Vous l´aurez voulu. Alors pour fêter ce 25eme post de Fic (quand même) je mets un point virgule à notre histoire.
La SCIENCE DES GLYPHES SPACIO-TEMPORELS. Le pire livre que j´ai jamais lu, et littéralement. Je ne comprenais pas un traître mot de ce que ce bouquin racontait. Les termes étrangers couvraient les pages, c´est tout juste si je compris les déterminants. Lyam, lui, semblait tout saisir naturellement. J´avais envoyé Garrett nous chercher un dîner. Le marché était tout près et il semblait plus doué qu´un noble pour se procurer de la nourriture.
Je regardais les passants d´un œil absent, trop épuisée pour pratiquer mon tir ou pour me lancer dans un de ces épuisants bilans de situation qui pullulaient dans ma tête ces derniers jours. Les Dames dans des robes colorées aux hauts corsages, serrées comme des sardines défilaient, tête haut, en compagnie d´hommes vêtus de chemises délavées et de chapeaux affaissés. Des commerçants roulaient leurs charrettes et les paysannes ondulaient des hanches sous leurs robes tachées. De temps en temps, un gamin, trop pauvre pour l´école, renversait un étalage de pommes en essayant d´en chiper une au passage et les marchants, habitués à ces piètres tentatives, engueulaient les enfants d´un ton blasé avant de les remettre à un milicien en armure métallique qui suait à grosse gouttes sous un soleil trop chaud pour un mois d´octobre. Une dame un peu étrange passa lentement, sans faire de bruit juste devant nous. Son visage, masqué par les ombres de la foule s´éclaircit une fraction de seconde. Juste assez pour que je puisse voir deux grands yeux mauves et un visage fin encadré de mèches argentées.
En moins de temps qu´il n´en faut pour le dire, je tenais Pénélope par le bras et je la tirais dans la ruelle ou Lyam étudiait tranquillement son livre.
"C´est vous! Mais que venez vous faire ici. Je…je… je croyais que et puis autant tout vous dire. !? "
Elle s´assit sur le sol, les genoux sous elle, me fixant d´un air triste et perdu que je n´avais pas encore remarqué sur la figure.
"Ça n´a pas marché. Je crains bien ne pas m´être adressée à la bonne personne. J´ai demandé conseil à une de mes bonnes amies avant de me lancer. À peine avais-je le dos tourné qu´elle avertissait tout le monde de mes plans. Ils m´ont bannie Leane, je les ai déshonorés et je ne fais plus partie d´eux. Pour ma trahison, ils ont brûlé un enfant en sacrifice au Seigneur feuillu. Je n´avais jamais rien vu d´aussi barbare. C´est moi qui aurait du payer pour ma faut et pas cet enfant innocent."
Une larme perlait au coin de son œil, mais son orgueil de Chaman la ravala aussitôt. Je n´aurais jamais cru une telle chose possible. Encore un désastre des circonstances à contrer. Vous savez quand quelqu´un vous dit que le sort s´acharne contre vous, c´est bien ce que mon esprit me murmurait.
"Tu peux rester avec nous si tu n´as nulle part où aller. Nous trouverons une solution."
"Non, j´ai vu assez de mort pour une vie entière. Je pars retrouver Hugo. Nous partirons à l´Aube et ne remettrons plus les pieds dans la Ville."
Je ne savais pas quoi dire, si c´était ce qu´elle voulait, je savais bien que rien ne pouvait l´en empêcher. Je ne la retins pas. Elle repris sa marche silencieuse dans la rue. Au moins, le couple ne menacerait plus de provoquer une guerre. Maintenant, tout devrait rentrer dans l´ordre dans le présent. Nous pouvions rentrer, plus rien ne nous retenait, Lyam et moi.
Garrett revint quelques minutes plus tard avec un sac plein de nourriture et un étrange visiteur encapuchonné qui le suivait de près.
"Ce type dit qu´il veut vous voir." Dit-il en me lançant un petit pain.
Le visiteur s´assis confortablement sur une conduite d´eau avant de se décapuchonner. C´était un homme d´à peu près une cinquantaine d´années qui portait les cheveux courts et grisonnants. Malgré son apparente vieillesse, il avait les yeux vifs d´un jeune homme. Sa voix grave résonna dans l´air de la ruelle quand il prit la parole.
"Bonjour, je suis le frère Thyrrus. Je viens pour récupérer le livre que vous avez emprunté à ma bibliothèque."
Je sautai sur mes pieds et sortit ma dague, prête au combat.
"Il n´est nul besoin de vous lever mademoiselle, je ne vous ferai aucun mal. Ce que vous avez vécu dans notre enceinte est en fait du à une erreur de jugement malheureuse. Laissez-moi vous expliquer."
J´abaissai ma garde et reprit place sur ma caisse. Je n´avais aucune misère à croire que notre expérience chez les Gardiens n´était qu´un malentendu.
"Il y a de ça 3 ans, le conseil des anciens Gardiens a décidé d´élever le frère Matteusis au rang de Premier Gardien pour une durée de quatre ans. C´était de loin le plus sage d´entre nous et il prit de sages décisions. Malheureusement, il fut atteint, il y a deux ans, d´une maladie encore inconnue. Notre science permit de le guérir, mais il perdit un peu la raison. Son serment durant quatre ans, nous ne pouvions pas l´empêcher de donner des ordres, mais sous notre tutelle, ses crises de folie étaient contenues. Le plus grand problème fut celui du recrutement des nouveaux membres. Son jugement affaibli distinguait mal les âmes aptes à devenir des Gardiens et il choisit quelques membres qui n´ont selon moi rien à faire dans notre ordre de paix. Ce qui est à l´origine de votre capture, c´est que le Frère Ugorus qui était sensé surveiller les déclarations de notre supérieur a du quitter momentanément l´enceinte. Quand je me suis aperçu que Matteusis avait prédit la venue de visiteurs meurtriers et hostiles dans l´enceinte et qu´on armât tous les frères, il était trop tard. Je suis profondément désolé de ce qui s´est produit la nuit dernière."
Garrett s´était endormi pendant le long discours, quant à moi, je dodelinais de la tête et mes yeux fermaient tout seuls grâce au pouvoir soporifique de la vois du Frère Thyrrus.
"Eh bien, ça explique tout! , lança Lyam, encore totalement éveillé. J´ai trouvé plutôt étrange que des Frères vivant pour la balance de l´esprit et la non-violence se montrent si… débalancés et violents. Par contre, je crains bien de ne pas pouvoir vous rendre votre grimoire avant d´avoir trouvé un moyen de retourner dans notre époque."
Le frère resta interloqué.
"Votre époque?"
"C´est à dire que nous venons un peu du futur…"
"Ne me dites pas pourquoi, le coupa Thyrrus. Si il y a quelque chose que je dois savoir, les prophéties me le diront, sinon, rien ne sert de dévoiler ce qui ne doit pas l´être. Je peux tracer un glyphe qui vous renvoiera dans votre époque, quelle quelle soit."
Il se leva et traça d´un seul mouvement un arc lumineux sur le mur avec une rangée de symboles complexes en dessous.
"À présent, rendez-moi ce livre je vous prie."
Lyam lui rendit le bouquin et le Gardien partit doucement sans que personne ne s´y oppose. Principalement parce que Garrett dormait et que je vacillais entre le réel et le rêve.
"Debout Leane, cette fois on retourne à la maison."
"Et qu´est-ce qu´on fait de Garrett"
"Thyrrus a mentionné qu´il pouvait nous renvoyer dans notre époque, peut importe laquelle. Je crois bien que si Garrett utilise le Glyphe en même temps que nous, il retournera dans son époque et nous dans la notre."
Je réveillai Garrett et nous prirent place dans le cercle que Lyam traçait sur le sol en face du glyphe. Les nuages avaient recouvert le ciel et la nuit était proche. Alors qu´il commençait à chanter une autre de ces mélodies incompréhensibles, je tournai la tête pour voir à l´horizon une pointe de soleil mauve qui perçait dans la masse des nuages noirs. Demain matin, Pénélope partirait avec Hugo et plus personne n´entendrait parler d´eux. C´est bien vrai alors, qu´on peut changer le présent par le passé. Lyam s´était trompé. Il m´avait toujours dit que c´était impossible.
La pluie se mit à tomber. Une pluie familière, si familière, comme si je l´avais déjà sentie sur ma peau. Une pluie identique à celle qui tombait quand… Quand déjà? Nos trois corps agglutinés sous la pluie commençaient à disparaître dans un halo bleuté. Je vis un peu plus loin une ombre qui avançait en courant dans la rue. Quelle belle pluie. Nous disparaissions. C´était terminé. L´ombre approchait. La même pluie que celle du jour ou Pénélope avait failli se faire tuer par un de ses camarades dans les appartements d´Hugo. Exactement la même. Nous n´étions plus qu´une ombre dans un cercle de terre lavé par la pluie. L´ombre avait à peu près ma taille. Dans une cape comme la mienne. Nous n´étions plus qu´un soupir. Le vent décapuchonna l´ombre. L´ombre avait mon visage. Je me sentis tirée en arrière et nous ne fûmes plus là. Ce n´était pas terminé. Quand j´ouvris les yeux, les explosions de la guerre ravageaient toujours la Ville. Lyam avait raison, on ne pouvait pas changer le présent en regardant en arrière, c´était en avant qu´il fallait voir. Ce n´était pas terminé.
Aille, à ton tour Louise. 