voila poste le dernier chapitre vu que arkh peut pas le faire
Quand la légende prend place
Asgheir avait organisé un immense banquet hors des murs de la ville et tout le monde était invité. Un grand tournoi pour combattants confirmés avait également été prévu par notre nouveau souverain. En effet, mon ami le paladin m’avait offert la citoyenneté asgherienne. Moi, Toson, petit ninja de Scandinavie, considéré comme exilé dans ces terres instables, avait enfin une ville repère. Asgharia, ça sonnait pas mal du tout, et la plupart des gens avaient pas l’air de trouver ce nom trop mal ; ils n’arrêtaient pas de scander « Asgharia, Asgharia ! » en marchant tels des personnes ivres. Notre cher Asgheir restait, pour ne pas changer, super modeste et souriant, comme un bon chevalier connaissant le code d’honneur. Il est quand même cool, ce mec là ; il m’a pris sous son aile sans hésiter, me faisant ainsi confiance au premier regard. Les hommes sont cupides et cruels, et ne reculent devant rien ni personne pour obtenir leurs rêves éphémères et inutiles. Peu de mecs peuvent prétendre le contraire vis à vis d’eux-mêmes, et le dernier paladin fait plus ou moins partie de cette minorité ; la célébrité, il la veut peut-être, je ne saurais le dire, mais je sais surtout qu’il recherche surtout l’adrénaline et la fièvre du combat mortel. Les chiens de guerre… C’en est un. Ses yeux calmes et analystes deviennent fous et rageurs, du gris-vert au noir rougeâtre, haineux, impitoyables. Ces deux adjectifs qualifient parfaitement son tempérament sur le champ de bataille… impitoyable, c’est exactement ça.
Je ne le connais que de vue, finalement. Je l’observe dans chacun de ses mouvements fluides et réfléchi. Je ne veux pas le connaître plus, il risquerait de s’énerver d’un seul coup, comme d’habitude. Je suis sûr qu’une personne sur cette maudite terre le connaît bien ; sa vie, ses combats, ses pertes, tout ça…
Quoiqu’il en soit, le tournoi va bientôt commencer, et je n’ai pas très envie de me retrouver face à lui au premier combat. Nous sommes neuf à participer ; neuf chevaliers dont Asgheir, Huyvhar, Ika et moi faisons partie. Les autres sont les gros bras de notre armée, pour la plupart. Il reste tout de même un homme encapuchonné qui m’impressionne fort. Enfin, on verra bien. Le type qui s’occupe des inscriptions a soudainement soufflé comme un malade dans son grand cor, interrompant les festivités et faisant taire tout le monde. Il a attendu que les quelques cliquetis de couverts s’arrêtent et s’est levé difficilement. Il a regardé la foule d’un sourire réjouit et illuminé.
- Le tournoi organisé par Sire Asgheir… commença-t-il, attendant la fin des applaudissements et des hourras. Le tournoi peut maintenant commencer. J’appelle Sire Toson et Sire Bost !
Surpris, je m’avançai timidement sur la surface de combat sous les applaudissements frénétiques du peuple bienveillant. Sire Bost était immense, au mois trois têtes de plus que moi ! Quand je l’ai vu s’approcher pour me serrer la main en souriant, je n’ai pas pu m’empêcher de déglutir péniblement.
- Alors Toson ? Il paraît que t’es un jeune fortiche dans l’art du combat. Que le meilleur gagne ! finit-il en m’adressant un clin d’œil plus inquiétant qu’autre chose.
L’arbitre s’avança entre nous deux et proclama les quelques règles essentielles au bon déroulement du combat.
- Il est interdit de tuer ou de blesser mortellement son adversaire et d’utiliser des armes de jet. Si votre adversaire est inconscient, vous êtes proclamés vainqueur, de même que s’il ne s’est pas relevé après cinq secondes. Vous serez éliminé si vous sortez de la surface de combat.
Il sortit du terrain et frappa puissamment dans un grand gong.
- Bonne chance, me souffla Bost.
Il se rua sur moi si vite que je ne compris pas comment je m’étais retrouvé à terre. Je me relevai promptement, provoquant des soupirs de soulagements chez mes quelques supporters. J’eus à peine le temps de me retourner qu’il chargeait à nouveau tel un bélier. Je l’ai maladroitement esquivé en glissant vers la gauche, me suis retourné et lui ai assené un immense coup d’épée en plein sur le dos du crâne, ce qui l’a mis au tapis. Moi qui avais peur de l’avoir tué, je le vis se relever les yeux plein de rage en se massant à l’endroit où j’avais frappé. C’est dans ces moments là qu’on a envie de s’en aller en courant et en hurlant à l’aide.
- Toi ! Je vais te piétiner ! est-il parvenu à articuler dans sa furie écumante.
J’ai dégluti, appréhendant la minute qui allait suivre… Il s’est avancé vers moi en marchant et a essayé de me balancer un grand coup à la hanche, que j’ai eu le temps de voir venir assez tôt pour sauter en arrière. Il a ensuite couru sur moi à toute allure et m’a envoyé son poing en pleine figure, ce qui m’a fait visiter le système solaire avec toutes ses étoiles. Après ça, j’étais de nouveau à terre, une plaie sanglante juste en dessous de mon épaule droite. Furieux, je me suis relevé et l’ai chargé violemment, puis je lui ai assené un grand coup d’épée à la tempe, et là il s’est écroulé pour de bon. Après une longue minute, il s’est relevé en se plaignant d’un terrible mal de tête. Tout le monde s’est mis à rire et j’ai été proclamé vainqueur. Fier comme un paon, j’ai levé la main dans un grand sourire édenté. J’ai été me placer sur le bord du terrain pour me faire soigner à l’épaule, et Sire Bost m’a envoyé une grand claque amicale dans le dos, me coupant le souffle.
- Hé ben ! a-t-il beuglé, tu te bats bien pour un môme !
La seconde manche opposait Huyvhar à Sire Lifiad. Celui-ci n’avait pas l’air très costaud pour un chevalier, mais je suppose que moi non plus, je ne devais pas impressionner beaucoup de monde quand je me suis présenté.
Le combat ne dura pas plus de dix minutes ; Lifiad avait été assez impressionnant. Il avait commencé par mettre mon ami à terre en le balayant d’un coup aux jambes, lui avait neutralisé les deux bras puis s’était retourné en rangeant son épée. En riant, Huyvhar a levé ses deux bras dans un mouvement d’impuissance et est sorti de la surface de combat en marchant, accompagné de rires, qui n’étaient pas moqueurs.
Après une courte pause, le tournoi reprit de plus belle, avec un combat absolument magnifique ; Ika contre Sire Aziha, qui avait le teint cuivré des hommes de l’est. Il était armé d’un étrange sabre recourbé et étincelant. Un cimeterre, m’avait-il confié plus tard.
L’arbitre frappa pour ma troisième fois dans l’immense gong doré.
Les deux hommes s’étaient littéralement jetés l’un sur l’autre, montrant sauvagement les dents. Après quelques secondes, la première passe d’armes commençait déjà, impressionnant tout le monde. Dans un cri de rage, Ika repoussa son adversaire et lui planta son épée dans le ventre ; Sire Aziha, plutôt calme, avait reculé d’un pas puis bondi sur le soldat sofien dans un saut fort long. Après l’avoir plaqué au sol, il avait, fair-play, déposé son arme et avait utilisé ses grands poings massifs pour le frapper, haletant tel un chien qui transpire.
- Ce gars là sait se battre, me confia Sire Bost. Mais ton pote encaisse vachement bien aussi, c’est intéressant.
J’approuvai en silence, me demandant si Ika allait s’en sortir. Lorsqu’il parvint enfin à bloquer Sire Aziha, il lui agrippa la gorge, le souleva au dessus de lui à une main, puis rejoignit ses pieds jusqu’à la poitrine et assena un coup très spectaculaire dans le ventre du chevalier, l’envoyant valser hors de la surface de combat. Les deux hommes se broyèrent mutuellement le corps en s’étreignant, en proie à un grand fou rire. Sir Bost me regarda, un sourire en coin.
- A Sofia, on vous apprend pas mal de bottes secrètes, il me semble !
- Je ne viens pas de Sofia, ai-je ri. Je suis originaire de la Scandinavie, plus au nord, dans les pays froids.
- La Scandinavie, vraiment ? me demanda-t-il dans un regard en coin.
- Euh… oui, ai-je dit, soudain mal à l’aise.
Sire Bost partit dans un grand rire et me refrappa le dos avec son immense main.
- Prends pas cet air là ! ria-t-il. Et quoi, c’est comment là-bas ?
- Oh ! Ce pays froid est vraiment superbe ! Il y fait toujours glacial et nous avons un petit village au pied d’une grande forteresse maudite. En plus, on nous apprend la survie dès que possible, la première nuit en fait. On laisse les nouveaux nés seuls dehors pendant une nuit, et si l’enfant survit, on lui apprend à vivre et à se battre. Il paraît que je m’en suis bien sorti, ai-je fièrement ajouté.
Mais quand j’ai jeté un coup d’œil à Sire Bost pour voir sa réaction, il me fixait, les yeux ébahis et la bouche bée.
- Tu appelles ça un pays superbe ? parvint-il à dire.
- Euh, il y aussi la chasse et la maçonnerie. D’ailleurs, on devra reconstruire tout le village, Gyorn l’a brûlé il y a un petit temps.
- Gyorn ?
- Ouais, c’est le dragon local.
Je me rendis compte que j’avais dit ça comme si j’avais déclaré que je n’aimais pas la viande quand je vis le visage ébahi de mon interlocuteur.
- Le quatrième combat va débuter !
Je reportai mon attention sur la surface de combat, laissant Sire Bost assimiler tout ce que je lui avais dit.
- Il opposera Sire Asgheir à Sire Savialiro.
D’immenses hourras avaient explosé quand l’arbitre avait prononcé le nom du roi.
Après l’habituel grondement sonore de début de combat, Savialiro s’inclina devant son maître avant de parler assez fort pour être entendu de tous.
- Sire, c’est un honneur. Pardonnez moi, mais je crains de devoir vous éliminer.
Asgheir se contenta de lui sourire et de hocher légèrement la tête.
Sire Savialiro se rua sur le paladin dans un cri d’encouragement. Celui-ci sourit avec un peu plus d’insistance et leva lentement le bras à hauteur d’épaule et resserra sa main, rendant l’environnement flou et à l’arrêt. Il marcha vers son chevalier, chaque pas résonnant dans le silence, puis le fit tomber face contre terre. Après cinq secondes, le temps reprit son cours normal et Asgheir fût déclaré vainqueur. Il aida Sire Savialiro à se relever et lui dit : « Ne sous-estime jamais personne. »
Le chevalier le regarda puis hocha la tête et s’éloigna, aussi impressionné que tous ceux qui ne l’avaient pas encore vu à l’œuvre.
- En tout cas, notre roi, c’est pas une mauviette, ai-je dit en regardant Sire Bost encore plus assommé que quand je lui avais raconté la Scandinavie.
- Ca… c’est sur…
L’homme à la capuche noire était qualifié d’office, dommage… J’aurais bien aimé connaître son nom.
L’arbitre s’avança une fois encore et déclara que le banquet pouvait reprendre.
Ainsi, des dizaines de cuisiniers apportèrent viandes, légumes et autres mets tous aussi somptueux les uns que les autres. J’étais assis à côté de notre cher petit roi.
- Hé ben mon vieux, qu’est ce que tu lui as passé, à ce Savialiro !
- Oui, j’ai voulu impressionner les gens, a-t-il dit en riant.
- Tu sais qui est ce type à la capuche ? Il a pas l’air naze.
- Ouais, j’ai vu. Le prochain combat nous le dira et nous montrera s’il est aussi fort qu’il en a l’air. Si tu veux mon avis, ce mec là ne se bat qu’à la pointe d’une lame, si tu vois c’que j’veux dire.
- La magie ? Tu crois ?
- J’en sais rien, je dis ça comme ça. Si ça se trouve, c’est un débutant qui tient sa première arme.
- Ouais… J’ai même pas vu son visage, il me fout les boules avec son manteau sombre.
- Il est impressionnant, ça s’est sûr, dit-il en souriant.
- On sera bientôt fixé. En tout cas, j’ai pas envie de m’le taper comme adversaire.
Il se mit à rire et me regarda, l’œil amusé.
- Qui pourrait battre Toson, fils de Titoson ? lâcha-t-il pour plaisanter.
- Ca va écrase, dis-je d’un ton sans réplique. On va bien voir, le gros se lève, dis-je en désignant l’arbitre du menton.
Il marcha une fois de plus jusqu’au milieu de la surface de combat et sonna dans son grand cor, imposant le silence.
- Les demi-finales vont bientôt commencer.
Un lourd silence s’installa quand l’arbitre marqua une pause.
- Ce match opposera Sire Toson à Sire Gauvain.
Un grand « Oh ! » s’éleva de la foule. D’un regard instinctif, je fixai Asgheir droit dans les yeux, n’en croyant pas mes oreilles. Il n’avait pas l’air plus réceptif que moi mais parvint bêtement à parler.
- Gauvain… merde alors…