La polémique liée à l’arbitrage de M. Coué lors du match à Rennes est encore vive. Du côté marseillais, il y a de quoi être en colère alors que du côté rennais il y a de quoi être satisfait. Le Phocéen décrypte la situation…
"Après les déclarations (pas anodines) de Dréossi, la rencontre de dimanche ne s´annonce pas évidente à négocier pour M. Coué" avait-on écrit samedi sur Le Phocéen dans notre dépêche (L´arbitre M. Coué sous pression ?) . On ne croyait pas si bien dire… car après ce Rennes-OM, tout le monde parle encore l’arbitrage de M. Coué. Plusieurs points sont à souligner.
Le grain de sel de Dréossi
Nous reviendrons d’abord sur cette fameuse déclaration de Pierre Dréossi, l’ex entraîneur recasé manager du club rennais : "Je ne comprend pas la décision de mettre Monsieur Coué à l’arbitrage de ce Rennes-OM. Ne pouvait-on pas mettre un autre arbitre que celui qui officie pour la Ligue Méditerranée ? Je ne remets pas en cause l’intégrité de M. Coué mais c’est le mettre en difficulté et ajouter un problème là où il n’y en avait pas". Bien vu Monsieur Dréossi ! En lançant de tels propos avant le match, il a su mettre une pression malsaine sur l’arbitre M. Coué qui se serait certainement bien passé de la remarque du dirigeant rennais. Mais à l’issue de ce match controversé, force est de constater que Dréossi a parfaitement réussi son coup…
C’est pourquoi les dirigeants olympiens l’avaient mauvaise dimanche soir : "Dréossi est la plus grosse pleureuse de L1" a ainsi lancé José Anigo dans les colonnes de L´Equipe. "Il a mis la pression sur l’arbitre avant le match, c’est une honte" s’est indigné le directeur sportif de l’OM. Même son de cloche chez Pape Diouf : "Il avait bien raison de mettre la pression sur l´arbitre cela a eu les effets escomptés" a-t-il ironiquement déclaré. Que reproche-t-on alors vraiment à M. Coué ?
La contreverse Pagis-Krupoviesa
Essentiellement la gestion l’incident Pagis-Krupoviesa. En se trompant lamentablement, M. Coué a fait basculer le match en faveur de Rennes. En effet, on ne comprend toujours pas comment l´arbitre n’a pas expulsé Mickaël Pagis après son terrible attentat sur le malheureux Krupoviesa. On peut se dire qu’il n’a pas vu le geste, mais puisqu’il a mis un carton jaune à Pagis, c’est bien qu’il a vu la faute. Alors, c’est qu’il a mal vu (lire : Coué : "J´ai fait une erreur"). Dans ce cas, l’arbitre doit s’informer de la gravité de la blessure du joueur victime de la faute et peut alors sanctionner plus durement le fautif. La trace des crampons de Pagis sur le tibia de Krupoviesa devait pourtant être flagrante. Mais M. Coué n’a daigné s’occuper de cela, laissant le coupable sur le terrain et la victime sans justice.
Et justement, la victime à son retour sur la pelouse avait soif de vengeance. Krupoviesa n’hésita pas quelques minutes après à venir tacler Pagis par derrière : un geste stupide, certes. Mais l’Argentin avait tellement été poussé à le faire qu’il a fini par craquer. Après le plan de Dréossi, voilà le plan de Guy Lacombe qui fonctionne à merveille… Dans cette rencontre, Krupoviesa a en effet été victime d’un véritable traquenard, subissant rapidement deux-trois tampons volontaires de la part des Rennais, venus titiller l’orgueil de l’Argentin. Alors quand Pagis ne prit qu’un jaune après avoir tout bonnement pu casser la jambe de « Krupo », difficile de se retenir par la suite. Et pourtant, le tacle vengeur du défenseur marseillais sur Pagis n’était pas si méchant que ça. En tout cas largement moins dangereux que l’attentat de Pagis. A la consternation générale côté marseillais, M. Coué décida pourtant d’exclure Krupoviesa. Deux poids, deux mesures…
Influencé par le cinéma de Pagis à terre et les véhémences d’une troupe de joueurs rennais autour de lui, M. Coué prit la mauvaise décision. Ce que regrette d’ailleurs l’entraîneur de l’OM Eric Gerets : "Ce qui m’a le plus gêné c’est que l’arbitre avait d’abord sorti le jaune et, après s’être fait attaqué par dix joueurs rennais, il a changé d’avis. C’est le plus grand reproche que je puisse lui faire" a-t-il déclaré sur le site officiel de l’OM (www.om.net). De quoi être amer quand on repense au carton resté jaune pour Pagis… Si M. Coué avait bien fait son boulot, Pagis aurait été exclu, Krupoviesa ne se serait pas vengé, Rennes aurait été à dix sans son meilleur élément sur la pelouse dimanche soir, et l’OM en supériorité numérique. Et ce n’est pas un scandale de dire que l’OM l’aurait peut-être alors emporté à Rennes, du moins l’OM n’aurait sûrement pas perdu ce match.
De plus, pour revenir au rouge pour Krupoviesa, pourquoi alors M. Coué n’avait-il pas fait de même en première mi-temps pour le jeune défenseur rennais Echiejile coupable d’un tacle par derrière similaire sur Valbuena ? Le Nigérian n’avait alors pris qu’un jaune, plutôt normal, c’était en effet sa première faute… Mais dommage, pour Krupoviesa aussi c’était sa première faute du match ! Encore une fois, l’OM peut se sentir grandement lésé. Et ce n’est pas tout !
Précisions sur les autres faits de jeu
Les juges de touche ont également pris des décisions controversées lors du match. Beaucoup pensent à l’égalisation de Pagis, l’ancien Marseillais étant effectivement en position de hors-jeu au début de l’action. Mais là, c’est un peu chercher la petite bête… Pour le juge de touche, il n’est pas possible humainement de voir que Pagis est hors-jeu au moment de la passe de Lemoine. Alors certes, dans le doute l’arbitre assistant aurait pu lever son drapeau, mais ne dit-on pas qu’il vaut mieux s’abstenir dans le doute ? Tant mieux pour Rennes, et tant mieux pour le football. On préfère voir un but aussi joli que celui de Pagis qu’un hors-jeu sifflé pour quelques centimètres… Aussi, la défense olympienne n’avait pas qu’à jouer systématiquement le hors-jeu, à force, le risque est trop grand.
Par contre, si l’on dédouane le juge de touche pour le but de Pagis, il y a une décision de sa part en seconde période qui nous laisse dans une colère noire. En effet, il siffla un hors-jeu pour Akalé qui s’était échappé côté gauche et surtout qui allait lancer Cissé seul au centre… A vitesse réelle pourtant personne n’avait vu de hors-jeu notable, et au ralenti le constat est d’autant plus amer : Akalé est couvert d’au moins deux bons mètres… Comment alors l’arbitre assistant a-t-il pu lever son drapeau, anéantissant ainsi l’action de but pour l’OM ? Soit il s’est grandement trompé, soit l’erreur n’est pas humaine… On vous laisse le choix.
A contrario, certains ont mis en lumière qu’il y avait penalty sur l’occasion ratée d’Akalé en début de seconde période. En effet, Bruno Cheyrou touche légèrement le pied d’Akalé juste avant la frappe de ce dernier, qui ne cadre pas alors sa frappe. Mais comme pour le but de Pagis, c’est une faute pratiquement indétectable à vitesse réelle. Et dans ce cas, M. Coué aurait pu alors siffler penalty pour Rennes sur un léger tirage de maillot de Leyti N’Diaye sur Sylvain Wiltord en première mi-temps. L’attaquant rennais était également en position de hors-jeu sur le but du 2-1. Certains l’ont rajouté aux critiques envers l’arbitrage mais Wiltord est bel et bien en position de hors-jeu passif au départ de l’action et il aurait été stupide de le siffler car il ne faisait de toute manière pas action de jeu.
Loin de nous l´idée d’accabler plus que de raison ce cher M. Coué, qui a été dépassé par les évènements dimanche soir et qui a reconnu ce lundi son erreur. L’OM peut quand même se sentir lésé par l’arbitrage après cette défaite mais il ne faut pas non plus tout mettre sur le dos de l’arbitre. Eric Gerets, pour le mot de la fin, l’a bien expliqué ce lundi : "Il y a des raisons d’être malheureux mais ça n’autorise pas à laisser les adversaires prendre le match en main en deuxième mi-temps. L’excuse de l’arbitrage est trop facile et je ne l’accepte pas".
Tout est dit.