Nous étions dans le mur. Moi et mes frères. Certains se sont réveillés brutalement, réveillant les autres. Que s´était-il passé ? Je n´en savais rien. Je ne savais pas combien de temps j´avais hiberné, je m´en fichait. J´avais faim. très faim.
Nous sortions de nos tombes de stase et nous précipitâmes dans les longs conduits étroits qui couraient jusqu´à la surface. Le petit tunnel vertical était très petit, et beaucoup d´entre nous se cognaient et éclataient, les débris de corps en percutant d´autres et les faisaient éclater. J´eus la chance d´échapper à ce massacre.
Je voyais encore trouble. Au sommet du conduit vertical il y avait une grille. Ces satanés forerunners ! Mes frères plus haut passaient leurs pattes entre les barreaux et tiraient pour la briser. En haut, à la surface tant convoitée, on entendait des pas. De la chair ! Enfin ! des forerunners peut-être ! La grille était enfin ouverte. Je ne comprenait pas ce qui se passait mais je suivais le mouvement. Et j´y parvint ! La surface ! Enfin !
Enfin, surface était un terme relatif : Nous arrivions dans un couloir moyennement éclairé. On entendait des bruits étranges, des " tsiou tsiou" et des cris qui n´étaient pas les nôtres. La marée de nos corps couvraient le sol entier, et je vis au coin d´un mur des tirs verts percuter les parasites devant moi, à chaque tir il y avait une dizaine de mort dans nos rangs. Je m´en fichait, je sentait la nourriture se rapprocher et j´y courrais.
Lorsque je fit irruption en face de la créature, elle était immense. Elle avait des pattes larges et une sorte de gros sac à dos pointu dans son dos. Elle poussait des petits cris aigus. Elle fut submergée par des dizaines de nôtres et fut tuée. Nous nous précipitions tous pour nous nourrir de sa chair au sang bleu turquoise, et nous éclations en nous sautant dessus dans notre ruée. Puis une autre créature du même type fit irruption dans la salle, mais elle était trop proche de nous et fut dévorée.
Dans la salle suivante, je constatais que certains autres parasites avaient déjà pénétré les cadavres de créatures plus grosses que celles que nous venions de voir, et ils combattaient les mêmes créatures que celles qu´ils avaient parasitées. Ces créatures ennemies, il y en avait quatre, deux de couleur bleue, une de couleur rouge et une autre très impressionnante de couleur jaune qui tenait dans sa main droite une énorme lame blanche et bleue qui brillait. Ce diable tua un de nos organismes combattants, et les spores se jetèrent tous sur lui pendant que nos alliés plus forts s´occupaient des autres. Le flot de nos corps se brisait à la surface de la bête dorée, elle semblait posséder un bouclier énergétique semblable à celui que possédaient certaines sentinelles des forerunners. Or nous savions bien que nos corps fragiles éclataient au contact de ce bouclier. Toutefois nous nous jetions tous sur la créature, explosant à sa surface, jusqu´à ce que son bouclier disparut. J´en profitait en bondit sur l´ennemi depuis son flanc. La créature hurla, se débattit, courut, lâcha son épée à énergie alors que j´enfonçait ma flagelle dans sa colonne vertébrale. Avec mes pattes je lacérait son dos, écartant les chairs pour m´y faufiler. Je me mis bien au chaud, à côté de son coeur qui battait de moins en moins vite et bien à l´abri derrière sa cage thoracique. La créature se débattait mais elle ne pouvait plus m´extraire de son corps et s´effondra en hurlant. Alors je mon concentra, pénétra dans ses systèmes nerveux. Je le fit se relever, sa tête pendant dans son dos, une expression d´horreur figée sur son visage. Ses entrailles étaient encore chaudes et je m´en repaissait avec joie. Puis je le fit se déplacer avec satisfaction, comme un robot, j´avais réussi. Je me mit à fouiller dans sa mémoire. Il n´y avait pas grand chose d´intéressant... J´effaça ses souvenirs comme on efface une bande vidéo. Je ne gardais que ce qui m´intéressait : ses cours dans les écoles militaires.
Comment se servir de toutes les armes à disposition de la défunte créature, tous les véhicules, et même un vaisseau spatial de combat. Parfait, j´étais plutôt bien tombé. Je pourrais mettre ces informations au service de la ruche.
Ainsi connecté à sa mémoire, ce fut extraordinaire : je savais. Je n´avais jamais appris à manier l´épée et pourtant c´était comme si j´avais des années de pratique. Je ramassa son arme et la fit tournoyer dans les airs, la plantant dans la nuque d´un soldat bleu à côté de moi. Un de mes frères le parasita, et nous avancions dans le complexe.
À ma grande surprise, je constata que le générateur de bouclier de mon hôte était intact et celui-ci se rechargea. Je bénéficiait ainsi d´une protection supplémentaire très efficace !
Dans un conduit voisin, deux grosses créatures poilues avec des crocs tenaient un appareil doté d´une grande baïonnette et qui lançait des petites capsules d´explosif. Mais je savais ce que c´était, la mémoire de l´élite me le disait : brute, sabre-grenade. Sabre : un truc qui coupe. Grenade : les curieuses capsules explosives. Bien.
Je leur courait dessus avec mon épée. Au début, ils croyaient que j´étais un de leurs alliés, mais il virent trop tard la tête flasque, les yeux exorbités et le filait de sang sur le thorax. Je me servit de ma redoutable lame pour décapiter une brute et transpercer l´autre. Je retira ma lame couverte de sang noir de leur corps, et vit le sang s´évaporer de l´épée énergétique. Des spores floods vinrent derrière moi pour se nourrir des corps. Sept formes parasitées me suivaient.
La salle suivante était petite et ouverte sur l´extérieur, et un énorme piston se trouvait au centre de la pièce. Une poignée " d´élites" et de " grunts" se trouvaient dans la salle, se défendant jusqu´à la mort pour atteindre un " phantom" situé dehors, collé au bord de la salle, pour les récupérer. Je me jetai dans la mêlée et trancha la gorge d´un grunt, puis me retournant, je courrais tout droit vers un élite rouge, qui ouvrait le feu sur moi avec une " carabine". Mon bouclier énergétique, bien que puissant, se mit à vaciller et disparut. Un son étrange, " gargle", sortit de ma bouche, l´élite trébucha dans la panique sur le cadavre d´un de ses compagnons morts et je me dressa sur lui, saisit mon épée à deux mains au-dessus de sa poitrine. Il me regarda droit dans les yeux, dans une expression de détresse, près d´une mort prochaine, et j´enfonçait ma lame dans ses tripes sans autre cérémonie. Le phantom, qui avait tout juste réussi à récupérer deux " grunts" blessés, décrocha vite et piqua du nez vers la zone de quarantaine.
Au loin j´aperçut l´imposante bibliothèque. Elle était magnifique. Je m´en fichait complètement. J´avais faim.
Dans mon éternelle quête de nourriture j´ouvrit le piston forerunner en frappant dessus et plongea dans les ténèbres d´un toboggan infernal sans me poser de question. Celui-ci me mena, au bout de deux minutes de glisse, en face d´une porte de métal qui s´ouvrit à mon arrivée. Derrière moi, des spores et quatre formes parasitées glissaient également du toboggan. Nous étions au pied du mur. Et je savais que le carnage ne faisait que commencer.