01

Une courte suite, qui pourrait bien en dérouter certains. Presque fini !

Les jeunes garçons arrivèrent de bonne heure pour la pendaison.
Tandis qu’à l’horizon pointaient les premiers rayons du soleil et que Dümrist se réveillait doucement, quelques-uns des aînés, suivis de leurs petits frères, se glissèrent hors de leurs maisons pour gagner la Place des Exécutions. Ils se glissèrent entre l’étal d’un marchand de vins et le chariot d’un paysan venu vendre sa laine, puis s’immobilisèrent aux pieds des imposantes colonnes du Palais de Justice. D’autres garçons les rejoignirent. L’un d’eux ramassa une pierre pour la lancer sur un chien errant, puis se mit en devoir de rosser un plus petit que lui, qui l’avait bousculé par mégarde.
Au centre de la place, debout sur les pavés peu à peu éclairés par le jour naissant, cinq soldats montaient la garde, l’air d’assez mauvaise humeur, autour de la potence.
C’était une structure de bois très simple et pourtant menaçante, de laquelle émanait une terrible aura de mort. Solidement ancrée dans le sol, une large poutre se dressait vers le ciel tandis qu’une seconde, horizontale, fixée à la première au moyen de clous en fer et maintenue par un étai de bois, retenait une corde terminée par un noeud coulant.
Trois des garçons commencèrent à se bagarrer. Un garde aboya une menace, et ils se calmèrent.
L’attente se prolongea. D’autres badauds débouchèrent des nombreuses rues voisines et patientèrent eux aussi. De nouveaux soldats arrivèrent sur les lieux et formèrent un large cordon autour de la potence. Des marchands s’installèrent devant les murs des bâtiments, de plus en plus de gens s’amassèrent sur la Place et, bientôt, des centaines de personnes se trouvèrent réunies pour la pendaison.
L’ambiance se détendit. On voyait ses amis, on discutait des prix, on négociait avec les marchands, on débattait de l’avenir du pays et des effets de la fin de la guerre sur l’économie. Un brouhaha monta de la foule, enfla jusqu’à devenir un vacarme de cris, d’appels et d’invectives. Les Dümréens en oubliaient presque pourquoi ils étaient là.
Trois jours avaient passé depuis la bataille au sud de Sorquille et les tragiques événements du Palais. Si ces derniers étaient en principe tenus secrets, toute la ville était pourtant au courant du terrible combat qui avait réuni le Prince Alexandre et son père.
A mesure que le soleil s’élevait dans le ciel, l’ombre du Palais de Justice s’étrécissait, libérant lentement la Place. Quand enfin un rayon vint caresser le pied de la potence, certains remarquèrent un mouvement au niveau du Palais Royal. Les grandes portes s’ouvrirent sur une colonne de cavaliers qui se dirigea aussitôt vers la place, escortant un chariot tiré par un boeuf.
Simultanément, le roi Alexandre parut sur le balcon du Palais de Justice, vêtu de sa tenue de cérémonie, un riche habit tout de pourpre et d’or. Des acclamations enthousiastes fusèrent pour célébrer la guérison miraculeuse du monarque. Le roi les reçut avec un grand sourire, écartant les bras dans un geste paternel afin de saluer son peuple.
A ses côtés se tenaient ses généraux, ainsi que les barons des Marches du Nord, en compagnie d’une poignée d’Elfes en uniforme de guerre.
Après la bataille qui avait opposé les troupes de Thibaut à celles de Sineor, une partie de l’armée du Nord avait fait route vers Dümrist pendant que le reste des troupes surveillait le départ des Elfes pour Alméra. Aucun prisonnier n’avait été fait. Tous les ennemis qui le désiraient avaient obtenu l’autorisation de rentrer chez eux. Cependant, un bon nombre d’entre eux avaient estimé que la voie d’Itraïr ne leur convenait plus, et décidé de demeurer en Dümra. Sineor lui-même se trouvait à présent sur le balcon, à la gauche du comte Thibaut, en tant que représentant des Elfes dissidents.
Karlan de Rangjord était présent lui aussi, juste à la droite du souverain. Par un tour de force absolument incroyable, il était parvenu à gagner Dümrist avant n’importe quel autre baron, afin de faire le premier son rapport au roi. Profitant de la bonne humeur du monarque à l’annonce de sa victoire, il n’avait pas hésité à se faire passer pour le héros de cette bataille, à laquelle il n’avait pourtant jamais participé. Furieux, le comte Thibaut préparait une terrible vengeance contre son vieil ennemi. On racontait déjà qu’une équipe de ses meilleurs hommes avait mis le lit de Karlan en portefeuille.
Plus en retrait, Azbédial Kotèil surveillait du coin de l’oeil les Mages de Combat qui se positionnaient autour de la potence. Il s’était remis sans mal de sa blessure, mais avait gardé un profond sentiment de culpabilité. Bien qu’on lui eût longuement répété qu’il n’avait rien fait de mal, que personne n’aurait pu résister au Chant d’Onorius, il ne pouvait oublier qu’il avait tenté de tuer Dario et qu’il était en quelque sorte un peu responsable de sa mort.
La perte de Dario et d’Onorius avait été un coup dur pour la communauté des mages, mais on ne tarderait pas à leur trouver des remplaçants. Ces drames avaient de toute manière été occultés par la liesse qui avait suivi le réveil du roi.
Au pied des marches du Palais de Justice, un vieux chevalier et un grand Ork maigre se tenaient côte à côte. Galahad et Zortas, leur camaraderie soudée durant la bataille, étaient à présent inséparables. L’Ork avait d’ailleurs choisi de ne pas regagner la horde, mais d’entrer au service du comte Thibaut.
- Tant qu’Hustouk sera en vie, je ne pourrai pas rentrer chez moi, avait-il déclaré. Nous n’arriverons jamais à nous supporter. Je préfère rester ici.
Non loin d’eux, et derrière Frigôl Slir, Théo discutait joyeusement avec sa mère, son frère et ses deux soeurs. Par un accord tacite, ils avaient choisi de ne pas commenter les étranges événements survenus au campement, ni la nouvelle disparition de Barn, aussi soudaine que son retour.
Un peu plus loin, Hixbykiû, le forgeron, regardait fixement le chariot qui approchait, sa haute taille lui offrant une vue idéale. Quand on lui avait appris la nouvelle, il n’en avait tout d’abord pas cru un mot. Et pourtant...
Un silence absolu tomba soudain sur les lieux. La colonne de chevaux se scinda en deux files qui se répartirent tout autour de la place. Lentement, le chariot avança vers la potence, et le prisonnier apparut aux yeux de tous.
C’était le Prince Alexandre.
Les mains attachées dans le dos, un collier de dantarium fixé sur le cou, deux hommes le tenant fermement par les épaules, il ne manifestait aucune émotion à l’approche de sa mort. Son regard, vide de toute expression, avait perdu l’éclat qui l’animait autrefois. Que pouvait-il ressentir ? Peut-être le remord, la honte, le désespoir et le chagrin l’avaient-il totalement coupé du monde. Peut-être était-il plongé dans ses sombres souvenirs. Peut-être ne pensait-il tout simplement plus à rien.
Il ne devait qu’à Jorgun de Borion d’être toujours en vie. Ironie du sort, Jusdol Torhân, Darl de Kester et Friedrig Aineol, les trois généraux que le Prince avait aidés à atteindre le plus haut grade de l’armée, s’étaient très vite rangés du côté du roi. Après avoir assommé le Prince, et pendant qu’un mage s’occupait de soigner les blessures du monarque, Jusdol Torhân avait tout simplement proposé d’abattre le traître sans cérémonie. Le roi lui avait presque donné son accord quand Jorgun, faisant preuve pour une fois d’un courage et d’une loyauté inattendus, avait exigé que la loi soit respectée : le Prince devait être exécuté en place publique.
Un véritable coup de maître, car cette façon de procéder mettait le roi dans une situation très délicate. Le peuple aimait le Prince Alexandre, héros de la guerre, sauveur de la ville, et n’avait pas accepté facilement l’idée de sa trahison. Si elle ne risquait tout de même pas de dégénérer en émeute, cette pendaison allait ternir le prestige à peine retrouvé du roi, et permettre à Jorgun d´obtenir haut la main le titre d´empêcheur de tourner en rond qu´il semblait avoir convoité toute sa vie.
D’ordinaire, la foule insultait les condamnés, leur crachait dessus ou leur jetait des fruits pourris au visage. Mais aujourd’hui, l’ambiance était plus morose. Personne ne parla, et encore moins ne cria, lorsque le chariot se plaça sous la potence.
Quelque part dans la foule, Artus eut un sourire satisfait. Ses blessures n’étant plus que de vilaines cicatrices, il avait regagné Dümrist la veille en compagnie de son élève, et appris par la même occasion les dernières nouvelles de la capitale. Quand on l’avait informé de la mort du général Thul’lod, ainsi que des aveux du Prince, qui reconnaissait avoir commis ce meurtre, une froide colère s’était emparée du magicien. Profondément attaché à son maître, il se réjouissait d’assister à la fin d’Alexandre.
A côté de lui, Adrien fixait le Prince avec des yeux encore rouges, remplis de haine. Apprendre que sa soeur avait péri de la main d’Alexandre l’avait anéanti. Il avait passé des heures à pleurer et à rager, maudissant le Prince autant qu’il l’avait pu. Puis sa vision lui était revenue en mémoire, et il avait fait le lien. Une petite conversation avec maître Variaz avait suffi à le convaincre. C’était bien Alice qui portait la barrière. Et grâce à sa mort, lui, Adrien, avait pu dévoiler son pouvoir. Une bien piètre consolation.
Flanqué de ses deux adjoints, Dhakas s’approcha du chariot alors que le bailli donnait lecture de l’acte d’accusation, expliquant que le Prince Alexandre était coupable de haute trahison, de plusieurs meurtres, et d’agression sur la personne du roi. Un murmure désapprobateur, dont on n’aurait su dire qui il défendait, monta peu à peu de la foule.
Debout sur le chariot, Alexandre ne broncha pas quand Dhakas lui passa la corde au cou. Plus rien ne comptait pour lui, désormais. Il avait échoué sur tout la ligne. Il avait été incapable de s’élever jusqu’au trône et, pire encore, il avait tué Alice. Il méritait la mort.
Les mystères de sa naissance, les agissements des Migrodis, la renaissance d’Arkos, les secrets de Molloch, ne lui inspiraient plus le moindre intérêt. Chercher à en apprendre davantage lui semblait parfaitement inutile.
Il leva les yeux vers le roi, qui l’observait froidement depuis le balcon de pierre. Le Prince songea avec amertume que, moins de deux semaines auparavant, c’était lui qui se tenait là, à contempler les Mages de Combat condamnés. L’ironie de tout ceci lui arracha presque un sourire.
Son regard tomba sur Tektus. Au milieu des hommes de Holarn, le Varak lui adressa un bref signe de tête. Le Prince n’avait qu’un mot à dire, et les anciens soldats de Tarlaq n’hésiteraient pas. Ils avaient beau n’avoir aucune chance en cas d’affrontement contre la garde, ils viendraient à son secours, sans se soucier des raisons et des torts.
Alexandre se contenta de secouer la tête. Ce n’était pas la peine. Plus personne ne mourrait à cause de lui. S’il avait voulu s’échapper, il aurait peut-être pu se libérer de ses liens, surpasser l’entrave du collier de dantarium et déchaîner ses Bracelets... Cette idée ne l’effleura pas. Tout devait s’achever maintenant.
Le bailli acheva son discours. Les gardes s’écartèrent encore. Du haut de son balcon, sous les yeux attentifs de milliers de personnes, le roi leva la main.
- Bourreau, fais ton office !
Il abaissa le bras. Dhakas tira une baguette en bois de sa ceinture et se rangea à côté du boeuf.
- Désolé, Altesse, murmura-t-il.
Le silence se fit. Une poignée de secondes s’écoula.
Dhakas fouetta le flanc du boeuf.
L’animal mugit, puis avança de quelques pas.
Le corps d’Alexandre bascula du chariot, tomba vers le sol.
La corde se tendit.
Le noeud se resserra.
Un craquement sinistre retentit.

:malade:

Et j´en suis à cent pages dans "l´antépénultième combat du poulet aux oeufs durs".

Sunshadow
Sunshadow
Niveau 7
20 mars 2006 à 17:13:14

C´est pas très très marrant.

:spoiler:

S´il est vraiment mort, le cycle ne mérite plus de porter son nom, non ?

:spoiler:

KaiM
KaiM
Niveau 11
20 mars 2006 à 17:40:38

Qu´est-ce qui n´est pas très très marrant?

_Azerty777
_Azerty777
Niveau 10
20 mars 2006 à 19:52:02

...Je ne commenterai pas, refile-nous vite la suite qu´on ait le fin mot de cette histoire.

:spoiler:

Je suis sûr qu´il s´en sortira, et c´est même Barn qui le sauvera je pense, ce qui fera qu´Alexandre devra une autre vie à Molloch...putain lui j´le déteste en fin de compte.

:spoiler:

:snif:

Ostramus
Ostramus
Niveau 32
20 mars 2006 à 21:27:42

Et là ... PAF ! Qui c´est qui va sauver le Prince ? Namaric bien sûr !

Je me demandais par quelle situation rocambolesque tu allais le faire revenir, celle-ci est toute désignée.

A moins que se soit le roi qui empêche son fils de se faire pendre mais dans ce cas Molloch aurait guérri le roi pour rien car sans cela Alexandre serait tranquille. Ainsi j´opte plutôt pour la première solution.

Ou sinon peut être Hustouk qui aura choisi de conserver les pouvoirs du démon.

Bref, la fin de l´histoire se distingue sans grande difficulté mais je vais me taire là sinon je gâcherais le plaisir des autres.

Belle suite, on ressent bien la morosité avec l´éxcution d´Alexandre. Tu aurais du accentuer encore plus les sentiments et la tristesse du peuple car tel que c´est écrit on devine aisément qu´Alexandre survivra.

Valivoilou :)

Sunshadow
Sunshadow
Niveau 7
22 mars 2006 à 12:38:16

C´est pas le sommum de la guaieté ce dernier chapitre.

C´est aujourd´hui l´épilogue, non ?

KaiM
KaiM
Niveau 11
22 mars 2006 à 13:02:37

En fait je pensais tout poster d´un bloc mais la fin est longue et s´apparente plus à une dernière péripétie suivie d´un épilogue.

Donc en fait il reste encore un chapitre entier et un épilogue.

Mais j´ai l´impression d´avoir perdu la plupart de mes lecteurs, non ?

fffanatic
fffanatic
Niveau 10
22 mars 2006 à 15:31:04

Voilà j´ai tout lu, les trois volumes. Que dire si ce n´est que j´ai doré? ( en même temps cela aurait assez masochiste de se farcir les trois volumes si on n´accroche pas XD). Pour les défauts, à part quelques fautes de ci de là qui ont déjà été signalées.
Bref que du bon, même si l´usage des bracelets semble parfois trop aléatoire comme cela a déjà été dit d´ailleurs.

Sinon j´ai lu que certains voulaient que l´on t´édite. Cotisons nous et créons notre boite d´édition^^

Juste une remarque sur le sort du Prince. C´est le cycle d´Alexandre certes, mais lequel on ne sait pas trop. Au pire, cela pourrait même être un coup vicieux de l´auteur qui n´a pas voulu spoiler en créant le cycle des Alexandre. Il serait bien assez sadique pour cela, comme nous l´a montré le sort de Jojo Lapin et le combat entre Sim et Garcimore ( les surnoms pour éviter les spoils^^)

Sunshadow
Sunshadow
Niveau 7
22 mars 2006 à 17:51:13

En attendant, si tu postais la suite ?

chaoz
chaoz
Niveau 10
22 mars 2006 à 19:04:25

une petite suite s´impose là non ? :p) :)

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