La journée suivante se passa normalement. Harry avait décidé de mettre ses soucis de côté et de se consacrer pleinement à ses amis. Si son projet aboutissait, il ne lui restait plus que trois semaines à passer avec ses amis. Après… il préférait ne pas y penser.
Au dîner, Steffen et Harry mangeaient depuis un petit moment lorsque Neville vint à côté d’eux.
« Salut Neville, dit Steffen.
- Salut… »
Il était nerveux à n’en pas douter. Harry se retourna vers lui.
« Ca va Neville ? Tu n’as pas l’air d’aller bien.
- Ca va, ça va… »
Il jetait des regards en tous sens. Les deux frères commençaient à s’inquiéter.
« Neville, tu es sûr que ça va ? insista Steffen.
- Oui, enfin…non.
- C’est à propos de ta grand-mère ? demanda Harry.
- Non, c’est… à propos de toi Harry.
- De moi ?
- Oui.
- Pourquoi ?
- Je… enfin j’ai…
- Assieds-toi d’abord, tu nous raconteras ensuite.
- Voilà : j’ai surpris tout à l’heure une conversation entre Fleur et Hermione, dit timidement Neville.
- Et ? demanda Harry, tout en sachant parfaitement ce que Neville allait dire.
- Elles disaient que tu allais partir à Noël…
- Oui, je compte partir à Noël. Peut-être à Londres.
- Mais… elles disaient que tu quittais Poudlard ! Elles parlaient de tes vacances ? »
Il fallut un moment à Harry pour saisir les propos de son ami. A côté de lui, Steffen tentait tant bien que mal de retenir un fou rire, qui décidemment ne voulait pas rester confiné au niveau de ses cordes vocales. Il s’excusa, rouge comme une pivoine, et partit au galop pour aller rire plus loin. Harry semblait partagé entre rire et soupir. Neville était intelligent, quoique lent d’esprit parfois. Mais on ne pouvait lui en vouloir. Il avait vécu trop de malheurs pour que Harry puisse se moquer de lui, et de toute façon, il ne l’aurait pas fait.
« Neville… Elles ne parlaient pas de mes vacances, non. Je compte quitter Poudlard.
- Mais pourquoi ? Tu n’es pas heureux ici ? »
Harry lui fut extrêmement reconnaissant de ne pas avoir crié.
« Si, justement. Parce qu’il y a ici des gens que j’aime, auxquels je tiens – et tu en fais partie – que je veux partir.
- A cause de… du loup ?
- Oui. »
Neville baissa les yeux. Il aimait beaucoup Harry. C’était l’une des rares personnes qui lui faisaient confiance. S’il partait… Ce ne serait pas comme maintenant.
« Harry, pourquoi veux-tu partir ? redemanda Neville, les larmes aux yeux.
- Je te l’ai dit : il y a ici des gens que j’aime et je ne veux pas les mettre en danger. »
S’en voulant terriblement, Harry sortit de la Grande Salle, laissant derrière lui un garçon abattu. Il monta se coucher, ayant eu son quota d’émotions pour le reste de la soirée. Lui aussi retenait ses larmes. Il se jeta sur son lit tout habillé et bien qu’il ne soit que neuf heures, il s’endormit.
Harry se réveilla. Il s’étonna tout d’abord de se trouver habillé et, se souvenant de sa tristesse la veille au soir, entreprit de se reprendre en main. Il fallait qu’il se contienne. Aujourd’hui, il avait décidé de parler à Dumbledore. Cela risquait de ne pas être facile. Dumbledore intimidait toujours Harry. Comment allait-il prendre sa décision de départ ? Harry n’en savait rien. Il se leva et comme son réveil n’indiquait que six heures, il se mit à ses devoirs.
Une heure plus tard, Steffen descendit le rejoindre dans la Salle Commune.
« Déjà levé ! s’exclama le rouquin. Tu ne dors plus en ce moment !
- Si, je dors. Mal, mais je dors. »
Son frère lui adressa un grand sourire et attendit qu’il finisse son devoir de Potions. Il n’eut pas à attendre longtemps.
« Voilà. Ce devoir est fini. Que penses-tu d’un petit-déjeuner avant d’aller affronter les cours ? demanda Harry.
- J’en pense que c’est une très bonne idée, je commence à sentir mon estomac protester. »
Ils descendirent tous deux dans la Grande Salle. Après qu’ils eussent mangé leurs œufs au bacon, les deux jeunes gens remontèrent chercher leur sac. Ils prirent la direction de la classe de Sortilèges, tout en bavardant.
La matinée se passa sans encombre, et l’après-midi se passa lui aussi dans la bonne humeur. Seule ombre au tableau : à mesure que la journée avançait, Harry devenait nerveux. Il comptait en effet aborder Dumbledore après le dîner. Il préparait dans sa tête les arguments qu’il allait servir au directeur. Dumbledore ne capitulerait pas facilement… s’il capitulait ! Car rien n’indiquait une quelconque approbation du directeur, ce serait plutôt le contraire. Mais Harry ne céderait pas. Il voulait partir, qu’importe l’avis du directeur. Son accord faciliterait les choses tout au plus.
Son dîner achevé, Harry avait une boule dans l’estomac. Il pria Steffen et Hermione de le laisser tranquille et de ne pas l’attendre. Il ne savait à quelle heure il reviendrait. Il se dirigea, résolu, vers le bureau directorial.
Arrivé, il se rendit alors compte qu’il ne se souvenait plus du mot de passe. Il avait sûrement changé, par ailleurs. Il en tenta quelques uns, puis découragé de son échec, vida les lieux. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’il se retrouva nez à nez avec Dumbledore au détour d’un couloir !
« Professeur Dumbledore ! Vous m’avez fait peur !
- J’en suis désolé Harry. Mais que fais-tu donc ici, à cette heure ? Tu ne devrais pas être dans la tour de Gryffondor ?
- Si, mais je voulais vous parler Monsieur.
- Me parler ?
- Oui, s’il vous plaît.
- Dans ce cas, nous serons plus confortablement installés dans mon bureau que dans ce couloir. Suis-moi je te prie. »
Harry suivit le directeur jusqu’à la gargouille de pierre qu’il venait de quitter. Le directeur prononça le mot de passe et ils empruntèrent l’escalier magique. Dumbledore ouvrit la lourde porte menant à son bureau et s’effaça pour laisser passer l’invité. Le vieil homme s’assit derrière son bureau, alluma un feu dans la cheminée et invita Harry à s’asseoir.
« Maintenant que nous sommes au chaud, dis-moi ce qui te tracasse Harry, je te prie. »
Harry commença à lui parler de sa peur, la peur qui le suivait depuis qu’il avait quitté l’infirmerie, soit cinq jours plus tôt.
« J’ai peur qu’une nuit, je n’attaque tous les êtres qui me sont chers. Un loup-garou agit sur instinct non ? Mais sur l’instinct d’un loup, pas celui d’un homme. »
Dumbledore l’écouta durant une dizaine de minutes sans l’interrompre. Un carillon égrena neuf heures. Harry s’interrompit. Le silence prit sa place, et, pendant une minute, seul le craquement du feu se faisait entendre.
Dumbledore observait son élève, conscient du désarroi dans lequel il se trouvait. La peur que le jeune homme éprouvait était bien compréhensible. Mais elle soulevait un certain nombre de problèmes. A commencer par le danger qu’un loup-garou représentait.
Harry attendit encore une minute. Il espérait que Dumbledore allait se mettre à parler mais il n’en fut rien. Il se mit alors à observer le parc. La neige y tourbillonnait.
« Tu m’as raconté ton tracas Harry. Mais es-tu venu ici juste pour m’en faire part ou pour me demander quelque chose.
- Je suis venu ici pour vous demander de me laisser partir – de me laisse quitter Poudlard - . »
Le silence revint. Dumbledore poussa un soupir.
« Pourquoi ? demanda-t-il simplement.
- Je vous l’ai dit : parce que j’ai peur. Peur de la bête qui sommeille en moi. »
Cette image fit naître un bref sourire sur les lèvres du directeur, sourire qui disparut aussitôt.
« Et qu’attends-tu de moi ?
- Votre accord. Je ne puis partir si vous ne le souhaitez pas.
- Et pourquoi te donnerais-je mon accord ? »
Cette question sema le doute chez Harry. Ou bien le directeur refusait de lui permettre de partir, ou bien il posait cette question pour cacher son jeu.
« Pourquoi cette question Monsieur ?
- Pourquoi t’autoriserais-je à partir Harry ? Tu serais certainement plus en sécurité à Poudlard qu’à Londres, plus précisément dans la maison de Sirius. »
« Comment a-t-il deviné ? » se demanda Harry.
« Tu demandes comment j’ai pu deviné que tu comptais te rendre au Square Grimmaurd ? lui demanda Dumbledore.
- Vous lisez dans mes pensées ?
- Je pratique simplement l’Occlumancie, je croyais te l’avoir dit. De plus, je me suis mis à ta place. Tu ne retournerais certainement pas chez ton oncle et au Terrier, bien que Molly t’accueillerait à bras ouverts, tu ne serais pas en sécurité et eux non plus. Ne reste que la maison de Sirius où seul Kreattur habite. Maison incartable, protégé par le sortilège de Fidelitas, donc un endroit sûr.
- C’est pour ça que je voulais aller là-bas.
- Cependant, je ne pense pas que tu devrais quitter Poudlard.
- Mais Monsieur…
- Non non, ne proteste pas. Tu l’as bien demandé mon accord ?
- Oui, mais…
- Eh bien je ne te le donne pas.
- Mais pourquoi ? »
Harry ne comprenait pas. Dumbledore venait de lui dire que le 12, Square Grimmaurd était un endroit sût et il ne le laissait pas partir. Pourquoi ?
« Monsieur, je ne vous comprend pas.
- Tu te demandes pourquoi après t’avoir démontrer que la maison de Sirius est un endroit sûr, je t’empêches d’y aller ?
- Oui.
- Parce que Londres est actuellement un endroit à éviter.
- Voldemort ?
- Bien vu Harry. En effet, Voldemort court toujours pour se construire son armée. Seul Poudlard est sûr. Tu pourras aller à Londres à Noël, mais seulement pour les vacances, c’est compris ?
- Bien Monsieur.
- Sur ce, je te souhaite de passer une bonne nuit.
- Bonne nuit Monsieur. »
Harry sortit du bureau et se dirigea vers la Salle Commune.
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