J'y suis parvenu ! La connexion est de retour pour de bon !
Chapitre 22 : Likan
Les deux jeunes Knigs s’éloignèrent aussi vite que l’essoufflement de Rodan lui permettait. Apparemment, sa technique l’avait vidé de toute force. Il marchait, hébété, s’accrochant de temps à autre à Marianne. Ils avancèrent donc dans Makoa à ce rythme lent, jusqu’à ce que la jeune fille s’exclame :
- Regarde, c’est le port !
Effectivement, un rai de lumière lunaire éclairait une plaque de métal rouillé sur la paroi d’une maison qui indiquait “Makoa Portuaire”. Devant eux se trouvait une étendue d’eau parfaitement ronde, délimitée par la muraille de la ville. Le tout devait mesurer un bon demi-kilomètre. Au centre de ce bras de mer artificiel s’affichait l’énorme statue aperçue par Rodan plus tôt dans la journée. L’idole était sûrement grande d’une centaine de mètres, aussi, le visage de l’homme de pierre était à peine visible sous la masse de nuages nocturnes. Les traits de la sculpture semblaient durs. Le personnage représenté devait avoir une trentaine d’années. Autour du socle, des dizaines de bateaux étaient amarrés.
Sur la terre ferme, des caisses s’entassaient, probablement emplies de diverses marchandises à transporter.
Marianne raffermit sa prise autour des épaules de Rodan afin qu’il ne chute pas et observa les différentes enseignes des auberges portuaires. Soudain, elle poussa un petit cri de joie et soutint Rodan jusqu’à l’établissement nommé “Auberge du Vent Marin”. Elle regarda par la fenêtre éclairée et aperçut un intérieur assez bien meublé, ainsi que quelques tables où mangeaient des clients. Elle poussa la porte, faisant tinter une clochette. Le bruit réveilla son compagnon, qui se redressa légèrement. Les murs étaient peints en bleu, ornés de motifs de voiliers. Etaient aussi accrochés là des tableaux représentant des paysages d’océans déchainés. Dans un coin sombre, un vieillard buvait sa bière, visiblement éméché.
Rodan alla s’asseoir à une table où il posa sa tête fatiguée. Marianne fit quelques pas sur le plancher grinçant en direction du comptoir derrière lequel un homme bedonnant essuyait nonchalamment une chope. A ses côtés, une radio émettait un air de musique grésillant. Le tenancier était barbu et ses petits yeux sombres exprimaient une profonde lassitude.
- Vous désirez… ?
- Je cherche Likan. Il réside ici pour le moment.
A cet instant, l’aubergiste se redressa en apercevant l’insigne sur la poitrine de son interlocutrice.
- Je m’excuse mademoiselle. J’ignorais que vous étiez une Knig. Désirez-vous une chambre ?
- Deux. Conduisez mon ami dans la sienne et faites couler un bon bain chaud pour lui. Désignez-moi l’endroit où se trouve Likan.
Il hocha la tête et appela une petite femme rondelette, puis lui chuchota quelques mots à l’oreille. Elle lui répondit et s’éloigna pour aller aider Rodan qui peinait à rester éveillé et l’emmener à l’étage en gravissant les marches d’un escalier. L’aubergiste fit un signe de main à Marianne et lui intima de le suivre dans une trappe située derrière le comptoir.
Elle ouvrit la petite porte et descendit à une petite échelle encastrée dans le sol.
- Il est en bas. Franchissez la première porte que vous trouverez et il sera là. Je me charge de vous préparer un repas pour votre retour.
- Merci. A tout à l’heure.
Marianne atteignit un petit couloir entièrement blanc. Elle avança dans l’endroit qui semblait éclairé par les murs eux-mêmes, pour finalement atteindre une porte noire, ornée du soleil traditionnel des Knigs. Elle frappa et le bruit sourd de ses chocs contre la paroi retentit en écho. Au bout d’une dizaine de secondes, le battant s’ouvrit et une voix résonna dans la pièce.
- Je suppose que le Maitre vient récupérer ses informations.
- Euh… Oui, je suis Marianne, une Knig novice.
Quand sa phrase fut terminée, la jeune fille s’avança et découvrit la salle réservée à Likan. Elle ressemblait à une pièce de Stase, mais les murs étaient remplis d’écrans en tous genres.
Au centre des lieux trônait un fauteuil où était assis un homme d’une vingtaine d’années. Il portait de longs cheveux blonds et des vêtements amples, typiques des Knigs. Ses grands yeux verts en amande rayonnaient dans son visage basané. Marianne se sentit soudainement insignifiante en face de ce beau garçon. Ce dernier se leva et s’approcha de sa congénère.
- Bienvenue, Marianne. Tu n’es pas venue toute seule, je sens l’aura d’un autre Knig, où est-il ?
- Il se repose. Nous nous sommes faits agresser par une bande de jeunes délinquants et il les a tués à l’aide d’une technique un peu trop puissante pour lui.
- J’ai pu sentir ça. Il a employé le Hurlement de la Vague Noire, qui est normalement réservée aux combattants de haut niveau. Mais enfin… Je vais te montrer ce que j’ai trouvé sur les Ruines de Lumpo.
Le jeune homme repartit vers ses écrans et claqua des doigts. Tous s’allumèrent en même temps et affichèrent un paysage sous-marin. Le sol sablonneux reflétait des vaguelettes multicolores, côtoyant de véritables champs d’algues aux couleurs chatoyantes.
- Je ne crois pas que tu saches exactement ce que sont ces vestiges. Lumpo était une civilisation riche et prospère autrefois, mais une… bavure l’a faite sombrer.
- Une bavure ?
Likan secoua la tête.
- Un combat imprévu avec des Knigs Renégats il y a environ trois mille ans. Le Maître de l’époque a donné un grand coup d’épée dans les airs, et une tranche d’énergie pure est venue frapper la côte, sectionnant par la même occasion le sol sous Lumpo, qui, privée de tout lien avec la terre ferme, s’enfonça dans l’océan. Mais revenons-en à nos moutons. On m’a chargé de retrouver ces ruines car la légende raconte que quelque chose de fantastique repose dans le château englouti qui servait de citadelle aux Lumposias des temps anciens.
- Et quelle est cette chose ?
Le plus âgé prit la peine de se taire un instant afin de ménager son suspens avant de répondre.
- On raconte, dit-il, que Lumpo renferme en ses murs le secret de la connaissance suprême, qui permettrait à quiconque la possède de modifier les lois du temps et de l’espace à sa guise.