J'ai tâché d'espacer un peu le texte
Chapitre 19 : Nouvelle vie
Le coup partit tel un éclair et Rodan partit en arrière, cognant le sol dur de la salle de combat.
- Bordel, je crois que je vais me fâcher !
Le jeune homme se releva en prenant appui sur son coude et brandit son bâton pour attaquer son adversaire par le haut, mais son plan échoua lorsqu’une seconde frappe lui coupa le souffle. En effet, un poing serré était enfoncé dans son estomac. Il s’éloigna, haletant.
- Non, j’abandonne… T’es trop forte, je retourne en Stase.
La femme en face de lui esquissa un petit sourire. Elle était assez belle, du haut de sa vingtaine d’années, avec ses longs cheveux bruns et ses yeux verts en amande, semblables à ceux d’un félin. En fait, elle possédait tout d’un chat. Son corps, fin mais musclé, apparaissait d’une souplesse sans pareille. La jeune femme ne devait pas dépasser le mètre soixante. Elle était vêtue d’une tunique vert d’eau avec un soleil noir dessus, liée à sa taille par une corde de lin et allait pieds nus.
- Tu t’en vas déjà ? Dankaï ne sera pas content du tout.
Rodan leva les yeux au ciel.
- Qu’il aille se faire foutre. De toute façon, Balak m’aime bien, Dankaï ne pourra rien dire face à lui.
- Tu n’as pas tort… Bonne sieste, paresseux !
- C’est ça… On se revoit au repas.
Il quitta la salle après avoir jeté son arme de bois et se retrouva donc dans un long couloir entièrement blanc. L’endroit était désert. Rodan s’avança d’un pas lourd, les muscles endoloris par les chocs de son entrainement. Il savait qu’il n’aurait pas dû se mesurer à Marianne, elle parvenait à mettre au sol n’importe quel adversaire, peu importe sa taille. Le jeune homme continua sa route et parvint jusqu’à une porte noire, dont la couleur tranchait avec la pâleur du mur. Derrière les battants, il atteignit une petite pièce très peu meublée. Seul un fauteuil trônait au milieu de la salle totalement noire. Rodan s’y assit avec un soupir de soulagement et ferma les yeux. Des images de sa propre personne défilèrent dans son esprit, émises par l’endroit lui-même. Un garçon plutôt petit, aux cheveux blonds, quelque peu filasses, voire gras. Il portait un fin manteau à capuche de couleur orangée, ornée du même symbole que celui de Marianne. Il murmura :
- Stase 0-0-1, Transe 4-8.
Une voix féminine retentit tout autour de lui.
- Stase enclenchée, Knig numéro 4-8. Bonne visualisation…
Rodan ouvrit les paupières et les murs de jais se mirent à tourbillonner pour se transformer peu à peu. Des dizaines de paillettes colorées se mirent à voltiger autour de lui et une musique retentit en allant crescendo. Elle était composée d’un long solo de guitare électrique, qui se coupa soudainement. Un air plus doux au piano intervint, suivi par une voix masculine assez aiguë.
“Full the moon and midnight sky,
Trough the dark they ride
Warriors of forever will sacrifice the night…”
Les paroles continuaient ainsi, calmement, racontant l’histoire de preux chevaliers cherchant à survivre dans leur pays, autrefois magnifique, mais qui fut malheureusement attaqué par une nuée de cruels dragons. Ensuite,une batterie entra en jeu, accompagnée par le retour de la guitare électrique, la voix du chanteur se fit plus incisive encore pour entonner le refrain.
“In this land we’ve defended from all things dark and cruel,
Now, we’re defenseless, in a land where dragons rule !”
Rodan se sentait renaître. Il sentait tous ses maux disparaitre peu à peu, ainsi que ses soucis. Il restait assis, au milieu de ce maelstrom de couleur et de musique. Lorsque la basse se tut, un nouvel air de piano retentit, sans paroles, empli de pureté. Les particules en suspension dans les airs disparurent une à une.
- Suite de la transe 4-8. Veuillez patienter.
Une reproduction virtuelle de Rodan apparut en face de l’original, qui en toucha la poitrine d’un doigt.
- Stase, Origine.
Des dizaines de données aux reflets bleutés apparurent.
- Nom à l’arrivée, Brandon. Nom de Knig : Rodan. Age : dix-sept ans, date d’anniversaire : 16 juin. Date d’Officialisation : samedi 18 juillet.
La voix mécanique tenta de poursuivre son énumération, mais le jeune Knig la coupa.
- Stase, affiche l’ Officialisiation numéro 4-8, datant de trois semaines.
- Données corrompues. Fin de la Stase dans trois, deux, un…
La salle redevint entièrement noire, laissant Rodan seul avec lui-même, songeur. Il se leva et sortit pour partir dans la direction inverse de celle de la salle d’entrainement, pour atteindre une nouvelle porte, marquée du nombre 48, qu’il ouvrit à l’aide d’une petite clé dorée. Sa chambre. La pièce était peinte en bleu et seulement meublée d’un lit et d’une armoire. Le jeune homme vint s’asseoir sur sa couche après avoir fermé la porte. Il ne comprenait pas pourquoi sa Stase refusait de lui montrer son Officialisation de Knig. Car, selon la coutume, tous les nouveaux arrivants au Palais étaient “admis” à l’aide d’une cérémonie où l’ensemble de leurs souvenirs étaient effacés. Il ne se souvenait que d’une seule chose; un autre garçon qui avait plus ou moins le même âge que lui. Il lui avait beaucoup parlé, mais l’autre avait disparu après l’Officialisation. Le seul souvenir qu’il lui restait de ces conversations était cette musique qui lui servait de Transe, la préférée de son ancien confident. “Where Dragons Rule”. Après son admission en tant que Knig, il avait été conduit dans cette chambre, où il pouvait se reposer après chaque activité. Il s’était fait de nouveaux amis, dont Marianne, arrivée en même tant que lui.
Le jeune homme soupira et s’allongea un instant. Il espérait pouvoir dormir un peu avant le repas du soir.