Chapitre 13 : Mort
Le temple de Bélial était en fait une vaste caverne, illuminée par des milliers de torches le long des murs. Link y pénétra accompagné de Céliak et Reza.
Deux jours auparavant, ils étaient arrivés dans un petit village enfoui dans la montagne. Les habitants étaient tous vêtus de robes blanches et de simples sabots de bois. Lorsqu’il s’était adressé à eux, aucun n’avait répondu à Link. C’est alors qu’un homme du nom de Reza leur avait expliqué que tous les bonzes du village avaient fait vœu de silence pour se racheter de la faute commise par leur Dieu. Il ne parleraient que lorsque les Dieux se réveilleraient, et uniquement pour combattre le Dieu obscur. Reza était le chef du village, et lorsque Céliak lui avait appris la nouvelle, il avait tenu à les accompagner en personne au temple de Bélial. Ce dernier se trouvait au cœur de la montagne, et le seul moyen d’y accéder était une caverne dont l’entrée était dissimulée par une large pierre ronde.
-Je vous préviens, fit Reza, réveiller Bélial ne sera pas aisé. Au fil des siècles, des générations de bonzes ont installé des épreuves qu’il vous faudra franchir pour accéder là où sommeille le Dieu.
-De quel genre d’épreuve s’agit-il ? Demande Link.
-Nul ne saurait répondre à cette question. La magie qui circule entre ces parois est très ancienne et très puissante. Elle sonde l’âme de celui qui a la prétention de fouler ce sol, et lui envoie une épreuve spécifique.
Ils avancèrent encore, jusqu´à se retrouver sur le seuil d’une pièce circulaire. Link y entra le premier, et la triforce sur sa main commença à luire. Soudain, une grille tomba du plafond, le séparant de Reza et Céliak.
-Link ! Cria ce dernier.
Link courut vers la grille, mais le sol commença à monter lentement.
-Soit prudent jeune chevalier ! Lui cria Reza. Les épreuves commencent !
Le sol continuait de monter en tournant sur lui-même. Link regardait le plafond approcher rapidement. Il se souvint d’avoir vécu une situation semblable sous le berceau d’Aldusir. Il brandit le poing, sa triforce brillant de plus en plus, et cria « OUVRE TOI » comme il l’avait déjà fait. Il ne se passa rien. Le sol continuait de monter, le plafond d’approcher. Il avait peur
( jeune chevalier)
le plafond se rapprochait
( chevalier)
de plus en plus
( peur)
bientôt il serait écrasé
( chevalier… peur…)
Ces mots résonnaient dans son esprit jusqu’à ce qu’il en comprenne le sens. Il se redressa et cria à l’attention du plafond :
-Je ne connaîtrai pas la peur car la peur tue l’esprit !
Rien ne se passa. Il fonçait toujours vers le plafond. Sa tête le heurta soudain… et passa au travers. Il se retrouva debout dans une nouvelle salle circulaire.
Une voix résonna autour de lui :
-Tu es un chevalier… Es-tu un guerrier ?
Une créature apparut devant lui. Elle avait l’apparence d’un humain, mais sa peau était recouverte d’écailles, son visage était aplatit, et une queue se balançait derrière lui. Lin sortit son épée et attaqua. Il vint à bout de la créature sans aucun problème.
-Tu es un chevalier et un guerrier reprit la voix. Ton cœur est empli de courage. Es tu prêt à aller jusqu’au bout ?
-Oui, j’y suis prêt répondit Link.
-Nous verrons.
Une porte s’ouvrit dans la roche. Link la franchit et, après un couloir, déboucha sur une vaste salle blanche. A l’autre bout se trouvait une unique porte. Et devant cette porte était assis quelqu’un. Link s’approcha prudemment, l’épée le long du corps.
-Bonjour, fit la personne d’une voix assurée et posée. Derrière cette porte se trouve l’objet de ta présence en ces lieux. Néanmoins tu n’y accéderas qu’après m’avoir défait.
Il se retourna, et Link le contempla, stupéfait. Il portait une chemise blanche et un pantalon noir. A sa ceinture était passée la même épée que Link tenait dans ses mains. Il avait les mêmes cheveux blonds, les mêmes oreilles pointues. C’était Link dans ces moindres détails, à l’exception de ses yeux, entièrement noirs.
-Mais… qui es-tu ?
-Oh, je suppose qu’on pourrait dire le reflet des pires noirceurs que recèle ton âme. L’extériorisation physique de tes désirs les plus enfouis. La matérialisation de tes pulsions primaires. Mais appelle moi frangin.
Sur quoi il sortit son épée et courut vers Link. Celui-ci para le coup, puis commença à se battre, essayant d’oublier que c’était lui-même qu’il frappait. Son double avait les mêmes techniques. Il semblait impossible à battre. Il bloquait chaque coup avant même que Link ait fini de l’assener. L’hylien redoubla de fureur et parvint à toucher son adversaire au front. Du sang coula de sa blessure. Aussitôt, il ressentit une vive douleur au crâne, et du sang se mit à couler le long de son visage. L’autre sourit.
-Tu comprends? Tu ne peux me tuer. Et quand bien même tu y parviendrais, tu toucherais le sol en même temps que moi. Il est encore temps d’abandonner. La mort m’importe peu, car je ne suis qu’une illusion.
-Je ne peux pas abandonner ! Je dois réveiller Bélial !
-Alors tu mourras.
-Tu mourras d’abord.
Link laissa tomber son épée et sortit de sa ceinture le poignard de Céliak. Puis il se le planta dans le ventre.
Le double écarquilla les yeux alors que le sang maculait sa chemise. Il ouvrit la bouche, mais rien d’autre que du sang n’en sortit. Puis il tomba, mort, sur le sol. Link l’enjamba et s’arrêta net, tiraillé par la douleur. Il retira sa main couverte de sang de son ventre, et s’écroula face à son double.