Ce jeu fait mal au coeur. Mal au coeur d'y rejouer plus de dix ans après l'avoir découvert et écumé de fond en comble. Mal au coeur de constater son extrême richesse et son contenu... pharaonique.
Pharaon a très bien vieilli, même visuellement. Je n'ose pas imaginer s'il était sorti aujourd'hui. Il serait bien plus facile, enfin, simpliste. Il serait beaucoup plus beau, j'en suis certain. Et je suis sûr aussi que la moitié des constructions et mécaniques de gameplay disponibles seraient sorties en tant que DLC, payants bien évidemment. Le commerce ou les constructions de haut niveau auraient faits l'objet de divers ajouts nécessitant de sortir la CB, pour toujours plus d'esbrouffe technique et toujours moins de profondeur de jeu.
Citez-moi un bon "citybuilder orienté stratégie" du type Caesar / Pharaon de nos jours. Putain j'ai même cru que Banished était presque du même acabit, mais c'était avant de remettre les mains sur Pharaon. Le pauvre Banished fait pâle figure malgré ses qualités évidentes et nous rappelle que le salut vient des petits développeurs indépendants, qui font avec leurs moyens, forcément limités.
On me rétorquera à raison que les temps ne sont plus aux city-builders de ce type, et je répondrai qu'en terme de contenu, la plupart des jeux "AAA" de l'époque -tous types confondus- étaient généreux. C'est cette générosité qui m'a frappé, cette générosité presque disparue. Je mesure à quel point moi-même j'ai fini par m'habituer à tous ces DLC, même si je les achète rarement. On finit par s'habituer à payer pour la moitié d'un jeu.
Bref, Pharaon est jeu magnifique, prenant et exigeant. Mais il n'est pas pédant, bêtement chronophage ou frustrant. C'est une carotte glaciaire, fragment d'une époque révolue du jeu vidéo, qui a certes su trouver des parades mais pas son innocence (pour le pire, mais aussi pour le meilleur).
J'enlève deux points pour une I.A parfois frustrante (putain mais vous allez où là les pompiers ?) et quelques menus défauts disséminés ici et là.