Et voila
Chapitre 16 : La croisée des chemins
Les archers des deux cotés de la route bandèrent leurs arcs, visant le groupe au milieu du sentier. Link dégaina instinctivement son épée, maudissant son impuissance à les tirer de là. Le temps qu’il se soit dirigé vers un des deux groupes, lui et les autres seraient déjà transformés en pelote d’épingles.
-Retiens tes hommes, capitaine ! s’exclama une voix surprise. Tous se retournèrent vers Maerlin don émanait l’ordre. Celui-ci avait les yeux fixés sur l’épée que brandissait Link.
-Cette épée, reprit-il, il nous la faut, Capitaine. Ne me demande pas pourquoi. Pas encore. Envoie quelqu’un la lui prendre.
Fizbran considéra Maerlin d’un air à la fois excédé et étonné.
-Bien, consentit-il. Roland, rapporte moi cette épée. Quant à toi jeune héros, un seul faux mouvement et vous êtes tous morts.
Roland sauta du rocher et avança vers le groupe immobile sur le chemin. Silöe et Reza se tenaient à la gauche de Link, et Maati à sa droite. Le chevalier se dirigea vers Link, l’épée le long du corps. Il s’arrêta fac au jeune homme, mais avant même qu’il ait ouvert la bouche, celui-ci parla :
« Mes félicitations, chevalier. Te voila en marche pour abattre le chaos sur ton monde.
-La ferme, l’interrompit fermement mais en murmurant le chevalier. Gagne du temps. Aie confiance en moi, il le faut. Gagne du temps ». Puis, plus haut : « donne moi cette épée ! »
Link le regarda, surpris, ne sachant que faire. Gagner du temps. Oui, mais comment, encerclé par les chevaliers ?
Une idée lui vint et il repoussa Roland. Les archers bandèrent à nouveau leurs arcs. Link fit quelques pas, puis s’arrêta à mi chemin entre ses compagnons et le rocher de Fizbran.
-Je ne comprends pas, cria-t-il à l’attention de celui-ci. Tu es venu me chercher, soit. Mais pourquoi m’avoir fait réciter le serment de ton ordre ? Quel sens ont ces paroles alors que je les répétais de ta bouche de traître ? A quoi bon cette mascarade ?
-Ah ah ah ! Tu me surprendras toujours, mon jeune ami ! Je ne pensais pas que ces paroles avaient à tes yeux une telle valeur !
-Tu m’as dit qu’elles étaient sacrées ! ! Que sans elles, je ne pourrais combattre à tes côtés !
Il parlait de plus en plus fort, comme dominé par la colère. Du moins était-ce qu’il voulait que croient les autres. En vérité, il était serein. Il se sentait parfaitement calme et maître de lui. Chacun de ses mots était pleinement mesuré, et il se sentait, malgré les armes pointées sur lui, maître de la situation. Il faisait ce que lui avait dit Roland. Il gagnait du temps.
-Ces paroles étaient jadis sacrées, répondit Fizbran. Elles le sont encore aujourd’hui pour certains. Seulement moi, j’ai pleinement conscience de la situation ! Le monde court à sa perte ! L’anarchie le domine ! Les dirigeants sont de gras nobles, qui pensent à leur plaisir avant de s’occuper de leur peuple ! Avec le retour de Krastoth reviendra un nouvel ordre mondial !
-Avec toi à sa tête ? Ironisa Link. Toi qui a trahi ta patrie et te cache derrière des faux semblants ?
-Ne sois pas stupide ! Ne me dis pas que n’adhère pas à ce que je viens de te dire ! Tu as vu le roi d’Ilonya, crois tu vraiment que de tels hommes puisse gouverner un royaume ?
-J’ai vu aussi le gouverneur de Marinia, c’est un homme juste !
-Ne sois pas stupide ! Répéta le chevalier. La justice n’est qu’un leurre que les monarques servent au petit déjeuner du peuple pour leur cacher le reste de leurs infamies ! J’ai vu des hommes mourir de faim pendant qu’un roi mangeait plus que son ventre ne pouvait contenir !
-Silence ! Hurla Link. Silence ! J’ai vu des choses horribles moi aussi, mais ce que tu fais ne fera qu’empirer les choses, tu le sais ! Ganondorf n’a pas apporté la paix à Hyrule, Krastoth ne l’apportera pas à Cebeltahya ! N’essaye pas de me mentir, tu ne recherches que le pouvoir !
-Bien, fit le capitaine d’une voix calme. Ce petit jeu a assez duré. Nous ramasserons donc cette épée sur ton cadavre. Archers…
Il n’avait pas fini sa phrase que Link se retrouva entouré d’une épaisse fumée. Il n’y voyait pas à 50 centimètres.
-Link, par ici ! Fit derrière lui une voix étouffée qu’il ne parvint pas à reconnaître.
Une main s’abattit sur son épaule et le tira en arrière, l’entraînant à l’écart du chemin. Des flèches tombaient et rebondissait autour d’eux. Il vit que la main sur son épaule était celle de Roland avant que celui-ci ne le pousse dans un fossé, où se trouvait le reste du groupe, indemne. Roland sauta à son tour dans le fossé, et se mit à parler vite :
-Link je n’ai pas trahi mon ordre. Je reste fidèle à mon enseignement et à mes croyances. Je veux t’aider.
-Que c’est-il passé là haut ? Demanda l’hylien.
-Roland a demandé à Reza de jeter un sort, répondit Céliak. Nous sommes à quelques mètres derrière la route. Nous devons partir maintenant, nous ne sommes pas de taille face à tous ces soldats.
Link risqua un coup d’oeil hors du fossé et vit tous les chevaliers sur la route, scrutant les environs. Maerlin s’écarta de quelques pas du groupe, joignit ses mains face à son visage, et inclina la tête.
-Il va jeter un sort, murmura Silöe à côté de Link. Il faut partir où il nous trouvera.
Link s’adossa au terre-plein du fossé, face à la forêt. Tout le monde le regardait, attendant sa décision. Il se tourna vers Roland et le regarda dans les yeux. Le chevalier soutint son regard sans faiblir.
-Allons-y, murmura finalement le jeune homme. Enfonçons nous dans la forêt. Silöe et Maati, vous marchez devant. Reza et Céliak au milieu, moi je fermerai la marche. Avec Roland.
Roland murmura un remerciement, puis ils se mirent en route, courant à demi penché vers le sol.