Le problème, c'est que le "vrai black metalleux" ne va pas très loin. Un black metalleux "du cru" te soutiendra mordicus que Marduk a été influencé par Stravinski, Limbonic Art par Wagner, qu'Anorexia Nervosa fait de la musique baroque, qu'Arcturus est un groupe "jazzy", qu'Abruptum représente le summum de la noirceur et de l'expérimentation et que Dark Funeral et Marduk produisent la musique la plus violente du monde. De même, suivant son orientation, il te soutiendra soit que le black metal est un musique réservée aux descendants aryens des fiers vikings, soit que le black metal n'a-rien-à-voir-avec-la-politique-point-barre. Dans le même ordre d'idée, celui qui te soutiens cette dernière thèse t'apprendra certainement que le satanisme est une sorte d'écologisme un peu musclé visant des pratiques que l'Eglise Catholique a cessé d'appliquer depuis plusieurs siècles.
Ces amusants propos sont à prendre en compte comme "terreau" du fan de black metal, divisé en deux branches : soit un fanatique violent, ultra-conservateur d'un style existant depuis à peine un quart de siècle, atteint de paranoïa aigüe et voyant des traitres commerciaux à tous les coins de rue, soit un pauvre type ne voyant pas plus loin que le bout de son nez essayant de te démontrer que le groupe là, celui avec la nénette à poil qui se fout un crucifix dans le cul avec marqué "Kill The Christians", en fait c'est des bons bougres qui ne pensent pas à mal et que si tu comprends pas c'est que t'es vraiment un gros intolérant, d'abord. Le premier vomit sur le second qui ne rate pas une occasion de se moquer du premier.
Cependant, il faut un élément extérieur avec un minimum de recul pour pouvoir remettre les choses à leurs places : ce sont des inepties. Et ensuite, quelqu'un qui soit suffisamment "dedans" pour reconnaître que malgré tout, le black metal c'est ça : intégrisme et bêtise. Ca conditionne toute son esthétique : d'une main on revendique son amateurisme en bannissant tout "abus" de technique (virtuosité du jeu autant que qualité de la production et de la diffusion) et de l'autre, on proclame une espèce de supériorité, comme si cette esthétique née d'interprétations erronées, de prises au sérieux de choses qui ne devaient pas l'être, qui s'est figée quasiment à la source (le "true", c'est dès le début) était la seule esthétique valable.