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Assassin's Creed Origins
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Sujet : [FIC] Cent Ans

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Darth_Golgoth
Darth_Golgoth
MP
04 août 2017 à 22:15:35

:up: Jadas [[sticker:p/1ljj]] !!!!

Hayato-San
Hayato-San
MP
06 août 2017 à 22:55:48

Elle est ptet en vacances, sans ordi et sans internet [[sticker:p/1kkl]] pendant que nous on s'arrache les cheveux de pas voir la suite [[sticker:p/1jng]]

Darth_Golgoth
Darth_Golgoth
MP
06 août 2017 à 23:02:29

Peut-être... [[sticker:p/1jnf]]

Jadas
Jadas
MP
07 août 2017 à 15:22:00

Toujours vivante, rassurez vous :hap:

Bienvenue ici Taym, même si t'es autant à la bourre que moi. D'ailleurs, le chap devrait arriver cette semaine

Haya, This is War dans le générique, j'ai pas trop compris non plus sur le coup :hap:

Hayato-San
Hayato-San
MP
10 août 2017 à 03:35:05

Toujours vivante c'est bien beau, mais les chapitres se postent pas tous seuls :hap:

Sache que si jamais tu n'es pas disposée à les poster (vacances, peu d'internet, pas d'ordi, etc) je veux bien le faire à ta place histoire d'éviter la stagnation :oui:

Jadas
Jadas
MP
10 août 2017 à 13:51:33

Non t'inquiète pas, je vais le faire. C'est sympa de te proposer, mais c'est sacrément chiant tu sais :hap:

Jadas
Jadas
MP
12 août 2017 à 18:09:24

                                                                • CHAPITRE 17 •
 
 

« Rencontre plutôt marquante », reconnut Alix.

Ils étaient tous assis autour d’une grande table, située au milieu de la pièce principale de la maison. Alix et Gautier avaient eu l’occasion de faire plus ample connaissance avec Hugues, qui était un grand gaillard à la barbe grisonnante, malgré son âge pas si avancé que cela. C’était un ancien mercenaire - ce qui avait de suite plu à Gautier - qui avait amassé suffisamment de richesses pour se permettre de s’éloigner du milieu, et ainsi s’occuper de la prunelle de ses yeux : son jeune fils, Robin. Le regard curieux qu’il portait sur les deux inconnus du jour, Alix et Gautier, amusait ce dernier.
Venant d’un adulte, ce regard aurait eu tendance à exaspérer Gautier, mais contre toute attente, il n’avait aucune animosité envers les enfants, et les appréciait même.

Après les généralités habituelles, la conversation avait vite dérivé vers la rencontre entre Hugues et Loup. Comme venait de le remarquer Alix, ce fut un événement considérablement marquant Une question de vie ou de mort, littéralement.
De fait, quelques années auparavant, le Maître Assassin - qui ne l’était pas encore à l’époque - sauva tout bonnement Robin de la noyade. Le comment du pourquoi n’avait pas de réel intérêt ; Loup avait préservé la vie de cet enfant - et certainement, sans le savoir, celle de son paternel - et c’était là tout ce qu’il y avait à savoir.
Cette histoire véridique renforça la sympathie - non feinte - que Gautier éprouvait envers son supérieur hiérarchique, mais aussi ami, même s’il était le premier à s’en étonner.

Au bout d’une heure, le garçonnet, visiblement fatigué mais content d’avoir rencontré de nouvelles personnes, partit se coucher sous les au-revoir chaleureux de la petite assemblée.
Quelques temps plus tard encore, à une heure plutôt avancée de la nuit, Gautier se rendit compte qu’il passait un bon moment.
Un bon moment, oui, alors qu’un de ses ennemis, ou plutôt l’Ennemi, représenté par l’Ordre entier, régnait en ville. Il se trouvait dans une cité remplie d’Hommes contre qui il devait se battre, qu’il devait tuer, et pourtant, il avait l’impression que rien de tout cela n’existait. Plus de Templiers, plus d’opposants, et surtout plus de Cruel, plus de cible.
Cette pensée lui fit du bien. Parfois, se soustraire quelques instants à la dure réalité est le meilleur moyen d’y revenir avec tout le courage nécessaire.

« L’on devrait peut-être aller dormir, proposa Loup dans un bâillement. Demain, ou plutôt aujourd’hui, risque d’être une longue journée.
- Je n’aurais pas dit mieux ! »Alix se leva tout en finissant sa phrase, puis tout le groupe fit de même.
« Nous avons la chance d’avoir une maison assez spacieuse, fit Hugues de sa voix grave, mais étonnamment douce, aussi. Deux chambres vous attendent à l’étage, répartissez-les vous comme bon vous semble. »

Loup posa une main sur l’épaule de son ami, et acquiesça avec reconnaissance.

« Merci pour ce que tu fais. Nous serons vite partis, les Templiers ne se douteront de rien.
- Je te fais confiance », répondit le grand costaud.

Gautier espérait vraiment que Loup savait ce qu’il disait. Même s’il ne les appréciait pas du tout, le jeune homme reconnaissait toutefois la grande coriacité dont les Templiers pouvaient faire preuve. S’ils venaient à apprendre leur présence ici, c’en était fini de Robin et Hugues. Eux, Assassins, pourraient toujours s’enfuir, mais la petite famille avait sa vie ici, à Troyes. Ce ne serait pas si simple pour eux deux.
Mais heureusement, tout se déroulerait comme prévu, et les trois Assassins accompliraient leur mission, puis repartiraient ensuite sans causer de tort à qui que ce soit, Templiers mis à part.
Gautier aurait bien prié Dieu pour appuyer ses espérances... Mais il ne croyait pas en Lui.
Alors il se contenta d’espérer seul, et se rendit compte qu’il ne pensait plus comme avant. Maintenant, il avait tendance à se soucier du sort des autres - ou du moins, de certaines personnes -, chose, qu’en tant que grand égoïste à présent révolu, il ne faisait pas avant de réellement entrer dans la Confrérie.
Cette dernière commençait à le changer subtilement, petit à petit, mais il aimait cela.
Peut-être, un jour, pourrait-il devenir quelqu’un de bien ?

Seul l’avenir détenait la réponse...

 

 
                                                                      ***
 
 

« Tu as vraiment envie de le tuer, pas vrai ? », demanda t-elle.

Oh, non, j’ai envie de le câliner et de bâtir une cathédrale en son honneur. Bien sûr que Gautier en avait envie, c’était une évidence, non ? Alors pourquoi Alix s’entêtait à lui poser la question ?

« Cruel le mérite, répondit simplement Gautier.
- Nous le méritons tous, pour une raison ou une autre.
- Il le mérite encore plus. »

La jeune femme soupira, comprenant certainement qu’elle n’aurait pas le dernier mot cette fois-ci.

« Tu le veux aussi, je le sais, renchérit Gautier.
- Non, laissons le passé au passé.
- Ce sont les mots de Loup, pas les tiens ! », s’agaça l’Assassin.

En effet, sur la route menant à Troyes, Gautier et Loup n’avaient cessé de se quereller. L’un avançait qu’il fallait à tout prix assassiner le Templier, tandis que l’autre n’arrêtait pas de répliquer qu’il fallait agir en conséquences, et, comme venait de le répéter Alix, qu’il était primordial de laisser le passé au passé et de ne pas en tenir compte.

« Soit ; il n’empêche que je les pense tout autant que lui.
- Tu te mens à toi-même.
- Je préfère me mentir plutôt que de mettre la Confrérie en danger à cause d’une vengeance minable », conclut sèchement la guerrière.

Gautier souffla, puis prit en considération les mots de la jeune femme. Il l’attira ensuite contre lui dans le lit confortable sur lequel il venait de s’allonger, et affirma : « Je ne bafouerai pas l’un de nos trois préceptes. »

 

 
                                                                      ***
 
 

« Et n’oubliez pas, si la situation dégénère, ne revenez pas ici avant d’être absolument certains d’avoir semé tous vos poursuivants. Je ne veux pas qu’il arrive malheur à Hugues et Robin, répéta Loup pour la troisième fois.
- On a compris, c’est bon, grommela Gautier.
- Hm hm. Tiens, en parlant de compréhension, j’espère que tu as bien enregistré que tu ne devais PAS tuer qui que ce soit sans mon consentement ?
- Donc, je suis un Assassin... qui ne peut pas tuer. Utile, ironisa t-il.
- Ne te mets pas dans une position nécessitant la mort d’autrui, voilà tout ! répondit Loup, visiblement exaspéré.
- Et pourquoi je suis le seul à être mis en garde, hein ? Tu pourrais tout faire foirer aussi !
- Mais je suis assez objectif pour ne pas le faire, ce qui n’est pas ton cas.
- Un - zéro..., fit Alix.
- Vous deux alors, je... Argh ! » Gautier n’eut pas envie d’en dire plus et sortit simplement de la maison, passablement énervé.

Loup et Alix avaient sûrement raison, mais Gautier aimait avoir le dernier mot. Seulement, là, il ne l’avait pas eu.
Quoi qu’il en soit, il était déterminé à leur montrer qu’il était tout à fait capable de faire passer sa petite vengeance après le bon déroulement de la mission. Il prendrait les précautions nécessaires, ne mettrait personne en danger et apprendrait des informations capitales.
Pour ce faire, il n’avait qu’à appliquer ce qu’il avait appris ces dernières années ; facile, non ?

Non, pas vraiment. Mais il allait bien devoir faire avec.

Jadas
Jadas
MP
12 août 2017 à 18:12:03

Il partit donc seul (il avait dû lutter un bon moment pour convaincre Loup de séparer le groupe en trois.), seulement armé de sa lame secrète, à la recherche d’éléments susceptibles de l’informer sur sa cible, mais pas que.
Comme le lui avait conseillé - pour ne pas dire ordonné - le Maître-Assassin, Gautier se mit en route vers l’église Saint-Urbain. Lui ne connaissait pas du tout la ville, mais les églises, généralement plus hautes que tout le reste, jouaient bien leur rôle de repère. Enfin, fallait-il encore trouver la bonne.

Gautier porta son regard vers le ciel et discerna la partie supérieure du lieu sacré, où s’élevait une croix grecque, reconnaissable par ses quatre branches égales et, en dessous, deux petites ‘’tours’’. De loin l’on pouvait croire que la croix se confondait avec le ciel azur venu enjoliver la fin de la matinée. C’était le bâtiment le plus proche, comme le lui avait indiqué Loup. Au moins, il avait facilement repéré son objectif ; il devait maintenant réussir à l’atteindre. Chose simple d’apparence, mais tout de suite plus complexe lorsqu’il se rendit compte que, plus il avançait, plus la foule se faisait oppressante.
Néanmoins, ses mouvements fluides facilitaient sa traversée, tout comme sa tenue neutre, qui se confondait parfaitement avec celles des habitants. Montre-toi mais reste invisible. Mêle-toi à la foule et ne fais plus qu'un avec elle. Sur ce coup-là, il s’en sortait plutôt bien.
De temps à autre, il faisait mine de s’intéresser aux différents étals bordant le chemin, puis reprenait aussitôt son avancée.

Alors qu’il ne lui restait plus qu’une centaine de mètres avant d’atteindre le parvis de l’église qui se profilait devant lui, Gautier aperçut deux hommes en armes au milieu de tout ce capharnaüm mêlant marchands et habitants. C’étaient sûrement de simples gardes.
Enfin, dans une autre ville. Mais ici, à Troyes, ce ne pouvait être que des Templiers, Gautier en était convaincu.
Ainsi, décida t-il de les rejoindre pour les suivre à distance respectable.

Les deux hommes finirent par sortir du bloc humain compact et s’engouffrèrent dans une rue plus calme, sur la gauche. Cela éloignait Gautier de l’église, mais elle pouvait bien attendre quelques minutes.
Il les fila donc, veillant bien sûr à ne pas se faire repérer. Pour ce faire, il bénéficiait de groupes restreints de citadins, de part et d’autre du chemin pavé. Il se mêla discrètement à eux lorsqu’il en eut besoin, puis, lorsque les supposés Templiers tournèrent à droite, il prit soin de s’arrêter avant l’intersection et se cala contre un mur, adoptant une attitude décontractée. Il jeta un coup d’œil de l’autre côté du mur et s’aperçut que les deux hommes venaient de s’arrêter. Il tendit l’oreille, mais ne réussit à saisir que des bribes de phrases insignifiantes. Il était trop loin, mais s’approcher davantage était risqué ; la rue dans laquelle ils se trouvaient était bien trop déserte pour s’y aventurer sans se faire prendre.

Heureusement, en tant qu’Assassin, Gautier avait toujours une autre carte à jouer : les toits.
Il aurait d’ailleurs pu y penser avant.
Avant d’entamer son ascension, il vérifia que personne ne faisait attention à lui, puis s’accrocha aux multiples prises que lui offrait la maison en pierre - chose plutôt rare ici, le bois étant plus répandu. En une fraction de secondes, il se hissa agilement au sommet et, une fois les deux pieds sur le toit en tuiles, s’accroupit. Gautier progressa lentement en silence pour venir se positionner quasiment au dessus des hommes armés. Il fut déçu de s’apercevoir qu’ils ne faisaient qu’échanger de simples banalités, mais attendit tout de même.

Il les suivit par voie aérienne lorsqu’ils repartirent et se déplaça facilement de toits en toits pendant une bonne dizaine de minutes. Les choses se compliquèrent lorsque les deux hommes commencèrent à emprunter des chemins de plus en plus complexes, dans le sens où les tournants se faisaient plus nombreux.
De ce fait, Gautier dut discrètement redescendre de son perchoir.

Il reprit sa traque de façon plus classique, prenant garde à ne jamais être dans leur champ de vision de sorte que, même si elles se retournaient, ses proies ne le verraient pas.
Toutefois, un sentiment nouveau le gênait. Gautier avait l’impression d’être suivi ; comme si une ombre omniprésente, mais pourtant invisible, était tapie derrière lui, froide et menaçante. Il regarda de nombreuses fois par-dessus son épaule, dans l’espoir d’apercevoir l’objet de son inquiétude, en vain.
Peu à peu, son esprit dévia vers son prétendu poursuivant, si bien que, sans s’en rendre compte tout de suite, il perdit les Templiers de vue.

Il les chercha quelques instants mais ne trouva rien. Agacé, il rebroussa chemin, contraint de se rendre à l’église. L’Assassin se mit à marcher d’un pas actif, lorsqu’il crut reconnaître une silhouette au détour d’une rue. Il s’approcha rapidement de l’homme et le plaqua contre un mur.

« Mais qu’est-ce que tu fiches, bon sang ?! », siffla Gautier, agacé.

Loup se défit de l’emprise du jeune homme, un petit sourire sur les lèvres.

« Et il est content en plus ! maugréa Gautier à voix basse. Tu te rends compte que tu viens de gâcher une de mes pistes ?
- Je voulais juste voir si tu t’en sortais bien, et je suis plutôt satisfait, rétorqua Loup, pas le moins du monde désolé.
- Génial, ton manque de confiance vient de me faire perdre deux Templiers, bravo monsieur le Maître-Assassin !
- On va dénicher une meilleure piste, ne t’en fais pas. Allez, direction l’église la plus proche, c’est un bon début. »

Loup asséna une tape sur l’épaule de Gautier et, sans lui laisser le temps de répondre, repartit gambader dans les rues, tantôt bordées de maisons à pans de bois, façades zébrées égayant les quartiers de leurs teintes douces ; tantôt de maisons et d’échoppes diverses en pierre.
N’ayant pas vraiment le choix, le jeune homme suivit l’Assassin tout en marmonnant dans sa barbe. Il allait bien falloir que Loup lui accorde sa totale confiance un jour. Certes, cela ne devait pas être facile de faire confiance à quelqu’un comme lui, mais Gautier commençait à en avoir assez.

Les deux confrères finirent par arriver sur le parvis du monument, où quelques âmes étaient rassemblées, profitant de la météo radieuse.

Le regard de Gautier embrassa la façade sud-ouest, dotée de la porte principale. Gautier n’était pas croyant - du moins n’avait-il pas foi en Dieu, mais plutôt en une force supérieure, indéfinie et indéfinissable -, mais il devait bien avouer que certaines églises étaient magnifiques. Celle-ci en faisait partie.
La symbolique que représentait le bâtiment lui importait peu, Gautier admirait simplement la réalisation de l’ouvrage.

Il s’approcha de la grande porte en bois, ornée de trois barres horizontales en fer séparées par distances égales, et observa le tympan situé au-dessus. Ce dernier, admirablement sculpté dans la pierre, représentait une partie du Jugement Dernier. Le Christ en majesté, plus imposant que les autres, dominait les douze apôtres. Plus bas, l’on pouvait, entre autre, voir les damnés jetés dans la gueule du terrible Léviathan.
Enfin, en dessous du tympan se tenait le linteau représentant la Résurrection des morts, séparé en deux sculptures.

Gautier détacha son regard de la façade, avant de pénétrer dans l’église, où priaient tranquillement quelques fidèles.
Loup, qui le suivait jusqu’à présent, se dirigea vers les bas-côtés du lieu saint, tandis que Gautier entra dans la nef bordée d’immenses piliers à colonnettes. Il leva les yeux au plafond et se prit d’admiration pour les croisées d’ogives, arcs brisés et autres bijoux d’architecture.
Il reporta son;regard devant lui et, en approchant, fut ébloui par les énormes vitraux de l’abside qui se présentaient à lui, dans la partie haute au dessus du chœur.
Les ouvrages aux couleurs éclatantes multiples - rouge, bleu, vert, jaune... - représentaient la Crucifixion du Christ, sur un fond bleuté. De part et d’autre se dressaient respectivement à gauche, la Vierge Marie - enfin, vierge, tout dépendait à qui l’on demandait - et, à droite, probablement Sainte Marie de Magdala, encore appelée Marie Madeleine.

Gautier, après quelques minutes de contemplation, détourna le regard afin de se concentrer sur sa mission. Il se balada, attentif, dans le transept - partie coupant à angle droit la nef principale, donnant ainsi à l’église sa forme singulière de croix latine. Il rejoignit ensuite Loup, toujours en train de ratisser l’un des bas-côtés. Le Maître-Assassin, d’un geste subtil, lui montra deux Templiers adossés contre un pilier, bientôt rejoints par un autre. Les deux Assassins allèrent s’asseoir sur le banc en bois le plus proche d’eux, au sein de la nef.

Gautier tendit l’oreille, tout comme Loup, et se réjouit de constater qu’il discernait parfaitement les paroles de chacun des hommes.

« Changement de plan », fit le troisième après s’être assuré que personne n’écoutait la conversation.

Ce qui était bien évidemment faux.

« Cruel a reçu une missive du Grand Maître, un petit groupe va devoir quitter la ville cette nuit.
- Pour aller où ? demanda l’un des deux autres d’une voix intriguée.
- Je ne sais pas, personne n’a voulu m’en dire plus. »

Il fit une pause, avant de murmurer encore plus bas, mais toujours de manière perceptible : « Rendez-vous Porte de la Tannerie, aux alentours de minuit. » Il repartit aussi vite qu’il était venu.

« On le suit ? s’enquit Gautier auprès de Loup.
- Non. (Il secoua doucement la tête.) Il ne nous apprendra rien que nous ne sachions pas déjà. »

Il n’avait pas tort.

« D’accord. J’imagine que nous allons les suivre cette nuit ?
- Évidemment. Sortons, maintenant. »

Loup se releva en s’appuyant sur l’épaule de Gautier, qui se remit ensuite debout. Il jeta un dernier regard à la magistrale verrière devant lui, puis sortit de l’église.

Jadas
Jadas
MP
12 août 2017 à 18:20:13

"Ah vous pensiez sincèrement que la fic tiendrait jusqu'au prochain Assassin's Creed ?"

Petit extrait d'un post (les fautes en moins) de Jordan, aka Hiru, datant de septembre 2016. Mon coco, si tu passes par là, tu as ta réponse :hap:

Message édité le 12 août 2017 à 18:20:25 par Jadas
Jadas
Jadas
MP
12 août 2017 à 21:04:51

                                                              • CHAPITRE 18 •
 
 

En premier lieu, l’homme de Dieu feignit l’ignorance, clamant l’authenticité du Suaire de Turin. Gautier ricana intérieurement ; le pauvre prêtre n’avait pas idée du pétrin dans lequel il se mettait en mentant éhontément à Loup.
Ce dernier, loin d’être crédule, planta son regard hypnotisant dans celui du prêtre.
« Écoutez-moi bien, vieil homme. Cet artefact, comme tous les autres, nous revient de droit. Par ailleurs, si vous pensez réussir à me berner avec vos mensonges, c’est peine perdue ; je connais mieux ces précieux objets que vous ne connaissez la Bible ! »
Le religieux, vexé, se renfrogna, puis jeta un regard circulaire sur les chanoines, qui ne pipaient mot. Face au silence de ce petit monde, Loup s’agaça : « Sachez que, même si nous vous avons sauvés des griffes des Templiers, nous pouvons toujours vous tuer. Jusqu’au dernier. »
Les disciples se lancèrent quelques regards affolés, preuve que le stratagème du Maître-Assassin avait fait mouche. En effet, Gautier savait que Loup ne mettrait pas sa menace à exécution, ce n’était que de l’intimidation.

Du moins le pensait-il.

Le prêtre fit taire la rumeur qui commençait à s’élever parmi les chanoines, puis annonça dans un soupir résigné : « Très bien, très bien. Nul besoin de nous menacer, monseigneur.
- Garde-toi de me nommer ainsi, rétorqua Loup en levant les yeux au ciel. Je n’ai rien d’un ‘’monseigneur’’. »

Gautier trépignait d’impatience. Curieusement, il était soudain pris d’une envie d’en savoir plus sur cet artefact, ainsi que tous les autres d’ailleurs. Cet intérêt nouveau le déstabilisait d’ailleurs quelque peu. Diantre ! depuis quand s’intéressait-il donc à autre chose qu’au combat et aux femmes ?

« Suivez-moi. »

Il ne fallait pas le dire deux fois aux Assassins, qui emboîtèrent immédiatement le pas du prêtre. Pour dire vrai, ils n’allèrent pas bien loin. De fait, le vrai Suaire se trouvait aussi dans la chapelle collégiale.
L’homme les guida vers l’un des bas-côtés, avant d’actionner un mécanisme diablement discret disposé sur le mur. Une des pierres bougea dans un petit bruit caractéristique, découvrant ainsi un petit coffret boisé semblable à celui de la fausse relique, que le Maître-Assassin venait de rendre au prêtre. Loup s’en empara encore plus délicatement qu’il ne l’aurait fait avec un nourrisson, puis acquiesça en ouvrant la boîte. Gautier crut voir une mince lueur dorée en sortir, comme si le tissu brillait, mais c’était sans doute son imagination.

« Voilà qui est mieux. Vous voyez bien, mon père, qu’il ne servait à rien de me mentir », commenta Loup, satisfait.

Ce dernier bougonna, avant de répondre dans un soupir las : « Sans votre intervention, nous serions probablement tous morts, c’est pour cela que j’accepte de vous céder cette merveille. »

La menace de Loup n’avait certainement rien arrangé non plus ; le prêtre semblait avoir eu une peur bleue. Échapper de peu à la mort pour se faire trucider quelques minutes plus tard, ç’aurait été dommage.

Quoi qu’il en soit, les Assassins possédaient maintenant l’artefact, et c’était bien là le plus important.

« Si des Templiers reviennent, ne leur tenez pas tête et donnez-leur le faux Suaire, conseilla Loup. Avec un peu de chance, ce ne seront que des sbires qui n’y verront que du feu. S’ils font une quelconque allusion à nous, assurez-leur que, dans la précipitation, nous sommes repartis avec la contrefaçon. »

Le religieux acquiesça, d’accord avec le plan. Loup reprit : « En ce qui concerne les corps...
- Nous nous en occupons, coupa le prêtre. Partez, maintenant. Vous avez suffisamment souillé l’antre du Tout Puissant. »

Loup haussa les épaules de manière désinvolte, puis tourna les talons, suivi d’Alix, qui, avant de partir, murmura un petit « Désolée » à l’attention de l’homme en soutane.
Gautier, quant à lui, adressa un petit rictus en coin à ce dernier, agrémenté d’un « Ce fut un plaisir », avant de rejoindre ses compères.

 
 
                                                                        ***
 
 

Ils revinrent à la forteresse le lendemain, en début d’après-midi, dans la douce chaleur de l’été. Tous trois arboraient des traits tirés par la fatigue. En effet, afin de rentrer au plus vite et par souci de sécurité, ils n’avaient pas fait de grande halte, et encore moins à Troyes. Ils s’étaient simplement contentés de deux ou trois heures de sommeil à la belle étoile. Enfin, même moins que cela, étant donné qu’ils avaient dû, tour à tour, rester éveillés pour garder les chevaux et le coffret.

Une fois leurs montures soignées et ramenées aux écuries, ils se rendirent expressément dans le bureau d’Alexandre, qui, prévenu par un Novice envoyé par Alix, les attendait impatiemment.
Ils n’eurent pas le temps de franchir le pas de la porte, que le Mentor les apostropha jovialement : « Voici donc les héros du jour ! »

Cette remarque fit sourire les trois Assassins, même si cela ne se voyait pas franchement sur leurs visages poussiéreux et ensanglantés.
Loup tendit le précieux coffret à Alexandre, qui le prit avant de l’observer longuement. Il l’ouvrit ensuite, et un sourire naquit sur ses lèvres.

« Vous avez dépassé mes espérances, félicitations. C’est un mot que je ne dis pas souvent, alors profitez-en. »

Gautier fit un petit signe de tête montrant qu’il avait bien entendu, mais son attention était rivée sur autre chose : le coffret. Encore une fois, une espèce d’aura illuminée en sortait, entourant le linceul. Gautier le fixait si intensément que ses yeux avaient probablement pris le même reflet doré.
La voix de Ralph, qui venait d’arriver, l’extirpa de sa transe.

« C’est bien beau d’avoir ramené un artefact, mais moi, c’que je veux savoir, c’est si Cruel est à six pieds sous terre, lança t-il à la cantonade.
- À six pieds sous terre, pas exactement, précisa Gautier, soudain concerné. En revanche, je me suis assuré que Noble piétine son cadavre dans les règles de l’art, en revenant. »

Alexandre lança un regard suspicieux à Loup, se demandant certainement si Gautier avait agi avec son approbation. Le Maître-Assassin dut saisir la subtilité de ce regard, car il répondit : « Il n’a désobéi à aucune règle cette fois. Du bon travail. »

Sur ces mots, Gautier se tint fièrement, avant de trifouiller dans l’une de ses poches cousues, de laquelle il sortit le tissu maculé de sang séché. Alexandre acquiesça, soulagé. Gautier remit la preuve symbolique à sa place ; il comptait la garder comme souvenir.

S’en suivit un compte-rendu impeccable de leur expédition, relaté par Alix.
L’obtention inattendue d’un artefact et l’assassinat de Cruel, en plus des autres Templiers, constituaient bien évidemment une réussite, mais un élément venait noircir le tableau : ils n’en savaient toujours pas plus sur Alaric.
Enfin, hormis le fait qu’il devait encore être en France, car Cruel avait bel et bien reçu une missive de sa part. Si le Grand-Maître avait été à l’étranger, cela lui aurait été impossible de l’envoyer, n’est-ce-pas ?
D’ailleurs, cela rappela à Gautier qu’il possédait cette lettre ! Il la sortit donc d’une autre de ses poches, avant de la tendre au Mentor.

« J’ai oublié de la montrer à Loup et Alix, mais voici l’épître codée rédigée par Alaric en personne, je suppose.
- Je connais quelqu’un qui saura la déchiffrer en un rien de temps », fit Alexandre dans un petit sourire, qui souleva une interrogation chez Gautier. Qui était donc cette fameuse personne ?

 
 
                                                                   ***
 
 

Alexandre les avait menés devant une maison de pierres, située non loin de la forteresse, dans le village.
Il frappa deux petits coups distincts, puis entra sans même y avoir été autorisé. Les Assassins furent étonnés, Loup mis à part, mais le suivirent tout de même.

Un homme leur tournait le dos, affairé à ranger tout le bric-à-brac étalé sur une grande table en bois élégamment décorée. Il sifflotait en rythme avec ses mouvements et, parfois, pestait contre l’un des objets avant de reprendre là où il s’était arrêté.
Au bout de quelques minutes, il se retourna, faisant enfin face à ses « visiteurs ». Ses lèvres s’étirèrent dans un petit sourire en coin qui révéla une fossette.

Qui c’est encore, celui-là ? pensa Gautier, un peu déstabilisé par la nonchalance et l’étrange charme mêlés dans ce sourire. L’homme dégageait une assurance que Gautier n’avait jamais vue auparavant, quelque chose... d’envoûtant. C’était le mot.

Sans se soucier de faire les présentations, la « connaissance » du Mentor s’approcha de lui, puis observa le coffret contenant le Suaire, ainsi que la lettre.

« Je vois que tu m’apportes encore une fois quelque chose d’intéressant. »

Il hocha la tête pour accompagner ses dires puis, sans se départir de son sourire, se tourna vers Alix, Ralph et Gautier, comme s’il venait de les remarquer. Visiblement, il connaissait déjà Loup.

« Veuillez m’excuser pour mon attitude. Je suis persuadé que la première impression compte énormément, mais je ne m’attendais pas à avoir de la visite si tôt aujourd’hui. Ceci explique mes affreuses manières. »

Vraiment surprenant, mais charmant, dans un sens.

« Johan, tu vas les effrayer avec ton discours, fit Alexandre en étouffant un rire.
- Oh, oui, Johan, c’est cela ! fit le principal intéressé. Voilà maintenant que j’oublie de me présenter moi-même. Johan, donc, humble serviteur des bizarreries et des trésors de ce monde.
- Une sorte d’artiste érudit dérangé, pour faire simple, ajouta Loup.
- Tous les artistes le sont, enfin, tu devrais le savoir. » Johan fit ensuite mine d’épousseter son grand col immaculé, ceint d’une espèce de cape légère où étaient brodés de fringants motifs. C’était original.

Alexandre énuméra rapidement les noms des trois Assassins afin que l’artiste les retienne, mais Gautier se rendit vite compte que ça n’avait pas eu l’effet escompté. De fait, Johan l’appela Gunnarr quatre fois avant de comprendre qu’il se nommait Gautier. À croire qu’il le faisait exprès ; ce qui était sans doute le cas.
Il s’était confondu en excuses, expliquant que, parfois, ses racines scandinaves prenaient le dessus.
De scandinave, Johan n’en avait que le prénom et le teint de peau, mais ce n’était qu’un détail.

« Bon, fermons le chapitre des formalités et passons dans l’atelier », fit l’érudit en concluant d’un signe de la main gracieux.
Il mena donc le groupe dans son atelier, véritable pièce accolée à la maison, consacrée à ses « études ». Il y avait là quelques tableaux, des coffrets en vrac, des croquis, du papier à lettre disséminé un peu partout mais, surtout, des livres.
Énormément de livres.
Gautier aurait pu se noyer sous toute cette masse de bouquins, s’ils n’avaient pas été soigneusement alignés sur des étagères au quatre coins de la pièce.
L’on aurait pu croire que Johan venait de dérober la moitié de la bibliothèque de la forteresse.

 
 
                                                                   ***
 
 

« Rendez-vous à Lirey dès réception de cette missive, si possible dans la nuit. Prenez le Suaire de force s'il le faut, et ramenez le de suite à Troyes afin de le placer sous bonne garde. C'est une mission primordiale, l'échec n'est pas permis. Vous en saurez plus bientôt. Puisse le père de la sagesse nous guider.
Alaric de Turenne, Grand-Maître de l'Ordre.
(Johan fit une pause puis reprit, visiblement déçu.) Comme vous pouvez le constater, cette lettre ne nous apprend rien d’intéressant. Heureusement que je n’ai mis qu’une poignée de minutes pour la déchiffrer, et pas des mois. »

Toutefois, son enthousiasme prit rapidement le dessus sur sa déception.

« En revanche..., commença t-il en caressant le coffret du Suaire du bout des doigts, ceci s’annonce autrement plus fascinant. (Il pivota vers le Mentor.) Cela va sans dire, Alexandre, qu’il me faudra bien plus qu’une poignée de minutes pour l’étudier, contrairement à la missive.
- Soit, répondit l’intéressé, mais il serait imprudent de le laisser ici. Tu pourras l’examiner à la forteresse quand tu voudras ; tu sais bien que tu y as ta place. J’espère que tu comprends ?
- Naturellement. »

Gautier se demanda ce que signifiaient les mots d’Alexandre. Si Johan n’était pas un Assassin, mais pouvait tout de même aller et venir au château quand bon lui semblait, qu’était-il ?
Manifestement, plus qu’une simple connaissance.

 
 
                                                                   ***
 
 

« Allez, on se révei... - Oh, ça alors ! »

Gautier, tiré de force de ses songes par Ralph et son amusement à peine dissimulé, maugréa en émergeant peu à peu.
Il tourna la tête vers Alix, qui dormait encore, puis lança un regard noir à la brute épaisse qui avait fait irruption dans leur chambre ; pièce en réalité aménagée pour les deux amants depuis peu. Il fallait croire que le Mentor les avait à la bonne.

« La prochaine fois que je rentre, assurez-vous d’êtres habillés, enfin !
- Non, répliqua Gautier, la prochaine fois, tu frappes à la porte, simplement. Et arrête de rire voyons, tu vas finir par la réveiller.
- Oui, bon, d’accord, voilà quoi. Et vous réveiller, c’était le but. Vous êtes attendus sur la muraille principale. »

Sur-ce, Ralph vit volte-face sans cesser de ricaner, puis disparut.

Gautier leva les yeux au ciel, puis s’extirpa des draps fins, avant de se vêtir.
Il revint ensuite près d’Alix et embrassa tendrement son épaule dénudée pour la réveiller.

 
 
                                                                   ***
 
 

« Bien souvent, on dit que la nuit porte conseil, débuta Alexandre. Et il s’avère que ces dires sont vrais.
- Tout cela pour dire que... ? » s’impatienta Alix, qui aurait aimé dormir davantage.

Le Mentor prit une petite inspiration, porta son regard vers l’horizon, puis déclara : « Je pense que l’on devrait soigner le Roi Fou, Charles VI, à l’aide du Suaire. »

Message édité le 12 août 2017 à 21:05:12 par Jadas
Jadas
Jadas
MP
12 août 2017 à 21:15:14

                                                                   ***
 
 

Alix, Ralph et Loup étaient introuvables. Ainsi, Gautier en profita pour aller se balader avec Noble, chose qu’il affectionnait d’autant plus qu’il avait rarement l’occasion de le faire.
Il vagabondait donc sur les chemins forestiers - débarrassés de tout bandit par Ralph -, dans la douce chaleur de la fin d’après-midi, se laissant bercer par le bruit des sabots. D’abord, il se contenta d’admirer les alentours et d’apprécier la cadence confortable du pas, puis il pensa. Longtemps.

Il songea à tout et à rien ; à la Confrérie et aux Templiers, à ses proches, à son père et son frère, à l’horrible vaurien qu’il était il y a encore peu de temps, à ce qu’il avait accompli - c’est à dire pas grand chose -, à ce qu’il voulait accomplir et, enfin à l’Archère, qui était un énorme mystère.

Non, en fait, il ne pensa pas longtemps à tout cela. Une seule personne l’avait réellement préoccupé durant sa balade : Alix.
Il s’était rendu compte que, malgré les années, il ne la connaissait pas vraiment. Enfin, son caractère n’avait pas de secret pour lui, mais quid de son passé ? Qui était-elle, d’où venait-elle avant de se retrouver dans une bande de malfrats ? Il n’en savait rien, et ne pouvait pas deviner. Il y avait tellement de possibilités... Pour s’en rendre compte, il suffisait de se référer à l’enfance de Gautier, passée à la cour. Qui l’eut crû ? Qui aurait pu le deviner en le voyant massacrer des innocents pour de l’or ? Personne. Même lui l’avait presque oublié.

Donc, Alix lui était presque une étrangère et... elle était aussi en train de parler à une inconnue.
De fait, lorsque Gautier fût revenu au village, il surprit deux voix féminines ; celle de son amante et l’autre, qu’il n’avait jamais entendue.
Il hésita à rester tapis où il était pour épier la conversation, mais se retint, par respect et confiance, avant de reprendre son chemin et de rentrer à la forteresse.

 
 
                                                                   ***
 
 

« Qui était-ce ? fit nonchalamment Gautier, comme si la réponse ne l’intéressait pas.
- Une connaissance, de passage dans le coin. »

Oui, bon ; respect et confiance, mais pas trop tout de même.
Il posa son livre face contre table, puis se retourna sur sa chaise pour observer Alix qui était jusqu’alors dos à lui. Elle haussa les épaules sans rien dire de plus, avant de prendre place sur la chaise de l’autre côté de la table. Elle s’empara ensuite du bouquin, observant sa couverture.

« Anabase, de Xénophon, releva-t-elle en feuilletant quelques pages. Je ne te savais pas amateur de livres antiques, encore moins rédigés en grec ancien.
- Il a beaucoup de choses que tu ignores à mon sujet, tout comme je ne sais rien de toi. »

La jeune femme parut quelque peu désemparée suite à cette remarque, mais Gautier ne lui laissa pas le temps de répliquer et enchaîna : « Par exemple, j’ignore qui était cette femme, avec toi. »

Évidemment, il ne parlait pas de cela quand il disait ne pas la connaître, mais il voulait la vérité et, « une connaissance, de passage dans le coin » n’y ressemblait pas.

« Je te l’ai déjà dit, fit Alix, soudain sur les nerfs. Une...
- Chuuut, non, non. Je suis sûr que tu ne me dis pas tout.
- Tu n’as pas besoin de tout savoir, siffla t-elle en reposant le livre sans la moindre délicatesse.
- Très bien, lâcha Gautier en feignant l’indifférence, ce qui mit Alix en rogne.
- Tu es ridicule. »

Elle se leva, fit volte-face, puis disparut. Gautier ne prit même pas la peine de la suivre du regard, mais, quand il voulut se replonger dans son livre, il remarqua que les yeux de la moitié de la Grande Salle, ou encore Salle de Détente, étaient rivés sur lui. Alix avait fait plus de bruit que prévu en reposant le livre.

« Eh bien quoi ? lança Gautier. Ah, les femmes..., vous savez bien. »

Novices et Assassins ricanèrent, à l’exception des rares femmes, qui lancèrent des regards glacials à Gautier. Il s’en amusa et, un petit sourire aux lèvres, reprit sa lecture.
Vu de l’extérieur, il avait l’air de ne pas se soucier du récent événement mais, intrinsèquement, il désirait plus que tout connaître l’identité de l’inconnue.
Avec un peu de chance, elle resterait quelques temps « dans le coin ».

 
 
                                                                   ***
 
 

Il avait retourné son esprit une heure durant, se demandant d’où pouvait bien sortir cette femme, mais il n’avait rien trouvé. Peut-être Alix l’avait-elle rencontrée au cours d’une expédition ? Peut-être était-ce en fait une vieille connaissance ? Une amie retrouvée ? Une ennemie ? Non, peu probable... Elles avaient plutôt l’air de bien s’entendre quand Gautier les avait surprises. Alors quoi ? Il n’avait pas d’autres choix que d’aller la confronter, mais pour cela, il devait déjà la trouver.

 
 
                                                                   ***
 
 

Ce ne fut pas difficile.
L’étrangère avait pris une chambre à l’auberge ; lorsqu’il y était entré, Gautier avait immédiatement reconnu sa voix quand elle s’était adressée à l’hôte.
Elle était assise à une table, seule, devant une simple miche de pain. Sans hésiter, Gautier vint se placer devant elle, enleva sa capuche qu’il aimait tant, puis passa une main dans ses cheveux. Là, seulement, la femme daigna le regarder. Chacun soutint le regard de l’autre sans faiblir, avant qu’elle ne parle : « Gautier, je présume ? »

L’intéressé arqua un sourcil, étonné. Pourquoi fallait-il constamment que les gens sachent son identité avant même qu’il ne leur adresse la parole ?

« Alix m’a parlé de toi, et plus d’une fois. Que puis-je faire pour t’aider ? »

Cette fois-ci, il fronça le sourcil. Il s’était attendu à tout, sauf à un comportement amical. Subjugué, il ne répondit pas de suite, et détailla son interlocutrice. Sa façon de parler et de se comporter lui attribuait une trentaine d’années au moins, mais son visage..., son visage bénéficiait d’une jeunesse éternelle. C’était une impression étrange, mais intrigante à la fois.

« Alix, justement..., commença Gautier, avant d’être coupé.
- A t-elle tout avoué ?
- Avoué ? répéta l’Assassin. M’avouer quoi ? Qu’est-ce-que...
- Je vois, elle n’en a rien fait. Depuis le temps, il faudrait qu’elle y pense... »

Gautier tapota nerveusement la table de ses doigts, faisant trembler quelques herbes étalées devant la femme, qu’il n’avait pas remarquées au premier abord. Mais qui était-ce donc ? Que faisait-elle ? Et enfin, quel était ce maudit secret ?

« De quoi me parlez-vous, bon sang ?
- C’est à elle de te le dire.
- Vous en avez déjà trop dit ; autant finir, que je ne me torture pas l’esprit pour rien !
- Bien essayé, mais cela ne fonctionnera pas. Je tiendrai ma parole et n’en parlerai à personne.
- Mais enfin, pourquoi m’avoir demandé si elle avait avoué si c’est pour faire marche arrière maintenant que vous avez l’occasion de me révéler la vérité ?
- Simple erreur de ma part. »

Gautier commençait à perdre patience. « Après tout ce temps », avait-elle dit... Il s’agissait donc de quelque chose d’assez ancien ? Mais diantre, quoi donc ?! Gautier eut beau retourner sa mémoire à la recherche de souvenirs, rien ne vint.

« Dîtes-moi au moins votre nom.
- Cela ne t’avancerait à rien, mais... L’on me surnomme la Sage, ou la Sorcière, tout dépend à qui tu le demandes. »

Mais oui, évidemment... Gautier avait déjà entendu parler de ce genre de femmes. On leur attribuait moult pouvoirs maléfiques, ou bien, moult vertus bénéfiques. Comme la Sage venait de le dire, tout dépendait des circonstances. Ceci expliquait les herbes, et, il s’en rendit compte en se levant, les petits fioles accrochées à sa taille.
L’Assassin acquiesça difficilement, effrayé par ce qu’il pensait savoir, puis salua la guérisseuse avant de s’en aller.

Il marcha d’un pas vif vers la forteresse, toutefois ralenti par le poids qui commençait à lui peser.
Il était malheureusement persuadé d’avoir compris de quoi il retournait, mais devait en avoir le cœur net.

Jadas
Jadas
MP
12 août 2017 à 21:22:13

Précédemment dans « Cent Ans » : Les Assassins décident de soutenir les Armagnacs et projettent de guérir le roi Charles VI. Alexandre, Johan et Gautier observent le Suaire ; suite à cela, ce dernier souhaite se rapprocher du scandinave. Ensuite, au retour d’une balade, Gautier surprend Alix avec une inconnue. Il la questionne à ce sujet, mais elle se braque. L’Assassin part à la recherche de l’inconnue, qui lui révèle qu’Alix lui cache quelque chose, sans lui dire quoi. Gautier pense avoir compris, mais veut en avoir le cœur net.

 
 

                                                              • CHAPITRE 20 •
 
 

Gautier avait du mal à y croire, et pourtant... Il ne voyait que cela. Les signes étaient clairs, il ne pouvait y avoir qu’une seule solution, mais comment faire ? Il ne pouvait pas se poster devant Alix, lui exposer ce qu’il croyait savoir, et puis voilà. Non, il allait devoir compter sur la chance.

L’Assassin regagna la forteresse sous le soleil qui menaçait de se coucher puis, une fois au milieu de la cour, chercha la jeune femme du regard.
Elle ne fut pas difficile à repérer. Gautier la rejoignit sur la muraille principale et laissa une petite distance entre eux. Alix semblait dans ses pensées, dos à lui, les mains crispées sur le rempart de pierre et le regard vers l’horizon. Les deux sentinelles, qui ressentaient probablement toute la tension du moment, allèrent se placer chacune à une extrémité du mur. Une minute silencieuse s’écoula, confirmant ainsi que la guerrière avait vu Gautier venir de loin et connaissait la raison de sa présence.

« Je sais tout », finit-il par annoncer.

Évidemment, ce n’était pas tout à fait vrai, mais Alix n’était pas censée le savoir.
Elle émit un long soupir, empli de regret, puis répondit, sans oser faire face à Gautier : « Elle t’a donc mis au courant... »

Suite au silence évocateur de son amant, elle poursuivit : « Je n’avais pas le choix, Gautier. Tu aurais bien raison de me haïr mais... Comprends-moi. »
Elle ne s’était pas encore retournée, il n’avait pas encore bougé.

« On a toujours le choix, énonça-t-il froidement, même s’il n’était même pas sûr qu’ils parlaient de la même chose, vu qu’Alix n’avait rien confirmé pour l’instant.
- Pas cette fois-ci. »

Elle fit enfin volte-face, lentement, puis fixa Gautier de ses yeux brillants, ce qui le déstabilisa quelque peu. La découverte de sa « double vie » l’atteignait-elle tant que cela ? Étrange...

« Je l’ai fait pour toi aussi, sans oublier Ralph. C’était la seule issue. »

La seule issue ? Comment le fait de rejoindre une obscure organisation aurait pu les...
Il fut coupé dans sa réflexion.

« Cet enfant... aurait signé notre perte. »

Gautier se sentit vaciller, mais se reprit au dernier moment. Un enfant ? Quel enfant ? De quoi... de quoi parlait-elle ? Sentant ses jambes fléchir, il alla s’appuyer sur la muraille avant de fixer le vide. Il devait forcément y avoir une erreur, cela ne devait pas se passer de cette façon. Il n’était pas venu pour entendre cela. Et si c’était vrai, quand cela se serait-il passé ? Où ? Comment ? Pourquoi ? Non, il savait à moitié pourquoi : ‘’ Cet enfant... aurait signé notre perte. ‘’ Cette phrase tournait en boucle dans sa tête, il ne pouvait s’en détacher.

Il sentit la main d’Alix sur son épaule, mais la dégagea rapidement. La pauvre ne devait pas comprendre la réaction de Gautier, pensant qu’il savait vraiment tout et qu’il s’était donc préparé et... Mais non enfin, pourquoi la plaignait-il alors que c’était elle la fautive ; elle qui avait tué son fils ou sa fille !
Il se retenait terriblement de ne pas hurler, n’ayant pas envie d’attirer l’attention des sentinelles, voire de toute la forteresse.

« Quand ? siffla-t-il presque haineusement.
- Tu m’as menti pour arriver à tes fins, comprit Alix, elle ne t’avait rien révélé. »

La tristesse qu’il sentit dans la voix de la jeune femme n’empêcha pas Gautier de se retourner et d’agripper un tantinet violemment ses vêtements.

« Tu oses me blâmer après avoir avoué le meurtre de mon enfant ? vociféra-t-il en essayant de chuchoter en même temps. Que j’ai menti ne change absolument rien à ce que tu as fait ! »

Son instinct de combattante reprenant le dessus, Alix s’extirpa de l’emprise de Gautier et le repoussa.

« Nous étions traqués par les Templiers que tu avais attaqués, le jour où tout a commencé ! Je n’avais pas le choix, cela nous aurait tués et l’enfant avec ! » Elle reprit son souffle, puis poursuivit plus calmement : « Ce n’en était d’ailleurs même pas un, je... je m’en suis délestée il y a deux ans, avant que cela n’arrive. »

Gautier avait bien saisi, mais cela n’excusait rien. Pour l’heure, il était bien trop sous le choc pour être rationnel. Il se sentait vide, sans même savoir pourquoi. L’idée d’être père ne lui avait jamais franchement traversé l’esprit et ce n’était pas comme s’il avait connu l’enfant, alors pour quelle raison était-il si touché ? Lui, l’ancien bandit sans morale ? Lui, l’Assassin qui, malgré tout, passait la majeure partie de son temps à tuer ? Il ne savait pas..., ne savait plus rien.

« Je sais que j’aurais dû t’en parler, mais... » Les yeux d’Alix s’embuèrent de nouveau. Toutefois, elle réprima ses larmes et plaça ses mains de part et d’autre du visage de Gautier qui, cette fois-ci, se laissa faire. Il n’avait plus la force de résister, en dépit de sa colère. « Cela n’aurait rendu l’inéluctable décision que plus difficile. Je ne voulais pas te blesser, déjà à l’époque. »

Cette référence les aurait bien fait sourire si leurs faciès n’avaient pas été pareils à des masques de désolation infinie.

« C’était donc pour cela que tu t’absentais si souvent durant cette période, se souvint Gautier. Tu allais voir cette... sorcière ? Sage ? Je ne sais comment l’appeler ; elle qui a participé à cette tragédie.
- Je ne t’en voudrais pas de la calomnier, mais sache qu’elle m’est d’une grande aide. C’est une personne de conf- »
Gautier la coupa en levant brièvement une main. « Ce sera à moi d’en juger si je la revois un jour. Là, maintenant, je ne veux pas entendre parler d’elle. »

Alix acquiesça, passa ses doigts fins dans les cheveux de Gautier, puis le long de sa courte barbe. « Je suis tellement désolée... Mais c’était le moindre mal, mon amour. Il le fallait. » Cette marque d’affection surprit l’Assassin et l’attendrit quelque peu, malgré la douleur et le ressentiment omniprésents.

Un long silence réapparut tandis que le soleil déclinait dans le ciel orangé.

Au bout d’un moment, Gautier s’éclaircit la voix avant de déclarer : « Évitons que cette affaire s’ébruite. Une périlleuse mission nous attend et nous nous devons de rester concentrés. Tu as eu deux ans de plus que moi pour te faire à l’idée d’avoir perdu l’enfant, donc cela ne devrait pas te poser de soucis.
- Bien. » Elle soupira avant de reprendre : « Sache juste que Ralph est au courant, mais ne lui en veut pas. Il... Il n’a su qu’après. »

Gautier avala difficilement sa salive, puis consentit, avant d’exprimer son besoin de solitude.

Taym
Taym
MP
15 août 2017 à 00:50:06

Mais dis donc, tu écris trop vite :hap:

Darth_Golgoth
Darth_Golgoth
MP
15 août 2017 à 01:35:45

On a plus le temps de suivre nous [[sticker:p/1kkl]]

Jadas
Jadas
MP
15 août 2017 à 14:17:59

Allez vous faire voir, pour être polie :hap:

Hayato-San
Hayato-San
MP
16 août 2017 à 02:57:53

HS : J'ai finis DA2 hier et j'ai été content d'entendre une musique de fin à peu près correcte comparée à celle du premier :hap:

Il est temps de lancer Inquisition, et de ce que j'ai pu en voir, ça a l'air B E A U :bave: Ça tranche complètement avec les deux autres DA, hâte de me plonger dedans :noel:

Jadas
Jadas
MP
16 août 2017 à 23:25:25

J'ai tellement hâte de faire le 2… J'attends qu'il passe en rétro One

DAI :bave: Dorian :bave: Par contre j'espère que t'as pris une édition goty ou au moins le dlc Trespasser :oui:

Jadas
Jadas
MP
17 août 2017 à 10:28:51

Précédemment dans « Cent Ans » : Alix avoue, malgré elle, son avortement à Gautier. L’idée d’aller sauver le roi Charles VI ne s’évanouit pas pour autant.
 

 

                                                              • CHAPITRE 21 •
 
 

 

« Des jours et des jours que vous ne vous parlez plus..., mais tu sais ce qu’on dit ; une de perdue, trente de retrouvées ! clama Ralph à la vue d’Alix qui traversait la cour.
- Ce serait pas plutôt dix ? Et puis, je n’ai rien perdu du tout, cesse donc de m’importuner », rétorqua sèchement Gautier avant de se relever du tas de foin dans lequel ils étaient assis. Il tendit ensuite la main à Ralph, mais, dès qu’il la prit, lâcha immédiatement. Gautier ricana sans conviction en voyant le brun tomber, arguant que cela lui « apprendrait à se croire drôle ».

Ralph se releva pour de bon sans l’aide de quiconque, puis bougonna avant de partir vers le bureau d’Alexandre, comme venait de le faire Alix. Gautier lui emboîta le pas ; tout le monde devait les attendre.
Enfin, « tout le monde » se résumait à Alix, Loup et le Mentor, qui avaient déjà pris place lorsque les deux acolytes entrèrent sans un bruit.

« Nous voilà tous réunis, commença Alexandre. Ces dernières semaines, comme vous le savez, nous avons un maximum étudié le Suaire, et allons aujourd’hui prendre une décision concernant le roi. »

Il s’apprêtait à poursuivre lorsqu’un Joan haletant débarqua en trombe et le coupa : « Tu n’avais pas mieux, Alexandre ? Bloquer toutes les issues de ma maison pour que je n’assiste pas à cette petite réunion secrète, franchement... Tu sais très bien que cela ne fonctionne jamais. »

Tous rivèrent leurs regards sur le Mentor, à l’exception de Loup, bien trop occupé à glousser. Visiblement, il avait assisté aux nombreuses tentatives du barbu.
Ce dernier soupira, puis répondit : « J’essaie quand même. Tu sais que cette mission risque d’être dangereuse et que...
- Et que je viendrai malgré tout, oui, je sais, merci », répliqua le scandinave en affichant un sourire empli d’arrogance.

Alexandre soupira une fois de plus, désemparé, avant de reprendre : « Selon notre cher ami Johan qui n’a rien à faire ici, utiliser le Suaire serait risqué, mais peut-être moins que prévu, alors... nous devons prendre ce risque. Qu’en pensez-vous ? »

Tous se mirent à parler en même temps, créant ainsi un brouhaha incessant ; Alexandre le tempéra en ordonnant que chacun s’exprime à son tour.
« Loup, par exemple ?
- Comme vous l’avez dit, nous devons tenter le tout pour le tout. Comment la situation pourrait-elle empirer, hm ? Dans le pire des cas, nous rendrons le roi un peu plus fou qu’il ne l’est déjà, voilà tout.
- Prions pour que cela n’arrive pas, intervint Alix, mais il a raison. Je suis pour.
- Gautier ? Ralph ? demanda le Mentor face au silence de ces derniers.
- Et moi ? fit Johan. Tu ne me demandes pas mon avis ? Que c’est triste. Tu sais quoi ? Je vais quand même me prononcer. » Il s’éclaircit la voix, prit un air magistral et désigna le Suaire, qui trônait sur le bureau. « Cet objet est une pure merveille. Certes, j’ai dit qu’il y avait un risque, mais vous devez bien aimer le risque vous autres, les grands Assassins ! N’hésitons pas, et fonçons à Paris guérir la fichue folie de Charles ! »

Sur ce, Alexandre leva les yeux au ciel, agacé par tant de théâtralité, tandis que Ralph sortit de sa torpeur : « Je suis partant, en espérant qu’il y aura du Templier à fracasser à Paris. »

Il est vraiment incorrigible, pensa Gautier, avant de donner son avis : « Pour. Avec un peu de chance, je nous trouverai un allié à la cour, ce qui nous facilitera les choses. » En disant cela, il songeait évidemment à son frère, Mathias. De ce qu’il savait, il était proche du roi, mais en ces temps troublés, il y avait peu de chance qu’il siège au palais royal.

« Bien, dit Alexandre. Cette expédition s’avère capitale et, cela étant, je ne peux décemment pas rester ici. Je viens avec vous, ou vous venez avec moi, peu importe. N’oublions pas que les Templiers convoitent le Suaire et, s’ils viennent à savoir que nous voyageons avec, l’affrontement sera inévitable. De plus, une fois à la cour, si les tractations avec les Armagnacs aboutissent, nous aurons officiellement les Bourguignons sur le dos, qui sont eux-mêmes alliés aux Templiers. Voilà dans quel foutoir nous nous apprêtons à nous mettre, excusez mon langage.
- Mais vous ne pouvez pas quitter la forteresse si longtemps, s’inquiéta Alix.
- Si, je le peux. Un Maître-Assassin de confiance dirigera en mon absence ; le concerné est déjà au courant, pas d’inquiétude. Pour l’heure, montons un plan. »
 
 

                                                                   ***
 
 

Les six compagnons arrivèrent à Paris trois jours plus tard. Comme prévu, le groupe, scindé en deux, logeait dans deux auberges différentes, comme leur mission. Le premier groupe, constitué d’Alexandre, Loup, Johan et Gautier, était chargé de se rendre au palais royal, tandis que le deuxième, soit Alix, Ralph, et une poignée d’Assassins Parisiens, restait en retrait afin de pouvoir venir en aide au premier si besoin, et de chercher des informations en ville. Alix avait protesté en apprenant qu’elle n’irait pas à la cour, tandis que Ralph s’en était réjoui. Johan, quant à lui, était supposé faire partie du deuxième groupe, mais il avait tant insisté pour voir les effets du Suaire de ses propres yeux qu’Alexandre n’avait pu refuser.

Le voyage s’était déroulé sans heurt majeur et, apparemment, les Templiers n’étaient au courant de rien. Gautier était persuadé qu’ils ne tarderaient pas à l’être, même s’il espérait le contraire.
La seule chose susceptible d’avoir entaché le voyage fut sans doute l’ambiance glaciale, résultat de la tension constante entre Alix et Gautier, bien que ce dernier s’efforçait de ne rien montrer. Ralph avait compris le pourquoi du comment, mais les autres se demandaient encore ce qu’il s’était produit, ce à quoi ne comptait pas répondre Gautier. Ils étaient là pour une raison bien précise, pas pour bavasser à propos de sujets aussi triviaux. Bon, d’accord, ce n’était pas banal, mais Gautier ne voulait pas en parler, point final. Qui aurait pu l’en blâmer, après tout ?

Pour l’heure, il était avec ses trois acolytes du jour, près de l’Hôtel Saint-Pol, autrement dit le palais royal. Avant qu’ils n’aillent plus en avant, Alexandre tenta de persuader Johan une dernière fois de ne pas les accompagner : « La cour est un endroit dangereux », argumenta-t-il bien vainement, puisque Johan lui répondit : « Je suis bien plus dangereux qu’elle », mettant clairement un terme à la discussion.
Gautier trouvait l’inquiétude du Mentor démesurée ; pourquoi diable s’entêtait-il donc à lier les mains du scandinave ? Il n’avait pas franchement peur pour Loup et Gautier, alors pourquoi pour lui ? Cela cachait quelque chose, mais l’Assassin n’avait pas le temps de se pencher là-dessus.

Ils se rendirent à la porte principale, bien gardée. Alexandre, en possession du Suaire, dissimulé dans sa tunique, ouvrait la marche avec Johan, tandis que Loup et Gautier suivaient, emmitouflés dans leurs tuniques d’Assassins, qu’ils avaient décidé de garder. Ils furent rapidement apostrophés par l’un des gardes, qui leur demanda la raison de leur présence.
« Nous désirons une entrevue avec le roi, ou bien l’un de ses proches, fit le Mentor de but en blanc.
- Le roi ? Et puis quoi, encore ? ricana l’homme d’armes. Vous avez une lettre avec un sceau, quelque chose du genre, au moins ?
- Rien de cela, répondit Alexandre en ouvrant ses bras. Néanmoins, nous devons vraiment nous entretenir avec quelqu’un d’important ; n’importe qui pourvu qu’il soit du parti Armagnac. »

Il ne se mouillait pas trop en demandant cela ; les nobles de la cour étaient tous officiellement rangés de ce côté là, soutenant ainsi le roi. Certes, quelques uns devaient bien l’être pour l’apparence, mais qu’importe.

« Vous êtes bien marrant, mon bon monsieur, mais les seigneurs ont autre chose à faire que batifoler avec des meneurs de secte comme vous, ou je ne sais quoi.
- Nous n’avons rien d’une secte ! s’indigna le Mentor. Je vous le répète, nous devons-
- Que se passe-t-il, ici ? intervint un homme que reconnut immédiatement Gautier. Mon frère ? »

Le garde muni d’une grande gueule se tourna vers Mathias, abasourdi, avant de baisser la tête : « Monseigneur Du Lac, mille excuses, je ne savais pas que vous connaissiez ces gens. » Le frère de Gautier le fit taire d’un signe de la main, avant de reprendre : « Ils sont avec moi. Je les délesterai de leurs armes une fois à l’intérieur. »
Le garde acquiesça vivement, puis reprit son poste sans rechigner.
Le groupe pénétra donc dans l’enceinte du palais, où les gardes pullulaient davantage. Mathias manda quelques hommes, puis leur ordonna de prendre et de ranger les armes des Assassins dans un coffre, à l’entrée.
« Désolé, fit ‘‘Monseigneur Du Lac’’, personne n’entre armé, aucune exception.
- Bien sûr, nous comprenons », répondit poliment Loup.

Gautier vit au regard que son frère lui adressa qu’il avait beaucoup de questions à lui poser, et sûrement beaucoup de reproches à lui faire, comme toujours. Heureusement, en présence de ses compatriotes, il ne pouvait pas le faire ; l’aîné était donc sauvé pour le moment.

« Vous m’avez l’air d’être le chef, alors quel bon vent vous amène ici ? demanda Mathias en s’adressant à Alexandre, qu’il n’avait d’ailleurs jamais rencontré. Mon frère s’est-il encore mis dans le pétrin ?
- Rien de tout cela, messire Du Lac, mais je ne connaissais pas votre lien. Toutefois, nous sommes là pour une raison assez... particulière.
- Poursuivez, l’incita le soldat, avant de commencer à marcher dans le hall aux côtés des Assassins.
- Vous n’êtes pas sans savoir que le roi est malade, fou même. Eh bien, nous pensons pouvoir le guérir. »

Mathias s’arrêta net, puis reprit sa marche, les sourcils froncés.

« Le guérir ? C’est impossible, malheureusement. Sa Majesté connaît des périodes de plusieurs mois où il est incontrôlable, avant de revenir à son état normal, comme c’est le cas actuellement. Nous avons fait venir nombre d’hommes détenant soi-disant la solution miracle, mais aucun n’a réussi, alors pourquoi vous ? Vous pourriez n’être qu’un charlatan, ou un meurtrier assez intelligent pour planifier son méfait.
- Je ne suis ni un charlatan, monseigneur, ni un régicide. Mes compagnons et moi voulons remettre le royaume sur pied, et cela ne peut se faire sans un roi en pleine possession de ses moyens. Les régents actuels sont juste avides d’or, nous le savons tous deux.
- Mon avis sur les régents importe peu, mais je comprends votre ressenti.
- De plus, poursuivit Alexandre dans sa lancée, nous voudrions nous allier aux Armagnacs, dont vous êtes peut-être proche... ?
- Proche serait un grand mot, mais je suis en relation avec leur chef pour certaines raisons, oui. Il réside actuellement ici. Je pourrais le faire venir, qu’en dites-vous ?
- Ce serait bien généreux de votre part », répondit Alexandre en s’inclinant quelque peu.

Gautier ne l’aurait jamais cru aussi bon dans l’art des négociations. Enfin, il connaissait ses qualités d’éloquence, mais tout de même. Le Mentor était un plus fin tacticien qu’il ne le pensait, ce qui ne fit qu’augmenter l’admiration de Gautier.

« Maintenant, si vous voulez bien m’excuser un instant, j’aimerais parler à mon frère. »

Et merde.
Les trois hommes acquiescèrent, puis se retirèrent quelques mètres plus loin.

« Tu m’expliques ce que tu fais ici, habillé comme un sectaire ?
- Je suis ici pour sauver le roi, mon cher frangin, et je ne suis pas membre d’une secte, cessez donc d’insinuer cela, vous tous !
- Qu’est-ce, alors ? Et depuis quand tu fais ce genre de choses ?
- Te souviens-tu de notre dernière rencontre ?
- Qui remonte à deux ans déjà, bien sûr que je m’en souviens ! fit Mathias en lui lançant un regard dur comme l’acier et glacial comme... la glace ?
- Oui, bon, tu me le reprocheras plus tard. Eh bien, ce jour là, Loup, qui est aujourd’hui ici, m’emmenait en fait à la forteresse de sa confrérie, qui est maintenant devenue la mienne aussi. Nous sommes des Assassins.
- Des Assassins, tu dis ? Sauver le roi, hein ? Vous voulez le tuer, oui !
- Mais enfin, arrête, veux-tu ! Des Assassins, oui, mais cela ne veut pas dire que nous tuons tout le monde ! Je n’ai pas le temps de t’expliquer, mais nous agissons pour la France et, pour cela, nous devons sauver le roi et nous allier aux Armagnacs, d’autant plus que la faction ennemie, l’Ordre du Temple, s’est alliée aux Bourguignons, vos ennemis.
- Les Templiers ? Mais qu’est-ce-que tu me chantes, encore ? Ils se sont éteints depuis un siècle, Gautier, un siècle !
- Officiellement, oui, je te l’accorde, mais officieusement... Ils sont toujours aussi puissants, et veulent mettre Henri V sur le trône. C’est ce que tu souhaites, Mathias ? Voir un roi Anglais sur le trône de France ? Eh bien à ta guise, refuse donc notre aide bienveillante !
- Bien, bien ! Tu m’apportes beaucoup d’informations difficiles à croire, cher frère... Mais tu m’as l’air déterminé, alors je vais vous soutenir, toi et ta... confrérie.
- Tu ne le regretteras pas, messire Du Lac, fit Gautier sur un ton moqueur.
- Arrête donc ; certes j’ai gravi les échelons, mais pas la peine d’en faire toute une histoire.
- Oh mais je ne dis rien, je suis fier de te voir porter notre nom à la cour. Cependant, Gautier Du Lac sonnera toujours mieux, petit frère. »

Mathias leva les yeux au ciel face au narcissisme de son aîné, avant de repartir sur un autre sujet : « Et comment va cette femme... Comment était-ce déjà... Ah, je sais ! Alix, comment va t-elle ? »
Au regard sévère que lui lança Gautier, le cadet n’osa pas renchérir, fait extrêmement rare chez lui.
« Je vois... Et Père ? Lui as-tu rendu visite ?
- Je n’en ai pas eu le temps, soupira Gautier.
- Tu pourrais faire un effort, juste une fois. »

L’Assassin acquiesça ; il avait raison. Cependant, en plus de n’avoir pas eu le temps, comme il venait de le dire, Gautier n’en avait pas le courage. Eh oui, il faut croire qu’être un tueur impitoyable n’aidait pas au moment de confronter son paternel.

« Enfin, je vais vous chercher le meneur des Armagnacs, je reviens vite. »

Jadas
Jadas
MP
17 août 2017 à 10:46:34

Précédemment dans « Cent Ans » : Après réflexion, les Assassins décident de ne pas faire voile vers l’Angleterre, en dépit de la présence de Jean sans Peur, ainsi que d‘un éventuel artefact. Quelque temps plus tard, Gautier, en pleine ronde à l’extérieur de la forteresse, se fait surprendre par l’Archère et son nouvel allié : Théobald, un ancien bandit. La combattante, après avoir menacé Gautier de dévoiler son secret, le fait assommer, avant de déguerpir au galop sur Noble, avec son acolyte.
 
 
 

                                                              • CHAPITRE 24 •
 
 
 

Le soleil s’effaçait petit à petit lorsque Gautier reprit connaissance. Complètement déboussolé, il ne pouvait dire combien de temps il était resté là, allongé dans la poussière, le visage maculé de sang à moitié séché. Il rassembla toutes ses forces pour empoigner son épée, puis se releva dans un grognement, la vue quelque peu brouillée par le liquide vermeil. Il se passa la main sur le visage afin de palier au problème, avant d’entamer sa marche honteuse en direction de la forteresse.

L’Archère était-elle déjà arrivée là-bas ? Avait-elle prévenu Alix, et peut-être tous les autres ? Sûrement. L’avaient-ils crue ? Possible. Gautier était en fâcheuse posture.

Épuisé, il mit un temps considérable à rallier le château. Les frères qui lui ouvrirent la herse s’inquiétèrent en voyant son état, mais il les rassura autant que possible, avant de se hâter vers les écuries.
Noble était là. Cela ne pouvait dire qu’une chose... L’Archère aussi. Mais alors, pourquoi n’y avait-il pas plus d’animation dans la cour ? Une inconnue débarquant avec le cheval d’un Assassin aurait dû alerter tout le monde. Ou alors, l’agitation était déjà retombée, donc Gautier était resté bien plus longtemps qu’il ne le pensait aux abords de la forêt. Non, impossible... Quelqu’un aurait fini par le retrouver. Alors, quoi ?

« Où est-ce que tu... Une blessure, encore ? s’inquiéta Ralph en arrivant à la hauteur de Gautier.
- Je t’expliquerai.
- Plus tard alors, parce que là, nous avons un plus gros problème.
- Je sais, justement...
- Non, c’est vraiment urgent ! le coupa Ralph. La fille du lainier ; tu te souviens d’elle n’est-ce-pas ? (Gautier hocha la tête, puis ouvrit la bouche avant de se faire interrompre de nouveau.) Elle est arrivée il y a une vingtaine de minutes, avec ton cheval en plus et... Mais bien sûr, ton cheval ! Tu l’as croisée avant nous et...
- Laisse-moi t’expliquer, bon sang ! »

Sur les nerfs, Gautier emmena Ralph à l’abri des regards potentiels, puis lui expliqua la situation, en commençant par lui apprendre la traque de l’Archère, car seuls Loup et Alix étaient au courant. Le guerrier fut étonné en apprenant le retour de Théobald, car il n’avait pas accompagné la jeune femme sortie du passé jusqu’au château.

« Formidable. Nous n’avons plus qu’à l’éliminer tant que c’est possible.
- N’y pense même pas, refusa Gautier. Dis-moi juste ce qu’il s’est passé depuis son arrivée.
- Très bien, et après nous la tuons. (Gautier lui lança un regard noir.) C’est bon, j’y viens. Étonnamment, pas grand chose... Alexandre l’a désarmée, puis enfermée dans l’une des geôles en attendant d’en savoir plus. Elle n’a pas protesté, et a juste demandé à voir Alix.
- Fichtre. Alix est avec elle en ce moment ?
- Non, elle est partie peu après toi et n’est toujours pas revenue. »

Partie ? Où ? Encore avec cette « sorcière », ou peu importe ce qu’elle fût ? Gautier ne prit même pas la peine de questionner Ralph, qui n’avait d’yeux que pour la situation actuelle.

« Alors, on l’étrangle à mains nues ? Ou bien on l’accuse d’être au service des Templiers pour la faire exécuter ou je ne sais quoi ?
- Et tu te dis Assassin ?! vociféra Gautier. ‘’Ta lame ne versera pas le sang d’un innocent.’’ L’aurais-tu déjà oublié ?
- Techniquement, l’on peut tuer sans arme... Et puis, tu viens de me dire qu’elle nous traquait depuis des années ; pas si innocente que cela.
- À cause de ce qu’il s’est passé ! Voyons, Ralph, ta peur t’aveugle !
- Je n’ai pas peur, et encore moins d’une femme ! gronda le concerné. Mais la vérité peut surgir à tout instant, penses-y.
- Qu’elle surgisse, alors ! C’est de ta faute, tout cela ; tu m’avais assuré t’en être débarrassé !
- Ma faute ? Et la tienne, alors ? Nous étions deux, dans cette histoire, et tu es aussi coupable que moi ! »

Gautier se prit la tête entre les mains. Il ne pouvait décidément pas se résoudre à la tuer, il avait laisser passer cette chance à maintes reprises. De toute façon, il lui avait fait assez de mal comme cela, non ? Et puis, c’était la guerre, les baillis et compagnie devaient avoir d’autres chats à fouetter. Ils n’allaient pas s’attarder sur une affaire survenue il y a quelques années, pour qui un homme avait déjà payé.

Non, non, il ne devait pas penser de cette manière. Au fond, être pendu en place publique ne lui importait pas tant que cela. Tout ce qui comptait était l’image que ses confrères avait de lui, en particulier Alix.
Néanmoins..., s’il était effectivement condamné, être bien vu ne lui servirait plus à grand chose.

Il émit un grognement de rage. Les idées et possibilités se confondaient dans son esprit, il n’était plus sûr de rien, ne savait plus ce qu’il voulait, ni de quelle façon. Les minutes défilaient sans qu’il ne trouvât de solution.

« Gautier ? Gautier, réponds-moi ! »

Il sentait bien les secousses provoquées par son ami de longue date, mais ne bougeait pas d’un pouce.

« Viens par là. »

Gautier faillit trébucher lorsque Ralph le tira avec lui, puis sortit de son mutisme. « Quoi, encore ? Tu vois bien que je réfléchis !
- Trop tard. »

Le faciès de l’Assassin se décomposa lorsqu’il tomba nez à nez avec Alix, secondée de l’Archère, alors qu’elles sortaient du cachot. Il força Ralph à le lâcher et fit un pas en avant. La réaction fut immédiate ; Alix s’empara de sa dague, avant de l’appuyer sur la gorge de Gautier, qui ne broncha pas, totalement médusé.

« Tente ne serait-ce qu’un mouvement, et je t’ouvre la carotide. »

À l’évidence, elle savait tout.

« Laisse-moi... »

Elle entailla la chair.

« Premier et dernier avertissement. »

En croisant la fureur dans son regard, Gautier abandonna, mais pas Ralph. « Ne la laisse pas partir, Alix. Tu fais cela par colère, mais tu le regretteras par la suite.
- Moi, non. Vous ? Peut-être. »

Sur ce, elle quitta de nouveau la forteresse, mais avec l’Archère.
Les questions fusèrent de nouveau dans l’esprit de Gautier qui, complètement dévasté, dut s’appuyer sur un mur à proximité pour ne pas s’écrouler à tout instant. Il fut rapidement rejoint par Ralph, mais aussi Alexandre et Loup, qui sortirent à leur tour du petit bâtiment carcéral. Savaient-ils aussi ? Si c’était le cas, il n’en avait plus pour longtemps.

« Alix m’a assuré ne pas la connaître, et voilà qu’elle s’enfuie avec. Je ne comprends plus rien... Gautier ? »

L’intéressé n’émit qu’un bougonnement à l’apostrophe du Mentor.

« Soignons-le avant tout », préconisa Loup.

 
 
                                                                   ***
 
 

Alix ne revint que le lendemain. Qu’avait-elle fait avec l’Archère ? Gautier ne le saurait pas de sitôt.
Évidemment, elle s’appliqua à ignorer son amant toute la journée durant - pour peu que l’Assassin méritât encore ce titre -, puis réitéra les jours suivants.
De leur côté, Alexandre et Loup avaient bien tenté de découvrir le pourquoi du comment, en vain. Gautier et Ralph ne leur avaient rien dit, feignant l’ignorance, et Alix avait vraisemblablement fait de même.

Cependant, en réfléchissant bien, Gautier aurait voulu que les deux Assassins lui forcent la main. Il ressentait le besoin de se décharger de toute cette culpabilité qui le rongeait depuis des jours. Enfin, il l’avait toujours ressentie, mais elle ne faisait que s’intensifier depuis que l’Archère avait ravivé ce souvenir enfoui. Il avait espéré pouvoir oublier son ancienne vie, qui n’était pas si éloignée que cela, mais les derniers événements venaient de lui rappeler que le passé finissait toujours par refaire surface.

Il était totalement désemparé, mais ne pouvait le montrer. La guerre, civile ou non, les Templiers et les artefacts... Tout cela importait bien plus que ses états d’âme, pas vrai ?
Néanmoins, le plus difficile dans cette histoire restait Alix. Elle n’allait pas pouvoir ignorer Gautier éternellement, et ce dernier redoutait l’instant où il devrait lui faire face. Il était indéfendable, quand bien même il ne fut plus le même homme qu’à l’époque. Oh, il pouvait toujours plaider sa cause, affirmer qu’il avait changé, qu’il regrettait, mais tout comme l’Archère, Alix ne l’entendrait pas de cette oreille-là. Il ne lui restait plus qu’à vivre dans l’attente de cette confrontation, pour peu que la jeune femme ne le tuât pas avant l’échéance.

« J’ai bien essayé de retrouver cette archère, mais aucune trace. Elle est douée. »

Ce fut la voix de Loup qui tira Gautier de ses pensées. D’instinct, il se dissimula dans l’ombre.

« Je n’aime pas cette intonation.
- Je ne vois pas de quoi vous parlez, Mentor.
- Elle est peut-être douée, mais nous ne partirons pas à sa recherche pour la recruter.
- Et pourquoi pas ? Elle pourrait...
- Inutile de spéculer. Son arrivée foudroyante a créé des tensions inimaginables, alors son intronisation ? Ralph, Alix et Gautier s’entretueraient. En parlant du loup, il peut sortir de sa cachette. »

L’Assassin hésita, puis se révéla. Échapper à Alexandre relevait de l’exploit.

« D’ailleurs, si tu pouvais nous éclairer au sujet de cette inconnue... » tenta Loup.
Alors oui, Gautier avait espéré qu’il revînt à la charge, mais devant le fait accompli, il se désista : « Je vous expliquerai tout en temps voulu. »

Quand Alix aura fait éclater la vérité, en somme.

 
 
                                                                   ***
 
 

Gautier admirait le coucher de soleil du haut de la muraille principale. En cette période troublée, il en avait fait une habitude.
Encore une fois, il fut dérangé par Loup, qui se plaça à côté de lui sans piper mot.
Ils restèrent ainsi un bon moment, dans ce silence sublimé par les derniers rayons de l’astre, avant que le Maître-Assassin ne dévoilât la raison de sa présence.

« Tu peux tout me dire, tu sais ?
- Oh, arrête, rechigna Gautier. C’est le paysage qui te rend si émotif ?
- Je suis sérieux, pour une fois. (Il posa la main sur l’épaule du « jeunot ».) Tu es parmi nous depuis quelque temps, maintenant ; assez pour que je te considère réellement comme un frère. Et tu sais ce que font les frères ? Ils s’entraident.
- Tu deviens ridicule, s’acharna Gautier.
- Cela me passera.
- Qui me dit que tu ne fais pas cela seulement pour avoir le fin mot de l’histoire ?
- Moi, je te le dis. Je ne mens pas à mes amis, d’autant plus qu’ils se font rares.
- C’est absurde. Le mensonge est parfois la seule issue, surtout lorsque l’on veut protéger quelqu’un.
- Alix. »

Gautier soupira, puis acquiesça : « Alix.
- Donc si je comprends bien, l’archère, que nous connaissions déjà, a récemment tout compromis.
- Rien ne t’échappe.
- Et maintenant, c’est la guerre. Aaaah, l’amour. »

Loup caressa son bouc un instant, signe de réflexion, avant de proposer : « J’ai une idée. Un de mes secrets contre le tien.
- C’est loin d’être équitable.
- Tu découvrirais quelque chose que seul Alexandre sait. Saisis ta chance !
- Très bien. Toi d’abord. »

Après tout, si Gautier n’avait pas envie de dire toute la vérité, il pouvait toujours reformuler certaines choses.

« D’accord, d’accord. C’est idiot, mais félicitations, tu es le second à savoir que j’ai une femme, ainsi qu’une fille.
- Toi, une famille ? » s’étonna Gautier.

Cela n’avait rien de grave comparé à celui de Gautier, au contraire, mais il se réjouissait tout de même d’avoir la quasi-exclusivité de cette information.

« Mais où sont-elles ? Leurs prénoms ? Que sait ta femme de la Confrérie ? Et...
- C’est une longue histoire, le coupa Loup. Heureusement, le temps ne manque pas ce soir. »

Ainsi, le Maître-Assassin lui dévoila toute une facette de sa vie. Gautier, mis en confiance, fit de même et, contrairement à ce qu’il avait prévu, ne déforma aucun fait.

 
 
                                                                   ***
 
 

                   Quelques jours plus tard, 17 Août 1415, Harfleur, Normandie.
 
 

Trois jours plus tôt, une lettre de la reine Isabeau leur était parvenue - Mathias savait où se trouvait le château. À la lecture de son contenu, Alexandre dépêcha une dizaine d’Assassins qu’il répartit en deux groupes, histoire de ne pas attirer l’attention lors du voyage. Loup menait le premier, et Gautier s’était vu, contre toute attente, attitrer le second - ceci s’expliquait par l’absence de Maître-Assassin, Loup mis à part. Le Mentor, par précaution, avait préféré rester à Yèvre-le-Châtel, tandis qu’Alix était dans le premier détachement.

Gautier, Ralph et trois autres Assassins arrivèrent devant la Porte de Rouen. Gautier montra la lettre frappée du sceau de la reine au chef de la garnison, mandé par l’un des gardes, avant de le prévenir de l’arrivée d’un prochain régiment réduit sous peu. Le groupe pénétra ensuite dans la cité fortifiée d’Harfleur.

Le temps pressant, Gautier s’entretint avec Jean d'Estouteville, le capitaine en question, dès qu’il mit pied à terre.

« Combien d’hommes avons-nous ?
- Une centaine il y a moins d’une heure, monseigneur. (L’Assassin se rengorgea à l’entente de ce titre qu’on ne lui avait plus attribué depuis longtemps, puis mit sa fierté de côté.) Cependant, quatre cent hommes sont arrivés en renfort. »

En effet, du peu qu’il voyait, la cité grouillait d’agitation nouvelle.

« Cinq-cents soldats, donc ? Savez-vous seulement le nombre d’Anglais au dehors ? Au moins trente mille !
- Je le sais, mais le roi refuse tout renfort supplémentaire. Mes hommes, les vôtres, ainsi que ceux du sire de Gaucourt sont notre seul espoir. »

Quelques centaines de guerriers face à des milliers ? Gautier était prêt à relever le défi.

[Puduk]
[Puduk]
MP
17 août 2017 à 11:25:32

J'ai craqué :hap: , j'ai pas pu attendre que tu mettes les autres chapitres
J'ai été me régaler sur l'ancien topic, un pur bonheur :ok:

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