Je me lance dans Pynchon avec V.
Le 20 janvier 2020 à 18:14:16 DeathRowBoy a écrit :
Je me lance dans Pynchon avec V.
Ma relecture du moment.
Ceci-dit, pour commencer, il vaut mieux Vente à la criée du lot 49 (du Pynchon compressé) ou même Inherent Vice (du Pynchon light)
The Word for World is Forest (Ursula Le Guin)
Une auteure que j'admire énormément pour sa personne, son influence, ses choix et son approche, au risque de placer ses histoires un peu au second plan de ses thématiques, mais après tout c'est toujours ainsi en sci-fi.
Le 20 janvier 2020 à 18:42:21 CharlesMarlow a écrit :
Le 20 janvier 2020 à 18:14:16 DeathRowBoy a écrit :
Je me lance dans Pynchon avec V.Ma relecture du moment.
Ceci-dit, pour commencer, il vaut mieux Vente à la criée du lot 49 (du Pynchon compressé) ou même Inherent Vice (du Pynchon light)
J'avais lu Vice caché quelques mois avant la sortie du film éponyme de PTA, donc ça remonte.
Et il se trouve que j'ai le livre chez moi et que j'ai l'envie de me lancer dans le postmodernisme. (par ailleurs, si vous avez des auteurs ou livres fétiches du mouvement je prends.)
C'est pas tellement un mouvement, mais la trilogie romanesque de Beckett (Molloy, Malone meurt, L'Innommable) dans un style minimaliste. Dans le maximalisme, il faut plus aller vers Le Festin nu de Burroughs ou des plus récents (DeLillo, Frazen).
Dans les encyclopédistes déters, Borges, Bolano, Calvino (Si une nuit d'hiver un voyageur).
Sur l'échec de l'humain, ça va de Camus à Kobo Abe en passant par Oe (Le jeu du siècle)
Dans le jeu pur, les Latinos sont très bons. Rulfo (Pedro Paramo), Cortazar (ses nouvelles, Marelle), Cabrera Infante (Trois Tristes Tigres).
Dans la multiplication des personnages et des lignes de réalité, Flann O'Brien est un grand auteur.
Sur le renouveau philosophique, Bellow, Gombrowicz.
Charles j'aimes bien comme tu parles et ce que tu cites, t'as un endroit sur la toile où on peut te suivre ? Ou tu catalogues que dans tes posts ![]()
https://www.senscritique.com/Gepeoh
Je fais que les livres presque. Les films à part mon top 100 et ceux que j'ai vu depuis 1 an il y a pas grand chose
Merci Charles, je vais me pencher là-dessus et faire un tour chez mon libraire.
En postmodernisme il y a aussi Marisha Pessl avec "La physique des catastrophes" et "Intérieur Nuit".
"Jérusalem" de Alan Moore
"Le chasseur de têtes"/"La femme de l'homme au piano"/"Pilgrim" de Timothy Findley
"La symphonie des spectres" de John Gardner
"Feu Pale" et "Ada ou l'ardeur" de Vladimir Nabokov
"Ripley Boggle" de Robert McLiam Wilson
"Ulysse" de James Joyce
"Acid Test" de Tom Wolfe
Bonsoir !
Je me suis laissé tenter par Sur la route de Kerouac il y a quelques jours, j'aime beaucoup cette écriture brute.
Ensuite je m'attaquerai sûrement à du Sylvain Tesson (en ce moment je suis épris de voyages et d'aventures). Quelqu'un l'a déjà lu ? De ce que j'ai pu voir sur internet, c'est du très bon.
Le 20 janvier 2020 à 19:49:26 DoomPatrol a écrit :
En postmodernisme il y a aussi Marisha Pessl avec "La physique des catastrophes" et"Intérieur Nuit".
"Jérusalem" de Alan Moore
"Le chasseur de têtes"/"La femme de l'homme au piano"/"Pilgrim" de Timothy Findley
"La symphonie des spectres" de John Gardner
"Feu Pale" et "Ada ou l'ardeur" de Vladimir Nabokov
"Ripley Boggle" de Robert McLiam Wilson
"Ulysse" de James Joyce
"Acid Test" de Tom Wolfe
Joyce est un pionnier, avec Woolf (entre autres), mais Cervantes aussi. C'est pour ça que je dis qu'il y a pas vraiment de mouvement en soi. C'est à la suite de périodes de crises à la limite de l'eschatologie que viennent les Post-quelquechose.
Le 20 janvier 2020 à 19:53:58 DropItNow a écrit :
Bonsoir !
Je me suis laissé tenter par Sur la route de Kerouac il y a quelques jours, j'aime beaucoup cette écriture brute.
Ensuite je m'attaquerai sûrement à du Sylvain Tesson (en ce moment je suis épris de voyages et d'aventures). Quelqu'un l'a déjà lu ? De ce que j'ai pu voir sur internet, c'est du très bon.
Honnêtement, Kerouac n'est pas le meilleur de la Beat Generation. Burroughs puis Brautigan sont au-dessus. Si tu cherches du langage cru, Salinger est souvent bien considéré (je n'aime pas du tout par contre), et surtout Pynchon (encore une fois, et j'en suis désolé mais ce mec me cloue au mur)
Le 20 janvier 2020 à 20:15:55 CharlesMarlow a écrit :
Le 20 janvier 2020 à 19:53:58 DropItNow a écrit :
Bonsoir !
Je me suis laissé tenter par Sur la route de Kerouac il y a quelques jours, j'aime beaucoup cette écriture brute.
Ensuite je m'attaquerai sûrement à du Sylvain Tesson (en ce moment je suis épris de voyages et d'aventures). Quelqu'un l'a déjà lu ? De ce que j'ai pu voir sur internet, c'est du très bon.Honnêtement, Kerouac n'est pas le meilleur de la Beat Generation. Burroughs puis Brautigan sont au-dessus. Si tu cherches du langage cru, Salinger est souvent bien considéré (je n'aime pas du tout par contre), et surtout Pynchon (encore une fois, et j'en suis désolé mais ce mec me cloue au mur)
Super merci bien ![]()
Le 20 janvier 2020 à 20:14:22 CharlesMarlow a écrit :
Le 20 janvier 2020 à 19:49:26 DoomPatrol a écrit :
En postmodernisme il y a aussi Marisha Pessl avec "La physique des catastrophes" et"Intérieur Nuit".
"Jérusalem" de Alan Moore
"Le chasseur de têtes"/"La femme de l'homme au piano"/"Pilgrim" de Timothy Findley
"La symphonie des spectres" de John Gardner
"Feu Pale" et "Ada ou l'ardeur" de Vladimir Nabokov
"Ripley Boggle" de Robert McLiam Wilson
"Ulysse" de James Joyce
"Acid Test" de Tom WolfeJoyce est un pionnier, avec Woolf (entre autres), mais Cervantes aussi. C'est pour ça que je dis qu'il y a pas vraiment de mouvement en soi. C'est à la suite de périodes de crises à la limite de l'eschatologie que viennent les Post-quelquechose.
On peut rajouter Faulkner dans un mélange de postmodernisme et de southern gothic. Tu peux développer l'idée que c'est suite à des "crises à la limite de l'eschatologique" que survient ce type de littérature parce que ca semble intéressant comme conception des choses ![]()
Le 20 janvier 2020 à 19:23:32 CharlesMarlow a écrit :
https://www.senscritique.com/Gepeoh
Je me suis permis de t'ajouter dans ma liste d'eclaireurs, j'aime beaucoup tes interventions ici.
Là je me fais les nouvelles fantastiques de Gauthier, j'adore
Le 20 janvier 2020 à 20:28:54 DoomPatroL a écrit :
Le 20 janvier 2020 à 20:14:22 CharlesMarlow a écrit :
Le 20 janvier 2020 à 19:49:26 DoomPatrol a écrit :
En postmodernisme il y a aussi Marisha Pessl avec "La physique des catastrophes" et"Intérieur Nuit".
"Jérusalem" de Alan Moore
"Le chasseur de têtes"/"La femme de l'homme au piano"/"Pilgrim" de Timothy Findley
"La symphonie des spectres" de John Gardner
"Feu Pale" et "Ada ou l'ardeur" de Vladimir Nabokov
"Ripley Boggle" de Robert McLiam Wilson
"Ulysse" de James Joyce
"Acid Test" de Tom WolfeJoyce est un pionnier, avec Woolf (entre autres), mais Cervantes aussi. C'est pour ça que je dis qu'il y a pas vraiment de mouvement en soi. C'est à la suite de périodes de crises à la limite de l'eschatologie que viennent les Post-quelquechose.
On peut rajouter Faulkner dans un mélange de postmodernisme et de southern gothic. Tu peux développer l'idée que c'est suite à des "crises à la limite de l'eschatologique" que survient ce type de littérature parce que ça semble intéressant comme conception des choses
Théorie à la con, un peu fatigué donc niveau syntaxe je suis pas sur. En résumé, je vois les choses comme ça. Au cours de l'Histoire, tout ce qu'on a considéré comme des fins du monde ont abouti à quelque chose de très grand, malgré les catastrophes vécues. La chute de l'empire Romain et la fin des raids barbares ont permis 1000 ans sans esclavage (je ne suis pas spécialement chrétien), la peur du Second Avènement a été suivie d'un développement social et territorial très fort autour de l'an Mil, d'une première vraie cohésion nationale, puis de l'essor d'une première Renaissance grâce à l'Averroïsme, à Saint-Thomas, etc. ; les invasions Arabes ont permis des transmissions de savoir par les lettres (Des grands poètes Arabes à Averroès) et la redécouverte de textes anciens, comme dit plus haut. Et le développement des grands textes d'Amour courtois.
Et c'est surtout après que ça devient intéressant. La Peste noire et la Guerre de cent ans a mis fin au Moyen-Age (la Peste a dépeuplé les villes, les gens se sont mis à retourner sur les terres en friche, mais les seigneurs ayant besoin de main d’œuvre, les serfs ont demandé à être payés : le servage a été aboli tranquillement), on a ensuite eu la Renaissance, Montaigne, Rabelais, Villon, etc.
Après la Guerre de Trente ans (première grande guerre civile européenne - même si plutôt limitée sur le territoire germanique - avant la Grande Guerre, où les gens pensaient que le diable était revenu sur terre), on a eu très vite, sous l'égide de Louis XIV qui a signé les traités de Westphalie sans y comprendre grand chose, Molière, Racine, La Fontaine, Poussin, etc. Un besoin de clinquant. Sauf qu'il était brillant, pas juste clinquant.
Dans les événements dont on a des souvenirs, des choses extrêmement avilissantes pour l'humain sont arrivées au début et au milieu du XXe siècle, et tout est devenu flou. La parenthèse enchantée de 1963-1969 a été accompagnée d'une négation de ce qui s'est passé lors de la Deuxième Guerre par exemple.
Or c'est toute la recherche de sens camusienne, becketienne, etc. C'est plus important que de tout nier en bloc. Plus intelligent aussi. Et si la solution, le seul échappatoire au désespoir, au suicide (voir "Le Mythe de Sisyphe" de Camus) est la révolte, le jeu (mot qu'utilise beaucoup Beckett dans son cycle romanesque), qu'on lance les dés. Le jeu, le hasard, c'est la seule chose juste qui reste, ad vitam æternam (on peut très bien vivre sans se poser ces questions, mais nier le caractère logique du IIIe Reich, c'est nier ce dont l'humain est capable : la Première Guerre mondiale, puis Musil, Morand, Giono, Woolf ; La Deuxième Guerre, puis Anouilh, Pynchon, Beckett, Ionesco, Nimier, Simon ; la décolonisation, puis la négritude : Césaire, Senghor, Glissant, Hamidou Kane...)
Et je ne parle que des écrivains positifs. Pessimistes, peut-être, mais pas négatifs. Pas des Drieu, des Montherlant, Céline, etc.
Bref. Si il y a une chose en dehors de la technique qui évolue à chaque fin du monde, ce n'est pas que l'humain, mais l'art. Celui de l'humain. La pensée. On procède par petits pas chassés entre chaque massacre, entre chaque rupture de civilisations (1969, 1989, 2001, 2015 en sont, mais on n'a pas encore forcément le recul pour le voir et surtout pour avoir les artistes que l'époque mérite).
Nom de Dieu, désolé pour le pavé indigeste. C'est sûrement très moche, je me relirai demain.
Bon et c'est forcément incomplet, avec des choses partiellement fausses.
PS : à noter qu'il n y a pas eu de conséquences littéraires de grande ampleur à la guerre du Vietnam, contrairement aux guerres de décolonisation Portugaises, par exemple (Llobo Antunes en premier lieu).
Parce que ces guerres n'avaient pas de logiques, elles partaient déjà d'un point de vue extérieur au foyer. On n'est déjà plus dans lUnheimlich, terme intraduisible mais qui peut se représenter comme une sorte de compas avec un stylo et un élastique, où les mouvements d'éloignement du centre (le stylo / le foyer ; le familier) créent un malaise suffisant pour que le retour soit nécessaire, mais violent.
Au cinéma, quand Coppola a voulu créer un film sur le Vietnam, il a adapté Conrad, lui aussi absolument dégoûté à son époque par ce qui se passait au Congo Belge sous le règne de Leopold II, où l'on croisait des compatriotes qui faisaient clairement n'importe quoi puisqu'ils ne se battaient pas pour une cause qui leur était chère.
PPS : je ne parle que de la France quasiment, mais le boom Latino n'est pas arrivé par hasard non plus par exemple. Les dictatures de l'America del Sur, et le fait que les grands écrivains de cette génération ait souvent subi l'exil, comme les Juifs de l'Est de l'Europe, n'est pas étrangère à un renouveau animique qu'ils creusaient avec joie et amour du jeu.
PPPS : Puisque j'en suis là, petite citation de Hamidou Kane, dans L'Aventure ambiguë (Sénégal, 1961) :
"— Notre monde est celui qui croit à la fin du monde. Qui l’espère et la craint tout à la fois. Voilà pourquoi, tantôt, j’ai éprouvé une grande joie lorsqu’il m’a semblé que vous étiez angoissé devant la fenêtre. Voilà, me disais-je, ils pressent la fin…
— Non, ce n’était pas de l’angoisse, à la vérité. Ça n’allait pas jusque-là…
— Alors, je vous souhaite du fond du cœur de retrouver le sens de l’angoisse devant le soleil qui meurt. Je le souhaite à l’Occident, ardemment. Quand le soleil meurt, aucune certitude scientifique ne doit empêcher qu’on le pleure, aucune évidence rationnelle, qu’on se demande s’il renaîtra. Vous vous mourez lentement sous le poids de l’évidence. Je vous souhaite cette angoisse. Comme une résurrection.
— À quoi naîtrions-nous ?
— À une vérité profonde. L’évidence est une qualité de surface. Votre science est le triomphe de l’évidence, une prolifération de la surface. Elle fait de vous les maîtres de l’extérieur mais en même temps elle vous y exile, de plus en plus."