Harry ne savait que faire. Il se posait les mêmes questions que son frère – sans le savoir – et tout comme lui, il était rongé par l’incertitude.
Le silence était aussi pesant que le demi-frère de Hagrid, Graup, ce qui n’est pas peu dire. Ce fut finalement Neville qui le rompit.
« Harry… Que s’est-il passé exactement ? »
Pressentant qu’on allait lui poser cette question deux cents fois par jour, Harry soupira. Il raconta donc à Neville les récents évènements. Celui-ci écouta et, au grand soulagement de Harry, se contenta de ce que le Survivant avait réussi à exprimer car il n’avait pas les idées très claires. Neville ne dit rien, pas plus que les autres. Lupin était effondré en entendant le récit. Quant à Steffen, la raison semblait avoir repris sa place. Harry se retourna alors vers Dumbledore. Le vieil homme – et pour la première fois depuis que Harry le connaissait – avait une petite lueur de peur dans son regard bleu. Harry se demandait bien pourquoi. Dumbledore n’avait jamais baissé la tête. Jamais. Toujours serein, prêt à porter une main secourable, prêt à donner une seconde chance à la plus immonde des crapules, un homme sans faille. Prévoyait-il que le soudain changement de Harry allait avoir des conséquences terribles ? Harry n’en avait aucune idée.
Harry entendit un petit sanglot. C’était Fleur. Elle se jeta de nouveau sur lui.
« HARRY !
- Fleur… tu me fais mal !
- Harry, qu’est-ce qu’on va faire ? Tu es un loup-garou !
- Je sais…
- Je ne veux pas que tu me quittes ! Qu’est-ce que je ferai sans toi ? »
Elle se mit à pleurer de plus belle. Ne sachant que faire de plus approprié, Harry lui caressa les cheveux. Hermione s’était raccrochée à Steffen. Ce dernier avait viré au gris. Il fuyait le regard de Harry. Celui-ci se sentait mal. Les paroles de Fleur avaient éveillé en lui une peur panique. Il était devenu dangereux. Il ne pouvait plus rester à Poudlard, il mettait la vie des autres élèves en danger. Mais où irait-il alors ? Pas chez les Dursley, il les mettrait eux aussi en danger. Dans la Forêt Interdite ? On lui avait dit une fois que des loups-garous s’y étaient réfugiés. Ce pouvait être une idée. Mais tout d’abord, il devait régler d’autres problèmes.
Fleur consentit enfin à le lâcher. Consultant sa montre, Mrs Pomfresh s’exclama :
« Dites donc ! Vous savez quelle heure il est ? Il est sept heures moins cinq ! Allez ouste ! Tout le monde dehors ! »
Malgré les vives protestations des intéressés, Mrs Pomfresh les mit à la porte sans plus de ménagement.
« Il doit se reposer c’est compris ? Vous pourrez venir le voir dès treize heures. Non, inutile de protester Miss Delacour ou les visites à Mr Potter vous seront interdites ! »
Maugréant, Fleur partit en compagnie d’un Neville plutôt pâle. Les professeurs Dumbledore et McGonagall souhaitèrent bonne nuit à Mrs Pomfresh et à Harry. Celui-ci retomba sur ses oreillers.
« BIEN ! Toi, tu vas m’avaler ça et en vitesse ! » s’exclama Mrs Pomfresh.
Jugeant inutile de protester, Harry contempla la mixture bleuâtre du gobelet que l’infirmière lui avait remis en retenant un haut-le-cœur, se pinça le nez tout en pensant à autre chose et l’avala. Il étouffa un hoquet de douleur : la mixture en question censée le remettre « à peu près d’aplomb » selon les propres termes de Mrs Pomfresh lui brûla la gorge aussi bien que les pili-pili, ces petits piments moldus. Il ressentit une bouffée de chaleur au niveau du visage. Il tendit aussitôt la main vers la carafe d’eau sur la table de nuit mais elle se volatilisa. Mrs Pomfresh lui en expliqua la raison :
« Si tu bois, ça te brûlera encore plus.
- Ah… bon ? articula difficilement le jeune homme.
- Il faut manger du pain. »
Incrédule, Harry saisit la miche de pain que lui tendit l’infirmière et l’avala tout d’un coup : sa gorge était toujours en feu, mais à un degré plus raisonnable.
« Ces Moldus sont parfois assez futés, soupira Mrs Pomfresh.
- Qu’est-ce qu’il y avait dans cette potion ? demanda Harry en regardant avec méfiance la bouteille en cristal.
- C’est un mélange très complexe. Tout ce que je peux te dire, c’est qu’il y a dedans du piment rouge.
- Des pili-pili ? demanda Harry.
- Ces petits piments rouges ? Je pense bien.
- Mais pourquoi ?
- Excellente question. Tu devrais la poser au professeur Rogue, c’est lui qui me la prépare. »