Noisy Requiem de Yoshihiko Matsui.
Le film commence bizarrement. Des personnages et une ambiance à la Katsu Kanai, c'est-à-dire à la limite du réel. Une photographie à la Kiju Yoshida, c'est-à-dire très propre. Quelques passages à la Koji Wakamatsu, c'est-à-dire malsains, violents (le film ressemble parfois beaucoup à Go, go, second time virgin).
Le personnage de l'agresseur attire toute notre attention avec ses attaques sèches et gratuites, mais aussi pour son amour avec les mannequins, de vrais mannequins, en plastique. Le SDF n'apparait que très peu, mais son look impressionne diablement. Puis il y a aussi le couple de nains frère et sœur. Eux non plus ne passent pas inaperçus, avec leur malheur quotidien et leur démarche gauche. Mais a-t-on déjà mieux filmé des personnes de petite taille ? Le jeu des grandeurs est étourdissant entre prise de vue trompeuse et angle astucieux.
La première heure passe ainsi, sans que l'on comprenne très bien ce que l'on voit. Captivant ? Étrange ? Métaphorique ? Qu'est-donc ?
Puis vient la demi-heure suivante, pendant laquelle on commence à apprécier mais surtout à accepter. Accepter les personnages, leurs personnalités loufoques, leurs actions incohérentes. Avouons qu'un scène change tout : un lent travelling latéral, constant et régulier (oui, comme je les aime) film les portes d'un hangar duquel on aperçoit, à l'extérieur, les personnages s'en approchant, grâce à l'intermittence des trous permettant de soulever les-dites portes. Difficile à expliquer techniquement, mais un des plus beaux plans qu'il m'ait été donné de voir. Oui, peut-être bien plus beau qu'un Béla Tarr. Peut-être. En tout cas digne d'un Akio Jissoji à plus d'un titre, c'est dire.
De là, tout est permis. La dernière heure qui s'amorce est un plaisir. Il faut savourer le temps restant. Le film ne s'y trompe d'ailleurs pas. A la folie, au déchainement du début du film succède une plénitude incompréhensible. Des scènes pourtant souvent atroces sont mises en scène d'une manière on ne peut plus naturelle. De plus, la beauté cinématographique se répand comme le sang de la défunte vierge : abondamment mais imperceptiblement. Variation fabuleuse de la lumière d'un plan à l'autre. Tantôt inondés de lumière, tantôt plongés dans la pénombre. Il me semble n'avoir jamais trouvé un noir aussi beau.
Le film est tour à tour déstabilisant, révoltant et apaisant ; beau et repoussant ; touchant et inhumain. Je ne sais pas exactement quoi raconter pour décrire ce film. Il est absolument spécial, probablement unique. La bande son est magnifique elle aussi.
Une image, simplement : http://www.jffh.de/wp-content/uploads/2008/04/noisy_requiem01.jpg
Regardez-le si vous pouvez.