Steffen réfléchit trente secondes de plus.
« Fleur, c’est la première fois qu’il te dit ça ?
- Oui, répondit-elle, encore sous le choc.
- Je me demande ce qu’il lui prend », murmura-t-il, plus pour lui-même que pour les deux filles.
Il monta les marches du dortoir pour aller voir son frère. Il poussa la porte, un sortilège lui répondit.
« Harry, qu’est-ce qu’il t’arrive à la fin ? s’exclama Steffen.
- Tu n’as pas à le savoir ! gronda-t-il.
- Pourquoi ? Tu ne peux donc rien me dire ?
- Fiche-moi la paix c’est compris ? C’est tout ce que je te demande pour le moment !
- Même à ton frère, tu ne veux rien dire ? »
La question resta en suspens. Un semblant de sanglot lui parvint.
« Ce n’est… pas ça, dit Harry d’une voix hachée.
- Est-ce que je peux entrer sans risquer de me prendre un sort en pleine figure ? » demanda Steffen.
Harry ne répondit pas. Steffen s’avança d’un pas et, constatant qu’aucun éclair de lumière ne montrait le bout de son nez, se dirigea vers son frère. Il s’assit sur le lit à côté de Harry.
« Harry, pourquoi as-tu repoussé Fleur ?
- Je ne sais pas…
- Es-tu sûr de dire la vérité ? » demanda Steffen, sceptique.
Harry détourna le regard. Il voyait bien que Steffen ne le croyait pas mais il ne pouvait pas lui en vouloir.
« Ecoute… Je crois que je deviens fou.
- Je m’en étais aperçu, soupira Steffen.
- En fait, c’est depuis que je me suis fait mordre. Il faut que je quitte Poudlard.
- Pardon ?
- Et il faut que j’arrête de voir Fleur et mes amis, sinon ils seront en danger.
- Attends… Tu veux quitter Poudlard ? Et pour aller où ?
- Je n’en sais rien. Je ne partirai qu’aux vacances de Noël. »
Steffen resta sans voix. Son frère voulait partir, quitter Poudlard, tout laisser en plan ? C’était pure folie !
« Et Voldemort ? demanda-t-il soudain. Qu’est-ce que tu comptes faire ?
- Voldemort ? Je vais m’arranger pour qu’il m’oublie.
- Harry, tu dois le tuer ! Personne ne peut le faire à ta place !
- Si : Dumbledore.
- Tu lui rendrais un mauvais service en lui reléguant cette tâche ! Après tout ce qu’il a fait pour toi ! Ce sont là les paroles d’un lâche Harry, d’un lâche ! Ce que tu n’es pas – ou du moins, ce que tu ne sembles pas être !
- Il ne faut jamais se fier aux apparences…
- Peut-être, mais tout le monde te décrit comme un héros !
- Ah bon ? Et qui donc ? »
Il est devenu froid. Ses paroles avaient semé le doute chez Steffen. Son frère n’était pourtant pas un lâche ! Qu’est-ce qu’il lui arrivait pour vouloir se faire passer comme tel ?
« Mais des tas de gens voyons ! A commencer par Hermione, Fleur, Dumbledore et… et moi !
- Toi ? demanda Harry, sceptique. Et quand m’as-tu vu faire preuve d’héroïsme ?
- Lorsque les loups-garous étaient à Poudlard ! Tu m’as dit de retourner au château demander de l’aide pendant que toi, tu les retenais tout seul ! Je ne sais pas comment tu qualifierais ce geste mais pour moi, ce n’est en tout cas pas de la lâcheté ! Ou alors quand tu t’es précipité sur l’Avada Kedavra visant Mrs Londubat ! Tu aurais pu en mourir ! Rien ne t’obligeait à la sauver ! Mais tu l’as fait Harry, tu l’as fait ! Que tu le veuilles ou non, tu es considéré par beaucoup comme un héros !
- Ecoute Steffen… »
Les paroles de Steffen avaient éveillé chez son frère un profond sentiment de tristesse.
« Je suis d’accord avec toi, mais essaie de me comprendre… »
Il avait un regard de chien battu. Steffen devaient fournir beaucoup d’efforts pour se convaincre que c’était bien Harry qui le regardait.
« Steffen… J’ai peur…
- Peur ? s’étonna l’interpellé. C’est une blague ?
- Non… J’ai peur de me réveiller un jour et de me rendre compte que j’ai mordu ou tué quelqu’un… Surtout si c’est toi ou Hermione, Fleur ou bien Neville… Je ne supporterai pas de savoir que quelqu’un est mort par ma faute…
- Je vois…
- Steffen, tu comprends maintenant pourquoi je dois partir ?
- Oui. Je crois qu’à ta place j’aurai fait la même chose. Mais il faut que tu préviennes Dumbledore.
- Je pensais le faire demain ou après-demain. Avant les vacances en tout cas. »
Steffen resta pensif un moment. Mais s avoir que son frère projetait de tout quitter, de tout abandonner le remplissait de tristesse. Mais dans le fond, on ne pouvait lui en vouloir. Il avait vu son parrain et un ami mourir sous ses yeux, le premier de la main de la cousine de Sirius, le second d’un serviteur de Voldemort. Il ne pourrait sûrement supporter un autre mort.