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Sujet : [FIC] Cent Ans

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Jadas
Jadas
MP
17 août 2017 à 16:07:29

Tu t'es donc tapé les 34 chapitres ? Chapeau l'artiste :noel:

Merci à toi en tout cas, je vais finir de poster les chapitres ici (il serait temps, oui :hap:) et après on enchaînera avec le 35. Bienvenue dans l'équipe [[sticker:p/1lm9]]

Jadas
Jadas
MP
17 août 2017 à 17:59:04

Précédemment dans « Cent Ans » : Gautier revient à la forteresse, où l’attend Ralph, qui lui apprend la présence de l’Archère. Les deux amis, troublés, n’arrivent pas à empêcher cette dernière de s’entretenir avec Alix qui, une fois le secret de Ralph et Gautier connu, les menace avant de laisser l’Archère partir. Les jours se suivent et se ressemblent, et Alix ne démord pas. Le 17 Août, sur demande de la reine, quelques Assassins arrivent à Harfleur en renfort, car les Anglais se préparent à attaquer. Néanmoins, même avec l’arrivée des Assassins et de quatre cents soldats, la situation est critique ; les Anglais seraient plus de trente mille.
 
 
 

                                                              • CHAPITRE 25 •
 
 
 

Après avoir passé en revue la garnison, les vivres, s’être entretenu avec le nouveau capitaine, le sire de Gaucourt, à qui d’Estouteville avait dû céder le commandement et, enfin, avoir aidé à renforcer les fortifications, Gautier se sentit à bout de forces.
De fait, même si les milliers de chevaliers au dehors ne l’effrayaient pas, il ne s’imaginait pas les affronter épuisé. Ainsi, on attribua aux deux groupes - le second était arrivé quelques heures après le premier - une auberge aménagée pour l’occasion, dans laquelle les Assassins se ruèrent sans demander leur reste. De toute manière, les assaillants ne lanceront pas l’assaut de sitôt, alors autant profiter, se disait Gautier.
Malheureusement, il réalisa son erreur lorsqu’on vint le réveiller au beau milieu de la nuit, le lendemain.

« Les Anglais, murmura Loup pour ne réveiller personne. Ils sont établis non loin. »

Gautier, à moitié réveillé, ne savait pas s’il rêvait ou non. Le Maître-Assassin, impatient, lui pressa l’épaule. Ce n’était pas un songe.

« Prépare-toi. Qui sait ce que les ténèbres nous réservent ? »

Après s’être davantage habillé et paré de sa lame-secrète, Gautier suivit Loup dans les méandres de l’obscurité. Son ami l’emmena d’abord sur le rempart sud, qui donnait sur le chenal vers l’estuaire de la Seine. Loup lui montra la flotte anglaise, qui avait bloqué cette embouchure. La fuite par la mer était désormais impossible. Ensuite, ils rallièrent le rempart est, duquel ils constatèrent la présence des Anglais. De fait, leur camp se profilait maintenant au loin, sur la plateau du Mont-Cabert, ainsi que sur les versants et les terrasses. L’ennemi avait envahi le
paysage.

« Il fait nuit, nous sommes deux ; ne me dis pas que...
- Bien sûr que nous allons nous y faufiler ! »

Gautier soupira. Non pas que la tâche lui faisait peur mais..., la fatigue le tiraillait.

« Quoi, tu ne te sens pas à la hauteur ?
- Rien à voir ! se défendit Gautier. Avons-nous un plan ?
- Hm... Tout dépend du point de vue, j’imagine. »

 
 
                                                                   ***
 
 
Ils se frayèrent un chemin à travers la cité, éclairée par-ci, par-là grâce aux torches des veilleurs. Ces derniers étaient au courant que les Assassins avaient carte blanche ; ainsi, leur virée nocturne n’attira aucunement leur attention.
Ils durent faire un petit détour afin d’avoir une chance d’arriver au camp anglais de la rive est. En effet, la porte la plus proche n’était autre que celle de Rouen, située au sud-est de la ville. Ils avaient pensé à descendre directement de la muraille, mais cela aurait nécessité de traverser les fossés autour de la ville à la nage, procédé loin d’être silencieux.
Une fois hors des murs, ils marchèrent prudemment jusqu’à leur destination.

« Sais-tu au moins qui nous allons trouver là-bas ? Et ne me réponds-pas ‘’des Anglais’’, chuchota Gautier.
- À ton avis ? Si je le savais, nous ne serions pas là. »

Soudain, Loup tendit horizontalement son bras, signe d’un arrêt. Gautier comprit pourquoi lorsqu’il entendit des voix s’élever dans le silence pesant de l’obscurité. Il vit également les prémices d’un feu, au loin.

« Nous y sommes presque. Redoublons de prudence. »

Fort heureusement, ils avaient la nuit de leur côté, que même leurs tenues ne trahissaient pas. De fait, le blanc aurait pu jurer avec les ténèbres ; seulement, leurs tuniques n’avaient plus rien de clair après leur voyage et tout ce qui s’était ensuivi. Les Assassins se mêlaient ici non plus à la foule, mais à la nature.
Néanmoins, se déplacer ne leur était pas si aisé, car le sol était quelque peu boueux et spongieux. Avec un peu de chance, le léger tumulte des quelques soldats éveillés couvriraient le bruit.
Ils s’approchèrent davantage, couverts par la végétation et protégés par leur habilité - acquise au prix d’heures de dur labeur. Ils étaient là, tout près du camp, lorsqu’un clapotis transcendant parvint à leurs oreilles. Ils ne voyaient rien clairement, n’étant pas encore entrés dans le camp, mais entendaient. Les bruits provenaient du nord.

« Le roi est là ! » murmurèrent plusieurs soldats, avec une once d’excitation, alors que la rumeur mélangeant anglais et français s’élevait.

Bientôt, de nombreux chevaliers sortirent des tentes. Tous voulaient voir leur roi, dont l’arrivée signait le début imminent des hostilités.

« J’avais cru apercevoir un autre campement, à l’ouest. Henri, si c’est bien lui, vient sûrement de là.
- Une vue remarquable. Dommage que tu ne m’aies pas averti plus tôt, ironisa Gautier.
- Je ne pensais pas qu’il rejoindrait aussi rapidement ses troupes. Nous devons nous approcher. »

Ils s’engouffrèrent donc dans un dédale de tentes interminable. Les soldats continuaient d’affluer en nombre, ce qui complexifiait leur tâche. Pourquoi diable fallait-il que Sa stupide Majesté arrivât maintenant ?
Avec toutes ces sorties impromptues, Gautier faillit se faire surprendre par trois fois, mais Loup sut le ramener dans son obscur sillage à chaque fois. Il fallait bien que l’élève apprît du maître de temps à autre.

Ils allaient toujours vers le nord, en passant par le côté gauche du campement, lorsqu’ils entendirent un fracas singulier. Les deux Assassins s’approchèrent de la source du bruit, qui venait... des mines. Visiblement, les assaillants n’avaient pas de temps à perdre. Ils voulurent s’approcher davantage, mais la forte concentration de mineurs les en empêchèrent ; ils poursuivirent donc leur pérégrination.
À force de persévérance, ils arrivèrent environ au centre du camp, où trônait un foyer chaleureux. Gautier eut une terrible envie d’aller s’y réchauffer, tant la nuit était froide et humide, contrairement au jour. Seulement, il n’était pas Anglais.

Ils parvinrent in extremis à se dissimuler entre deux chevaux sombres comme le passé de Gautier, puis tendirent l’oreille. Le roi et son immense escorte était maintenant tout proches.

« Duc de Clarence, laissez-moi vous féliciter pour votre hardiesse. Vous avez su contourner cette maudite zone inondée et braver les ponts détruits par nos ennemis, afin d’arriver sur cette fameuse rive est, que je déclare nôtre aujourd’hui et à jamais, comme le sera bientôt Harfleur ! »

Des cris d’approbation retentirent.

« Harfleur, mes bons chevaliers, n’est autre que la clé du Royaume de France, qui nous revient de droit ! »

D’autres acclamations.
Puis le silence.

« Majesté, répondit le Duc, c’est un honneur de pouvoir ainsi vous servir et, par là même, notre royaume. Demandez et j’exécuterai.
- J’entends bien, dit le monarque. Pour l’heure, nous devons nous entretenir, avant que la ville ne s’éveille. À présent, soldats, je ne veux plus rien entendre, à part le bruit de ma tente que l’on installe et de mon cheval que l’on nourrit. »

Henri V descendit de sa monture, avant de pénétrer dans la tente du Duc, en sa compagnie, dans un silence royal.
Tout autour des Assassins s’agitèrent les hommes du roi. S’ils ne se déplaçaient pas rapidement, c’était l’échec assuré. C’est pourquoi Gautier et Loup déguerpirent au prix d’une prudence accrue. Néanmoins, même ainsi, le pouls de Gautier s’affolait, et il sentait son cœur cogner dans la poitrine. Il n’avait pas tant d’expérience que cela derrière lui et, du coup, avait encore un peu de mal à se contrôler totalement.

Les choses se corsèrent lorsque Gautier perdit Loup de vue. Le Maître-Assassin avait profité de l’inattention d’un soldat pour se faufiler plus en avant, vers le sud, mais celui-ci s’était vu rejoindre par un groupe nombreux, et il était maintenant impossible pour le jeune Assassin d’emprunter le même chemin que son aîné, qui semblait avoir disparu dans la nuit.

En tendant l’oreille, il se rendit compte qu’il était encerclé. À vue d’œil, sortir du camp comme il y était rentré ne lui prendrait qu’une poignée de minutes, mais l’accès était maintenant bloqué, et le combat n’était même pas envisageable. Il n’avait plus qu’à trouver un moyen de s’échapper le plus discrètement possible, mais le silence imposé par le souverain lui compliquait infiniment la tâche. Seuls les bruits de pas des Anglais pouvaient couvrir les siens.

Dans l’immédiat, il devenait urgent de se déplacer, afin de ne pas se faire repérer. Ainsi, Gautier bifurqua vers la droite, accroupi, les soldats s’étant finalement regroupés de l’autre côté. Il marcha sur la pointe des pieds, se dissimula entre les tentes, puis s’arrêta lorsqu’il aperçut enfin la plaine déserte. Bientôt, il serait sorti de là, mais avant, il devait dépasser trois veilleurs, armés de torches. Si seulement ils avaient été immobiles...
Même accroupi, il n’allait pas passer inaperçu. De ce fait, il décida de s’allonger, s’imprégnant ainsi de boue. Pauvre tunique.

Pour plus de discrétion, il s’était décalé à l’extrême droite du camp, et voyait donc les murs de la ville, ainsi que la douve est, la seule quasiment vide de toute eau, sous laquelle, comme il l’avait vu précédemment, les Anglais creusaient.
Il vérifia que les soldats n’éclairaient et ne regardaient pas vers lui, puis se mit à ramper tel un animal traqué. À de nombreuses reprises, il dut s’arrêter, se tapir dans un coin, avant de repartir. Au bout de minutes qui parurent des heures, Gautier quitta enfin le campement. Il était trempé, ses cheveux sales ruisselaient et sa belle tenue n’avait plus une seule parcelle blanche.
Mais il s’en était sorti.

Il erra un instant à la recherche de Loup, qu’il retrouva aisément. Ce dernier l’attendait caché dans l’ombre.

« Beau travail, énonça-t-il simplement. Rentrons, nous devons informer la garnison de ce que nous avons vu. »

 
 
                                                                   ***
 
 

« Des mines ? s’étonna le Sire de Gaucourt. Si tôt ?
- Nous les avons vues comme vous nous voyez, confirma Gautier, qui n’avait pas eu le temps de se laver depuis son retour.
- Nous n’avons plus qu’une seule solution : creuser des contre-mines, et vite. Nous allons devoir mettre tout homme apte au travail, et fournir des pioches à quelques habitants. Ils seront encadrés par un détachement de mes soldats.
- C’est un bon plan, acquiesça Loup. De notre côté, nous prendront part à la défense des murailles, et nous nous renseignerons sur les déplacement ennemis, comme ce fut le cas cette nuit.
- Excellente initiative, d’ailleurs. (Il se tourna vers Gautier.) Monseigneur Mathias du Lac disait vrai sur vous. »

Le concerné eut un rictus fier. Alors comme cela, le cadet vantait les mérites de son aîné auprès des puissants ? Intéressant.

« Mon frère ne ment jamais, affirma Gautier. Tenez-le vous pour dit. » Bon, ce n’était pas tout à fait vrai, mais il se devait de sublimer la réputation de son frangin.

 
 
                                                                   ***
 
 

Vers onze heure, la Place d’Armes accueillit un rassemblement. Les hommes capables de tenir une arme ou une pioche avaient été mandés, tandis que les femmes et les enfants avaient naturellement été laissés tranquilles. Néanmoins, quelques curieux étaient venus.
Raoul de Gaucourt, Jean d’Estouteville, Loup et, enfin, Gautier, se tenaient sur l’estrade de bois, fabriquée pour l’occasion. Le bailli de Rouen - de Gaucourt - calma la foule, qui commençait à s’exciter, puis commença : « Harfleurais, l’ennemi est à nos portes, mais n’ayez crainte ! La cité tiendra face à nos vils assaillants, mais à une seule condition : vous devez participer à la défense. C’est pourquoi je somme chaque homme, à partir de quinze ans révolus, de prendre les armes ! »

Les habitants se regardèrent tour à tour, ne sachant que faire, lorsqu’une voix s’éleva : « Gloire à la France, gloire à Harfleur !
- Harfleur ! Harfleur ! reprirent progressivement en chœur les autres.
- C’est cela, mes braves ! Je savais que la fougue parcourait le cœur de chacun de vous ! »

Quand le capharnaüm diminua, Gautier, présenté au préalable comme l’un des chefs des « alliés », fit un pas en avant et gronda : « Cette nuit, j’ai gagné le campement de nos ennemis, et ils n’ont rien à vous envier ! En dépit de cela, ils pensent s’emparer de la ville en une poignée de jours. Allez-vous les laisser faire ?
- Non ! Non ! Non ! vociféra la horde attirée par l’odeur de la gloire.
- Alors suivez-moi, clama-t-il en descendant de l’estrade, suivi de Loup. Je veux les hommes se sentant capables de manier une arme. Que les autres aillent avec le Sire de Gaucourt ; ils seront affectés aux mines et aux fortifications restantes. »

Son petit discours, couplé à celui du bailli de Rouen, venait brillamment de motiver les futures troupes. Loup l’avait bien préparé, il devait l’admettre.
Au départ, d’ailleurs, Gautier n’avait pas compris pourquoi il avait été choisi pour cette tâche, mais Loup lui avait expliqué l’importance de l’éloquence et du charisme et, de ce point de vue là, il considérait Gautier plus apte que lui.
Le jeune Assassin pensait surtout que Loup était plus timide qu’il n’y parût, mais n’évoqua pas cette hypothèse à voix haute. Ce n’était pas le moment de mettre son ami en rogne.

 
 
                                                                   ***
 
 

À la nuit tombée, l’assaut commença.
L’on avait commencé à creuser les contre-mines, terminé de renforcer les défenses, et entraîné et armé les habitants. Ç’avait été loin d’être simple, mais tous avaient fait du mieux possible.

Les Assassins s’étaient regroupés sur le rempart est, prêts à en découdre. Les Anglais avaient réussi à mettre en place certains de leurs engins de siège, et les échelles pleuvaient sur les murs.

Le combat allait bientôt commencer.

Jadas
Jadas
MP
17 août 2017 à 18:08:04

Précédemment dans « Cent Ans » : Les Anglais lancent le premier assaut sur Harfleur, mais les défenseurs tiennent bon et les repoussent. Entre-temps, Johan débarque et annonce une terrible nouvelle à Gautier : Alaric et ses hommes sont sortis de l’ombre pour assaillir la forteresse des Assassins. Alexandre a confié le Suaire au Scandinave, qui l’a amené à Harfleur. Au terme d’une pénible discussion avec Loup, Gautier décide de s’occuper seul de la situation et part pour Yèvre à l’aube.
 
 
 

                                                           • CHAPITRE 27 •
 
 
 

Sortir de la cité fut ardu, mais Gautier y parvint aux premières lueurs du jour. Il s’en était allé comme il était arrivé, par la Porte de Rouen, et avait veillé à rester discret afin de passer outre le blocus ennemi. De plus, contrairement à Johan, il n’avait pas dû abandonner son cheval.

Fort heureusement, d’ailleurs, puisque sans lui, Gautier n’aurait jamais pu rallier la forteresse en trois jours. Il avait filé ventre à terre durant ce temps, s’arrêtant de rares fois, toujours dans la plus grande discrétion. Néanmoins, il lui était arrivé de croiser quelques vauriens ou déserteurs, qu’il avait pris un malin plaisir à décimer. De toute façon, cette présence hostile n’était rien comparée à la faim qui tiraillait ses entrailles. Sa monture avait pu brouter, mais lui avait rapidement épuisé ses maigres provisions. Il allait donc devoir affronter ces fichus Templiers le ventre vide, formidable.
Outre ce désagrément physique, l’Assassin se demandait comment ses confrères avaient réagi, à Harfleur. Qu’est-ce-que Loup avait bien pu leur raconter pour qu’ils ne s’inquiétassent pas ? Ou peut-être n’avaient-ils rien remarqué ? Tout était possible.

Dès qu’il s’approcha du village, Gautier s’aperçut que quelque chose avait changé. D’habitude, à cette heure matinale, les habitants s’activaient déjà, mais ce n’était pas le cas. Il croisa bien deux gamins jouant avec un chien, mais c’était là tout. Du reste, leur mère ne tarda pas à les faire rentrer. Il s’aventura près de l’auberge et mit pied à terre, afin d’attacher Noble à l’endroit prévu à cet effet. À vu d’œil, personne n’allait le lui dérober ou même s’apercevoir de sa présence. Il lui tapota l’encolure, avant de reprendre sa route.

La hameau paraissait mort.

Gautier s’était attendu à voir des sentinelles, mais rien non plus de ce côté là. Peut-être que les Assassins avaient réussi à repousser l’assaut ? L’espoir reprit place dans le cœur du guerrier épuisé, mais pas pour longtemps.
De fait, lorsqu’il arriva près de la maison de Johan, Gautier vit la porte à moitié défoncée. Prudemment, il s’y engouffra et découvrit une pièce ravagée. Les Templiers étaient visiblement passés par là. Il n’y avait plus qu’à espérer qu’ils n’y avaient rien trouvé de significatif.
Toutefois, quelqu’un avait bien dû leur révéler l’existence de la demeure. Alors qui, Alexandre ? L’avaient-ils forcé ? Pire, le Mentor avait-il volontairement trahi la cause pour sa propre survie ? Impossible...
Gautier fouilla rapidement les lieux, l’atelier y compris, mais ne trouva rien d’intéressant. C’était un vrai carnage, et tout avait été retourné, mais peut-être pourrait-il se reposer en ces lieux si la situation l’imposait ? Pour l’heure, il ne pouvait rester.

Il poursuivait son avancée lorsqu’il aperçut au loin deux Templiers. Ils étaient donc encore là.
C’était l’occasion rêvée d’infiltrer la forteresse, mais comment évincer l’un sans éveiller l’attention de l’autre ? Gautier avait sa petite idée.

Il revint près de la maison du Scandinave puis, dissimulé derrière l’un des murs, dégaina son épée, puis attendit que ses cibles arrivassent. Il allait devoir agir vite et bien.
Il patienta encore un instant. Les sentinelles, vêtues chacune d’un jaque frappé d’une petite croix ainsi que d’un bassinet à museau de chien, heaume qui recouvrait toute la tête, étaient suffisamment proches. Gautier vérifia une dernière fois qu’il n’y avait personne alentour, puis frappa. Grâce à l’effet de surprise, il transperça d’un coup net l’aisselle du premier Templier, dont le hurlement fut étouffé, avant de retirer sa lame et de s’occuper du second. Ce dernier tomba à genoux, une belle estafilade vermeille sur le cou, puis son corps inerte s’écroula au sol dans un bruit sourd. L’homme restant voulut riposter, bien que blessé, mais Gautier lui réserva le même sort que son camarade.
Il traîna ensuite tour à tour les deux cadavres dans une pièce de la maison de Johan, ne voyant pas trop où les mettre à part là. Il se défit de sa chère tunique, avant de dévêtir presque entièrement le soldat qui avoisinait le plus sa taille. Il se para dudit accoutrement, puis mit sa tenue d’Assassin et sa lame secrète en lieu sûr, toujours chez le Scandinave.
Lorsqu’il enfila le heaume, une intense sensation de dégoût parcourut son corps. Se mettre dans la peau de l’ennemi était bien plus difficile qu’il ne l’aurait imaginé, et Gautier n’y prenait aucun plaisir. Il était un Assassin et en était fier, ce qui expliquait sûrement sa réaction.

Néanmoins, sur ce coup là, il devait avouer que l’attirail du Templier s’avérait fort utile, surtout le heaume. Sans lui, tout son plan tombait à l’eau. Il ne lui restait plus qu’à trouver une excuse pour l’absence de son collègue.

Gautier inspira un grand coup, puis se dirigea vers le château, dans l’espoir d’y trouver Alexandre et tous les autres.
En vie.

Sur le chemin, il essaya tant bien que mal de calmer son anxiété naissance et pria pour que son subterfuge marchât.

Arrivé devant la herse, il fut apostrophé par une sentinelle, qui s’approcha de lui.

« Déjà de retour ? Rien d’inhabituel, au dehors ? »

Gautier secoua la tête. Non, non, rien d’inhabituel...

« Où est passé Eudes, d’ailleurs ?
- Parti pisser, répondit brièvement Gautier.
- Ah ça, une vraie fontaine celui-là ! Entre-donc. »

Fort heureusement, le garde, sans poser plus de questions, ouvrit la herse à celui qu’il croyait être son allié. Gautier le remercia sans mot dire puis, sans demander son reste, s’éloigna. Il était maintenant en terrain connu, mais entouré d’ennemis. Devait-il dès à présent chercher le Mentor ? Alaric ?
... Thomas ? Était-il là, lui aussi ? Gautier ne désirait que cela, enfin obtenir sa vengeance même si, il le savait, cela ne lui laisserait qu’un goût amer.

Il sortit de ses pensées, préoccupé par l’urgence de la situation. Il s’était jeté dans la gueule du loup sans vraiment s’y préparer, mais ne pouvait plus reculer.
Gautier veilla à se mettre à l’écart, tout en faisant comme s’il vaquait réellement à d’importantes occupations. Cela n’était pas difficile ; il ne détonnait pas dans le paysage, car certains Templiers portaient eux aussi un heaume.
Numériquement parlant, il devait y avoir une cinquantaine de ces chiens dans la cour ; un sacré paquet, surtout qu’il devait encore y en avoir dans les différents bâtiments. Parmi eux, Gautier notifia d’ailleurs quelques chevaliers anglais. Les Templiers avaient définitivement Henry V de leur côté...
Concernant la petite vingtaine d’Assassins qui étaient restés sur place, Gautier se demanda où ils étaient passés. Si, par miracle, ils n’étaient pas tous morts, Alaric les aurait probablement envoyés dans les geôles.
C’est donc là que se rendit Gautier.

Il fit un léger signe de la tête aux deux soldats plantés devant la bâtisse, qui lui rendirent, prenant cela pour un geste amical, puis pénétra dans cette dernière. Les Templiers n’avaient aucune raison de s’inquiéter ; après tout, celui qui venait d’entrer était de leur côté, non ? C’était sûrement ce qu’ils devaient se dire. Encore une fois, Gautier les avait bien bernés, mais pour combien de temps ?

Dieu merci, il n’y avait aucune présence hostile à l’intérieur, au contraire - l’odeur putride de chair mêlée au sang mise à part. Il s’aperçut que la quasi-totalité des Assassins étaient bel et bien entassés ici, derrière des barreaux glacials. Ils dévisagèrent Gautier dès qu’il se montra et parurent surpris qu’il ne réagît pas au quart de tour. Devait-il pour autant dévoiler sa véritable identité ? Il hésitait.
En détaillant les combattants, il se rendit compte que certains étaient blessés, mais pas grièvement. C’étaient plutôt des plaies dues à quelque mauvais traitement. Y avait-il eu bataille ? Rien n’était moins sûr.
Gautier songea à libérer ses confrères, mais c’était le massacre assuré ; leurs ennemis étaient bien trop nombreux.

Néanmoins, même si les rangs semblaient complets, toujours nulle trace du Mentor. Était-il le seul à avoir péri ? Non, cela ne se pouvait. Pas lui.

Avide de découvrir le fin mot de l’histoire, Gautier lança un dernier regard à ses véritables frères et sœurs d’armes, puis sortit, avant de se rendre vers la Salle de Détente d’un pas rapide. Il ouvrit la porte et s’apprêtait à la passer lorsqu’on l’interpella : « Toi, là ! Aide-nous donc à apporter ce baquet dans la tour. C’est plus lourd qu’il n’y paraît. »

Gautier, d’abord stoïque, se mit rapidement au travail et agrippa l’un des rebords du fameux baquet, empli d’eau. Pourquoi l’amener dans la tour ?
Il le comprit bien vite lorsque, après avoir monté les escaliers et atterri dans le bureau du Mentor, il y vit ce dernier. Il fut si surpris qu’il faillit en lâcher la bassine en bois. Dès que celle-ci fut posée, Gautier, les yeux écarquillés - même si cela ne se voyait pas de l’extérieur - riva son regard sur Alexandre. Il était là, mains liées à un anneau serti dans le mur de pierres et pieds dans le vide. Son torse nu révélait maints hématomes et coupures, ainsi qu’une trace de brûlure. Gautier, sidéré, se fit violence afin de rester dans la pièce sans intervenir, faisant mine de monter la garde.

C’est à ce moment qu’il remarqua la présence de deux chevelures auburn, qui lui firent hérisser les poils.

Alaric et son bâtard de fils.

Message édité le 17 août 2017 à 18:10:07 par Jadas
[Puduk]
[Puduk]
MP
17 août 2017 à 18:32:50

Juste une question, les noms des personnages étaient des noms typiques de l'époque? :question: (cf Loup, Alix)
Flemme de chercher :hap:

Jadas
Jadas
MP
17 août 2017 à 19:24:05

On les retrouvait au Moyen-Âge, affirmatif. Hors de question que je mette des noms anachroniques, si je puis dire :hap:

Hayato-San
Hayato-San
MP
18 août 2017 à 01:45:15

Le 16 août 2017 à 23:25:25 Jadas a écrit :
J'ai tellement hâte de faire le 2… J'attends qu'il passe en rétro One

DAI :bave: Dorian :bave: Par contre j'espère que t'as pris une édition goty ou au moins le dlc Trespasser :oui:

Il est pas aussi mauvais que ce que j'avais pu lire. C'était assez jouissif de jouer un mage dans celui-là, c'est super dynamique, comparé à Origins où le gameplay mage te donne l'air d'avoir constamment un balais dans le fi*n :hap:

J'étais persuadé que t'avais fait toute la série... Du coup t'as fait Origins et Inquisition sans passer par le II ?
J'espère que t'as aimé Varric dans DAI, parce que tu vas en bouffer dans le II :hap: (Mais comment ne pas l'aimer de toute façon ? :noel: )

Et non, pas de GOTY ou de DLC, j'ai trouvé chaque épisode sur un site de clé pour un prix réduit, mais ça n'exclue pas que je m'achète quelques DLCs :oui:

Ah et bienvenue Puduk (j'ai la désagréable impression qu'il manque une voyelle à la fin de ton pseudo, m'enfin :noel: )

Message édité le 18 août 2017 à 01:48:20 par Hayato-San
Jadas
Jadas
MP
18 août 2017 à 08:25:55

J'ai découvert DAI un peu par hasard, et ça a été un gros coup de coeur. Quand DAO, dispo en rétro, a fait son apparition dans le gwg de juillet, j'ai sauté sur l'occasion. Du coup maintenant j'attends avec impatience que le II y passe à son tour :bave: (Et niveau ost, Destiny of Love et Mage Pride :bave:)

Oui j'aime bien Varric, mais niveau nain, personne surpasse cet alcoolo d'Oghren :rire:

Si t'accroches à DAI tu seras obligé de prendre Trespasser mon coco. Sinon, quand t'en auras fini avec la saga, tu me diras qui t'as romancé dans chaque opus, histoire que je sache si je dois encore te respecter ou non :hap:

Message édité le 18 août 2017 à 08:28:18 par Jadas
Hayato-San
Hayato-San
MP
18 août 2017 à 11:14:02

Je suis un véritable fuckboy, surtout dans DAO :noel: mais bon, je dirais tout en détail quand tout sera terminé :noel:

[Puduk]
[Puduk]
MP
18 août 2017 à 11:28:57

Ah et bienvenue Puduk (j'ai la désagréable impression qu'il manque une voyelle à la fin de ton pseudo, m'enfin :noel: )

Je me suis fait toute les voyelles possibles dans ma tête avant de me rendre à l'évidence[[sticker:p/1kks]]

Jadas
Jadas
MP
18 août 2017 à 18:59:53

J'attends ça avec impatience Haya :hap:

Fallait s'y attendre Pdk :hap: sans les voyelles ça rend mieux, voilà :noel:

[Puduk]
[Puduk]
MP
18 août 2017 à 20:10:09

C'est moche :nah:

Jadas
Jadas
MP
20 août 2017 à 18:20:28

Fallait avoir un meilleur pseudo :hap:

[Puduk]
[Puduk]
MP
20 août 2017 à 19:06:14

C'est pas gentil :snif:

Jadas
Jadas
MP
20 août 2017 à 19:16:10

Je suis loin d'être reconnue pour ma gentillesse [[sticker:p/1kki]]

Jadas
Jadas
MP
21 août 2017 à 01:06:41

Précédemment dans « Cent Ans » : Gautier, revenu à Yèvres, constate l’atmosphère morbide qui y règne. Sur un coup de chance, il aperçoit deux Templiers et décide des les attaquer par surprise. Victorieux, il cache les cadavres dans la maison de Johan, antérieurement fouillée, puis revêt la tenue d’une des sentinelles. Il dissimule sa tunique ainsi que sa lame secrète chez le Scandinave, avant de pénétrer dans la forteresse. Au fil de son avancée, il découvre qu’il est entouré de plus d’une cinquantaine de Templiers, dont des soldats Anglais. Il retrouve la totalité des Assassins dans les geôles, sauf Alexandre. Il trouve ce dernier dans sa propre tour, en mauvaise posture, sous les yeux d’Alaric et Thomas. Gautier se fait violence et reste dans la pièce pour observer ce qui va suivre.
 
 
 

                                                           • CHAPITRE 28 •
 
 
 

Gautier, droit comme un piquet dans son barda de Templier, était figé par la situation et la présence d’Alaric. D’un autre côté, il bouillonnait de rage à la vue de Thomas. Malheureusement, il ne pouvait rien faire. S’il se dévoilait en tant qu’Assassin, tout était fichu. Il ne lui restait plus qu’à attendre. Mais quoi, au juste ?

« Mon cher Alexandre... Tu m’as déjà dit tant de choses, mais je sais que tu ne m’as pas tout révélé », lâcha l’individu à la barbe flamboyante, faisant mine d’être déçu, sans prêter attention à Gautier ainsi qu’à l’un des Templiers resté dans la pièce.

« Pas tout révélé » ? s’inquiéta Gautier. Alors comme cela, le Mentor avait parlé ? Oh, oui, sûrement au sujet de la maison de Johan, en sachant que les Templiers n’y trouveraient rien. Ce ne pouvait être que cela. Ou alors...
Non, il ne trahirait pas. Jamais. Peut-être avait-il donné de fausses informations à leurs ennemis ? Déjà plus probable.

Alaric s’approcha lentement d’Alexandre, tel un prédateur, avant de se planter devant lui. L’Assassin, le menton contre la poitrine, semblait presque inconscient. Le Templier empoigna les cheveux du Mentor afin de l’obliger à relever le visage, ce qu’il fit dans un grognement à peine perceptible. C’est là que Gautier aperçut son faciès tuméfié. Le bourreau improvisé ne l’avait pas raté ; le Grand Maître ne devait pas en être à son coup d’essai.

« Tout ce sang sur ton visage... Il serait temps de le nettoyer. »

De sa position, Gautier ne voyait plus le visage de ce chien, mais pouvait facilement deviner son rictus mauvais.
Le Templier détacha sans douceur les mains d’Alexandre qui, épuisé, s’écroula à genoux, juste devant le baquet d’eau. Vu son état, il n’y avait aucun risque qu’il tentât de s’échapper, et Alaric le savait. Thomas, quant à lui, observait la scène avec une attention malsaine, qui fit battre le sang de Gautier à tout rompre dans ses veines. Il voulut serrer ses poings gantés, mais se retint par souci de discrétion, naturellement.

« Maintenant que je sais où est le Suaire, je veux les autres artefacts. Tu es bien plus renseigné que tu ne veux l’avouer, Assassin. »

Dans un mouvement presque brusque, le concerné riva son regard ahuri et perdu vers Alaric. Gautier ne lui connaissait pas de telles expressions ; le Mentor était toujours confiant, d’habitude, rien ne pouvait le surprendre. L’ancien bandit, sous son heaume, fronça les sourcils en se rappelant les paroles du Templier. Comment cela, il savait pour le Suaire ? Avait-il déjà envoyé un détachement à la poursuite de Johan... ? Non, non, et encore non, Alexandre n’était pas du genre à s’avouer vaincu si facilement, en témoignait son corps meurtri.

Néanmoins, Alaric, qui ne semblait pas de cet avis, s’accroupit à côté du Mentor et agrippa de nouveau sa chevelure. D’un geste violent, il lui plongea la tête dans l’eau. Dans toute la pièce résonnaient les plaintes à moitié étouffées de l’Assassin. Gautier n’en pouvait plus de cet affreux spectacle, mais ne pouvait plus reculer à présent. Il ne pouvait ni agir, ni s’enfuir. Il était juste là, abasourdi devant ce cauchemar.

Alaric extirpait le Mentor de l’eau de temps en temps, avant de l’y replonger à chaque fois. Au bout du quatrième essai, l’Assassin leva la main et ouvrit la bouche comme s’il voulût parler.

« Je t’écoute ? fit le bourreau, soudain intéressé.
- Va... en enfer.
- Inutile d’énoncer ta destinée. »

Sur ce, la géhenne recommença.

 
 
                                                                ***
 
 

Au bout de vingt minutes de torture - peut-être moins, peut-être plus, Gautier avait perdu la notion du temps - Alaric, sans doute écœuré de n’avoir rien appris davantage, relâcha définitivement Alexandre, au bord de l’évanouissement. L’autre Templier dans la pièce était parti, pour une raison inconnue. Seuls restaient Thomas et son père - ô joie.
Néanmoins, contre toute attente, cela ne dura pas longtemps. Le Grand Maître, après s’être essuyé les mains sur le pantalon de l’Assassin, l’accrocha de nouveau à l’anneau, puis s’adressa à l’autre rouquin présent.

« Tout cela m’a donné une faim de loup. Descendons nous rassasier, tu veux ? »

Thomas, sans demander son reste, lui répondit par l’affirmative. Alaric se tourna ensuite vers Gautier et l’apostropha pour la première fois : « Toi, reste ici. Vu son état, il ne devrait pas te causer de soucis, et puis, tu es armé. »

Sur ce, Alaric lui sourit étrangement, avant d’agripper doucement sa progéniture par l’épaule et de disparaître.

Gautier qui, sans s’en apercevoir, avait retenu sa respiration durant ce petit intermède, souffla enfin. Il jeta un regard vers l’entrée principale du bureau et y aperçut la clé. Soulagé, il entrebâilla la porte afin de vérifier qu’il n’y avait personne dernière, puis la referma en tournant le sésame dans la serrure ornée.
Il voulait limiter l’accès à la pièce. Si, par malheur, un Templier revenait trop tôt, il n’aurait qu’à dire qu’il l’avait fait afin de s’assurer que le prisonnier ne sortît pas - on ne savait jamais, après tout.

Profitant de l’opportunité unique d’être seul avec Alexandre, Gautier s’approcha de lui, puis ôta son heaume. Naturellement, l’Assassin ne réagit pas, trop épuisé pour relever le menton de lui-même. Peut-être n’avait-il même pas détecté la présence de son disciple.

« Mentor...? » se risqua Gautier.

Alexandre émit un faible rire, soudain conscient et ayant relevé la tête - quelques gouttes de sa chevelure trempée finirent leur course sur le visage du plus jeune - avant de répliquer difficilement, toussotant par moments : « Je t’avoue..., que je m’attendais... à voir Loup. »

Les lèvres de Gautier s’étirèrent aussi dans un léger sourire.

« J’avais songé à ce cas de figure, moi aussi, mais Loup sait me persuader de commettre les pires folies.
- Quelle folie..., en effet. »

Il avait toujours autant de mal à aligner deux mots, mais faisait du mieux qu’il pouvait. C’était un miracle qu’il fût encore conscient, alors Gautier ne lui en demandait pas davantage. Toutefois, la situation pressait et il ne pouvait se permettre de lui laisser tout le temps du monde.

« Mentor, écoutez-moi. Par chance, les Templiers ont quitté la pièce, mais ils ne tarderont pas à revenir. Toutefois, fuir maintenant serait du suicide, notre seule issue sera l’obscurité. La surveillance devrait être moindre de nuit, je pensais donc réapparaître ici ce soir et vous faire échapper. Par contre, impossible de passer la herse et, vu votre état, passer autre part non plus, alors... » Gautier s’apprêtait à soupirer de désespoir, venant de se rendre compte en l’énonçant à haute voix que son plan ne tenait pas debout, lorsque le Mentor vint à sa rescousse.

« Passage... secret. »

Les yeux de Gautier s’illuminèrent. Enfin une bonne nouvelle ! C’était presque trop beau pour être vrai...

« Vraiment ? Où donc ? s’impatienta Gautier.
- Armurerie. Porte dérobée..., trappe..., tunnel..., sous muraille. »

Il toussa encore, cracha un peu d’eau, puis reprit : « Dans quelques heures... ».

Gautier acquiesça, remit son heaume puis, entendant du bruit provenant des escaliers, déverrouilla la porte avant de se remettre à sa place initiale. Alaric pénétra à ce moment dans la pièce, l’air satisfait et la panse probablement remplie, après quoi il ordonna à Gautier d’aller se détendre un peu et manger à son tour, avant de revenir prendre son tour de garde la nuit tombée. Évidemment, n’ayant pu espérer mieux, il opina du chef, puis s’en alla.

 
 
                                                                ***
 
 

En toute logique, il ne se mit pas à table, ne pouvant enlever son heaume, et ne se détendit pas non plus. Au contraire, il passa un temps considérable à repérer les lieux, qui prenaient une toute autre allure cernés de Templiers et de soldats anglais. Le château, véritable foyer des Assassins, n’avait plus rien de chaleureux à présent. Ils allaient devoir y remédier, et vite mais, pour l’instant, Gautier était chargé d’une autre mission, autant voire davantage périlleuse.

Dès que l’obscurité eut recouvert l’endroit, Gautier se pressa vers la tour habituellement réservée au Mentor. Il se retint de grimper les marches quatre à quatre puis, arrivé devant la porte, entra sans frapper. Alaric n’était plus là, et seul restait un autre Templier, qui devait avoir été averti de l’arrivée de la relève, vu qu’il ne demanda pas son reste avant de décamper.

Tout avait été d’une facilité déconcertante jusqu’à présent, mais le plus difficile était encore à faire.

Visiblement, Alexandre, qui semblait en meilleure forme - c’était tout de même un grand mot -, n’avait pas dû endurer d’autres douleurs dans la journée. Cela faisait une difficulté en moins, Gautier n’aurait sans doute pas à le porter tout du long.

« Mentor, vous sentez-vous capable de le faire ? voulut s’assurer le jeunot en lui détachant les mains.
- Observe..., et apprends. »

Le plus expérimenté des deux retomba sur ses pieds, chancelant mais entier. Ses poignets rougis par les cordes rugueuses témoignaient du supplice qu’il avait subi des heures et des heures durant, attaché là, presque seul.
Il but quelques gorgées à même le baquet qui avait servi à le torturer plus tôt, avant de s’emparer d’une simple chemise en lin dans ses effets personnels, plus loin, et de l’enfiler, à défaut de savoir où les Templiers avaient mis sa tunique sombre d’Assassin. Il devait se sentir vulnérable, sans cette magnifique tenue et, surtout, sans armes. Sur cette joyeuse interprétation, il se tourna vers Gautier, toujours casqué, pour lui montrer qu’il était prêt.

Là, deux choix s’offraient à eux : passer par les escaliers menant à la Salle de Détente, ou bien emprunter l’une des murailles, qui reliait directement la tour du Mentor à celle de l’Armurerie. Naturellement, la seconde option s’imposa à eux, bien que des Templiers risquaient d’occuper le chemin de ronde. Le cas échéant, Gautier aviserait. En revanche, il leur serait quasiment impossible d’emmener les autres Assassins avec eux... Ils allaient vite devoir amener des renforts afin de reprendre la forteresse, mais ce n’était pas le sujet, dans l’immédiat.

Alexandre jeta un dernier coup d’œil à la pièce, jurant à demi-voix qu’il reviendrait bientôt, avant de suivre son disciple, qui ouvrait déjà la porte massive en bois, donnant sur la fameuse muraille. Étonnamment, il n’y avait aucun ennemi à l’horizon, ce qui éveilla la méfiance de Gautier et, probablement, d’Alexandre. Néanmoins, ils n’avaient pas le temps de se questionner et ne s’éternisèrent pas.
Sans regarder la cour, ils longèrent le rempart, accroupis, et arrivèrent rapidement devant la porte de l’Armurerie. De la même façon, Gautier la poussa lentement, surpris qu’elle ne fût pas verrouillée.

Une fois sur la plate-forme de la pièce, Gautier emprunta l’échelle boisée, afin de descendre. Dès qu’il fut au sol, il assura la descente d’Alexandre, qui s’en tira bien, avant d’attendre ses instructions concernant le passage.

Cependant, ce ne fut pas la voix du Mentor qui parvint à ses oreilles, mais un rire démentiel, suivi d’une exclamation.

« Voyez-donc comment nos invités essaient de prendre la poudre d’escampette ! Bah, jamais contents, ces Assassins ! »

Dans le même temps, Alaric sortit de l’ombre, quelques sbires à ses côtés, Thomas y compris.
Gautier, interdit, ne comprenait plus rien. Comment était-ce possible ? La situation lui échappait totalement.

« Ce n’était pas idiot, comme plan, admit l’homme aux cheveux de feu. Mais, comme tout plan, il comportait des failles. Trois, pour être précis. »

Le Templier observa longuement les deux compagnons, se délectant de sa victoire et des explications qui allaient suivre. Gautier n’avait qu’une envie : l’étrangler. Mais pas que lui, oh non ; ils devaient tous crever, autant qu’ils étaient.

« Pour commencer, cher Alexandre, tu n’aurais jamais dû me révéler l’existence de cette... maison, qui appartient à je ne sais qui. Oh, tu m’as bien dit qu’elle t’appartenait, mais l’on sait bien que c’est ici mensonge. Tu te croyais malin, n’est-ce-pas ? Ah, tu pensais me faire perdre du temps, mais vois-tu, j’y ai gagné un précieux renseignement ! »

Tout en exposant les faits, le Grand Maître se mouvait gracieusement, les mains jointes derrière le dos. Seuls le bruit de ses bottes et sa voix étaient audibles par l’assemblée.

« Lequel ? Eh bien..., les croquis de ce passage dit secret, bien qu’il ne le soit plus à présent. »

Fièrement, Alaric agita les dessins sous le nez du Mentor, dont le faciès se décomposa davantage.

« Deuxièmement... »

Brusquement, le Templier se planta devant Gautier.

« C’est vrai que j’hésite toujours à propos de ton identité. »

Sans attendre, il arracha quasiment le heaume de l’Assassin, qui percuta le sol dans un fracas assourdissant, sonnant ainsi la fin. Le père se tourna vers le fils.

« Gautier, c’est cela ? (Thomas le confirma.) Bien, bien. Aurais-tu remplacé Loup, le bras droit de notre fameux Alexandre ? Oh, je parie que non, on t’a juste envoyé faire la sale besogne. »

Gautier ne fit que le défier du regard, sans répondre et la tête haute, malgré ses membres tétanisés.

« En tout cas, je reconnais ta bravoure - ou serait-ce de la stupidité ? Peu importe. Gautier, donc, ton erreur relève du détail. »

Alaric empoigna l’épée de l’ancien bandit, qu’il dégaina d’un coup sec. L’Assassin n’avait pas bougé d’un pouce, incapable de faire quoi que ce soit, ce qui aurait d’ailleurs été bien futile.

« Ceci, mon ami, n’est pas une lame de Templier. Cela se voit au pommeau, qui n’est pas serti de notre croix. Tu as enlevé le brassard et la lame caractéristiques à ta Confrérie, ce qui est louable, mais tu n’as pas pensé à ton épée. Quel dommage. »

Alaric se débarrassa de l’arme en la jetant à l’un de ses chevaliers, puis, sans crier gare, asséna un coup de poing fulgurant à Gautier, dont la tête tourna subitement. Sa mâchoire était terriblement enflammée.
Il lança un regard noir à son ennemi, qui s’en fichait royalement.

« Cela, c’était pour mes deux hommes morts par ta faute. Néanmoins, comme je ne suis pas rancunier, je vais te laisser la vie sauve. Pour l’instant. »

Il se tut un court moment, arrêta de marcher, se plaçant ainsi juste devant les deux Assassins, puis, d’une voix bien plus glaciale, dit : « Votre dernière erreur, et pas des moindres, fut de me sous-estimer. Tenez-le-vous pour dit : personne n’échappe à Alaric de Turenne. »

Jadas
Jadas
MP
21 août 2017 à 01:10:29

Précédemment dans « Cent Ans » : Gautier infiltre la forteresse, maintenant sous contrôle Templier, et parvient à berner ses ennemis. Une fois seul avec Alexandre, il l’informe de son plan. À la nuit tombée, Gautier et le Mentor tentent de s’échapper, en ralliant l’Armurerie abritant un passage secret. Cependant, Alaric, ayant un coup d’avance grâce aux croquis retrouvés dans la maison de Johan, les y accueille. Le plan tombe à l’eau.
 
 

                                                           • CHAPITRE 29 •
 
 
 

En effet, personne n’échappait à Alaric de Turenne, Gautier venait de l’apprendre à ses dépens. Et encore, il était persuadé de ne pas avoir tout vu. De cela aussi, il en eut la confirmation au bout de quelques minutes.

« Ramenez le Mentor déchu dans sa tour bien-aimée. Je veux trois hommes pour le surveiller en permanence, compris ? »

Les Templiers présents acquiescèrent en silence. L’un d’eux se hâta et attrapa Alexandre sans ménagement. Ce dernier lança un ultime regard à son protégé, d’un air entendu, avant de disparaître dans la nuit. Le Mentor, malgré sa mine affreuse, venait de donner du courage à Gautier et, selon sa propre personne, il allait grandement en avoir besoin.

« Quant à toi..., reprit Alaric, qui n’était maintenant plus entouré que de son fils et de quatre hommes. Tu dois bien dormir quelque part quand tu restes ici ; aurais-tu une tour, comme Alexandre ? Montre-moi. »

Une tour ? Non, mais Gautier avait effectivement une pièce bien à lui, qu’il partageait avec Alix - du moins, jusqu’à tout récemment. Depuis l’épisode de l’Archère, il avait été contraint de retourner dormir - avec Ralph -dans la chambre des ‘’invités’’ qui l’avait accueilli dès les premiers jours
Gautier ne voulait pas révéler l’existence de sa pièce - bien qu’elle fût au sommet de la tour des Novices, agencée dans un endroit laissé à l’abandon jusque là. Néanmoins, il sentait bien que résister à Alaric dès le début n’était pas le meilleur choix à faire s’il voulait rester en vie, alors il se contenta de bougonner pour exprimer son mécontentement, avant de désigner la porte de l’Armurerie d’un signe de tête, comme pour dire qu’il était prêt à mener le Grand Maître des imbéciles là où il le désirait.

Cela lui crevait le cœur, en plus de bousiller son ego, mais Gautier devait bien admettre qu’Alaric ne lui inspirait rien de bon. Il avait là un adversaire de taille, d’autant plus que l’Assassin était loin d’avoir l’avantage ce coup-ci. Sans plus de cérémonie, Gautier les mena donc, lui et sa suite, dans le coin qu’il affectionnait le plus dans la forteresse, car celui-ci lui rappelait évidemment Alix. Paradoxalement, cela lui serra aussi le cœur d’y retourner.
Ils montèrent tout en haut de la tour infestée de Templiers et, après avoir récolté les précieuses indications de Gautier, Alaric ouvrit la porte de la chambre d’un geste brusque.

En apercevant l’un des vêtements d’Alix sur le lit défait, Gautier plongea davantage dans les méandres d’une amère tristesse. Il était là, dans cette pièce qui lui semblait maintenant froide, aux mains de ses ennemis et dénué de tous moyens de s’en sortir, à première vue. Au moins, s’il devait mourir ici, ses dernières pensées se dirigeraient vers celle qu’il avait toujours eue dans la peau, même sans le savoir.

Mais enfin, pourquoi s’apitoyer alors qu’il ne savait même pas ce qui l’attendait ? Bon, d’accord, sûrement pas une nuit revigorante sur un lit moelleux, mais tout de même. Alaric n’avait peut-être pas encore décidé du sort de L’Assassin...

« Pas d’anneaux ici..., constata le Templier à la chevelure auburn tirant sur le roux. Mais cette fenêtre est parfaite ! »

Gautier suivit le regard du Grand Maître, qui était rivé sur la seule ouverture de la pièce, à savoir une fenêtre à barreaux horizontaux et verticaux. L’Assassin comprit rapidement ce qui l’attendait. Il fut contraint de se mettre torse nu, puis Alaric ordonna à l’un de ses hommes de lui fournir deux grands bouts de corde épaisse, ce qu’il fit. Visiblement, les rivaux éternels de la Confrérie avaient tout prévu.
Le barbu poussa Gautier dans l’optique de le mettre dos à la fenêtre. L’Assassin recula, n’ayant pas eu le choix, mais commença à se débattre quelque peu lorsque le Templier se saisit de l’un de ses poignets. Toutefois, la torsion que lui infligea son adversaire refroidit instantanément Gautier, qui abandonna pour l’instant. Il ne pouvait pas lutter et sentait bien qu’il allait devoir préserver toutes ses forces s’il voulait survivre aux prochains jours. C’est à ce moment là qu’il aperçut un fouet dans la main d’un des Templiers, qui le posa ensuite sur un meuble boisé.

Au bout d’une poignée de secondes, il était solidement attaché aux barreaux situés à chaque extrémité de l’ouverture. Il tenta de bouger ses mains, mais les brûlures que lui provoquèrent la corde le forcèrent à cesser son action. Et puis, lié comme il était, remuer ses membres relevait de l’impossible.

Il avait les bras en croix, quoi que positionnés un tantinet au-dessus de sa tête. À cause des barres de fer placées à l’horizontale, Gautier ne pouvait modifier la position de ses mains. Il était donc condamné à rester debout, touchant presque le sol de la pointe des pieds. Il tenta en vain de rallier le sol de pierres, mais ses bottes refusèrent toujours d’y accéder. Il commençait déjà à s’épuiser mentalement.

« Rageant, n’est-ce-pas ? lui lança le plus puissant de ses ennemis. Même en sachant très bien que tu n’y arriveras pas, tu essayeras quand même de toucher le sol ; c’est un fait. Ah, quelle splendide chose que l’esprit humain. »

Sur ce, il s’adressa à son fils, qui tenait l’épée de Gautier par le pommeau. « Thomas, reste ici avec deux hommes. Je compte sur toi pour veiller sur notre invité d’honneur ; qu’il ne bouge pas et, surtout, qu’il reste en forme. Ou du moins en vie. (Il ricana en regardant Gautier, avant de reprendre à l’intention des deux Templiers.) Je vous mets sous ses ordres, compris ? Bien. Quant à vous messieurs, avec moi. »

Les concernés se tinrent prêts à le suivre. Alaric adressa un signe de la main à Gautier, comme pour lui souhaiter une bonne nuitée, avant de disparaître avec ses sbires. Sûrement allaient-ils rejoindre Alexandre. Gautier n’avait aucun doute sur sa capacité à tenir le coup, mais commençait à s’interroger sur sa loyauté. Oh, non pas qu’il considérât le Mentor comme un traître, certainement pas, mais tout Homme pouvait se trahir si l’on utilisait les bons moyens, Gautier y compris. Et de cela aussi, il en avait peur.
Et si c’était lui, le futur parjure ? Il en eut des frissons de dégoût. Tout bandit qu’il fût par le passé, Gautier n’en restait pas moins un honnête Assassin, à présent. Avant, il n’aurait pas hésité à tout révéler sur le compte de Cruel et des autres pour sauver sa peau - Ralph et Alix mis à part, peut-être -, mais là... C’était une toute autre situation.

Le bon point dans tout cela, c’était que Gautier allait avoir du temps pour réfléchir, au vu de la longue nuit qui se profilait devant lui.

Ou pas, vu que le second rouquin ouvrit la bouche, en s’asseyant sans ménagement sur le lit : « Encore plus confortable que ceux des Novices. Alexandre vous a à la bonne. »

Il s’affala à moitié sur le matelas de plumes recouvert de lin, fixant toujours Gautier, dont le sang ne fit qu’un tour. Il riva son regard sur Thomas, avant de siffler méchamment : « Pour l’instant, je ne peux rien faire, mais tu paieras, traître. Pour tout.
- Traître ? pouffa l’intéressé. Mon père m’a juste retrouvé, la belle affaire. Dommage pour toi, il est à la tête de l’Ordre fort mais, s’il avait été un Assassin ou un homme quelconque, je serais resté avec vous. Mais, vois-tu, les liens du sang l’emportent toujours.
- Le seul sang que tu auras l’occasion de voir sera le tien. Très bientôt. »

Le Templier en herbe ricana de la même façon que son géniteur quelques minutes auparavant, avant de s’allonger sur le dos. Visiblement, il ne tenait pas compte des paroles de Gautier, mais allait s’en mordre les doigts.

Oh oui, il allait voir.

 
 
                                                                ***
 
 

Gautier avait enragé silencieusement toute la nuit durant de voir les Templiers roupiller tour à tour dans son lit. De plus, entendre leurs ronflements et mouvements alors que lui même n’avait presque pas fermé l’œil s’était révélé insupportable. Comment allait-il résister à ce qui l’attendait probablement s’il était déjà sur les nerfs avec si peu ? Il n’en savait rien et craignait le pire. Toutefois, penser aussi négativement ne faisait qu’empirer les choses, alors il se força à voir le côté positif.

Problème, il n’y en avait pas.

Du coup, il tenta de ne penser à rien, mais songer à ne penser à rien, c’était déjà le faire... Son esprit était encore plus entortillé qu’auparavant. Ce qui le tira de ce genre de pensée fut d’abord sa gorge sèche, puis son envie irrépressible d’uriner. C’était idiot, mais sacrément véridique.
Il voulut en informer les Templiers d’une façon ou d’une autre, mais aucun son ne franchit ses lèvres à cause de la déshydratation qui commençait à le gagner. Il ne fit que toussoter péniblement, ce qui attira l’attention de Thomas.

« Il ne faudrait pas que tu t’étouffes déjà. »

En effet, son paternel lui avait bien précisé de ne pas trop malmener Gautier. De ce fait, le fils amena une gourde en cuir à la bouche de l’Assassin, qui glana les gouttes d’eau sans demander son reste, le faisant tout de même avec dignité. Il n’allait certainement pas se rabaisser à se jeter sur l’outre moderne. Une fois quelque peu désaltéré, Gautier ne prit pas la peine de remercier Thomas et attendit juste son prochain mouvement.

Néanmoins, ce ne fut pas ce dernier qui débloqua la situation, mais Alaric, qui fit son entrée tout en se frottant les mains, un air vicieux sur le visage. Cela n’annonçait rien de bon.

« Prêt à parler ? dit-il de but en blanc à l’Assassin, qui ne réagit pas. Bien, j’ai ma réponse. (Il s’adressa aux trois hommes présents dans la pièce.) Allez-donc vous repaître, je vais m’occuper de lui. Thomas, reviens ici dès que tu le peux. Seul. »

Ils acquiescèrent tous, heureux de se voir accorder une pause, avant de partir, laissant le bourreau et sa victime en tête à tête.

« Rien ne me fera parler, mais encore faudrait-il que j’aie des chose à dire, amorça effrontément Gautier, plus pour se le prouver à lui même qu’autre chose.
- Oh, tu as bien des secrets à m’apprendre, j’en suis sûr. Sache, mon cher, que ton impertinence ne te mènera nulle part, si ce n’est à six pieds sous terre. »

Gautier n’eut pas le temps de répliquer ; deux coups de fouet s’abattirent sur lui. Malgré la surprise, il ne se manifesta pas vocalement, mais serra fortement les dents. Il sentait déjà le sang chaud glisser le long de ses épaules. Dieu que cela lui brûlait, encore plus que la corde à ses poignets, mais il tenait bon. Après tout, il n’en était qu’au début du supplice.

« Tu résistes, hm ? Crois-moi, cela ne durera pas longtemps, alors rends-toi service et abrège tes douleurs. Premièrement, quelle est la situation à Harfleur et, ensuite, que sais-tu à propos des artefacts ? »

Gautier pensait avoir compris quelque chose qui pourrait jouer en sa faveur, mais ne le révéla pas au Grand Maître. Au lieu de cela, il ricana un instant, avant de répondre : « Harfleur ? Vos chers alliés anglais ne prendront pas la cité. (Rien n’était moins sûr, mais Gautier mentit sur ce point là.) Les artefacts ? Je ne connais que le Suaire, mais inutile que je vous en parle, vous qui connaissez sa localisation grâce à Alexandre. »

Alaric plissa très légèrement l’œil gauche, ce qui confirma l’intuition de Gautier. Le Templier lui-même n’avait même pas dû se rendre compte qu’il venait de se trahir par un réflexe incontrôlé.
Il n’avait rien sur le Suaire, donc le Mentor n’avait pas parlé. Gautier se sentit revigoré, mais pas pour longtemps.

En effet, Alaric, qui s’était approché davantage, appuya ses deux mains sur les plaies encore fraîches de Gautier, qui ferma les yeux pour résister.

« Certes, je sais où trouver le Linceul, mais je ne te parle pas de lui. Ta Confrérie en sait bien plus sur les reliques que tu ne veux l’admettre...
- Alors, posez-lui vos questions directement. »

Jadas
Jadas
MP
21 août 2017 à 01:12:20

Gautier regretta son ton narquois dans la seconde, dès qu’Alaric lui asséna un coup de genou droit dans l’abdomen. Il se serait bien plié en deux, mais cela lui était impossible, ce qui décupla la souffrance. Diantre que son adversaire avait de la force !

« Je vais m’y prendre autrement. Ces croquis, que nous avons trouvés dans la maison ont bien été dessinés par quelqu’un. Qui ?
- C’est la propriété d’Alexandre ; je vous pensais suffisamment intelligent pour en déduire qu’ils étaient de lui. »

Nouveau coup dans le ventre. Bien qu’il eût contracté ses abdominaux, Gautier le sentit passer.

« Ton Mentor a bien des qualités, je l’admets, mais la science du bâtiment n’en fait pas partie. Qui ? »

Au moins, avec cette question, Gautier venait d’apprendre que Johan était totalement inconnu à monsieur de Turenne. C’était un avantage, étant donné que le Suaire était en sa possession. De plus, l’attraper procurerait un moyen de pression aux Templiers vis à vis d’Alexandre mais, s’ils ne le connaissaient pas, il n’y avait aucune chance que cela n’arrivât.

« Loup, peut-être ? Il a une tête d’artiste, vous ne trouvez pas ?
- Je suis d’accord, fit Alaric dans un léger sourire qui n’avait cependant rien d’amical, mais non. Il n’aurait pas été assez idiot pour laisser ses affaires dans un tel endroit.
- Parce qu’Alexandre, oui ?
- Exactement. Il peut être étourdi. »

Comment pouvait-il savoir autant de choses sur ce dernier ? Certes, les deux hommes avaient l’air de bien se connaître, mais justement, pourquoi ? Gautier allait devoir creuser la question, à l’avenir.
Enfin, encore fallait-il qu’il s’en sortît vivant.

« Tu ne veux rien me dire ? Très bien, passons à autre chose... Comment va Alix ? »

À l’entente de ce prénom, Gautier se figea. Évidemment que le Templier la connaissait...
Foutu Thomas.

« J’imagine à quel point ce doit être difficile pour elle, entourée d’hommes, à Harfleur. Comme tu dois le savoir, nos instincts bestiaux nous submergent en temps de guerre... À ta place, je n’aimerais pas la savoir là-bas.
- Qui vous dit qu’elle se trouve dans la cité ?
- Mon intelligence, que tu insultais tout à l’heure. Si elle n’est pas ici, eh bien... Et puis, tu y étais aussi, alors pourquoi pas elle ? Je parie que Loup et Ralph s’y trouvent également, bien sûr. »

À l’instar d’Alaric et de son œil plissé, Gautier serra les poings une fraction de seconde. Un temps précieux qui dut confirmer la déduction du Grand Maître.

« C’est bien ce que je pensais, la petite troupe défend Harfleur. J’espère que tu leur as fait tes adieux, car aucun n’en reviendra sauf. »

Cela toucha Gautier d’autant plus que, non, il ne leur avait pas dit au revoir, exception faite de Loup, à la limite. Bah, ce n’était rien, n’est-ce-pas ? Que valaient des adieux, au fond ? Seuls comptaient les moments passés avec eux, bons comme mauvais.
Gautier se donnait bonne conscience avec les moyens du bord, et autant dire qu’ils étaient rudimentaires.

« Ils reviendront et vous bouteront hors de notre forteresse, rétorqua enfin Gautier.
- Cela arrivera peut-être..., si les morts se mettent à marcher d’ici là. »

L’Assassin ne pouvait rien répondre de plus à cela. Alaric avait de la répartie, il devait l’avouer.

« Alix, donc... » Suite à ces mots, il se tourna vers le lit et s’y approcha, avant d’y aller de son petit commentaire rhétorique : « C’est le vôtre, non ? (Il s’assit, comme Thomas précédemment.) Confortable, mais pas plus que celui de sa... Oh, j’ai bien failli me trahir. »

Le Templier eut un rire narquois. Il jouait clairement avec les nerfs de Gautier, mais ce dernier ne pouvait s’empêcher de tomber dans le panneau. Qu’avait-il voulu dire ? ‘’Sa’’... ? ‘’Sa’’ quoi, bon sang ? Encore une nouvelle question sans réponse immédiate.

« Je disais donc, beau mobilier. Dommage qu’il ne vous servira plus jamais. (Il revint à sa position initiale, devant Gautier.) À moins que tu ne parles et qu’elle survive hypothétiquement au siège. »

L’Assassin, tiraillé par toutes sortes d’émotions, ne répondit cependant pas. Pour l’instant, c’était la meilleure solution.
D’un coup, Alaric changea totalement de sujet, ainsi que d’attitude.

« Mais j’y pense, tu dois mourir de faim ! Je te ramène de quoi te rassasier. »

Gautier écarquilla les yeux en relevant la tête ; Alaric avait déjà fichu le camp.

Il revint quelques instants plus tard armé de pain et de vin.

 
 
                                                                ***
 
 

Les jours passèrent et se ressemblèrent. Gautier n’était détaché que pour se rendre aux latrines, sous surveillance, naturellement, ainsi que pour se laver quelque peu, ce qui l’avait étonné, mais il ne s’en plaignait pas. On l’abreuvait et le nourrissait également - il n’engloutissait pas des festins de roi, mais c’était déjà cela. Enfin, on nettoyait parfois les plaies qui tendaient à tourner vinaigre.
En revanche, malgré ces bons traitements, la géhenne continuait. Eh oui, les plaies à nettoyer n’étaient pas tombées du ciel, malheureusement.

Il avait eu droit à toutes sortes de « séances ». Un jour, c’était le fouet, un autre l’eau, ou encore un autre, les sévices corporels à la dague. Il arborait maintenant un important nombre de blessures - pas encore cicatrisées, pour la plupart - qui le tourmentaient un peu plus chaque jour.
Hier, il s’était vu proposer une nouveauté : le fer rouge. Charmant.
Mais surtout très douloureux.

Là, il avait hurlé à s’en briser les cordes vocales, contrairement aux jours précédents. Il n’avait jamais rien ressenti d’aussi étrange et douloureux à la fois. Le pire dans tout cela, c’était que la plaie difforme et rougie qui ornait désormais son pectoral droit s’infectait d’ores et déjà. Il s’en dégageait une odeur putride, mêlée à la chair grillée et aux effluves de sang. Gautier n’arrivait même pas à en distinguer la forme exacte pour l’instant.
En tout cas, il espérait qu’à l’instar d’une poignée de ses blessures, l’on s’occuperait de cette affreuse marque. De ce qu’il en avait déduit, les Templiers ne le voulaient pas mort - avant qu’il n’eusse parlé, du moins -, alors sans doute feraient-ils ce qu’il fallait pour qu’il ne succombât pas.
C’était d’ailleurs un miracle qu’il fût encore conscient et bien vivant, mais il n’en avait pas encore fini avec toutes ces souffrances, lui qui n’avait toujours rien dit. Premièrement parce qu’il ne voulait pas trahir la Confrérie et, ensuite, eh bien..., il n’en savait pas énormément. À la rigueur, il pouvait déblatérer au sujet du Suaire, ce qui arrangerait bien Alaric, ou encore de Johan, mais c’était là à peu près tout.

Contrairement à ce que semblait penser le Grand Maître, les artefacts demeuraient un immense mystère pour Gautier. D’ailleurs, deux jours auparavant, dans un élan colérique, Alaric lui avait réclamé des informations au sujet d’une relique qui lui était inconnue jusque là.

Le Sceptre d’Isis.

Jadas
Jadas
MP
21 août 2017 à 01:15:49

Précédemment dans « Cent Ans » : Les jours se suivent et se ressemblent pour Gautier, condamné à la torture. Il n’a toujours rien dit aux Templiers, mais de nouvelles questions se posent.
 
 
 

                                                           • CHAPITRE 30 •
 
 
 

Le Sceptre d’Isis ? Gautier se demandait encore ce que cela pouvait être. D’accord, le nom était assez évocateur, mais à quoi servait donc ce « sceptre » et, c’était ce que voulait savoir Alaric, où diable était-il ? Naturellement, Gautier n’en savait strictement rien, mais le Templier ne le croyait pas et n’avait de cesse de l’interroger au sujet de cet artefact. C’était encore le cas en ce moment.

« Cesse-donc de me mentir ! » rugit le Grand Maître, visiblement à court de patience.

Un autre coup. Gautier ne prit pas la peine de répondre, gémissant faiblement à la place. C’était là tout ce qu’il se sentait capable de faire. Le goût métallique de l’hémoglobine dans sa bouche lui était devenu familier, tout comme le bourdonnement incessant dans ses tympans. Bientôt, il n’aurait sans doute même plus la force de penser.

Cependant, il n’en était pas encore là, et remplissait donc ses journées de songes. En premier lieu venait la fameuse question : quand tout cela s’arrêterait-t-il ? Les Assassins, à condition qu’ils survécussent, allaient-ils venir reprendre la forteresse ? Ensuite, Gautier se posait tout un tas de questions au sujet d’Alexandre. Était-il au moins encore en vie ? Avait-il parlé de quelque chose ? Pourquoi semblait-il lié à Alaric ? Certes, ils étaient rivaux, mais il y avait autre chose...
Enfin venaient des thématiques centrées sur lui-même. Allait-il s’en sortir ? Allait-il avouer le peu qu’il savait sur Johan ou encore le Suaire ?

D’ailleurs, en parlant de ce dernier... Comment Alaric pouvait-il être persuadé qu’il fût en la possession des Assassins ? Gautier se souvenait bien du stratagème qu’ils avaient mis en place avec les prêtres de Lirey, ce fameux jour où il avait achevé Cruel. Les hommes de Dieu avaient-ils confessé leur trahison aux Templiers ? Si ce n’était pas cela, il n’y avait qu’une seule solution : une personne de la cour, alliée à l’Ordre, les avait aperçus avec le Suaire, lors de la tentative de guérison ratée de Charles VI. Gautier ne voyait que cela.

Ou bien... Non, il ne voulait pas croire à cette hypothèse. Quoi que... Oui, Loup aurait bien pu être derrière tout cela, pour une obscure raison. Il aurait parfaitement pu se lier avec les Templiers et trahir la Confrérie. Cela expliquerait pourquoi il avait tant tenu à envoyer Gautier à la rescousse d’Alexandre, au lieu d’y aller lui-même. Ou peut-être n’avait-il pas trahi par conviction, mais par obligation ? Après tout, comme Loup le lui avait expliqué, il avait une femme et une fille. Et si Alaric avait mis la main sur elles ?

Non, il ne devait définitivement pas envisager ce genre de cas de figure. Il essayait d’échapper à la souffrance physique par le biais de son esprit, mais celle-ci se transposait même sur ce dernier. À quoi bon se substituer à la douleur si c’était pour se torturer mentalement ?

Gautier se laissa donc aller, avant de se sentir partir dans un impénétrable sommeil.

 
 
                                                                ***
 
 

« La princesse se réveille enfin, voyez-vous cela ! Je pensais les Assassins plus résistants mais, si cela peut te rassurer, tu as tenu plus longtemps que ton cher Mentor avec de t’évanouir. »

Le prisonnier, qui sortait lentement de ce qui se rapprochait le plus d’une longue sieste, comprit la moitié des mots du Templier, parvenant à saisir toutefois qu’Alexandre était aussi passé par là. Cela supposait donc que, malgré tout, il était encore bien vivant. Dans quel état, cela restait à voir.

Quelqu’un sortit, claquant la porte au passage, ce qui attira l’attention de Gautier. Il releva la tête, aperçut avec grande joie Alaric, assis sur le lit, puis revint dans sa position initiale et remarqua que l’on avait bandé sa brûlure.

« Je ne voudrais pas gâcher le résultat final en laissant la blessure pourrir », lui expliqua le Templier.

Gautier grogna. Il ne se rappelait même plus de ce qu’avait voulu inscrire sur sa peau Alaric, et n’avait pas franchement envie de le découvrir. Il savait juste qu’une barre d’acier brûlante était entrée en contact avec son pectoral quelques jours auparavant et qu’il en avait sacrément souffert. Cela durait toujours, par ailleurs, malgré les soins prodigués.

Comme souvent maintenant, sa bouche était aussi sèche qu’un désert et son esprit plus embrouillé que jamais. Il voulait tenter de prendre Alaric à son propre jeu, en lui faisant par exemple avouer comment il avait su que les Assassins détenaient le Suaire, mais ne s’en sentait aucunement capable. C’était à peine si ses lèvres purent réclamer de l’eau.

Alors, il abandonna cette idée, et l’interrogatoire du jour n’apprit rien de plus au Grand Maître qui, impatient, s’en était rapidement allé vers d’autres horizons. D’ailleurs, depuis une poignée de jours, sa nervosité ne faisait que croître. Bien sûr, il savait se maîtriser, mais Gautier avait appris, au fil des heures passées avec lui, à remarquer la moindre anomalie dans son comportement. L’Assassin savait que les Templiers attendaient des renseignements qu’on refusait de leur donner, mais il y avait sûrement autre chose, et cela énervait Alaric au plus haut point.

Alors qu’il pensait le Grand Maître déjà loin d’ici, il entendit du bruit à travers la porte et tendit donc l’oreille, nonobstant le bourdonnement qui y faisait rage.

« Cela n’était censé qu’être une affaire de quelques jours, mais voilà maintenant trois semaines que cela dure ! Leur fichu monarque ne sait donc pas se servir d’une armée ?! »

Dans le même temps, Alaric dut se mettre à faire les cent pas, car le raffut augmenta.

« Je suis sûr qu’ils sont en chemin, père. »

Visiblement, Thomas le suivait à la trace.

« Ils ont intérêt, car je n’attendrai pas une semaine de plus ! »

Message édité le 21 août 2017 à 01:18:00 par Jadas
Jadas
Jadas
MP
21 août 2017 à 01:27:16

Personne ne bougea, pas même Johan et Loup, qui pourtant connaissaient sûrement déjà tout d'Alexandre.

« Alors, commençons par le début.
» Je naquis de parents paysans, au sein de la bourgade d'Aiglemont. En 1382, ma mère périt des suites d'une maladie. Mon père tint bon quelques jours mais, fou de chagrin, mit fin à ses jours, ce que je ne compris que bien plus tard. Avant cela, il me déposa au monastère le plus proche, m'assurant qu'une vie meilleure m'y attendait, pour peu que je sois courageux. Je ne saisissais pas bien le pourquoi du comment mais acceptai, en larmes. C'est dans ce monastère, qui allait devenir ma résidence durant six ans, que je rencontrai Alaric, abandonné à la naissance. Il était légèrement plus jeune que moi mais, tout de suite, nous nous liâmes d'amitié. Pour être bref, il ne cessa de me protéger pendant toutes ces années, sans même que je le sache.
» Au sein du monastère, les adultes avaient pour interdiction formelle de toucher les oblats, c'est à dire les plus jeunes. Évidemment, il fallut que l'un des moines dérogeât à cette règle. Ce fils de catin, excusez-moi du terme, préféraient certains garçons, dont Alaric. Ce dernier - je m'en rendis compte plus tard - avait à maintes reprises usé de stratagèmes afin que l'homme ne m'approchât pas. Une nuit , néanmoins, le prêtre échappa à sa vigilance un instant. Alors qu'il approchait dangereusement de moi et d'une façon... intrusive, Alaric surgit et, comprenant de quoi il en retournait, fondit sans hésiter sur l'enfoiré, qui s'écroula.
» Mais cela ne s'arrêta pas là. En effet, profitant de la diversion, Alaric m'entraîna avec lui et nous nous ruâmes vers le premier mur susceptible de nous offrir la liberté. Alaric me fit la courte échelle et, alors que je lui tendais la main pour l'aider à mon tour, il refusa, car il avait vu trois moines accourir vers nous et savait parfaitement qu'il était trop tard. J'insistai pour qu'il me suive, mais il persista et m'ordonna de fuir. Je le fis à contre cœur, après lui avoir dit une dernière fois notre devise : « Ma vie t'appartient. »
» Je sais que, même après mon récit, vous ne changerez certainement pas d'avis - surtout toi, Gautier -, mais cette histoire m'importe grandement. Cela peut vous paraître idiot mais, sans Alaric, je ne serais pas celui que vous connaissez. D'ailleurs, je serais certainement un Templier, car c'est l'Ordre qui offrit une porte de sortie à Alaric, alors qu'il était encore au monastère. »

Cette tirade venait tout bonnement de glacer la pièce, malgré la chaleur ambiante.

Gautier comprenait beaucoup mieux, à présent, mais il avait encore du mal à percevoir Alaric comme autre chose qu'une menace. Inévitablement, Alexandre voyait davantage son ancien ami en lui, ainsi que son sauveteur, ce qui lui compliquait infiniment la tâche, mais, dans ce cas là...

« Pourquoi ne pas tout simplement tuer Alaric ? »

Gautier évita toute protestation inutile en levant le bras, avant de l'abaisser pour reprendre : « Je veux dire, je comprends que tout cela compte pour vous, mais le garder prisonnier et le torturer serait sans doute bien pire que la mort, vous l'avez dit vous-même.
- Alaric a une peur bleue de la mort - comme nous tous, j'imagine, mais cette phobie l'habitait déjà dans sa jeunesse. C'est plutôt paradoxal, en sachant de quoi est faite sa vie, mais je ne cherche plus à comprendre. Je sais juste qu'il préfère ressentir la douleur la plus intense que ne plus rien ressentir du tout, et il ne doit pas être le seul dans ce cas là. Ainsi, en souvenir de notre amitié passée et de tout ce qu'il a pu faire pour moi, je ne peux me résoudre à le tuer.
- Mais que faites-vous de nos préceptes, de la Confrérie... s'obstina Gautier, véritablement inquiet à ce sujet.
- L'interroger nous fournira toujours plus de réponses que son cadavre, et puis... Notre Credo, bien que d'une importance capitale, n'est pas immuable, Gautier.
- Donc vous le passez sous silence quand cela vous arrange. »

Le Mentor soupira, avant de lui affirmer qu'ils auraient tous deux une longue discussion à ce propos, mais plus tard. La question Alaric semblait quant à elle momentanément résolue, mais pas celle des Templiers en général, ce que fit remarquer Ralph, avide de sang en toutes circonstances.

« Nous ne pouvons pas nous permettre de garder plus de soixante-dix prisonniers entre nos murs, le suivit Loup.
- Soixante-dix Templiers de plus ou de moins... fit Johan. Autant s'en débarrasser. Ce seront autant qui ne pourront plus se dresser sur notre chemin.
- « Notre » chemin ? Certainement pas le tien, non ! À moins qu'on ne t'ait intronisé sans que je m'en aperçoive ?
- Hilarant, Loup, répliqua le Scandinave.
- Pires que deux commères, ces deux-là, intervint Alix, avant de changer de sujet. Tuez qui vous voulez, je m'en moque, à part une personne.
- Et voilà qu'elle remet sa sœur sur le tapis ! s'indigna Gautier à la cantonade. Elle mourra, comme tout le monde, à moins que tu n'aies toi aussi une histoire larmoyante à nous conter ? »

À ce moment précis, Alix devait certainement se retenir d'assassiner Gautier. Ce fut donc avec surprise qu'il constata qu'elle parvint à garder son sang-froid.

« Le récit de mon passé ne t'est pas destiné, ne t'en fais pas. (Elle se tourna vers le plus haut gradé.) Mentor, m'autorisez-vous à m'occuper personnellement de la Templière, qui s'avère donc être ma sœur ?
- Tant qu'elle reste au sein de la forteresse et n'entre en contact avec personne, c'est d'accord. Néanmoins, j'apprécierais que tu reviennes m'en parler plus en détails une fois ce conseil terminé.
- Avec plaisir.
- Oh, ne vous dérangez pas pour nous, ironisa Gautier, on ne fait que passer. J'ai l'impression de gêner, alors je vous laisse à vos jérémiades ! »

Sur ce, il sortit, furibond, en veillant bien à claquer la porte au passage et sans vérifier si on le suivait.
Il était exténué et, maintenant que l'adrénaline commençait à retomber, il s'en rendait fatalement compte. Il avait besoin de bien des choses, mais la plus importante restait le sommeil. Oui, oui, il avait dormi ces derniers jours, mais somnoler debout n'avait rien à voir avec une sieste réparatrice. Toutefois, il ne se voyait pas retourner dans la tour dite des Novices, et encore moins dans sa propre chambre car, en plus d'être la propriété d'Alix actuellement, elle lui rappelait moult mauvais souvenirs, à présent. Il luttait constamment mais, à chaque fois qu'il pensait à cette pièce, il revoyait dorénavant ses poignets ficelés aux barreaux ainsi que le visage de ses différents bourreaux, là où avant il se remémorait les nuits passées avec la jeune femme.
Enfin.

D'abord, il jeta son dévolu sur la Grande Salle, qui disposait d'un coin agréable empli de coussins, mais regretta vite cette idée en entrant à l'intérieur de celle-ci. Ne pouvant définitivement pas se reposer avec tout le raffut provoqué par la trentaine de chevaliers à l'intérieur, il se rendit ensuite aux écuries, où l'attendait Noble. Après tout, ce n'était pas plus mal car, mine de rien, son fidèle destrier lui avait manqué. Dès qu'il aperçut son cavalier, le puissant animal hennit, ce qui fit sourire Gautier. Ses lèvres ne s'étaient pas étirées ainsi depuis tellement longtemps que cela lui provoqua une légère douleur, mais il n'en tint pas compte. Il se mit devant Noble, avant de longuement caresser son chanfrein.
Il se recula ensuite, lui tapota l'encolure en dernier signe d'affection, puis lui ravit un peu de paille, avec laquelle il se fabriqua un lit de fortune au pied de la stalle.
Une fois qu'il eût trouvé une position convenable, Gautier plongea dans un sommeil sans rêves : une première depuis une éternité.

 
 
                                                                 ***
 
 

Gautier fut réveillé par les coups de sabots incessants de son cheval contre la porte. Visiblement, la paille ne lui suffisait plus. L'Assassin se releva difficilement, ayant écopé de maintes courbatures, avant de se diriger vers le petit abris renfermant la nourriture destinée aux chevaux. Là, il plongea la main dans un sac d'avoine et referma le poing pour transporter la denrée. Une fois revenu près de Noble, il lui présenta sa paume recouverte de grains, que le destrier accueillit avec joie.

À vue d'œil, le soleil s'était déjà levé depuis un certain temps ; Gautier avait donc dormi un bon nombre d'heures ce qui, curieusement, n'avait pas l'air de l'avoir totalement revigoré. Il rejetait la faute sur ses blessures non cicatrisées, comme la marque au fer rouge. Enfin, il aurait tout le loisir de se faire soigner plus tard ; pour l'instant, il devait rattraper ce qu'il avait pu manquer durant sa longue sieste. Pour tout dire, Gautier n'aurait même pas été étonné de voir Alaric se balader aux côtés du Mentor en arborant l'une de leurs célèbres tuniques blanches, ou encore Johan et Loup se balader main dans la main le long des murailles. Quoi que, cela, c'était sûrement loin d'arriver. Mais, pour Alaric, la supposition tenait toujours.

Ainsi, afin de s'assurer que le soleil n'avait pas suffisamment cogné sur la tête d'Alexandre pour qu'il libérât le Templier, Gautier se rendit à la tour le détenant, lui et les deux autres. En y arrivant, il fut rassuré de voir que la dizaine de soldats qu'il avait assignés à la chambre du Mentor y siégeaient toujours. Néanmoins, ces hommes étaient exclusivement des chevaliers d'Harfleur, les Assassins sur pieds étant trop peu nombreux pour être cantonnés à un poste fixe. De plus, les prisonniers n'étaient plus que deux : visiblement, Alix avait eu gain de cause auprès du Mentor. Sûrement avait-elle emmené sa fichue sœur dans les quartiers qui abritèrent les souffrances de Gautier. Ô joie.
Comme il s'y était attendu, Gautier ressentit une certaine jouissance à la vue d'Alaric accroché au mur, les bras en croix. Il ne méritait que cela, même si l'Assassin devait bien avouer que son histoire commune avec Alexandre commençait à le travailler. Progressivement, il se rendait compte qu'Alaric, avant d'être le Grand Maître de l'ordre rival, n'était qu'un humain comme les autres. Comme lui.
Au final, la seule différence notable était leur appartenance à deux organisations opposées - mais c'était aussi la plus difficile à surmonter.

Toutefois, l'heure n'était pas aux prémices de la paix, mais bien à la guerre, et Gautier le savait pertinemment. Il s'approcha d'Alaric, enclin à le détacher pour une raison bien précise, lorsque Loup et Alexandre firent irruption dans la pièce.

« Les grands esprits se rencontrent, fit nonchalamment Gautier.
- Si tu es ici pour la lettre destinée à Henri, alors oui, il faut croire, admit le Maître Assassin.
- Dans le mille, pour une fois. »

Loup feignit la déception mêlée à la désapprobation, avant de prêter main forte à Gautier. Fait surprenant, le Templier ne tenta aucunement de se débattre et coopéra en silence.
Ils suivirent Alexandre et passèrent donc dans sa bibliothèque, qui renfermait également l'emblématique bureau. Son propriétaire le fouilla un instant, avant d'y trouver son bonheur ; à savoir de la cire, une plume, de l'encre et du papier, qu'il présenta à Alaric.

« Selon nos termes...
- Je dois prévenir le souverain anglais, je n'ai pas oublié.
- Bien. Dommage que tu aies choisi de soutenir le mauvais roi, affirma le Mentor.
- Au moins, le mien n'est pas fou.
- La folie permet de sortir victorieux d'une guerre, pas la tempérance, s'opposa Gautier.
- Ton protégé a de la suite dans les idées », se contenta de formuler Alaric à l'intention de son ancien ami.

L'ombre d'un sourire passa sur les lèvres de l'intéressé, qui devait sans doute être rassuré en voyant que la colère de Gautier s'était dissipée. Enfin, ce dernier savait que ce n'était pas totalement correct, mais la nuit lui avait effectivement porté conseil.
Le Templier prit la plume, qu'il trempa dans l'encre, avant de commencer la rédaction du message. Il écrivait avec une certaine adresse, en dépit de ses poignets sûrement douloureux. Cette aisance témoignait de tous les mots tracés en défaveur des Assassins au fil des différentes missives qu'il avait dû envoyer.
Enfin, quoi qu'il en soit, celle-ci n'allait pas à l'encontre de la Confrérie, bien au contraire. Avec cette note, le monarque étranger ne marcherait probablement pas vers la forteresse, et cette dernière était sauvée - pour le moment, du moins. Qui savait ce qui attendait encore ces murs ?

Une fois sa tâche accomplie, Alaric tendit le manuscrit à Alexandre, qui en lut des bribes à voix haute.

« À l'attention exclusive de Sa Majesté Henri V, Roi légitime d'Angleterre et de France...
- De France ? On en apprend tous les jours », ironisèrent Loup et Gautier de concert.

Alexandre ne prit pas la peine de les sermonner et poursuivit : « Les choses ne se sont pas déroulées comme prévu mais, n'ayez crainte, cela joue en notre faveur. À tel point, d'ailleurs, que votre intervention royale n'est plus nécessaire. [...] J'espère ainsi vous soulager d'une responsabilité futile. De plus, je suis persuadé qu'une foule de missions bien plus importantes que celles-ci attendent votre valeureuse armée. [...] Enfin, je vous félicite pour la prise d'Harfleur, bien que je n'aie jamais douté de votre réussite. Avec tout mon humble soutien, Alaric de Turenne, votre fidèle et dévoué serviteur, ainsi que conseiller.
- Conseiller ? Là, on en apprend vraiment, remarqua Gautier. Votre aptitude à manipuler un roi est des plus remarquables.
- Oh, mais nous jouons dans la même cour, Assassin. La reine en est la preuve ; joli coup, d'ailleurs. »

Gautier en resta coi, tout comme Loup. Seul Alexandre sut tempérer l'affirmation du Templier. « Il n'a jamais été question d'une quelconque reine.
- Alexandre, mon cher... Je débusque les secrets à merveille, tu le sais.
- Tout comme les voies du Seigneur, nos secrets sont impénétrables. »

Cette fois-ci, fort de sa connaissance du passé des deux hommes, Gautier saisit la référence et ne fit donc aucun commentaire. Non, il se demandait plutôt si le Templier était au courant pour leur accord avec Isabeau de Bavière, ou s'il tentait d'en apprendre davantage en amorçant un sujet dont il ne savait rien.
Alaric, quant à lui, ne rebondit pas sur la dernière phrase d'Alexandre, se contentant juste de lui reprendre la lettre. Là, il la plia, la garnit de cire rouge, avant d'y apposer son sceau à l'aide de son anneau sigillaire. Il n'y avait plus qu'à attendre que le liquide refroidît. Alaric allait correctement replacer la chevalière à son doigt, lorsque Gautier la lui déroba.

« Voilà qui pourrait servir », commenta-t-il en enfilant l'anneau sous le regard réprobateur du Templier. Gautier ne comptait pas garder le bijou à son doigt bien longtemps, au vu de sa signification, mais allait s'arranger pour le conserver avec lui tout de même. La falsification de certains documents n'en serait que plus aisée, le cas échéant.

De son côté, Alaric parvint à surpasser cet affront - il n'avait pas vraiment le choix -, avant de plonger son regard dans celui du Mentor.

« J'ai fait ce qu'il fallait, alors, maintenant... »

Il marqua un silence, voulant s'assurer qu'il avait accaparé toute l'attention de son interlocuteur, puis reprit, avec quatre mots lourds de sens pour eux deux.

« Ma vie t'appartient. »

Jadas
Jadas
MP
21 août 2017 à 01:31:26

Précédemment dans « Cent Ans » : Alors qu'une tension conflictuelle s'installe parmi le groupe phare des Assassins à cause de leurs désaccords, notamment au sujet d'Alaric, le Mentor révèle la nature de sa dette. Il obtient gain de cause auprès de Gautier, qui abandonne l'idée de tuer Alaric pour l'instant, mais le place sous bonne garde, aux côtés d'un autre Templier et d'Éliane. Toutefois, cette dernière est mise sous la responsabilité d'Alix, qui l'emmène dans ses quartiers. Quant à Alaric, il accepte d'écrire au roi d'Angleterre afin de le dissuader de marcher sur Yèvre-le-Châtel.
 
 
 

                                                            • CHAPITRE 33 •
 
 

Ma vie t'appartient.

Il fallait sans douter, Gautier sauta sur l'occasion et annonça solennellement : « Vous pouvez embrasser le marié. (Il s'interrompit et plaqua une main sur son torse tout en entrouvrant les lèvres, feignant la gêne.) Oh, me serais-je fourvoyé ? Mea culpa. »

Loup étouffa un rire, avant de ne plus parvenir à se retenir en voyant Johan débarquer et de se tourner complètement vers Gautier, ignorant les amants factices.

« Mon Père, un témoin semble s'y opposer !
- Que Dieu nous pardonne, il y a quiproquo ! »

Les deux Assassins partirent dans un fou rire presque incontrôlable, nonobstant totalement la situation et leur entourage, qui incluait tout de même l'un de leurs plus grands ennemis. Johan, qui n'avait visiblement pas de temps à perdre, ne chercha pas à comprendre et s'en alla, sous le tapage des deux hommes. L'on devait à coup sûr les entendre depuis la moitié du château. Alexandre tenta en vain de mettre fin au capharnaüm à l'aide de quelques raclements de gorge bien sentis.

Finalement, les Assassins se calmèrent petit à petit tout en évinçant les larmes qui embuaient leurs yeux. Gautier n'aurait jamais pensé que son petit numéro entraînerait Loup dans son sillage. Comme quoi, ils pouvaient s'entendre à merveille quand ils le voulaient. Surtout quand il s'agissait de se moquer d'autrui, en réalité.
Gautier prit sur lui une dernière-fois afin de reprendre une respiration à peu près normale, avant de s'adresser à Alexandre.

« C'est... les nerfs, vous voyez. Où en étions-nous déjà ? (Il passa la main sur sa barbe désormais assez longue pour rivaliser avec celle d'un druide, ou presque.) Ah, oui, la lettre, et donc l'émissaire qui va avec. Je propose tout simplement de trancher la langue d'un soldat anglais, histoire qu'il ne dévoile rien de la situation réelle, et de l'envoyer.
- Inutile, l'un de mes hommes est muet, lui apprit Alaric.
- Voyez-vous cela, comme c'est pratique. Je maintiens mon idée.
- Enfin, Gautier, tempéra le Mentor, ce... muet devrait faire l'affaire. »

Gautier ne partageait toujours pas cet avis, mais il se doutait bien que son idée de langue tranchée n'aurait jamais l'aval d'Alexandre. Aussi trouva-t-il autre chose.

« Écartons ces histoires d'organe gluant, j'ai la solution. Néanmoins, avant cela, ramenons notre cher Templier à sa cellule invisible. »

En effet, un peu de précaution n'était pas de trop. Loup prit l'initiative et revint rapidement.

« Je disais donc, la solution. Nous n'avons qu'à envoyer l'un de nos hommes travesti en Templier. Ce ne sont pas les tenues qui vont manquer.
- Voilà notre alternative, répondit Alexandre, soulagé que Gautier fût passé à autre chose.
- Fantastique, ajouta Loup. Je m'en charge. »

Sans attendre, il s'empara de la lettre et sortit derechef, non sans avoir lancé un regard encourageant à Gautier. À la mine sérieuse du Mentor, il réalisa qu'il allait en avoir besoin. Il priait juste pour que cet instant ne se transformât pas en leçon de morale.

« L'histoire du Credo modifiable, hm ? amorça Gautier.
- Je ne le dirais pas ainsi, mais c'est l'idée, oui.
- Alors il va falloir m'expliquer ce que vous arrivez à intervertir dans nos préceptes - à part les mots, j'entends bien.
- C'est jour d'hilarité générale, ou j'ai raté quelque chose ? s'interrogea le Mentor, sans la pointe d'impatience que Gautier avait prévue.
- Mon humour n'est apprécié que par de rares élus, voilà tout.
- Loup et Ralph, en somme. Enfin, ce n'est pas le sujet. »

En effet, et cela n'arrangeait pas Gautier. Certes, il avait toujours à cœur d'en savoir plus sur la Confrérie et ce qui faisait d'elle ce qu'elle était, mais il y avait fort à parier que les paroles d'Alexandre s'articuleraient plutôt autour des seuls dires de Gautier, quelques heures auparavant.

« Soyons honnêtes un instant, Mentor. Modifier nos règles n'a jamais été une option, alors pourquoi prétendre le contraire maintenant ?
- Vois-tu, l'un de nos illustres confrères, le feu Altaïr Ibn-La'Ahad - dont je t'ai déjà parlé, évidemment - écrivit une sorte de journal après la mort d'Al Mualim : le Codex. Il fut égaré mais, heureusement, j'ai réussi à me procurer des copies parfaites de certaines pages au fil des années. Bref. À un certain moment, il s'interroge sur notre Credo et nos objectifs, pour en arriver à la conclusion qu'ils constituent un immense paradoxe. En ce qui me concerne, je ne peux qu'être d'accord avec sa vision des choses, bien qu'il me reste moi-même bien des éléments à approfondir, et qu'il est impossible de tirer une vérité absolue de tout cela.
- C'est fort intéressant - et je le pense -, mais cela ne me dit toujours pas en quoi mettre la Confrérie en danger ne représenterait pas un problème.
- Tout simplement parce qu'Alaric est une menace négligeable tant qu'il reste entre nos mains. Je ne mets personne en danger s'il ne peut sévir.
- Certes, mais il pourrait toujours s'enfuir. L'on sait de quoi il est capable et...
- Je pense sincèrement avoir pris les dispositions adéquates afin que cela n'arrive pas. Si je n'étais pas sûr de moi, il serait déjà mort et brûlé.
- Vous oubliez votre dette. Et ce que vous avez avoué à la vue de Johan. En quoi vos sentiments justifieraient-ils de tels risques ? Nous en avons tous, et c'est ce qui fait la complexité de notre rôle d'Assassin. Tout serait plus facile si nous n'étions que de bêtes machines à tuer sans une once d'humanité, mais ce n'est pas le cas. Pour ceux que je connais, du moins. »

La petite tirade de Gautier eut l'air de faire son petit effet, car Alexandre prit un temps de réflexion assez longuet avant de lui répondre, le visage fermé.

« Ta façon d'exposer les choses est remarquablement cinglante. »

Un autre silence.

« Cinglante, mais juste. J'avoue agir en fonction de mon ressenti ici, mais je t'assure que je n'en ferais rien si c'était susceptible de nous mettre en danger.
- Nous en revenons toujours au même point, et j'ai toujours le même avis. Alaric, bien qu'enchaîné, est trop imprévisible. Je sais que vous le connaissiez parfaitement, mais des années ont passé, et pas n'importe où. Vous n'êtes pas deux vieux amis que le temps a séparés, du moins plus maintenant. Vous représentez chacun l'ordre rival de l'autre, alors n'attendez pas votre fin heureuse, car vous ne l'aurez jamais. Je suis désolé, Mentor, mais selon moi, c'est ainsi : l'un de vous doit périr.
» Et, à choisir, je préférerais que cela ne soit pas vous. Malgré nos différends actuels et les calomnies que j'ai pu porter à votre égard récemment, vous restez mon supérieur et le Mentor d'une organisation toute entière. En tant que tel, vous avez de lourdes responsabilités et je ne pense rien vous apprendre. Pour éviter que cela ne se transforme en discours passionné, je terminerais juste en vous avouant que je n'aimerais pas être à votre place en ce moment. Même jamais, d'ailleurs. »

Encore une fois, Alexandre sembla en avoir pris un coup. Visiblement, les arguments de Gautier étaient en train de le travailler. Au bout de secondes qui parurent des heures, il acquiesça et attarda une main sur l'épaule de son disciple.

« Merci. Juste... Voilà. Me faire remettre les idées en place par un enfant, quelle époque tordue.
- J'ai vingt quatre ans, Mentor.
- Ah, les marmots ! galéja l'intéressé dans un faible rire. Maintenant, va. Nous reparlerons du paradoxe du Credo une autre fois, si tu le veux bien.
- Mentor. » Gautier s'inclina légèrement, avant de faire volte face.

D'accord, il n'avait pas obtenu gain de cause en ce qui concernait Alaric, et Alexandre n'allait sûrement pas le tuer dans l'heure, mais il y avait tout de même bien quelqu'un dont il pouvait s'occuper.
Néanmoins, avant cela, il crut bon d'aller parler à Ralph, avec qui il n'avait pas discuté depuis un bon moment, tout compte fait. Il trouva ce dernier avec Loup dans un coin de la cour, assis contre un mur. Par ailleurs, il les repéra davantage à l'odeur qu'autre chose, et il comprit rapidement pourquoi en apercevant une bouteille d'eau-de-vie dans les mains de Ralph, qui la contemplait.

« La gnôle, c'est vraiment le meilleur présent qu'on puisse offrir à un homme digne de ce nom ! Je comprends mieux pourquoi Alexandre n'aime que le vin, persifla Ralph.
- J'aurais plutôt mentionné Johan, mais l'idée est là.
- Tu ne l'apprécies vraiment pas, je me trompe ? s'immisça Gautier, maintenant à leur hauteur.
- Bien joué, Minerve !
- Minerve ? répéta Ralph tant qu'il fût encore capable d'aligner deux sons.
- La déesse de l'Intelligence. Toi, je t'attribuerais plutôt Dionysos.
- Ah, dieu de l'Ivresse !
- Quel érudit ! (Il releva la tête en direction de Gautier.) Enfin, pour te répondre, non, ce n'est pas le grand amour depuis Harfleur. Et à raison. »

Gautier témoigna son accord en hochant la tête ; Ralph prit une gorgée du liquide à l'odeur pestilentielle.

« Tu viens nous annoncer que les Templiers ont repris le contrôle ? Sinon, joins-toi à nous. »

Loup ponctua son invitation d'un geste de la main en direction du sol. Gautier prit place, rabattant sa lame vers l'arrière et s'asseyant en tailleur devant les deux alcooliques en herbe.

« Tu vois ce cadeau divin ? (Ralph leva la bouteille, que Gautier avait évidemment déjà remarquée.) Figure-toi que notre vieux Loup de mer me la devait suite à un pari et... j'ai gagné.
- Je m'en doute, sinon tu ne tiendrais pas le précieux.
- Maintenant que tu le dis... Enfin, voilà quoi.
- ... Quel pari, si je ne m'abuse ?
- Ah tu fais bien de poser la question ! Allez, Loup, raconte-lui. »

Le concerné roula des yeux, puis soupira avec toute l'exagération dont il savait faire preuve, avant de s'atteler à la tâche. « Nous étions à Harfleur, comme tu le sais - d'ailleurs, ta disparition fut remarquée le jour même de ton départ. Enfin. Durant le siège, nous - les Assassins - avons acquis le surnom de Héros d'Harfleur. Ne me demande pas pourquoi, cela m'échappe encore, mais toujours est-il que les hommes ayant combattu à nos côtés semblaient nous admirer. Certains en étaient parvenus à la conclusion que nous étions une troupe envoyée par le souverain en personne - ce qui n'était pas totalement faux - et nous élevaient au rang de renfort d'élite. D'autres nous prenaient même pour les envoyés de Dieu, rien que cela. Eh, ne ris pas, c'est la vérité ! N'est-ce-pas, Ralph ? (Il acquiesça vivement, bien que sa bouche fut plaquée contre le goulot de la bouteille.) Le 17 Septembre, après des négociations qui ne dépendirent pas de notre fait, il fut conclu que, si la cité n'était pas secourue d'ici une semaine, elle se rendrait sans conditions. Cela révolta une bonne poignée de soldats français, et ce, à notre avantage. Voyant que tu n'étais pas encore revenu, nous en sommes arrivés à la conclusion que tu t'étais toi aussi fait attraper. Ce faisant, Ralph m'a soumis l'idée d'enrôler les rebelles en leur disant que nous pouvions encore agir pour la France en reprenant un fort aux mains de l'ennemi : les Anglais, et donc les Templiers, que nous n'avons pas mentionnés, évidemment. Je n'étais pas convaincu, mais Ralph osa me parier l'un de mes meilleurs spiritueux que les hommes nous suivraient, vu notre réputation fraîchement gagnée. J'aurais dû l'écouter directement, comme tu peux t'en rendre compte. Cela m'aurait fait une bouteille en plus à vider en cas de coup dur.
- Ma foi, histoire plus intéressante que prévu, car j'étais justement venu vous demander de me narrer le récit du siège. Je suis étonné de voir qu'aucun d'entre vous n'a pensé à se vanter.
- C'est chose faite. Du moins, pour la fin. Pour les vantardises, Ralph s'est déjà assez illustré sans que tu ne le saches. Sinon, la cité devait se rendre le 22 Septembre, ce doit donc être terminé, maintenant. Rester là-bas un mois fut ardu, je t'assure ! Tiens, voilà une bonne excuse pour picoler ! »

Il s'empara de l'eau-de-vie, au grand regret de Ralph, qui s'en était déjà mis partout. Sa tunique avait un aspect humide par endroit et empestait définitivement l'alcool. Le guerrier dans toute sa splendeur.

« Rien à voir, fit l'intéressé maintenant démuni de sa distraction, mais qu'est-il arrivé à tes cheveux ?
- Ah, dit laconiquement Gautier. Longue histoire. Enfin, non, mais sans importance.
- Tout ce qui a trait à toi m'importe. Bon, peut-être pas TOUT, mais voilà, quoi. »

Gautier le remercia dans un sourire, avant que son visage ne se refermât. Il n'avait pas envie de raconter ce pan-là de sa captivité, mais il se rendit bien vite compte que c'était l'un des moins difficiles, alors...

« Les Templiers, comme vous devez vous en douter. (Il s'adressait également à Loup, qui avait interrompu sa dégustation pour l'écouter.) Ils n'ont rien trouvé d'autre pour m'humilier que de me raser le crâne au beau milieu de cette fichue cour. Alexandre était là aussi, mais il n'a pas eu le droit à cette douce attention capillaire. (Il ricana amèrement, plus par obligation qu'envie.) Thomas s'en est chargé avec une dague. Autant vous dire que sa technique est à revoir, vu toutes les entailles qu'il m'a faites.
- Heureusement, ils n'ont pas touché à ta barbe ! s'exclama Ralph. Y faut voir le positif, tu restes le deuxième homme le plus viril de la forteresse.
- Et tu serais donc le premier ? répliqua Loup. Quelle horreur. Même Johan l'est plus. »

Ils se chamaillèrent quelques instants, avant de reporter leur attention sur Gautier. Loup reprit le premier, d'un air plus sérieux. « Et...
- Ce qu'il veut savoir, c'est : que t'ont-ils fait, ces saligauds ?
- J'allais y mettre un tantinet plus de tact, mais c'était ma pensée, oui.
- Un homme digne de ce nom parle avec franchise. Voilà pourquoi tu n'es pas le plus viril de ce lieu, en plus d'avoir une pilosité faciale ridicule.
- Elle n'est pas ridicule, mais élaborée.
- Après, entre la vérité et c'que tu dis...
- Nous nous éloignons du sujet. Gautier ? »

De son côté, l'Assassin avait décroché, repensant à tous les cauchemars qu'il avait déjà faits au sujet de son séjour des moins agréables. Loup réitéra jusqu'à ce que Gautier réagît.

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