Si je devais nommer un RPG archi sous-estimé, celui-ci serait le premier qui me viendrait à l'esprit. Certes, Obsidian l'a mis sur le marché alors qu'il n'était clairement pas fini techniquement (d'où une kyrielle de bugs, tous corrigés par les extensions et une longue litanie de patchs), mais il serait dommage de fermer les yeux sur ses immenses qualités. La campagne a de quoi combler tout amateur du genre : c'est une véritable épopée, avec une progression crescendo très marquée. Du sympathique "didacticiel" pendant la fête du village aux phases de jeu intenses et dantesques de la fin, en passant par des péripéties et révélations parfois poignantes, le rythme s'intensifie sans cesse. La deuxième moitié de l'acte 1 (l'enchaînement Padhiver + Fond à l'Effraie) est le seul bémol, car les combats y deviennent trop nombreux et répétitifs, au sein d'une une phase scénaristique pas très intéressante. Mais le reste s'avère bien plus convainquant. La quête principale, d'apparence classique, s'approfondit par son enrichissement à l'aide de l'univers de Féerune. Elle est parfois légèrement alambiquée et confuse, mais elle demeure très efficace. Les personnages, bien qu'un peu prévisibles dans leurs comportements, sont attachants et bien exploités. Souvent, ils rajoutent une touche d'humour bienvenue (Kelghar et Grobnar), ou renforcent notre implication dans l'histoire (Zhjaeve et la famille Jerro). Pour couronner le tout, il ont beaucoup de choses à nous dire, donnent leur avis sur nos décisions et agissent ponctuellement sur le déroulement du scénario. Ces interactions sont régies par un système d'influence assez bien pensé, qui les rendra plus ou moins bavards et agréables selon qu'ils nous apprécient ou non et pourra même avoir d'autre conséquences plus fâcheuses... Prudence ! Cela m'amène à considérer les dialogues dans leur ensemble. Ils marient subtilement leur dynamisme avec le roleplay, qui se matérialise par les jeux d'influence sus-mentionnés, mais aussi par les variations d'alignement de notre personnage et par les tests de diplomatie, de bluff, d'intimidation, etc... Rien à jeter. D'autre part, notons que le jeu adopte les règles de la troisième version de Donjons & Dragons au PC. Ce qui implique une extrême liberté et plein de possibilités dans la gestion du groupe (avec des classes et des capacités en nombre impressionnant, le tout étant assez complémentaire et s'enrichissant au fil de la progression). Mention spéciale pour les superbes effets de sorts. À cela, les développeurs ajoutent aussi l'importante prise d'initiative que constitue la gestion d'un fort dans l'acte 3. C'est une réussite, qui s'intègre bien dans le reste et donne de nouvelles impulsions au jeu, ce qui renforce la vivacité de l'action. Ce dernier aspect n'est pas en reste, car les combats forcément très tactiques (D&D oblige) réservent de bons moments, pourvu que l'on joue de la façon adéquate : en mode D&D harcore (qui empêche de défavoriser les ennemis, et qui inclut l'indispensable friendly fire pour les sorts). Il est également nécessaire de désactiver l'IA calamiteuse. On obtient dès lors une version 3D des excellents combats de Baldur's Gate et Icewind Dale. Il convient aussi de saluer les graphismes (jolis pour l'époque) et la caméra très flexible, permettant de nombreux points de vue. Quant à la VF, nulle inquiétude : c'est très honnête, à part des phrases d'action souvent incohérentes. La musique agréable et les bruitages sont la cerise sur le gros gâteau que constitue ce jeu. Sur ce, je retourne m'empiffrer.