Malgré tous les discours des psychiatres et des autres métiers qui font du cerveau humain leur objet d´étude, malgré que le terme "inconscient" renvoie à une notion définie philosophiquement comme tout ce qui n´est pas conscience, il m´apparaît difficile d´estimer qu´un inconscient, au sens strict, existe véritablement.
Car ce dont je n´ai pas conscience, c´est ce que je ne peux voir. Or, si j´ai accès à des traces de ce que je crois "inconscient", c´est que j´en ai conscience puisque j´y ai accès. C´est donc bien des moments de conscience que nous appelons rêves, lapsus révélateurs, actes manqués... Et non les manifestations de quelque chose qui nous échapperait. Parlons plutôt d´inhibitions culturelles, au sens anthropologique, qui pousse l´homme, dans le cadre de la société qu´il s´est donnée ou qu´autrui lui a imposé, à agir et penser d´une certaine manière, dissimulant ainsi consciemment SANS S´EN RENDRE COMPTE ou SANS SE L´AVOUER sous une identité socialle, artificiellement créée, qui n´est jamais le reflet profond de sa nature humaine, qui contient toutes les universalités du monde, qu´on ne peut limiter ni à un temps, ni à un lieu.
Je me demande si par "inconscient", nous ne voulons pas plutôt définir une autre forme de manifestation de notre conscience dont la nature serait physiquement évanescente.
On distingue inconscience-raison et inconscience-morale. Réservons l´inconscience raison pour les aliénés, ceux qui sont étrangers à eux-mêmes. Et ne parlons pas d´inconscience-morale, car cela tendrait à déresponsabiliser l´homme, comme s´il agissait sous la contrainte d´une force qui la dépasse. Or ce qu´on désigne par inconscient n´est pas une force mais une partie intérieure de notre esprit. Si elle m´est intérieure, j´ai toute maîtrise dessus, pour peu que je fasse l´effort d´user de mon bon sens, soit de ma raison, et surtout de ma volonté (cf Descartes).
Par conséquent, je juge suspect de pouvoir déresponsabiliser ceux qu´on juge moralement comme "inconscients", c´est-à-dire inaptes à mesurer la portée de leurs actes.
Ainsi, pour deux sens tout à fait différents du terme "conscience" (conscience-raison, conscience-morale), on peut établir par ce qu´on considère son contraire, l´inconscient, comme non-existant.
Dès qu´on sait, dès qu´on est renseigné sur l´existence de quelque chose, on l´objectivise. En conséquence : tout est conscience.
une force qui LE* dépasse
Précision nécessaire : distingue la conscience du conscient. La conscience se détermine comme la faculté d´être présent au monde. Le conscient est le contenu de la conscience soit le système structuré qui constitue l´esprit. Le conscient, c´est le su. Ce qu´on voudrait désigner par inconscient c´est le non-su. Donc, il faudrait plutôt parler d´inconnu en tant qu´inappris (= non-appris par l´expérience personnelle ou l´enseignement d´autrui).
Mais que l´on distingue conscience de conscient n´efface pas la non-existence de ce qu´on appellerait au sens strict inconscience et inconscient. C´est de l´impossibilité pure. Ce qui ne peut pas être, c´est-à-dire ne peut connaître ni existence matérielle, ni idéale. Qui n´est pas et qui ne peut même pas être pensé comme non-être car ce serait déjà objectiviser un inconnu, hypothétique certes, mais objectivisé tout de même.
Des études scientifiques ont montré que quelques millisecondes avant que l´on prenne consciemment la décision de faire quelque chose, le cerveau en a déjà lancé l´ordre. C´est-à-dire que ce n´est pas nous qui décidons de ce qu´on va faire et quand, mais étrangement c´est notre cerveau qui de ce que tu dis ne pas exister décide et le transmet à la conscience, afin que l´individu s´exécute. C´est une notion importante car elle remet en cause le principe du libre arbitre que l´homme s´est tant appliqué à s´attribuer. Bref, je ne suis pas sur que l´inconscient n´existe pas, et on peut le démontrer par plusieurs exemples, notamment les rêves, ou encore les réflexes, quand un ballon t´arrive dessus à pleine vitesse, je n´ai pas l´impression que l´on ait le temps de prendre conscience qu´il y a un ballon qui va nous frapper et nous faire mal et par conséquent qu´il faille se pousser.
Réfuter l´existence de l´inconscient me paraît bien ambitieux, car sa présence est, je trouve, largement démontrable avec d´autres exemples que ceux que je viens de citer mais qui ne me tombent actuellement pas sous la main. Quant à aborder la chose sous un aspect philosophique, je ne pense pas avoir le niveau de réflexion nécessaire à alimenter la discution.
La déférence que nous devons entretenir à l´égard des travaux de Sigmund Freud et de ses successeurs, ne doit pas nous empêcher de contester et de s´interroger. Après tout, à l´époque de Freud, personne n´admettait sa théorie et l´on jugeait précisément ambitieux de vouloir "rabaisser" et "humilier" l´homme de cette manière.
Le problème c´est que tu avances des exemples qui renforcent l´idée formulée ci-dessus selon laquelle les rêves, par exemple, sont en réalité, tout autant que les lapsus, les actes manqués, etc... des signes de la forme d´une autre manifestation de notre seule conscience, signes dont la nature physique, à l´état d´aperception, est évanescente.
Le terme "inconscient" est inexact et innapproprié pour désigner ce que les psychanalystes et les autres professions du cerveau veulent désigner.
Au fait Chaos, comment peux-tu distinguer le cerveau de la personne? Le cerveau EST la personne. C´est comme si tu faisais du cerveau une partie indépendante pour le tout dont la personne serait l´objet. Or, la personne est sujet : corps et esprit. Et l´esprit, c´est le cerveau.
Lol, c´est simplement que l´inconscient cherche en permanence à devenir conscient. Il est des choses qui trahissent l´inconscient, les rêves, les lapsus, les actes manqués etc. et parfois on arrive à les connaître, donc on en prend conscience. Mais sous quel pretexte, en quoi et d´où on affirme qu´il n´y a rien qui ne devienne pas conscient?? Le fait que l´on arrive à saisir des choses qui étaient inconscientes et qui sont devenus conscientes n´implique absolument pas que tout est arrivé à la conscience, il reste des choses refoulées, et l´on ne connait pas tout notre être parce qu´on a saisi quelques lapsus et le sens de quelques rêves...
Par ailleurs, ceux qu´on traite d´inconscient, on leur reproche d´agir sans mesurer leurs actes, c´est un adjectif courant qui n´a rien à voir avec le terme freudien d´Inconscient.
Oui mais la critique de l´inconscience-raison rejoint le sens moral de l´inconscience. On tend dans tous les cas à vouloir déresponsabiliser l´homme.
Ce qui n´est pas pensé n´existe pas et ne peut être conçu. S´il est pensé ou pratiqué alors il est conçu donc il est conscient. L´inconscient est une hypothèse fictionnelle qui tendrait à SUPPOSER qu´il y a des choses EN NOUS que nous ne maîtrisons pas. Et ceux qui y croient sont tout fiers de relever la présence de
1. les rêves (dont nous ne connaissons et supposons l´existence que par le souvenir conscient de leur image évanescente)
2. Lapsus et actes manqués.
Comme des manifestations de ce qu´ils veulent imaginer comme inconscient. Mais s´ils trouvent leur existence au monde, ils sont objectivitisés PAR la conscience. Ce qu´on appelle inconscient ne peut être pris en considération, objectivisé, que par la conscience, donc tout est conscience.
L´inconscient serait interprétée comme une force transcendante, une présence divine. Tout comme on le voudrait pour Dieu, on tendrait à faire de l´inconscient une explication déresponsalisable des actes humains.
Or le libre arbitre dépend de la volonté. L´essentiel est de faire l´effort d´en faire l´usage.
Autre preuve par le langage même : pourquoi ce qu´on veut désigner par "inconscient" ne se désigne et ne se définit que négativement ? l´in-conscient, c´est le contraire de conscient. Ca n´a pas d´existence propre. Car si ce qu´on désigne par "inconscient" avait une existence propre, il aurait un terme propre et sa définition serait positive, au lieu d´être définie comme "le contraire de..." "l´absence de..." "la privation de...".
J´aime bien ta démarche Carnavale et ce que tu dis me séduit beaucoup.
N´empêche que dans la plupart de nos actes, on ne comprend pas tout ce qui nous y amène. D´après toi, peut-on être conscient de quelque chose qu´on ne comprend pas?
Exemple: je suis attiré par une fille. Imaginons que la raison de cette attirance est que cette jeune personne ressemble beaucoup à ma mère (Oedipe en force lol). Est-ce que le simple fait que je sois attiré dénote ma conscience de la raison de cette attirance?
je sais pas si tu vois ce que je veux dire.
Ever, pour te répondre, être conscient ne signifie pas nécessairement comprendre. Quand bien même tu ignores la raison qui te pousse à être attiré par cette sympathique jeune femme, le fait que tu t´interroges sur la raison qui te pousse à être attiré, prouve l´activité de ta conscience. La conscience CHERCHE à comprendre ce qui lui est INCONNU. L´inconnu, considéré par la conscience comme inconnu, est objectivisé. Il n´est donc pas "inconscient". Car si c´était le cas, tu ne te poserais même pas la question du pourquoi du comment.
Et comment appelerais tu ce que désignent les psychologues?
Attention à ne pas confondre psychanalystes et psychologues. Les uns analysent, décortiquent les phénomènes du psychisme. Les autres émettent et cherchent à démontrer des hypothèses d´explication mentale des comportements humains.
Et les psychiatres soignent tout ça. Tentent en tout cas.
Comment appellerais-je ce qu´ils désignent par "inconscient" ? Je l´ai suffisamment ressassé dans mes précédents messages mais je pense que l´expression suivante le synthétisera : l´inconnu conscient (et non pas le conscient inconnu).
il m´apparaît difficile d´estimer qu´un inconscient, au sens strict, existe véritablement.
il m´apparaît difficile d´estimer que le temps s´écoule differement suivant qu´on se déplace vite ou pas, n´en déplaise aux astrophysiciens ou aux mathematiciens.
Rapport ?
C´est une autre question, intéressante à traiter, surtout avec Bergson ^^. Mais ce n´est pas le sujet.
Quand on fait des choses inconsciament, c´est qu´on ne se rend pas compte qu´on les fait au moment où on les fait.
Très vague. De quelles "choses faites inconsciemment" parles-tu?