L'Avortement de Brautigan.
Je l'avais laissé en plan y a un moment, je le trouvais raté celui-là. Même si j'aime beaucoup penser à Brautigan pour son univers et sa poésie, ses limites narratives me gênent.
Cette histoire de bibliothécaire qui enregistre tous les manuscrits d'anonymes et qui rencontre cette femme magnifique qui n'aime pas son corps, c'est génial, mais il ne sait pas écrire ses personnages, ni les faire parler.
Le bibliothécaire-narrateur n'a pas de voix, je suis incapable de l'imaginer physiquement ou intérieurement, et la femme qu'il rencontre parle comme Brautigan. Mais surtout, les scènes dialoguées ne s'ancrent pas dans un moment, une action, une tonalité. Le bibliothécaire accueille cette femme une nuit et d'un coup, sans prévenir, elle raconte qui elle est, d'où elle vient, pourquoi elle a écrit le livre qu'elle lui apporte, tout ça sous forme de monologue, suivi d'un "Et vous, qui êtes vous ? J'ai envie de savoir qui vous êtes. D'où venez vous, où allez vous monsieur le bibliothécaire ?"
Ca ressemble trop à du fantasme brut pour que je puisse me sentir là, moi aussi, dans la bibliothèque avec eux.
Et ça ressemble trop à ce que j'ai pu écrire moi aussi, dans des élans incontrôlables et pseudo poétiques.