Chapitre 23 : L’illusion
Marianne secoua la tête devant cette déclaration incongrue. Même le plus puissant des mages ne peut régir les lois que le monde a créé.
- Je peux comprendre ton incrédulité. En effet, j’ai moi-même cru à une farce lorsque le Maitre m’a demandé de localiser Lumpo et m’a révélé son but. Mais au fur et à mesure de mes recherches, j’ai compris que ce pouvoir existe bel et bien. Il se trouve dans ces ruines et j’ai l’intention de le récupérer.
- Likan, c’est matériellement impossible ! Personne ne peut…
- Si.
La voix grave qui s’était exprimée n’appartenait pas à Likan. Dans l’encoignure de la porte se tenait un être vêtu d’une sombre veste marquée d’une lune argentée, les poings enfoncés dans les poches de son manteau. Il se redressa, le visage toujours dans l’ombre, et fit un signe de tête au jeune homme blond.
- Il est vrai qu’à nos stades de connaissances, nous ignorons comment contrôler le temps et l’espace, mais as-tu pensé au fait que nos ancêtres nous sont supérieurs ? Regarde ce monde, l’état dans lequel il se trouve. Crois-tu que les peuplades de cette génération sont capables de bâtir des merveilles semblables à celles de leurs aïeux ? Contemple un instant les monuments antiques, et tu comprendras que l’espèce n’évolue pas, mais qu’elle régresse. Je doute que tu aies déjà vu le Palais de Xanta à Nando. Ses façades semblent être de la main des dieux eux-même.
- Reste en dehors de ça.
- Je ne vois pas pourquoi je le devrais, cher Likan. En effet, il faut instruire cette jeune femme avec d’autres préceptes que ceux des Knigs. Comme le disait le grand philosophe Matestred, les connaissances de deux peuples n’entrent en guerre que si elles ne quittent pas leur nation.
Sous le capuchon, un sourire carnassier se dessina.
- Retiens mon nom, Marianne. Je suis Red, Grand Prêtre du Culte de la Lune. Notre organisation évolue dans un but pacifique, contrairement à vous, les Knigs. Là où vous préparez d’ignobles combats entre les Districts, nous remettons leurs péchés aux criminels désireux de se racheter. Là où vous incitez à la haine, nous tissons un voile de paix. La mort est la manifestation du départ de l’âme. La vie en est la prison. Qu’entre la naissance et le décès prenne place l’Expiation !
- C’en est trop. Fuis si tu ne veux pas mourir !
Le Prêtre partit d’un rire moqueur.
- Je ne me bats jamais. La Lune nous apprend à vaincre par entremise et non par violence. Réglez-leur leur compte.
Sur ces dernières paroles, Red écarta les bras et trois créatures apparurent. L’homme au visage caché se retourna et fit mine de sortir.
De leur côté, les deux Knigs observaient les bêtes apparues avec retenue. En effet, elles n’inspiraient pas confiance. La première, un grand dragon rouge au ventre bleu laissait s’échapper de sa gueule entrouverte des flammèches brûlantes. Le second animal ressemblait à un grand oiseau jaune au plumage électrifié, son long bec pointu prêt à venir empaler l’un des deux alliés. Le dernier était sûrement le plus étrange. Il s’agissait d’une sorte d’énorme requin mauvâtre bipède. Ses pattes avant se terminaient par une seule longue griffe surplombant un aileron à l’allure tranchante.
Likan jura et donna un grand coup de pied au sol, faisant donc trembler la terre sous lui. Une véritable onde de choc se répandit dans la pièce, immobilisant les deux êtres ennemis se tenant au sol. L’oiseau, voyant ses congénères paralysés, se jeta tel une furie sur Likan en lui donnant de violents coups de bec. Le Knig bloqua le cartilage d’une main et écrasa la tête de l’animal au sol, lui fracassant le crâne. Les deux autres, changés en statues de chair, assistaient, impuissants, à la mort du monstre ailé. Marianne contempla, ébahie, la scène qui se déroulait sous ses yeux. Elle vit son allié claquer des doigts. Deux couteaux à la lame bleuâtre se matérialisèrent devant le blond, qui donna un coup sec du poignet dans les airs. Les deux armes partirent droit dans la poitrine des créatures, leur infligeant une blessure mortelle. Elle s’effondrèrent avant de s’évaporer sous forme de volutes de fumée. L’oiseau fit de même.
- Saloperies… jura Likan dans ses dents avant de se retourner vers sa compagne apeurée. Ce sont des Pokémon, nom donné aux Prêtres de la Lune à leurs invocations. Ceux-ci n’ont posé aucun problème, mais…
Un grand bruit résonna au dessus de leurs têtes. Les écrans qui affichaient les abysses s’éteignirent brusquement, avant de se rallumer en tremblotant. Sans un mot de plus, les deux Knigs se ruèrent dans l’auberge. Lorsqu’ils eurent remonté l’échelle et ouvert la trappe, ils furent bouches bées. Le toit de l’établissement avait disparu, tout comme celui de la maison voisine. Tout l’étage supérieur était parti en fumée.
- Rodan ! s’écria Marianne.
Le jeune homme était suspendu à une poutre par un bras. Les pans de son manteau flottaient dans les airs. Il se laissa tomber et atterrit avec souplesse sur un matelas qui avait valsé au rez-de-chaussée. Rodan épousseta ses vêtements et rejoignit ses semblables a pas de course, zigzaguant entre les décombres de l’auberge. Des corps reposaient au sol, probablement morts. Avec un haut-le-coeur, Marianne reconnut le cadavre du maitre des lieux sous un morceau de plafond.
- J’ai pu entendre tout ce que vous disiez. J’avais placé un émetteur sur ta cape au cas où.
Marianne fronça les sourcils.
- Tu aurais pu me prévenir. Et je suppose que tu as fais semblant d’être fatigué tout à l’heure ?
Son ami ne répondit pas et désigna la staue, désormais bien visible sans la façade.
- Red s’est échappé par là. Un groupe de mecs dans son style sont arrivés et ont tous commencé à murmurer des mots dans une langue étrange. Une grosse forme est sortie de l’eau et a créché un énorme jet d’eau sur les maisons. J’ai entendu des cris, puis le sol s’est dérobé sous mes pieds alors que je regardais par la fenêtre.
- Une… forme ? répéta Likan.
- Ouais. Un gros truc bleu avec des rainures rouges sur le corps.
- C’est… impossible… Kyogre, le monstre des Mers Eternelles…
Le Knig fouilla dans une de ses poches et en sortit un petit objet rond et luisant.
- Snake, Marth, on a un très gros problème. J’ai besoin de vous au port de Makoa, sur-le-champs. La Bête Bleue est réveillée.