Je suis sur La Mort est mon métier. Vous me conseillez quoi de Robert Merle après celui-ci? J'ai bien envie de lire Malevil.
Le bouquin mystique dans l'avion est plutôt cool. Étrange mais assez unique dans son oeuvre. L'Île est long mais il est franchement pas mal. Si c'est ton délire, sa sf "animalière" (l'animal doué de raison et le propre de l'homme) est très sympa.
Merci de tes conseils! L'Île et Madrapour ont l'air pas mal en effet. Et Malevil, t'en as pensé quoi?
Ma première lecture de Merle m'étonne beaucoup en tous cas. Je m'attendais à un auteur assez difficile (j'aurais été détrompé si je m'étais informé un minimum avant d'ouvrir La mort est mon métier), au lieu de ça le style est très simple (je ne dis pas ça péjorativement), ça coule, il y a beaucoup de dialogues, ça se lit tout seul. Ce qui n'empêche pas que certaines scènes et certaines descriptions (même s'il y en a peu) possèdent une très grande puissance d'évocation.
Lu il y a trop de temps pour en parler, désolé.
Merle - peut-être à cause de sa série de romans historiques - est trop passé sous le tapis.
Derrière la vitre est incroyable mais moins peut-être dans la direction de ce que tu recherches. Ca me paraît quand même important à lire
Ps : j'ai confondu tu n'as pas mis de critère. Derrière la vitrr, du coup.
J'ai lu avant-hier le compte-rendu d'un ouvrage critique récent consacré à Merle. La première partie analyse la réception ambivalente réservée à son oeuvre et soulève quelques hypothèse qui peuvent éclaircir pourquoi il a été généralement snobé par la critique universitaire. Ça s'expliquerait entre autres par des raisons stylistiques mais c'est aussi lié aux genres qu’il a adoptés (notamment au fait qu'il ait écrit des romans historiques comme tu le soulignes).
Si ça t'intéresse : https://www.fabula.org/revue/document12029.php
Et sinon tu en penses quoi de son style toi?
Ca m'intéresse oui, là maintenant je suis un peu claqué - grosse journée le mardi je sors juste du taf là, mes premiers messages d'ailleurs c'était sur le chemin via le phone - mais merci je garde ça sous le coude.
Dans Derrière la vitre, il y a au moins un effet que je persiste à trouver très habile sur le plan technique : un personnage en focalisation interne est en train d'en regarder un autre de loin - forcément décrit de façon assez distante puisqu'on est en focalisation interne - et en cours de page il arrive à faire glisser le lecteur dans la focalisation du regardé initial qui devient regardant, il fait ça par exemple entre deux étudiants dans un couloir de fac, c'est super efficace et maîtrisé.
Il a un talent particulier pour le dialogue, comme tu as pu l'évoquer, qui se sent notamment dans sa capacité à créer des pointes vraiment porteuses.
Les scènes sur Rudolf Lang à la guerre en Orient dans La Mort me paraissent pas spécialement rougir face à ce qu'aura pu proposer Camus niveau écriture de la lumière qui envahit la conscience, et globalement dans ce roman son travail sur la froideur d'une conscience détachée et monstrueuse est très bon.
Je conçois qu'on puisse trouver ça un peu blanc parfois mais franchement c'est loin d'être un manche, et dans le contexte d'écriture de son siècle - on est plus en 1870 - ça me choque vraiment pas.
Le 16 mars 2021 à 16:05:07 SaintAnselme a écrit :
Ma première lecture de Merle m'étonne beaucoup en tous cas. Je m'attendais à un auteur assez difficile (j'aurais été détrompé si je m'étais informé un minimum avant d'ouvrir La mort est mon métier), au lieu de ça le style est très simple (je ne dis pas ça péjorativement), ça coule, il y a beaucoup de dialogues, ça se lit tout seul. Ce qui n'empêche pas que certaines scènes et certaines descriptions (même s'il y en a peu) possèdent une très grande puissance d'évocation.
J'ai finis il y a pas longtemps "La mort est mon métier" de Robert Merle justement. J'avais beaucoup apprécié ce roman d'ailleurs.
Comme tu dis le style est plutôt simple, mais c'est exactement ce qu'il fallait je trouve dans ce livre.
L'écriture est semblable au protagoniste principal je trouve, froide, concise, on va droit au but.
Je n'en ai pas lu d'autres de lui donc je ne pourrais pas répondre à ta question, mais je vais suivre le topic histoire d'avoir des avis sur d'autres de ses romans.
Quelqu'un a déjà lu du Modiano ?
Lu Dora Bruder, le narrateur nous amène à nous intéresser à un tiers. Il a retrouvé dans un journal vieux de 50 ans un petit encadré sur la disparition d'une adolescente qui a fugué et il décide de remonter ses traces, malgré le temps qui a passé et qui a effacé les traces. Il y a dans le ton un effet polar, on s'imagine un peu les saxos, dans un bistrot à Paris, l'ampoule qui clignote. Tout est très mystérieux. La deuxième partie prend de l'ampleur, arrivé là j'ai bien accroché jusque la fin. L'ensemble m'a semblé être plus un travail de mémoire qu'une oeuvre qui se tient toute seule. Cela dit, j'ai suffisamment aimé le style pour tenter un autre bouquin de lui. C'est très particulier.
personne n'a lu Le temps de la vérité de Ghosn ?
c'est une histoire quand même folle, je me tâte
Merci à vous trois pour vos retours sur Merle. Je vais passer en librairie cet aprèm et je choperai quelques-uns de ses bouquins.
Dans Derrière la vitre, il y a au moins un effet que je persiste à trouver très habile sur le plan technique : un personnage en focalisation interne est en train d'en regarder un autre de loin - forcément décrit de façon assez distante puisqu'on est en focalisation interne - et en cours de page il arrive à faire glisser le lecteur dans la focalisation du regardé initial qui devient regardant, il fait ça par exemple entre deux étudiants dans un couloir de fac, c'est super efficace et maîtrisé.
Super intéressant !
Dans La Mort est mon métier les jeux de focalisation sont aussi superbement mis en oeuvre. On en vient à oublier que Lang est un type froid et distant parce que le récit est écrit à la première personne ; avoir directement accès à la « voix » de Lang donne l'impression qu'il s'adresse au lecteur et ça crée forcément un effet de proximité... jusqu'à ce qu'un autre personnage - un autre point de vue - vienne rétablir l'effet de distance ; je pense à un extrait que j'ai lu hier soir :
Elle s'arrêta, j'entendis sa respiration siffler, et elle dit avec passion :
- Tu es si loin, Rudolf ! Quelquefois, quand tu es à table, et que tu regardes dans le vide avec tes yeux froids, j'ai l'impression que je ne compte pas du tout.
« Mes yeux froids », Schrader aussi parlait de mes yeux froids. Je dis avec effort :
- C'est ma nature.
(C'est la page 237 de l'édition Folio.)
J'aime bien la scène du procès pour ça, notamment quand il s'étonne qu'on lui fasse le reproche d'être monstrueux alors que lui il prétend juste restaurer une vérité comptable.
Là encore, le parallèle avec L'Etranger peut se penser.
Le 17 mars 2021 à 10:19:16 Gramic a écrit :
Quelqu'un a déjà lu du Modiano ?Lu Dora Bruder, le narrateur nous amène à nous intéresser à un tiers. Il a retrouvé dans un journal vieux de 50 ans un petit encadré sur la disparition d'une adolescente qui a fugué et il décide de remonter ses traces, malgré le temps qui a passé et qui a effacé les traces. Il y a dans le ton un effet polar, on s'imagine un peu les saxos, dans un bistrot à Paris, l'ampoule qui clignote. Tout est très mystérieux. La deuxième partie prend de l'ampleur, arrivé là j'ai bien accroché jusque la fin. L'ensemble m'a semblé être plus un travail de mémoire qu'une oeuvre qui se tient toute seule. Cela dit, j'ai suffisamment aimé le style pour tenter un autre bouquin de lui. C'est très particulier.
Oui c'est un livre sur la mémoire, la mémoire des lieux, les angles morts du souvenir collectif, comme souvent chez Modiano j'ai l'impression.
Je viens de finir l'Aveuglement de José Saramago. Très dérangeant à lire en temps pandémique mais c'est un chef d'oeuvre.
Je vais attaquer le loup des steppes de Hesse là.
(Sinon des gens spécialisés dans la littérature est-européenne ici ? Hors Russie, Kundera et Kafka.)
Le 19 mars 2021 à 13:39:18 Krovinovic a écrit :
(Sinon des gens spécialisés dans la littérature est-européenne ici ? Hors Russie, Kundera et Kafka.)
Manuscrit trouvé à Saragosse du comte Potocki 
Quo Vadis? de Sienkiewicz 
Milorad Pavic côté Yougo aussi (Le Dictionnaire Khazar)
Gombrowicz (Kosmos, La Pornographie), Sienkiewicz déjà cité (Quo Vadis aussi visiblement). Witkiewicz est fort recommandable aussi (L'Inassouvissement).
Et oui, Kadaré. Toujours.
Les nouvelles de Dezső Kosztolányi la base
(Et sinon Bohumil Hrabal pour son côté néo picaresque est assez apprécié même si perso je hype pas trop)
Le 19 mars 2021 à 13:39:18 Krovinovic a écrit :
(Sinon des gens spécialisés dans la littérature est-européenne ici ? Hors Russie, Kundera et Kafka.)
Ferdydurke de Gombrowicz aussi