Vous faites c´que vous voulez huh
Explosée, la reine. Une seule balle a suffi. Son sang a giclé partout et l’odeur s’est vite faite sentir. Le monstre s’est écroulé, mort, pour de bon. Notre dernière épreuve achevée…
Enfin, pas tout à fait. L’héliport commençait à s’effondrer dangereusement. Nous devions quitter les lieux immédiatement.
J’ai pris Rebecca par le bras et on est sortis, non sans peine, par l’énorme porte du hangar désormais ouverte. Enfin dehors ! La forêt… ça faisait longtemps. Toute une nuit. Rebecca m’informe qu’il est déjà 8h. Je pense que je peux enfin changer de jour.
24 Juillet 1998
Le 23 Juillet 1998… c’est bien le jour où j’ai le plus écrit dans ce journal. Enfin, il y avait tellement de chose à raconter ! Quelle nuit éprouvante… pour une aventure, c’en avait été une. Si un jour je racontais cette histoire, me croirait-on ? Je ne pense pas. Enfin, je comprendrais. Si quelques heures avant, on m’avait dit une histoire pareille, je ne l’aurais certainement pas avalée.
Aussi vite qu’on a pu, on a grimpé la colline qui dominait le centre. Juste à temps. Il a explosé en quelques secondes. Rebecca et moi avons contemplé la scène à une hauteur suffisante pour être protégés.
Tout était parti en fumée. Le centre, les décombres de l’Ecliptic Express, le laboratoire, l’usine de traitement… la chambre de « Miss » Lili…
Le soleil brillait avec chaleur et le ciel était parsemé de quelques nuages rosés. J’avais l’impression que ça faisait une éternité que je n’avais pas vu un aussi joli temps.
Ma menotte… elle a fini par se détacher toute seule, trop endommagée. Je l’ai serrée de toutes mes forces, puis l’ai balancée dans le vide le plus loin possible et me suis laissé tomber sur l’herbe fraîche.
Le cauchemar était enfin terminé. Pour de bon. J’ai fermé les yeux. Quelle aventure…
Tout d’un coup, la jeune S.T.A.R.S. m’a montré un autre manoir. Il était caché dans la forêt au loin, semblable à celui qui vient de rendre l’âme, en me disant qu’elle devait probablement s’y rendre. C’était pas de chance, à peine elle venait d’en quitter un qu’elle devait s’aventurer dans un autre. Mais elle en était capable.
Après un instant de silence que seuls les oiseaux matinaux brisaient, Rebecca s’est emparé dans un coup sec de ma dernière matricule, et l’a attachée autour de son propre cou. Je me suis relevé et l’ai fixée dans les yeux, l’air perplexe.
Elle a déclaré d’une voix claire « Officiellement, le lieutenant Coen est mort. »
Merci… merci, Rebecca. C’était peut-être la phrase que je désirais le plus entendre depuis tout ce temps. Maintenant, je peux compter sur elle. Grâce à elle, les flics ne me chercheront plus. Je suis libre…
La phrase suivante qu’elle a prononcé, je ne l’oublierai sûrement jamais. Je déteste cette phrase.
« Je suppose qu’il est temps de se dire au revoir. »
Elle avait dit ça d’un air grave, comme résigné. Ses yeux étaient presque inexpressifs.
Face à face, on a fait le salut militaire, solennels et la tête haute. Après tout, nous étions tous les deux des soldats, ou presque…
Avec un sourire quasiment crispé, elle a fait volte-face et a descendu la colline sans se retourner une seconde vers moi. Je n’ai fait qu’un lever de pouce vers elle en la remerciant d’une voix sourde.
Rebecca Chambers… la reverrai-je un jour ? J’espérai… vraiment. Pourvu que rien ne lui arrive dans ce manoir…
Bonne chance, Rebecca Chambers. J’attends sincèrement le jour de nos retrouvailles.
Elle a à présent totalement disparu de ma vue.
Et maintenant ? Je fais quoi ?
J’ai fini par descendre à mon tour de la colline et me suis retrouvée dans l’épaisse forêt. Qu’est-ce que je devais faire ? Essayer de trouver une bonne planque où j’y resterai pour toujours ? Changer mon nom, peut-être… et puis trouver un emploi, après m’être assuré d’être impossible à reconnaître…
Mon regard s’est dirigé vers l’endroit qui menait apparemment au manoir. Et si… j’y pénétrais ? Je pourrais surveiller Rebecca… cet endroit a l’air si mystérieux.... je ne veux pas qu’il lui arrive quelque chose.
Non ! Je devais lui faire confiance… elle penserait que je la considère comme une gamine. Je dois la laisser se débrouiller.
Tant pis pour le manoir. En plus, tous les autres S.T.A.R.S. doivent déjà y être. Ça risquerait de me retomber dessus.
Que faire ?
C’est fou comme la forêt est calme. Peut-être à cause de la lumière du soleil. Et dire qu’un jour avant, elle était le théâtre de scènes toutes plus sanglantes les unes que les autres…
Je devais regagner Raccoon City, la ville la plus proche d’ici. Après une ou deux heures de marche sous les feuillages, j’arrivais enfin aux portes de la ville, exténué mais sans encombres, en ayant pris soin de cacher mon fidèle revolver. A partir de maintenant, je devais être très prudent. Je n’avais aucune idée si la police de Raccoon connaissait mon existence. Il fallait que je trouve de nouveaux vêtements. Ceux-là étaient usés et surtout trop voyants… en particulier le trou béant du débardeur. Plus vite…
Toute la cité avait l’air particulièrement tendue. Sans doute à cause des nouvelles sinistres apparaissant quotidiennement dans le Raccoon Times. Par chance, les habitants ne firent pas véritablement attention à moi, trop occupés à se faire un sang d’encre. Tant mieux pour moi.
- S’il vous plaît, jeune homme… l’aumône…
Comme si je pouvais ! Je n’ai pas une seule pièce sur moi pour acheter quelque chose et encore moins pour en donner aux pauvres. Et si je… non, voler serait le meilleur moyen de m’attirer encore des ennuis.
Je me résignai et passa devant le pauvre mendiant en l’ignorant.
Raccoon City était si morne. Je suis sûr qu’autrefois, elle était resplendissante. C’est une belle ville mais le nuage d’inquiétude des habitants était terriblement refroidissant. Même la chaleur d’été ne parvenait pas à égayer les passants.
Mais moi non plus, je n’étais pas tellement tranquille. J’ai l’impression que quelque chose de terrible va se passer ici… peut-être digne d’une apocalypse ?
Je me faisais encore des films. Mon imagination travaille trop, ces temps-ci. Je dois me calmer.
Pendant que je passai devant un immeuble, j’entendis deux concierges discuter terriblement fort, sans pour autant parler avec colère.
- Ah, c’est vrai, l’un des appartements du premier étage est désormais vide !
- Oui, les Wilson viennent de déménager.
- Qui va y emménager maintenant ?
J’ai ma petite idée.
J’inspectai chaque boutique à la recherche d’une demande de nouveaux employés. C’était pas facile… boulanger, je me voyais vraiment mal faire cuire des pauvres viennoiseries sans intérêt… boucher… massacrer de la viande, non merci.
Sur l’un des poteaux indicateur, j’ai aperçu les mots Raccoon Police Department. Flic… ? Non… il faut que j’arrête de déconner !
Entre deux arrêts devant les différents magasins, je ne pouvais pas m’empêcher de penser à Rebecca. Etait-elle déjà dans le manoir ? Elle n’avait eu aucun problème ? Et les autres S.T.A.R.S., qu’étaient-ils devenus ?
Après réflexion, pourquoi je m’inquiétais tant pour elle ? Je ne l’avais côtoyée que pendant une nuit. C’était possible de s’attacher si rapidement à quelqu’un ?
Finalement, j’ai flâné près d’un magasin de vêtements. La propriétaire paraissait totalement débordée et je comprends qu’elle cherchait quelqu’un. Elle a immédiatement engagé la conversation.
- Vous êtes venu pour du travail ?
- Oui. J’ai voyagé jusqu’à Raccoon City. Malheureusement, j’ai eu quelques problèmes sur la route, excusez mon… accoutrement, mentis-je plus ou moins habilement. Heureusement, la femme était très chaleureuse, le stéréotype des grand-mères bavardes mais gentilles.
- Ne vous inquiétez pas pour ça ! Je suis tellement occupée que n’importe quelle aide me serait la bienvenue, qui que ce soit ! S’il vous plaît, comment vous appelez-vous ?
J’hésitai une fraction de seconde. Quel imbécile ! J’aurais dû me préparer à cette question beaucoup plus tôt !
- Billy. Billy Chambers.
Ça sonnait horriblement mal. Mais j’avais pris le premier nom que j’avais sous la main.
- Ah ! C’est très joli, vous savez !
Elle avait l’air parfaitement sincère, mais son regard s’attarda quelques secondes sur mon tatouage. Les vieux n’aimaient généralement pas ça… c’était pas bon du tout !
- Billy, je m’appelle Katy Varens. C’est une chance que vous soyez passé par là… allez, je vous engage ! Je ne ferai pas d’histoires…
Et c’est ainsi que je suis devenu… vendeur de fringues.
Mrs Varens était vraiment une gentille femme, je dois l’avouer. Toujours souriante, active et efficace. Elle avait une petite-fille, Cora, de quinze ans à peine, toute aussi chaleureuse que sa grand-mère. J’étais bien tombé, sur ce coup-là. Avec précaution, je tâtai le pistolet. Si elles le découvraient, je serais mal.
Pendant que Mrs Varens avait le dos tourné, je longeai rapidement le rayon des hommes, cherchant désespérément quelque chose de mettable. Peut-être qu’elle me ferait un traitement de faveur ? Je n’avais rien pour acheter…
- Billy, vous cherchez quelque chose ? me demanda la voix fluette de Cora dans mon dos, me faisant sursauter.
- Euh… en fait, je… comment dire…
- Ah oui, je vois, vous voulez des habits mais vous n’avez pas d’argent ? Je comprends, après tout si vous êtes venu prendre un emploi ici, il devait bien y avoir une raison.
Pourquoi toutes les gamines avaient autant de répartie ?
- Oh, Billy ! Vous êtes superbe, habillé comme cela ! Où avez-vous trouvé ces vêtements ? s’exclama la veille femme, le sourire aux anges.
- Euh… c’est ma sœur qui me les a… envoyés.
J’étais pas fier de moi, mais je ne pouvais pas lui répondre que c’étaient des habits de sa propre boutique, quand même ! Il y en avait tellement que par chance, elle avait apparemment oublié qu’ils lui appartenaient. Heureusement que Cora me couvre.
Une veste banale, un nouveau jean, des baskets… je ne vois pas ce qu’il y avait de superbe. Soit Mrs Varens était véritablement sincère, soit elle maniait le bluff avec maestria.
Bon. Les habits, c’est réglé. Maintenant, il me faut… un appartement. J’en demandais peut-être trop ?
- Un appartement ? Ok, on vous aidera, Billy !
J’aurai dû me montrer plus prudent et ne pas écrire n’importe où, ici dans l’arrière-boutique. Evidemment, Cora m’a vu et ne s’est pas gênée pour lire la phrase que je venais de terminer. Mais c’était sympa de sa part.
Ça me rappelle Juan. Ça ne fait vraiment que depuis hier que je l’ai perdu de vue ? J’avais du mal à y croire. Ça me paraissait déjà si loin !
- Un appartement, tu dis ? Mais bien sûr qu’on va faire notre possible pour l’aider… Billy ? Billy !
Mrs Varens m’a secoué par l’épaule pendant que j’étais en train de somnoler. Je veux dormir… ce n’est que maintenant que je ressens la fatigue de la veille.
- Mamie, il a l’air exténué. On devrait le laisser se reposer.
- Oui, tu as raison. Emmène-le dans ta chambre. Pendant ce temps-là, je vais régler cette histoire d’appartement. Et n’oublie pas les courses, Cora !
Cora m’a allongé sur son lit en mettant consciencieusement la couverture puis est partie en fermant doucement la porte. Quelle sensation de bien-être… je la savourai ! Et je ne tardai pas à m’endormir pour de bon, quasiment affalé sur le lit à la couverture bleue.
Un rire strident m’a arraché de mon sommeil. Un rire particulièrement angoissant et en même temps juvénile. On aurait dit que ça venait de dehors. Ne me dites pas que… non, faites que ce ne soit pas vrai…
Je me relevai en écartant la couverture, enfila mes chaussures et descendit l’escalier quatre à quatre, arrivant dans la boutique, et retrouvant les deux demoiselles dans la cuisine. La première chose qui m’a frappé, c’est l’air terriblement morne de la veille femme.
- Ah, Billy… vous êtes réveillé. Tout va bien ?
Je lui répondis par l’affirmative mais m’empressa de lui retourner la question, assez inquiet.
- Eh bien, vous savez, ces meurtres horribles qui ont été commis il y a quelques mois ? Une des équipes des S.T.A.R.S. a été envoyée sur le terrain afin d’enquêter, mais ça fait depuis hier que nous n’avons plus de nouvelles…
- Quoi ?
Avec horreur, mes yeux s’agrandirent. Plus de nouvelles des S.T.A.R.S. ? Mais alors…
- Ce soir, les membres restants vont être dépêchés sur place afin de voir ce qui se passe avec l’équipe… Bravo, c’est ça ? En tout cas, je ne suis pas rassurée pour eux. Ce sont des gens charmants, vous savez.
- Je vois… j’espère que les autres pourront retrouver leurs coéquipiers… sains et saufs.
Mauvaise idée de parler comme ça devant une vieille femme et une petite. Un silence pesant s’est en suite installé pendant quelques minutes. Finalement, c’est Cora qui l’a brisé.
- Au faut, Billy ! On s’est arrangées et vous l’avez, votre appartement, maintenant ! Voilà la clé. Allez le voir…
Elle m’a indiqué l’adresse sur un bout de papier et je suis sorti, un poids sur le cœur. Je me demande si je n’aurais pas mieux fait de suivre Rebecca, finalement…
En suivant l’adresse, je suis arrivé juste à l’immeuble que j’avais remarqué plus tôt. Naturellement, je suis monté au premier étage où la clé s’emboîtait parfaitement dans la serrure.
C’était un endroit assez vide mais largement spacieux pour une personne. J’espérai m’habituer rapidement au lieu.
- Oh ! C’est chez toi, ici ? Tu as mauvais goût, Mr-Je-joue-aux-plongeurs. Tu devrais décorer un peu tout ça ! Et perds l’habitude de laisser la porte ouverte, d’accord ?
Cette voix… je craignais presque de me retourner.
Sorry, je sais pas vraiment comment ça se passe, ce genre de choses :/